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29 septembre 2013

Combustions Spontanées, mai 2006

Il ne reste malheureusement plus grande trace des nombreuses performances et lectures auxquelles j'ai participé entre 2000 et 2010. Je sais que quelques captas ont été faites mais je n'en ai jamais vu la couleur, et quant aux photos c'est à peine mieux : très peu ont atterri sur mon disque dur. 

Parmi ce très peu il y a cette série de clichés, pris par Jérémie Germain : deux perfs d'impro les 12 et 13 mai 2006, lors du week-end de lancement de Mercure Liquide #4 à l'Orangerie du Parc de la Tête d'Or. Je garde un souvenir particulièrement attendri de ces deux Combustions Spontanées : il y avait une chouette ambiance tout au long du week-end, nous avions (pour une fois) un peu bossé en amont, c'était des parenthèses créatives appréciables au milieu de mon rush d'organisateur... Et puis c'était bien de faire ça dans un grand espace lumineux, en pleine journée : ça changeait des petites salles obscures et des ambiances nocturnes. 

Je ne saurais plus vous dire exactement sur quels thèmes nous avions travaillé mais c'était très zen. Je ne sais plus très bien non plus quels textes j'avais utilisés comme matière première mais il y avait probablement des bribes de Ce qui meurt, Soisilence, Perdu vagues et D&li&. Ce dont je me souviens c'est qu'à la fin de chacune des deux perfs, plusieurs personnes étaient venues nous voir pour nous dire que ça les avait apaisées et on était tout contents parce que c'était exactement ce qu'on voulait susciter (ben oui, que voulez-vous, on ne peut pas être trashcore tous les jours ^^).

Mes partners in crime étaient Florence Bordarier, Emmanuel Borgo et Lise Rondot (danse), Sylvain Gérard et Damiens Larcher (musique) et Jean-Pierre Olinger (peinture). Manu n'avait malheureusement pu participer qu'à la première. Les photos sont présentées dans l'ordre où elles ont été prises.

Vendredi 12 mai 2006 :




























De gauche à droite : Jean-Pierre Olinger, Shaomi, Florence Bordarier, Lise Rondot, Emmanuel Borgo, Sylvain Gérard, Damiens Larcher.


Samedi 13 mai 2006 :







De gauche à droite : Lise Rondot, Florence Bordarier, Shaomi, Sylvain Gérard, Damiens Larcher, Jean-Pierre Olinger.


28 février 2010

Small City

Small City (a.k.a. The Madcapulsize Experience et, plus tard, Grande ville, petites gens) fut un projet de film d’animation expérimental, que souhaitait réaliser mon amie Pulsize, dont j’étais censé écrire le script. Le film ne vit jamais le jour, mais cette expérience aboutit néanmoins pour moi à quelques trucs intéressants.

Il y eut deux versions, très différentes, du projet en lui-même. En septembre 2000, Pulsize m’avait simplement proposé de travailler sur le concept de dépendance, et donné carte blanche. À l’origine, le texte du film se présentait comme une suite de monologues intérieurs et de dialogues. C’est de mes recherches sur ce projet qu’émergea inopinément la Confession publique, qui au départ n’était qu’un exercice de style consistant à appliquer à ma propre personne le type d’introspection que je cherchais à appliquer aux personnages.

Finalement, Pulsize décida qu’elle voulait quelque chose de plus narratif et du coup, j’écrivis début 2002 un véritable scénario de long métrage, dans la même ambiance mais avec d’autres personnages. Le résultat était totalement irréalisable (faute de moyens et de temps) et Pulsize finit par se tourner vers des projets plus raisonnables. Du coup, entre août et octobre 2003, je remaniai le scénario en question dans l'idée d'en faire la base de mon second roman, que j'abandonnai finalement inachevé pour écrire Tabloïde à la place (je publierai sans doute ici, tôt ou tard, les rushes de cette version-ci, qui avait de vrais bons moments).

Pour la petite histoire, Pulsize et moi avons de nouveau collaboré en 2007, sur le scénario d'un clip qu'elle devait réaliser pour le groupe Human E.T Crew. Je ne sais plus si elle a fini par faire le clip ou pas, mais je sais que le groupe n'avait pas retenu la version du scénario sur laquelle nous avions bossé ensemble. Un grand merci à elle en tout cas, parce que même si nous n'avons jamais réussi à aboutir quoi que ce soit ensemble, ses propositions m'ont amené à réaliser plein de trucs cools de mon côté !

Ce que vous lirez aujourd’hui provient des rushes de la version 2000-2001 (les monologues et les dialogues). 95% de ce que j’ai écris à l’époque ne mérite pas d’être publié aujourd’hui, mais j’ai quand même extirpé du lot les deux petits fragments ci-dessous : rien d’extraordinaire mais je les aime bien ^^ Je serais malhonnête de ne pas mentionner que les deux personnages qui parlent ici (il y en avait neuf en tout) étaient librement inspirés de personnages créés quelques mois plus tôt par mes amis Céline Z. et Ben T., dans le cadre du spectacle pluridisciplinaire Rumeur publique, que nous avions écrit et monté ensemble en septembre 2000 (plus de détails sur ce projet-ci ici et ).

***

SMALL CITