27 novembre 2005

En écoutant de la pop japonaise...


Quelques échos, pensées personnelles et impersonnelles à partager ce soir en écoutant de la pop japonaise et des musiques de mangas (qu’est-ce que c’est bien, la pop japonaise !). 

À propos du froidRien à en dire hormis que c’est affreux, épouvantable, démesurément insupportable ! Il me tarde de quitter cette région glaciale pour des contrées plus chaudes, sinon tropicales… Allez, plus que quelques années à patienter !

Nouvelles nouvelles :
Beaucoup de choses, ça bouge et c’est vraiment bien ! Il faudrait que ça paie, maintenant (lol). Tabloïde, puisque c’est maintenant le nom officiel du recueil de nouvelles en cours, avance bien. J’ai mes dix sujets, cinq sont finalisées et j’en suis vraiment content. Une est à demi écrite et quatre restent à faire. Dix histoires de femmes dont la vie bascule, c’est le sujet de ces textes pour le reste très différents. Ce sont autant d’expériences narratives volontairement diverses, que lie certes ce style très « parlé » que j’aime à développer. Tabloïde (la nouvelle qui donne son titre à l’ensemble), vous pouvez la lire plus bas sur ce blog. Diamant sans canapé décrit une jeune fille coincée dans sa banlieue. Visages explore l’extrême limite de ce que l’on peut faire, au delà de tout bon sens, pour récupérer un amour perdu. Le cordon narre le bagne qu’est une relation toxique avec une mère et une grande sœur. Ce que font les morts est une variation sur le thème de Flux, la BD que je réalise avec le dessinateur 2080 : ce qui se passe lorsque les perceptions sont modifiées, que le monde des morts devient visible et se mêle à celui des vivants. Le camp pousse jusqu’au bout la dérive de la télé-réalité. Le livre des secrets et Initiations content le passage à l’âge adulte de deux jeunes filles qui découvrent le pouvoir, l’une à travers le chantage, l’autre à travers le sexe. La déposition décrit l’aberration policière à laquelle doit faire face la victime d'un viol, l’indifférence cynique des flics masculins. Quant à La fille d’avant moi, c’est à propos de la paranoïa qui, amplifiée par quelques malheureuses coïncidences, conduit au pire. Dix contes amoraux, dix femmes qui se retrouvent propulsées en dehors de leur routine, sinon de leurs vies. ET autant d’expérimentations narratives, j’en profite pour m’amuser un peu ! Bref, je conte avoir terminé cela pour Noël et soumettre Tabloïde aux éditeurs en duo avec L’incident Œdipe, mon premier roman. Quelques récents contacts pourraient m’aider à attirer l’attention de quelques éditeurs sur ces manuscrits, ce serait bien, on verra. Je pense honnêtement que ces deux livres sont d’honnêtes récits, qui méritent d’être lus. Je ne suis pas encore Kundera (ô mythique Kundera qui bouleversa tant ma vie d’écrivain), certes, mais à force de travail et de pages remplies, je crois commencer à acquérir une vraie maîtrise de la façon dont l’on raconte une histoire, et la « patte » qui va avec.

Raconter des histoires (1) :
C’est ma cause première, la vraie, la seule. J’en parlais au printemps avec le plasticien Nicolas Manenti, car nos parcours ont été similaires en un sens. Pourquoi ai-je choisi ce hasardeux métier ? Au tout départ, juste pour raconter des histoires. Parce que d’autres m’avaient apporté tant de joie en m’en racontant, cela ne pouvait être que jouissif d’en raconter à mon tour. Et parce que rien ne m’apportait plus de bonheur, enfant déjà, que ces histoires, la seule chose valable que je pouvais imaginer faire en ce monde était d’en raconter aux autres. Ainsi ai-je décidé à neuf ans que je ferai de la bande dessinée, puis à quatorze ans que je ferai de la littérature et de la poésie. Nico, lui, voulait à l’origine faire du dessin et de la peinture, ni plus ni moins. Ensuite, il y a eu pour nous deux la « zone de chaos ». Pour lui comme pour moi, cette zone de chaos démarra avec les Pentes de la Croix-Rousse. Nous avons découvert l’art expérimental, la création alternative, celle qui n’est que recherche. Nous avons découvert cela et ça nous a fascinés l’un comme l’autre. Alors nous nous sommes mis à chercher, à tenter nos expériences aléatoires, à travers différents médiums et supports, cherchant d’autres formes de langage et d’expression. Nous étions avides d’essayer mille choses et parfois, nous nous sommes perdus en chemin dans des zones d’ombres, dans des doutes existentiels, dans des directions qui ne nous correspondaient pas. La « zone de chaos » fut traversée et petit à petit nous revinrent chacun à ce qui nous avait donné notre première impulsion. Je réalisais qu’en fait, je voulais raconter des histoires. Nico réalisa qu’en fait, il voulait peindre et dessiner. Pas de regrets pourtant, car cette « zone de chaos » est inévitable et nécessaire dans le cheminement et la maturation d’un artiste. Comment savoir ce que l’on souhaite faire avant d’avoir essayé mille trucs ? Comment savoir ce que l’on veut exprimer sans avoir tourné autour du pot ? Nous avons appris énormément, durant ces années formatrices, et nous avons acquis une maîtrise bien plus grande de nos pratiques respectives. Ainsi qu’une compréhension bien plus grande de ce qu’implique la création, dans le fond comme dans la forme.

(Nom de Dieu, je voudrais que vous entendiez ce que j’écoute en ce moment, c’est un putain de trip c’te musique jap !)

Raconter des histoires (2) :
Je me suis, au fil des années, essayé à la nouvelle, au roman, au scénario de bande dessinée, de film et de feuilleton radio, à la poésie, à la chanson, au conte surréaliste. Mais s’il est -avec le théâtre- un domaine que je n’avais jamais exploré, c’est celui du livre pour enfants. 
À vrai dire la raison est que d’une part je n’y avais jamais songé, d’autre part je m’en pensais incapable. Il y a quelques mois, un concours de circonstances m’a conduit à vouloir m’y essayer. Soyons réalistes : c’est le secteur le plus rentable du marché de l’écriture. Après tout, pourquoi pas ? Le constat énuméré plus haut m’amenait à considérer sérieusement la chose : s’il est une forme qui consiste à raconter une histoire, purement et simplement, c’est bien la littérature pour enfants. En plus c’est l’occasion de les raconter en toute liberté, ces foutues histoires : peu importe que ce soit crédible ou réaliste, il faut juste que l’on soit happé par le récit, que l’on se laisse abandonner à sa logique propre en oubliant celle du monde réel. C’est certes valable en littérature et en BD aussi, mais peut-être un peu moins librement (Kundera me fustigerait pour ces mots et il aurait raison. Pardon, Milan). Bref, je m’y suis donc essayé et… en fait je kiffe grave ! J’en ai déjà écrit six, depuis la rentrée. Je ne vous parle pas de romans pour enfants, mais bien de petites histoires destinées à devenir des livres très graphiques, un peu comme la collection du Rouergue dont je vous parlais il y a quelques semaines. J’ai encore peu de recul quant à ce que ça vaut, mais les quelques retours de mon entourage sont plutôt encourageants (et DieuShiva sait que mon entourage ne mâche pas ses mots quant il s’agit de me dire que je fais de la merde !). Je m’amuse beaucoup à raconter ces petites histoires rigolotes et trippées, où il s’agit avant tout de redevenir enfant et d’être aussi imaginatif que possible. Je vais démarcher deux de ces livres, déjà mis en images par 2080 (Le tour du monde en six heures) et Jérôme Dupré la Tour (L’homme qui ne dormait pas la nuit). Je suis toutefois tout particulièrement fier de La malédiction du plombier-garou, écrit ces derniers jours ! Bref, je m’amuse bien et en plus, à partir du moment où l’on a l’idée de départ, qu’est-ce que ça va vite par rapport à ces foutus romans, nouvelles et scénarios ! Bref, on verra si je tiens le bon bout lorsque les éditeurs y auront jeté un œil.

Deuil musical :
Shoona Sassi, 2001-2005, R.I.P. Mon collègue DaBoostemp n’étant plus très disponible pour la musique, en proie aux chaos de sa vie personnelle, je me suis vu obligé de mettre un terme à notre collaboration. Nous nous sommes mis d’accord pour tâcher tout de même d’enregistrer la quinzaine de titres que nous avons composés. Ce serait idiot de jeter à la poubelle cinq ans de travail, sans garder de trace. Mais de concerts, plus. Ni d’avenir pour ce projet. Shoona Sassi aura été mon rêve d’ado devenu réalité le temps de cinq concerts et au moins une bonne centaine de répétitions. Y renoncer a été un choix très difficile, mais je ne peux plus perdre mon temps à m’investir dans un projet à deux si l’autre ne suit pas. Ainsi aura vécu ce duo electrofunk sensuel et moite, sexuel et provocateur, à la fois trash et volontairement kitsch. Je pense que je mettrai ces titres en ligne le jour où ils seront enregistrés, histoire de les partager avec vous. Décision douloureuse mais à la fois, Shoona Sassi, ce délicieux ego-trip, correspondait-il encore à mes envies artistiques actuelles ? Sans doute plus tout à fait. J’en suis à un moment de mon existence où j’ai envie de choses peut-être un peu plus sophistiquées musicalement, et un peu plus deep quant à leur propos. Sans rien renier : j’aime et j’aimerai toujours Shoona Sassi. Et DaBoostemp n’en restera pas moins l’un de mes plus proches amis. Mais il est temps de tourner la page. Temps de faire des choix, aussi : à l’heure où il est crucial que je commence à vivre de ma plume, quel temps me reste t’il pour un projet de groupe en live, qui demande tant de travail ? Je pense désormais plutôt m’orienter vers des collaborations studio, notamment avec 2080 (encore lui !). Ou des perfs plus expérimentales comme Bébé Coma (voir plus bas). Et puis, dans deux à quatre ans, je quitte Lyon. Je ne peux plus penser projet à long terme ici.

L’Anagramme en décembre :

Ça se précise, je vous en reparlerai.

Mercure Liquide

Soirée lecture/perf/vidéo très réussie hier à la bibliothèque du 1er, avec plus de cent personnes, contre toute attente (excellent !). Le projet redémarre, là aussi je vous en reparlerai.

La conjuration des imbéciles

Je suis en train de lire ce roman hallucinant de John Kennedy Toole et je dois dire que je suis soufflé ! La conjuration des imbéciles est un livre improbable, l’histoire d’un fou qui s’est lui-même mis à l’écart de la société pour mieux la critiquer. Mais pour, bien sûr, la critiquer n’importe comment, jetant le bébé, l’eau du bain et la baignoire avec. Les personnages et les situations sont tellement poussés qu’ils frôlent le surréalisme, et pourtant on y croit, parce que c’est foutrement bien écrit. La démesure est le pilier de ce livre et c’est ce qui le rend si drôle, car si les héros de ce bouquin sont tragiquement pathétiques, cela ne les rend que plus hilarants. Je ne sais pas encore où tout ça nous mène, mais je vous conseille en tout cas de vous procurer ce monument de la littérature anglo-saxonne (je l’invente pas, il est reconnu comme tel).

Voilà, et puis je vous laisse avec un petit texte tout trippé que j’ai écrit un soir de 1993. Probablement le seul texte de cette époque que j’assume encore (je suis retombé l’autre jour sur des poèmes que j’avais écrit il y a dix ans : putain c’était vraiment mauvais !) : 
[Texte déplacé ici.]

21 septembre 2005

Update et autres perfs...

Performance, quand tu nous tiens…

Quelques mots suite au festival Update, organisé par la compagnie La Hors De, qui s’est déroulé il y a quelques semaines avec la contribution de votre serviteur (et quelques dizaines d’autres). Le concept tient en quelques mots : prenez quatre artistes de disciplines différentes, enfermez-les quatre jours avec mission de créer une performance de vingt minutes autour du thème « mise à jour », et terminez par une représentation publique. Cerise sur le gâteau : la plupart des artistes ne se connaissaient pas auparavant.

Je me suis donc retrouvé en compagnie de Séléna Hernandez (comédienne), Sam Quentin (vidéaste) et Seb The Player (DJ) et nous avons monté sans heurts une perf qu’il serait inutile de vous décrire (car une perf, ça se vit ou ça se voit, mais à raconter c’est bof).

Ce que je tiens à souligner, c’est la qualité d’accueil que nous avons reçue de la part du staff de La Hors De. Il est rare de voir des gens se décarcasser à ce point pour vous permettre de créer dans les meilleures conditions. Ce respect pour le travail de création, ce souci de l’artiste, sont bien trop rares en ces temps où la culture navigue entre deux extrêmes idéologiques (art « populaire » et formaté, qui génère des millions et monopolise les médias d’un côté ; art « de recherche » qui intéresse trop peu de gens et finit en culture « gratuite » et bénévole de l’autre côté. Et au milieu, nous autres artistes, déchirés entre envies et principe de réalité).

Ceci étant dit, on peut se demander « pourquoi des perfs ? » Ou encore « pourquoi pluridisciplinaires ? » Ma réponse, pour ce qu’elle vaut, serait « pour l’instantané », et « parce que c’est là que naît la richesse ».

L’interdisciplinaire, pour moi, a toujours été une évidence. Cette notion est au cœur du concept du collectif Neweden que j’ai créé en 1997 et de la revue Mercure Liquide qui est sa dernière émanation. On nous a souvent reproché de manquer de « ligne artistique » claire, quand justement c’était l’idée de départ : prendre des gens qui ne sont réunis au départ que par le désir (ou le besoin) de se réunir, au-delà des affinités de genre, de courants artistiques, de discipline. Pourquoi ? Parce que je défendrai toujours cette idée que la création artistique est une démarche indépendante de son support. Que l’on fasse de la peinture, de la littérature, de la musique, de la danse, de la vidéo : nous faisons la même chose, ce n’est que le médium qui varie. Et s’il en est une preuve, c’est que j’ai sans doute autant appris sur ma pratique (l’écriture) en discutant avec des artistes d’autres disciplines, qu’en discutant avec d’autres auteurs (et j’ajouterai que le cinéma m’a autant appris que la littérature sur l’art d’écrire une histoire). En me joignant à des artistes d’autres horizons et d’autres disciplines pour accomplir des performances, j’avoue avoir inconsciemment toujours cherché à tendre vers une sorte d’« œuvre complète ». Une œuvre qui ne souffrirait pas des limitations d’un médium unique, ni de celles d’un point de vue unique : ce que je dis s’enrichit de ce que disent les autres, et les différents niveaux de discours se superposent via différents niveaux de narration.

L’instantané, parlons-en ! Permettez-moi d’évoquer quelques délicieux souvenirs. Les perfs sont entrées dans ma vie d’une façon inattendue et sous le coup d’une pulsion. Tout a commencé pour moi au festival le Renc’art (Castelneau-le-Lez), en mai 2000. Ben T. et Pierrick Maîtrot étaient alors les deux « performeurs » attitrés de Neweden, et ils avaient décidé de profiter de l’expo que nous avions monté là-bas pour sévir, en compagnie de Florian Vidgran et Colin Bosio (que beaucoup connaissent via leur regretté combo, l’éClectro Fonque Band). Voici donc trois types en train de se rouler dans la peinture, de projeter du super 8 en train de cramer et de jouer de la trompette, tout ça à grand renfort de vin rouge, et moi qui me dit cinq minutes avant de commencer : « pourquoi pas moi aussi ? ». Sans doute encouragé par l’alcool, je me suis donc retrouvé à déblatérer des insanités en duo avec la trompette de Yan, et vous savez quoi… j’ai adoré ! Ma seconde perf, à peine plus préparée, eut lieu au [Kafé Myzik] lors du festival Neweden Week. Il s’agissait cette fois de créer une BD en direct, avec le scénariste Frédéric Thirion et les dessinatrices Cycy Ann Foyle et Vyrhelle. Nous prîmes un parti-pris humoristique pour ne pas trop nous planter, l’expérience fut mineure mais drôle.

Ont suivi six mois d’expériences aléatoires qui n’étaient qu’une suite d’instantanés. Il y eu Rumeur Publique, au squat du Point Moc. Le cheval de Troie version Croix-Rousse. Ce spectacle mêlant théâtre, danse, musique et arts plastiques est né du besoin que Ben T. & moi-même avions de réagir à l’O.P.A. intellectuelle menée alors sur les Pentes par les Taliban(E)s du Point Moc. Ces derniers avaient alors une influence hallucinante sur le microcosme artistico-alternatif local, et prenaient un malin plaisir à salir la réputation de cibles prises au hasard, ou de qui résistait un tant soit peu à leur radicalisme politique. Votre serviteur en particulier s’en prit plein la gueule sans l’ombre d’une raison (je ne leur avais jamais rien fait, mais j’étais un « sale sexiste capitaliste arriviste » - !!!) et Ben et moi étions totalement dégouttés par tant de vice. Nous décidâmes donc de monter, en un mois, un spectacle d’une heure qui dénoncerait les dérives de l’anti[capitalifascisexispéci]sme poussé à l’extrême (si vous avez lu La ferme des Animaux d’Orwell, vous voyez de quoi je parle) et de le jouer… au Point Moc (sans leur annoncer de quoi parlerait la perf, bien sûr). Le cheval de Troie… Cette aventure, qui réunit autour de moi st Ben six autres performeurs (Colin Bosio, DaBoostemp, Rémy Dumont, Pierrick Maitrot, Chantal Vasseur, Florian Vidgrain et Céline Z – merci !), aurait pu aboutir à un véritable spectacle qui, avec quelques mois de travail en plus, aurait pu être vraiment chouette ! Non, vraiment, il y avait du potentiel : histoire solide, propos non consensuel, mise en scène créative… Je resterai toujours très fier de ce one-shot. Nous aurions pu le développer, essayer de le faire tourner, nous en avons longuement parlé avec Ben… et nous avons décidé que non. Rumeur Publique était quelque chose que nous avions à dire en un lieu et temps donnés. Le coup de gueule était poussé, nous avions vidé notre sac, il fallait passer à autre chose… et ainsi, Rumeur Publique resta un mémorable instantané.

Nous occupions alors le squat Casa Okupada, rue Puit Gaillot, et chaque jeudi voyait le lieu s’ouvrir au public pour une « perfi-bouffe ». Là aussi, ce fut l’occasion de nombreuses expériences scéniques aléatoires. Il y a eu un vrai élan, une vraie émulation entre les gens de Rumeur Publique, plus quelques autres, à cette époque. Une envie pour chacun d’expérimenter, de se mettre en danger sur scène. Il en résulta nombre de perfs dont, avouons-le, beaucoup étaient brouillons, maladroites… mais quel bonheur ! Nous montions sur scène, sans avoir rien préparé, où à peine. Notre propos était juste de se lancer, comme ça, chacun à travers son médium (texte, musique, danse, peinture, vidéo…), tous ensemble… et de voir ce qui allait se passer, avec un public pour témoin. Je garderai toujours de cette époque une grande nostalgie : certes nous étions tous encore loin de nos maturités artistiques respectives, mais nous avions l’énergie, la curiosité, la gourmandise… nos vies artistiques et nos vies personnelles étaient en proie à des tremblements de terre quotidiens et il en résulta de grands pas en avant pour chacun de nous. Par la suite, la Casa Okupada fut murée par ses propriétaires et je regrette depuis l’absence à Lyon d’une scène ouverte pour improvisations aléatoires et performances pluridisciplinaires… J'ai voulu il y a deux ans réinstaurer le concept de perfi-bouffes à la friche RVI, dont j'étais alors membre, mais pour quelque raison, la sauce ne prit pas vraiment.

Les folies de l’an 2000 m’ont laissé à jamais le goût de la perf, parce qu’elle est surprise, et c’est ainsi que, fin 2001, je lançais un nouveau projet nommé La Terreur. Ecrit quelque jour après le 11 septembre, La Terreur était un texte très politique, certes parfois un peu naïf mais plutôt incisif, et il fut un temps question de le monter en perf avec le duo Poupée Mobile, DaBoostemp, Nicolas Sardin (musique), Florence Bordarier (danse), et le duo RhumSteak (vidéo). Le projet avorta malheureusement après quelques répétitions, faute de disponibilités. Fin 2003, je relançais la machine en collaboration avec le musicien NeSty NeSs. Héritier direct de La Terreur, Bébé Coma est un long texte mêlant politique et métaphysique, l’histoire d’un fœtus qui se refuse à naître dans cet immense asile de fou qu’est le monde des hommes. Deux versions préliminaires furent testées à la friche RVI (dont une avec projection photo de safran), puis le spectacle fut joué à l’Ovale 203 (une fois avec le duo performeur/vidéaste Jean-Pierre Ollinger/Stéphan Meynet, une autre avec Pierrick Maîtrot à la peinture) ; puis au Subsistances pour la sortie de Mercure Liquide #1 (de nouveau avec Pierrick). Ma « rupture artistique » avec NeSs en avril dernier mit une halte au projet, et après un faux départ à la rentrée, il semble que la machine Bébé Coma soit relancée avec Vincent Palumbo (son), Isa Borgo (vidéo) et Florence Bordarier (danse). Bébé Coma est un projet qui me tient beaucoup à cœur, peut-être parce que son propos me dépasse et parce que j’y vois la possibilité d’infinies possibilités. Il y a certes un squelette narratif à ce spectacle, mais c’est avant tout une plate-forme de semi-improvisation dans laquelle des artistes peuvent s’engouffrer le temps d’une ou deux représentations, ou le temps d’un travail de long terme. Les idées que j’y défends me semblent primordiales : le ton est radical et donc parfois très violent. Les réactions du public ont souvent, de fait, été très violentes elles aussi, dans l’enthousiasme comme dans la critique. C’est la preuve que mes mots vont quelque part et j’en suis ravi. Je vous tiendrai au courant…

Depuis, il y a eu Update, puis une autre perf dans une galerie de St. Georges la semaine suivante, et tout cela m'a fait réaliser combien ce concept de perf, d’improvisation, était pour moi crucial. Comme le dit Ferré, « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale ». J’ai besoin de cette mise en voix, de cette rencontre avec d’autres formes artistiques, pour que ma poésie prenne tout son sexe. Dans l’immédiateté, l’instantané, l’imprévu, l’aléatoire… C’est ainsi que j’aime la poésie et c’est ainsi que j’ai envie de la défendre.

PS : Quelques heures après avoir posté cet article, je reçois un coup de fil m'annonçant que le Théâtre de l'Anagramme est à moi du 20 au 23/12 pour organiser quatre soirées de perfs avec différents artistes. YesYesYes !!!

Rêve

Tu étais à cette fête à la campagne, tu t'étais soûlé la gueule, Marie est arrivée, vous avez échangé un bonjour gêné sans vous parler, après tu sais plus, puis elle est partie.
La voyant partir tu voulais juste lui dire un mot gentil : « prends soin de toi », mais tu l'as ratée : elle n'était déjà plus là.
Ensuite Hélène est apparue et elle te méprisait car tu étais soûl.

À la fin tu vomissais de la pâtée pour chat : c’était immonde et ça t’a réveillé !

28 août 2005

News du front de l'Aventure Majeure

Comme je le disais précédemment, je compte vous parler plus en détail de différents projets en cours, mais j’attend pour ça d’avoir protégé un certain nombre d’idées, notamment en BD. Cela devrait être fait d’ici quelques semaines, et à partir de là je serai libre de diffuser certaines choses sur la toile .

En attendant, l’enregistrement des premiers titres de Shoona Sassi commence cette semaine, et je me lance aussi dans l’écriture de livres pour enfants, dans le cadre de projets avec les illustrateurs 2080 et Eric Fernandez. Ce domaine d’écriture est tout à fait nouveau pour moi, mais suite à un premier essai je suis assez content de l’expérience. Le seul souci est que je n’ai encore aucun recul pour évaluer si c’est bon ou mauvais. Idéalement, nous visons la collection Albums des éditions du Rouergue. C’est une collection de livres pour enfants expérimentaux et réellement artistiques, à laquelle je vous conseille de jeter un œil : certains livres sont de vraies petites merveilles.

Je vous invite aussi à jeter un œil sur le site de l'artiste Christophe Lacaux, avec qui je réalise la bande dessinée Blastann Zeimer (scénarisée par mes soins d’après une histoire originale de Christophe). Le blog contient un certain nombres de croquis préliminaireset de réflexions sur ce projet de science-fiction. D’une manière générale, et pour les raisons suscitées, je ne peux pas trop vous en révéler sur l’histoire, mais ce qui est certain c’est que Christophe m’a donné un terrain de jeu extraordinaire avec l’univers de Blastann. Travailler sur cette histoire et les personnages qui la composent (certains crées par Chris, d’autres par moi en complément) a été un véritable bonheur, et j’espère de tout cœur que le projet sera signé car il me tarde d’attaquer l’écriture du second album. La matière première est d’une grande richesse et les éléments que j’y ai ajouté m’ont permis de développer un scénario complexe. Beaucoup de sous-intrigues et d’intrigues parallèles, une guerre entre deux civilisations jumelles/ennemies vue à la fois du point de vue des « grands » (les chefs d’états) et des « petits » (les gens du peuple)... Plus l’histoire se construit en moi, plus j’ai l’impression que les six albums initialement prévus risquent de ne pas suffire à la raconter… Un grand merci donc à Christophe pour l’opportunité qu’il m’a offerte !

La suite bientôt... En attendant, je vous laisse lire la nouvelle Tabloïde, postée ci-dessous.

Tabloïde

La voici la voilà : après sa parution en mars dans Mercure Liquide #3 ! Cette nouvelle aura été pour moi le point de départ d'un recueil de nouvelles en cours d'écriture : dix (peut-être douze) histoires de femmes dont la vie bascule, de façon et pour des raisons très différentes. Il y aura quelque chose du ton de Tabloïde dans toutes, mais pas uniquement : je souhaite que chaque nouvelle soit une expérience narrative différente. Pour le moment, trois autres nouvelles et demi d'écrites. J'en partagerai surement une ou deux avec vous dès qu'elles seront protégées.

[Texte déplacé par l'auteur, à lire désormais ici.]

12 août 2005

Chanson d'automne pour l'été

Retour de vacances et un nouveau morceau pour Shoona Sassi. Ce texte n'est pas forcément représentatif d'une pensée personnelle (plutôt d'une fausse croyance longtemps ancrée dans mon inconscient), c'est juste une idée de chanson qui m'a parue bonne, idée qui m'est venue à l'écoute de Charango de Morcheeba cet après-midi (sublime album, au demeurant, plus je l'écoute plus j'en suis convaincu).


CELUI QU’ON QUITTE

Nouvelle histoire, perdu dans un regard
Je m’habitue à son parfum
Nouveaux espoirs, douceur à tous égards
Corps aimant qui apaise ma faim
Quels genres de vœux placer ici ?
Mes ailes brûleront-elles aujourd’hui ?
Quel genre de futur puis-je attendre ?
Trop échaudé pour me détendre


Assourdi par le compte à rebours
Abasourdi, je compte les jours
Plus d’illusions dans mes passions
Je suis toujours celui qu’on quitte
Toujours… celui qu’on quitte


Vieilles impressions, ancrées dans ma psyché
Les belles promesses sans cesse me blessent
Evacuer tous ces passés de ma pensée
Est un défi que la nuit je délaisse
Elle dira ce qu’elles ont toutes dit
« Personne ne m’a jamais aimée ainsi »
Elle fera ce qu’elles ont toutes fait
Une fois lassée, « bye-bye bébé »


Assourdi par le compte à rebours
Abasourdi, je compte les jours
Plus d’illusions dans mes passions
Je suis toujours celui qu’on quitte
Toujours… celui qu’on quitte


Jolis discours sur fond de sentiments profonds
Cœur à louer change vite d’avis
En public, démonstrations d’affection
Puis elle voudra d’une autre pluie

Vite inconstantes sont les princesses
Je ne crois plus en mes déesses
Je suis préparé pour le crash
C’est sans parachute qu’elles me lâchent


Assourdi par le compte à rebours
Abasourdi, je compte les jours
Plus d’illusions dans mes passions
Je suis toujours celui qu’on quitte
Toujours… celui qu’on quitte


Voilà. Restez connectés, je vais bientôt vous parler plus en détail de divers projets en cours, mettre en ligne la nouvelle Tabloïde (publiée dans Mercure Liquide #3) et divers autres trucs que j'ai à partager avec vous.

24 juillet 2005

Fantômes

Notes chargées de convictions
Sacrées
Me portent & m’emportent près des souvenirs
De rêves indésirés
Hantés
Par les visages de mes amoureuses croisades
Écartées, fuies & bannies
Mes épouses
Me pourchassent
Jusque dans mon sommeil
Jusque dans ces interprétations déformées de réalités
Lointaines & pourtant si intérieures
Amer est le goût d’aujourd’hui
Car amer est le goût d’hier
En moi résonnent les prières
D’envoûtantes apsaras
Loin de moi, tout de moi
Le mercure m’a brûlé
Chaque bille en fusion
Loin de ces parfums sucrés, de ces baisers hypnotiques
Trouvée, la vraie mystique
Reste la légèreté d’un café tchèque en Chine
Maison de pierre entre deux canaux
Où j’ai connu la saveur d’un présent-détachement
Cette mémoire-là, quoique liée à l’Aura
Me rappelle que ce qui fut sera
& qu’entre deux brosses à dents mâchées
Existent des oasis
De paix

Je me serais bien passé des rêves de cette nuit. Sortira-t-elle de ma tête ? Demain départ pour quinze jours loin de Babylone en feu, loin du théâtre de ces interminables mois d'apprentissage.
J'avais besoin de vacances...

9 juillet 2005

Nouvelles du monde

Trois délicieuses dépêches récupérées sur Yahoo News :

MONTBÉLIARD (AFP) - Un habitant de Montbéliard qui poursuit en justice un journal ayant publié un horoscope jugé diffamatoire à son égard a affirmé devant le tribunal d'instance que cette interprétation du langage des astres pouvait lui nuire au niveau personnel et professionnel.
Le lecteur, natif du bélier, n'avait pas apprécié que ce signe soit, dans les pages du journal, associé à la prédiction suivante : "certains retrouveront les émois de l'adolescence, surtout dans le domaine sentimental où l'envie de s'amuser prend le pas sur le besoin de construire du solide".
Devant le tribunal d'instance de Montbéliard mardi, cet homme de 31 ans s'est présenté comme "un père de famille sérieux" et a estimé, "qu'en tant que bélier", il pouvait être considéré par un employeur, au regard de cette prévision, comme "un coureur de filles", peu fiable professionnellement.
Au cours de l'audience d'une demi-heure, la juge a notamment tenté de lui expliquer qu'en droit, la diffamation vise un individu nommément, ce qui n'était pas le cas de l'horoscope.
Le Montbéliardais - au chômage depuis deux ans - réclame 51 euros d'indemnités au journal qui a diffusé l'horoscope et un avertissement contre l'astrologue à laquelle il recommande "d'aller voir un médecin".
La décision a été mise en délibéré au 20 septembre prochain.

PARIS (AP) - "Enculé de ta race!", n'est pas une insulte à caractère racial, a estimé le tribunal correctionnel de Paris dans un jugement rendu public mardi déboutant un homme qui poursuivait l'auteur de ce nom d'oiseau.
Dans ce jugement -essai linguistique?- la 17e chambre du tribunal correctionnel considère cette expression, "pour extrêmement grossière et fruste qu'elle soit", mais "assez largement répandue dans certains milieux, notamment chez beaucoup de jeunes gens", quelle que soit leur origine.
Cette expression devenue aussi courante que "ta race!", "fils de ta race!" ou "putain de ta race!", ne stigmatise "pas l'origine particulière ou identitaire réelle ou supposée de l'autre mais entend l'outrager (...) en le renvoyant à la "race" imaginaire de tous ceux que le locuteur entend, à cet instant, distinguer de lui", note le tribunal.
"Enculé de ta race!", poursuit le tribunal, est un propos qui fait "naître sur l'instant la 'race' métaphorique et indistincte des gêneurs et des fâcheux à maudire".En conclusion de son jugement, le tribunal précise que "ni la légitimité, ni la nécessaire vigueur de la répression du racisme et de l'antisémitisme ne sauraient s'accommoder de tenir pour raciste ou antisémite une injure publique qui ne l'est ni intrinsèquement, ni au regard des circonstances dans lesquelles elle a été proférée".
Le parquet de Paris a fait appel de ce jugement, a-t-on appris de source judiciaire.
En mars dernier, David Chekroun, président de l'Association des commerçants du marché des puces de Paris, avait déposé plainte contre Omar Hatem. Ce dernier, un commerçant ne disposant pas d'un emplacement permanent sur le marché, en pleine discussion avec un placier, s'en était pris à M. Chekroun.

LONDRES (AFP) - Louise Casey, chargée par le Premier ministre britannique Tony Blair de la lutte contre les comportements anti-sociaux, a défendu le fait de "travailler bourré" lors d'un récent discours devant des policiers, a affirmé le journal Daily Mail, enregistrement à l'appui.
"Travailler en étant sobre n'est pas une façon de travailler", a affirmé Louise Casey, chef de l'unité chargée de la lutte contre les comportements anti-sociaux au sein de Downing Street, lors d'un discours prononcé le 7 juin à l'occasion d'un dîner organisé par le ministère de l'Intérieur et l'Association des commissaires de police.
"J'essaye régulièrement de l'expliquer aux ministres, mais ils ne veulent rien entendre. Arrivez bourrés le matin, et peut-être que ça irait mieux, mes amours", a ajouté Louise Casey, dans des propos corroborés par l'enregistrement fourni au quotidien, enregistrement diffusé mercredi matin par la BBC radio.
"Je suppose qu'il n'est plus possible de se +bourrer la gueule+ parce que plein de gens disent que c'est mal. Mais franchement, je ne sais pas qui a inventé ça. C'est débile. Particulièrement quand vous avez 40 ans. On devrait pouvoir se +bourrer la gueule+ quand on veut", a encore ajouté Louise Casey, 38 ans.
Visiblement choqués par ce discours, lors duquel Mme Casey a régulièrement ironisé sur "Charlie Boy" ("mon petit Charlie"), alias Charles Clarke, le ministre de l'Intérieur, son ministre de tutelle, plusieurs représentants des forces de l'ordre ont quitté la salle, a affirmé le Daily Mail.
Le ministère de l'Intérieur a promis mercredi matin d'ouvrir une enquête sur les propos supposés de Mme Casey.

Éphémère éternité





















Dans l’attente d’improbables moments glissés entre les journuits
Se glisse l’illusion d’improbables moments de productivité
Entraperçues telles la plainte sacrée d’un jazzman solitaire
Les répétitives aubes se succèdent dans le refus du sommeil
Tel l’aigre-doux de l’habitude
Reste qu’il n’en restera goutte
Dans les océans verts qui attendent celui qui saura s’éclipser
Océans verts & moites
Sous le voile glissé d’une épicée peau mate
Substitut de l’Aura qui lui avait jadis glissé entre les doigts

Dans les rêves dissous de celui qui se remémore l’avenir
Résonne au loin le mythique opéra du chant des tablas
Les buildings du chaos certes poussent & éclosent
Telles les fleurs mensongères d’un artificiel paradis
Mais, noyé dans les pétales de son éternelle orchidée
Le tabuki ignore les artifices de son insignifiant passé
Pris de feu sous les questions des faiseurs d’images
Il n’a que son rire à leur offrir en guise de réponse
Eloigné du gâteau du samsara
Il peut alors goûter les véritables & inattendues friandises de la vie

Sans attendre rien de l’extérieur carnivore
Le vieillard qui repose en l’enfant épouse le sourire du chat
Sans équivoque, il ne condamne plus l’agitation – il l’ignore
Invisible est celui qui n’a plus rien à prouver
& pourtant sa lumière brille davantage qu'une explosion nucléaire
Sous les yeux effarés de la foule aveugle
Il joue à éteindre ce qu’il n’est pas, sans jouer à être ce qu’il est
Car alors, sa maison en miettes
Amuse son inaltérable nature dévoilée
Ce à quoi il s’était toujours accroché disparaît

Souffle le vent, à travers les symphonies de l’histoire
A travers les ruines hantées du désert de Gobi
Au delà des steppes glacées d’humanités oubliées
Sans arrêt coule la rivière de ce qui est le plus vrai des mirages
L’être qui enfin règne est la svelte jambe enrobée dans le bas de la culture
Fragment de la Mère Eternelle mêlée d’un Dieu Soleil
Qui à eux deux forment l’étonnante équation : 1 + 1 = 1
Ebahis par l’éblouissante découverte
Nous refermons nos lèvres sur ce secret muet
Si bien enfoui, si bien révélé

D&li&














cordes déliées
en symphoniques délices
corps fatigué
de platoniques supplices

écoute & vois
le soi de soie matin
matins d’émoi
où sont les lapins ?

son tout doux
blanc perdu dans le néant
tordu, le cou
de ces jours dissidents

opéra rien
nourrit mes insomnies
bleuet fin
ne comprend journuits

incapable
de structurer le temps
juste aimable
blanc & pas amant

que puis-je ?
attendre & tendre vers
où suis-je ?
oubliés les hivers

Révolution sexuelle

La révolution sexuelle, c'est comme le communisme :
Sur le papier, ça a l'air génial...
En pratique, c'est une catastrophe !

28 juin 2005

Re re retour (blanc)

Encore trop long silence sur ce blog… mais puisque, enfin ! la canicule est de retour… La moiteur est, vous le savez, mon élément comme celui de mon verbe. Je m'y baigne avec délice, je m'en nourris & m'en régale.

Après (& depuis) mon 11 septembre personnel en mars :
- réveil douloureux à un moi-même qui n’était jusque-là que trop d’extrêmes
- deuil terrible à faire : cœur brisédéchirécharcutébrûlé (& personne ne comprend !)
- long apprentissage du silence & recollage des morceaux, la route est pénible mais au bout il y a...
- réalisation de ce Blanc qui est le vrai moi, prières & méditations
- rêves d’Inde & de Chine : décisions majeures…
- faux espoirs & encore quelques mauvaises routes mais vigilance accrue, toujours accrue

Quelques travaux récents parleront mieux, d’où les poèmes juste là en dessous. Je vous invite aussi à relire Ce qui meurt, qui est dans la même lignée que tout ça…

Je boycottais ferme la tarévision & l’enfernet ces temps-ci, mais je vais tâcher de faire vivre ce blog un peu plus à l’avenir, restez connectés, il y a tant à dire !

Leurre




















oiseau
chasse oiseau

hors de moi
corbeaux

être le rêve d’un souvenir
satisfaction

étoile
remplace fantômes

extatique fatigue
me rapproche

de jour en jour
je viens à moi

de jour en jour
tu viens à moi

repousse les herbes
du printemps

ressemble à l’été
merci pour mon cœur libéré

secondes furtives
jeux quête esquive

je focalise
cristallise

enfin détourné
de ces monstres noirs

choisi nourri
heureux tapi

n’est-ce que parenthèse
glissement transition ?

ou bien étape naissante
de nouveau délice ?



(Parfois un leurre est salvateur, si l'on a la prudence de se rendre compte qu'il en est un. Celui-ci m'aura bien aidé, et je l'en remercie...)

27 juin 2005

Soisilence
















me découvre blanc
dans chaque parcelle, semblable, différent
séparant les parties
pour unifier le tout

fais silence au cœur de mon cœur
me laisse envahir par ce pilier de lumière
le vrai je
non cet ego qui me (dé)portait

la vraie musique ressemble au silence
elle a sa douceur, sa moite saveur, je l’écoute
le bruit s’effondre
je souris

résonnent ces ruisselets de métal
unifiant les parcelles, leur murmurant pour accorder
leurs divergences
dans ces conflits, l’être n’est pas

mutations d’un soi-temps
juste à temps : trop de trop étouffait sans nourrir
tout est en dedans
le reste passe

après les larmes du deuil
d’un soi & de ce qui s’est échappé
après les regrets pour le brouillard
vient le réel

je suis n’est pas ce je suis-là ni je suis là
enfin naît ce qui a toujours été là
plus de masques ni d’excuses
de refus ni de lienspeurs

ce qui est, est
je suis ce qui est & ce qui est pourrait être ce qui n’est pas
miroir, toujours
depuis tant de tant, je m’attendais à cet endroit


À propos de la découverte du soi, le vrai, sans majuscule. Et de celle du silence, bien sûr. Je n'ai encore fait que l'effleurer. Ça ressemble un peu à la Croisée des Chemins, mais c'est blanc au lieu d'être bleu. J'y suis bien, loin de l'affect et du mental qui sont en moi mais ne sont pas moi. Loin de l'extrême qui fut mon épouse durant si longtemps... Affaire à suivre.

Perdu vagues

















perdu vagues
vagues
abonde le temps
être heurté enrobé de coton
bleu
où sont les rythmes ?

heurestardives
labeur de brumes
torpeur des êtres
réveillés
dans leurs hlm
blême

désirs 2 corps
noircis
par les r&incarnations
carnation mmh…
visions d’épaules voilées
flashes aperçus de là vers l’entre 2

entre à peine à ton insu
dans l’antre
arrimée, là dans ta chair
délivrée
de l’hiver
amer

à la mer
la fuite !
dans le miroir il n’y a plus que
des espoirs ?
le canapé
en paix

tout va bien
le torchon brûle
crapule
accouche & couche/touche !
à toi
soie

décret :
nous repousserons
les herbes
de l’été
dernier
[a p zé]


Texte un peu plus ancien puisque datant de l'automne (écrit à peu près en même temps que Ce qui meurt). Comme Ce qui meurt, il s'agit des deuils de l'été, des doutes de l'hiver, et de comment ils m'ont mené aux deuils du printemps. La loi des causes et des effets est immuable, inévitable, presque fascinante.

Envies de deuil




















trop de big écrase le bang !
sous des faux-semblants de souplesse
affaisse/presse/blesse
la nuit est le festival off du réel
envies de deuil
loin les choses qui nous rattachent à ça ou ça
les liens les biens les riens
qui a caché les ciseaux ?
envies de deuil &
incapable de s’accrocher
les fuites sont comme des mots fléchés
dédale mental chaque contrat mental est édicté
contrat dicté contracté par contradiction
chaque image
chaque image est un fragment de mémoire immédiate
je me rappellerai du présent
du présent
certains regards on ne veut pas les croiser
n’être croisé qu’à la scène
dans le physique n’être extrême
que dans les lignes de fuite
envie de deuil ne provoque-t-elle pas la mort ?
besoin de « tout va bien »
« & surtout ne crie pas »
mais la moitié du chemin
se fait surtout dans la tête
est celle qui est dans la tête
parfois, il vaudrait mieux être sot
ou s’écouler avec le flot

Ou comment mon inconscient m’a averti en novembre du crash à venir… Ainsi tout était déjà là en moi, l’Univers n’avait plus qu’à glisser quelques grains de sables dans les rouages et à me laisser aller droit dans le mur. Il le fallait pour que le choc m’éveille. Tout était dans ce texte. Je serai désormais attentif à ce que dit mon verbe ;)

26 avril 2005

Petite chanson de circonstances

ENVIE DE VIVRE

Trop de danses avec la souffrance
Ébauches d’équilibres rognés
Trop de flirts avec la démence
Confusion mentale disséquée
J’ai cherché partout le bonheur
Partout sauf à l’intérieur
J’ai tant attendu mon heure
Victime passive sans fraîcheur

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre

Ignorant mes propres ressources
Dans les puzzles de mon orgueil
Me noyant sans y boire dans la source
Sans jamais franchir le seuil
La vie m’avait tracé une route, toute

Pavée d’or & de cadeaux
Je m’en suis écarté, trop de doutes
M’accrochant à mon fardeau

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre

Cet amour que nous avons trashé
Je n’ai plus d’autre choix que d’y renoncer
Tous ces souvenirs enlacés
De tes bras qui m’ont tant comblé
J’aurais du lire entre les lignes
C’était bien moi que tu voulais
J’étais juste aveugle aux signes
Je t’ai laissée te détourner
Je t’ai laissée te détourner

Je me livre enfin à la confiance
Confiance en moi-même, en l’Univers
J’ai rebâti ma foi comme une science
Cessé de tout comprendre à l’envers
Il a fallu pour cela payer le prix fort
Un deuil si lourd à surmonter
Mais après toi & cette petite mort
Reste l'éternité à explorer

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre


-----


Déjà mise en musique, à écouter en live aux prochains concerts de Shoona Sassi, ou un peu plus tard sur le disque (si elle fait partie des heureuses élues qui y figureront).

11 avril 2005

Le problème avec les insomnies

Le problème est qu’il est une heure où l’insomnie ne peut-être qu’une expérience solitaire, parce qu’il est tout simplement trop tard pour appeler ou voir qui que ce soit.

Certaines nuits comme celle-ci où la solitude pèse et où il serait si bon de pouvoir parler à quelqu’un, c'est assez frustrant ! 
Ne reste alors que la solitude d’un blog, qui peut-être sera lu, plus tard, par quelqu'un, pour communiquer ses sentiments au monde…

Je ne sais pas si un jour je parviendrai à dormir, mais si ce jour parvient jusqu’à moi, j’en remercie d’avance la vie…

8 avril 2005

Re: Fragments nocturnes

Je viens d’effectuer des corrections importantes sur mon recueil « prosétique », Fragments nocturnes, qui m’ont conduites à quelques réflexions que j’ai envie de partager. D’autant qu’il n’est que trois heures du matin et que pour le coup j’ai vraiment toute la nuit devant moi, alors faisons-nous plaisir. S'il devait s’avérer que je m’écoute écrire, j’en appelle à votre indulgence…

Mais d’abord permettez-moi de m’insurger contre mon voisin (comptable de son état, et dépourvu malgré son jeune âge de toute vie sexuelle, j’en suis certain), qui m’oblige, la nuit, à écouter la musique vraiment pas fort, ce qui est parfois extrêmement frustrant… Enfin bon…

Petite leçon d’histoire : les Fragments nocturnes sont constitués de vingt-sept textes divisés en trois chapitres (3 x 9 = 27, 2 + 7 = 9, ça a son importance vu l’impact symbolique que le chiffre 9 a toujours eu pour moi), écrits entre 1996 et 2002, quoi que pour certains légèrement retravaillés depuis. Depuis trois ans, donc, ce livre est prêt à être publié, mais une obstination à le faire via mon association, Neweden, a fait que je ne l’ai jamais envoyé aux éditeurs. Faute de temps et d’argent, Neweden ne l’a jamais publié, et il est question depuis la création de Mercure Liquide que Fragments nocturnes soit parmi les livres que nous éditerons lorsque nos finances nous le permettront. Que mes collègues me pardonnent, mais je commence (enfin) à remettre ce choix en question, et à envisager de soumettre ce recueil à d’autres éditeurs, principalement pour bénéficier -en cas d’acceptation- d’une meilleure diffusion. Enfin nous verrons bien...

Je suis aujourd’hui heureux que ce livre ait tant tardé à être publié, car j’ai pu y effectuer depuis des corrections qui, à mon sens, en augmentent grandement la qualité. On commet forcément, à vingt-cinq ans, des maladresses que l’on ne commet plus à vingt-huit. La grande majorité des corrections effectuées durant les six heures que je viens de passer dessus consistent en deux choses :
- Suppression de l’écriture dite « sms ». Depuis 1991 j’écrivais ma poésie en utilisant tout un système d’abréviations phonétiques (« de » devient « 2 », « ses » et « ces » deviennent « c », « cette » & « cet » deviennent « 7 », « des » devient « d », etc…) qui avaient un grand sens pour moi : écriture plus spontanée, plus vraie puisque j’écris comme ça au naturel ; acceptation d’un aspect phonétique de la poésie qui ramène à la phrase de Ferré : « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale » ; et simplement un grand aspect ludique. Cette méthode, utilisée couramment par les anglo-saxons depuis trente ans (« to » devient « 2 », « for » devient « 4 », etc…), était jusqu’à peu de temps assez rare en français, et donc assez originale et créative en soi. Elle agaçait souvent, il est vrai, mais parce que les gens n’y étaient pas habitués, et elle ne manquait en tout cas jamais de surprendre. Depuis quatre ans, l’avènement du sms a rendu cette pratique courante, et supprimé toute originalité quant à son emploi. Ce qui donc agaçait jadis parce que surprenant, agace désormais parce que trop commun, et la chose a perdu tout impact en même temps que toute originalité. Je me suis donc vu contraint d’y renoncer, non sans regret, et j’ai entièrement « réécrit » les Fragments en langage « normal ». Ajoutons à cela l'éviction de quelques maladresses stylistiques, qui me sont apparues comme évidentes. Pas beaucoup, juste quelques unes.
- Remplacement d'un texte par un autre : La Terreur, n’avait plus sa place pour deux raisons. La première est que ce texte, très politique, comportait plusieurs aspects encore « naïfs » dont je ne peux plus être dupe. La seconde est que ce texte, par d’autres moments très agressif, constituait l’ébauche de ce qui est depuis devenu Bébé Coma, autre texte beaucoup plus long, vigoureux pamphlet qui s’est mué en un spectacle mélangeant paroles, musique électronique, et à l’occasion performances plastiques et/ou corporelles (certains d’entre vous ont pu voir ce spectacle à la friche RVI, à l’Ovale ou aux Subsistances, où il a été jusque-là représenté). J’ai la ferme intention de « figer » un jour Bébé Coma sous la forme d’un livre/CD or, l’essentiel des bons passages de La Terreur ont réatterri dans Bébé Coma. Il convenait donc de les ôter des Fragments nocturnes. Cela m’a du coup permis d’y recaser un autre texte de l’époque, que j’avais écarté à regret pour ne pas excéder les vingt-sept textes souhaités.

Bon, tout ça c’est bien mignon, mais à part ça, pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce que, du coup, j’ai du relire mot par mot l’ensemble de ce recueil et que ça n’a pas manqué d'éveiller en moi des choses que j’avais envie de noter et donc, tant qu’à faire, de partager ici.

Tout d’abord, il faut bien reconnaître que je reste très fier de ce livre, que je considère vraiment comme un chapitre important de ma future bibliographie. Difficile de parler en bien de son propre travail sans paraître prétentieux, donc je vous prie de garder à l’esprit que ça n’en est pas moins important de pouvoir être « content de soi » lorsque l’on a passé des centaines d’heures à travailler sur quelque chose. Ne me jugez pas, donc, car je peux aussi vous avouer que les vingt-sept textes des Fragments nocturnes représentent peut-être 10% de ma production poétique totale, et que 90% des 90% restants est constitué, à mon sens, de grosses merdes illisibles et complètement foireuses. Puisse ce constat, très honnête, vous dispenser de me prendre pour ce que je ne suis pas.

Pour autant, je me rappelle qu’à l’époque, lorsque j’envisageais de publier ce livre en 2002, j’étais convaincu qu’il aurait auprès de ses rares lecteurs (on parle de poésie, ne l’oublions pas), l’effet d’une petite bombe. Bon, d’accord, il y a de vrais moments d’auto-indulgence dans ce recueil, et pourtant je puis vous assurer que pas un mot n’y figure sans avoir été pesé et re-pesé des dizaines de fois. En gros, je considère que l’auto-indulgence fait partie intégrante de la création poétique, pour ne pas dire artistique en général, à condition d’être modérée et finement dosée. Je me réjouis que certains des artistes que j’admire le plus se soient permis d’être auto-indulgents par moments, car c’est aussi ces excès d’ego qui ont participé de leur génie et du fait qu’ils aient une « patte » bien à eux. Sans prétendre être moi-même génial, je pense que mes auto-indulgences ont souvent participé au succès de mes textes auprès d’un certain public. On me l’a même parfois dit très clairement : sans cette audace, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Toujours est-il que je reste convaincu que, dans le paysage poétique actuel -du moins ce que j’en ai perçu en feuilletant nombre de recueils et revues- les directions que je prends dans les Fragments nocturnes (assez différentes alors de celles que vous pouvez lire à présent sur ce blog) n’appartiennent souvent qu’à moi, et ont au moins le mérite de l’originalité sinon ceux de la qualité. Mérite auquel j’ajouterai celui d’une véritable honnêteté. Certes, je suis joueur, et je sais qu’en cela je joue parfois avec les nerfs du lecteur. Ceci étant, je me livre dans ces textes avec une transparence qui va au delà de la simple sincérité : je sais qu’il y a des choses qu’il a été très difficile pour moi de me résoudre à livrer et même de réelles « prises de risques » au niveau personnel. Ce que j’y propose n’est pas un artifice romantique, ni un cynisme trash dans l’air du temps, c’est vraiment moi, dans toutes mes contradictions, dans toutes mes parts d’ombre et de lumière… Alors oui, encore un poète nombriliste, dira-t-on. Sauf que je passe mon temps à raconter les histoires de personnages imaginaires dans mes romans et scénarios de BD, donc je m’accorde au moins le droit d’écrire sur mon petit nombril dans la poésie. Et d’ailleurs ce n’est souvent prétexte qu’à dévoiler des prises de conscience qui -je parle d’expérience- peuvent être utiles à d’autres qui se posent les mêmes questions, ou un regard sur certains points de notre société qui dépassent de loin mes petits problèmes.

J’avoue avoir été très perturbé par un feedback extrêmement hostile sur mon travail lors de la parution de Mercure Liquide #1 et des performances qui s’en sont suivies aux Subsistances. Le monde m’est un peu tombé sur la tête d’un coup et mes propres collaborateurs -ils ne l’avoueront jamais mais je ne suis pas idiot- se sont eux-mêmes demandés si, en fait, je n’étais pas un auteur médiocre, contrairement à ce qu’ils avaient toujours pensé. Ce feedback m’a d’autant plus déstabilisé que ça fait des années que j’expose mon travail à toutes sortes de regards et que, malgré de virulentes critiques, la majorité des retours a toujours été très encourageante. J’ai de fait passé un hiver assez pénible, à me remettre en cause, à penser que tout ce que je faisais était à chier, que je faisais fausse route depuis dix ans. Et puis de nouveaux feedbacks encourageants sont apparus, et au bout de trois mois d’autocritique ferme, je sais de nouveau où j’en suis. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais j’ai aussi quinze ans de pratique derrière moi. Je ne m’explique pas ce qui s’est passé cet automne. Certains m’ont dit que j’étais peut-être « trop en avance sur mon époque » pour que ça passe, mais je ne suis quand même pas assez naïf (ou imbu de moi-même) pour croire ça. Pour autant, j’ai cru comprendre qu’une bonne partie du lectorat de Mercure Liquide, avec tout le respect que je lui dois, est ravi de lire des textes « classiques » comme ceux de Bernard Blangenois ou Benoît Meunier, tout en étant rebuté par des choses formellement plus osées, comme mes textes ou ceux de Pierre Gonzales. L’inverse est d’ailleurs vrai, puisque d’autres nous reprochent d’être trop « classiques », mais il faudra bien que tous comprennent que Mercure Liquide est une revue plurielle, qui refuse de s’enfermer dans un camp ou dans l’autre. Toujours est-il que cette frilosité envers des choses trop « tordues » comme peuvent l’être mes textes, me paraît la seule explication à un rejet si violent et unanime de mon travail par le public de Mercure, dans la mesure ou ce rejet était inhabituel pour moi. Si toutefois quelqu'un a une autre idée... parce que bien sûr tas de gens ont dit que c'était mauvais, mais personne n'a expliqué pourquoi. Il ressort de tout ça que j’ignore comment seront perçus les Fragments nocturnes le jour de leur parution (quel que soit ce jour), mais je reste sincèrement persuadé que même s’ils ne convainquent pas tout le monde, ils feront figure de petit ovni dans le monde de la poésie actuelle, et c’est déjà en soi quelque chose dont je suis fier.

La raison pour laquelle je souhaitais écrire ces lignes, avant de m’égarer de tous cotés (c’est tout moi, ça), était surtout d’évoquer l’impression que m’avait fait cette relecture attentive des Fragments nocturnes. Je vous disais plus haut qu’ils avaient été écrits entre 1996 et 2002, mais en réalité, plus de la moitié ont été écrits entre octobre 2000 et février 2001. Je vivais alors une époque particulièrement exaltante de ma vie, une période de révolution spirituelle intense, due à des changements majeurs dans ma vie : maladie et mort de ma mère, découvertes fascinantes dans ma pratique artistique, rencontre d’une fille qui a alors bouleversé mon existence, voyage de deux mois en Inde et retraite de dix jours seul dans le désert, affichage de Confession Publique sur les murs des Pentes de la Croix-Rousse alors que j’étais aux prises avec un acharnement maniaque de certains à entacher ma réputation (certains se souviendront avec tendresse des taliban(E)s du Point Moc), feedback assez violent de mon statut (pourtant alors tant désiré) de personnage public dans le microcosme culturel lyonnais, possibilité d’avoir une scène sur laquelle monter chaque semaine au squat Casa Okupada, et au milieu de tout ça une foule extraordinaire de soi-disant « coïncidences » dans ma vie : messages sans ambiguïtés de l’Univers/Dieu à ma personne, et j’en passe… Bref, chaque jour la terre tremblait littéralement sous mes pieds, j’étais en proie à une délicieuse euphorie à laquelle se mêlaient forcément des peurs, mais j’avais conscience de vivre une extraordinaire aventure, au sortir de laquelle ma vie ne serait plus jamais la même. Quatre ans après, je sais que ces quelques mois resteront probablement l'une des périodes les plus intenses, les plus trépidantes et les plus fascinantes de ma vie, et je prie parfois pour avoir la chance de revivre au moins une fois quelque chose d’aussi fort sur une durée aussi longue. Dans ces moments-là l’expression de « légende personnelle » chère à Paolo Coelho prend vraiment tout son sens, car on a l’impression de vivre un véritable film hollywoodien… ou un véritable conte initiatique, selon. Et c'est cette histoire que racontent les Fragments nocturnes : la première partie conte en quelque sorte les années précédentes, comment j’en suis parvenu là à travers une vie mondaine et chimique, à travers des phases dépressives intenses et des illusions déchirées. Les deux parties suivantes décrivent cette révolution intérieure, celle d’un jeune homme qui se cherche lui-même dans un étrange mélange de Dieu et des femmes. Un jeune homme qui, dans sa quête, réalise combien il est comme tout un chacun le jouet de son ego et de l’identité sexuelle qu’on lui a imposé (femme dans sa famille, homme dans le reste du monde). Un jeune homme qui se plait tant à jouer avec les mots et les corps qu’il s’y perd pour finalement s’y trouver. Un jeune homme qui prend conscience de ce qu’il veut, de ce qu’il ne veut plus, de ce qu’il sait et surtout de tout ce qu’il ne sait pas. C’est ultra trash par moments, ultra kitsch rose bonbon par d’autres. Ca se veut parfois sérieux, parfois drôle, parfois les deux en même temps. C’est en tout cas intensément vécu, intensément raconté et cela se termine en quelque sorte par un commencement, le commencement d’un autre chose que, peut-être, je raconterai un jour dans de nouveaux Fragments.

C’était donc, si j’ose dire, le moment approprié pour relire tout ça, parce que ma vie en ce moment est tout sauf une « légende ». Sans m’étaler sur ce que je vis ces derniers temps, ces dernières semaines ont été volontairement solitaires et franchement dépressives. Je suis en butte à un sentiment d’échec personnel du à de grosses prises de conscience quant à ces dix dernières années et la façon dont j’ai gâché beaucoup de choses (comme dirait un certain peintre/musicien de ma connaissance, j’ai « tout fait à l’envers », par ego et par besoin de reconnaissance - non, soyons justes avec nous même, pas tout, mais trop quand même). Je suis en butte à une histoire d’amour importante qui bat de l’aile. Je suis en butte aux trahisons d’un ami qui a beaucoup contribué au « battements d’ailes » susnommés, mais que je ne peux me résoudre ni à pardonner entièrement, ni à répudier pour de bon. Je suis en butte aux crises existentielles des dessinateurs dont dépendent l’aboutissement de mes projets BD, et Dieu que ça traîne ! Je suis surtout en butte à un sentiment d’immobilité et d’impuissance, pour ne pas dire de paralysie, qui me font me sentir incapable de faire quoi que ce soit. Le seul bon coté de tout ça est qu’à force de solitude, d'un peu de méditation, et de beaucoup de musiques indiennes et tibétaines, j’arrive à un certain apaisement qui ne m’a que trop rarement habité. Je tend à présent vers cet apaisement. De plus en plus. J'apprend chaque jour, et certaines nuits plus que d'autres...

Alors, forcément, me revoir quatre ans en arrière, bouillonnant d’enthousiasme et vivant d’une manière autrement moins résignée mes prises de consciences, ne pouvait que me faire du bien. Cela m’a rappelé qu’au fond de l’agneau que je suis, dort toujours un dragon, mais que ce dragon doit maintenant trouver sa force ailleurs que dans l’ego et le besoin de reconnaissance. C’est ces nouvelles sources d’énergies que je peine à trouver, et dont l’absence fait que je m’épuise continuellement depuis trois ans. Pourtant il fut un temps où ma foi suffisait à me porter. Le problème est que, comme je le dis si bien dans le texte Prière : « ce qui donne un sens à la vie ne saurait devenir la vie ». Aussi dois-je apprendre à trouver de nouvelles manières de me penser et de me vivre au quotidien, de nouveaux moteurs. Et que cette histoire qui bat de l’aile cesse ou continue n’y changera rien : car mon épuisement a bien contribué à la disloquer…

Tout ce que je peux faire, en attendant, est de me souvenir avec affection du Shaomi qui a écrit ces Fragments nocturnes il y a quatre ans, le remercier de m’avoir aujourd’hui rappelé combien la vie peut être exaltante et combien, à l’arrivée, il y a de paix et de sagesse à y trouver… J’ai encore une longue route à faire, mais j’espère qu’un jour ces Fragments nocturnes seront publiés (sans quoi ils finiront sur internet, ça c’est certain), car je me souviens qu’ils avaient apporté beaucoup à quelques uns de ceux à qui je les avaient fait lire à l’époque, et qu’ils m’ont ré-apporté beaucoup à moi-même ce soir. Comme quoi l’écriture thérapie peut devenir lecture thérapie, et comme quoi il n’y a rien de si égoïste à la commettre. Plaisir des mots qui s’enchaînent harmonieusement, malicieusement, mais aussi plaisir des idées et des regards, parfois si lucides, qu’un être humain peut avoir sur lui-même et sur le monde qui l’entoure… Voilà ce que j’ai retrouvé dans ces textes. Voilà ce que j’espère partager, un jour, avec vous [Update : c'est chose faite depuis 2007, cf. lien ci-dessus].

5 avril 2005

La culture coûte cher !

Après qu'un de mes collègues se soit pris une prune de 150 € il y a quelques semaines pour stationnement interdit, lors d'un chargement de matériel pour Mercure Liquide, je viens aujourd'hui de m'en prendre une dont le montant pourra grimper jusqu'à 750 € pour collage d'affiches sauvage.

Mercure Liquide va bien évidemment prendre à sa charge tous ces frais, mais cela va faire un méchant trou dans un budget déjà bien précaire...

Encore un peu et nous aurons bientôt remboursé à l'Etat la totalité des 6000 € de subventions (Défi Jeune) qu'il nous a alloué l'an dernier pour démarrer...

Vive la France !

2 avril 2005

Rêves en yeux

Un petit texte qui date de l'automne et que mes collègues de Mercure Liquide ont refusé pour cause de trop grande opacité (...).

Pour ceux qui - donc - se demanderaient, je parle ici de l'absurdité et du vain de la vie politique, économique et médiatique, de la façon dont tout ça est un spectacle qui influe sur l'individu au point de lui donner des envies et opinions tout aussi vains qu'absurdes quant à la manière dont il doit mener sa vie... La politique devient spectacle, le spectacle devient idéologie, tout ça au service d'une économie incontrôlée. Tout devient le miroir d'un miroir, le reflet d'un reflet. L'humain n'a plus de sens qu'en dehors de cette foire, mais on lui fait croire qu'il n'en a qu'en y prenant part. Enfin, dans les grandes lignes, voilà ce que ça a donné de passer des heures devant la télé...

Putain, je déteste expliquer mon travail !!!

RÊVES EN YEUX

rêves tendancieux
expliquer -> autres -> justifier
à la ligne - en rangs !
droit comme 1 (…) piquet

rêves / acquits mieux/mieux
décupler l’humanité c
accoupler des Q !
comment font-ils tous ces bébés ?

rêves tendent o cieux
donne/donne/donne
éducation nationale te le rendra (vote ?)ba clé [bout-clé]

rêves crèvent les vieux
aller / autre / ment / songe
grandir, pour quoi faire ?
&lire sans avoir (&)lu les [pro] grammes

rêves / taon / essuie tous lieux
idée(S) o gramme
109 €
couvre plusieurs kilo-octaves [8²]

rêves bandent o lieu (…d’y eux ?
…) saluer ces messieurs
[pause]
miroir ! miroir ! miroir(s)
rêves tordboyaux / tordessieux
re dé couvrir le passé
ouvrons nos (ans) lacets
moignons / pognon lavie s’achète

rêves d&li& donnent (du relief) 1 mieux
rappelle-moi ton non - 1-6-te ! -c bon (rond) (=)
(binaire) engendre (binaire)

rêves en tous lieux (cocaïne) classieux
apprendre à [braire] [traire] les vaches
qui veut gagner des millions ?
cocher ici : 

rêves adaptés range(NT) les lieux
commun songe nuit endettée
{toujours, 2 + en +}
en général

rêves éthé / anxieux anxieux / rés / cieux
vo(dor)mir ici-bas (mettre bas)quel choix ? (à bas !)
on
ne nous dit jamais rien, à moi !

rêves rêves rê FATAL ERROR 404 … hi ! … euh …
donner à manger
-les autres-
aux autres &th& ré

voilà, c fini(clapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclap)- merci -
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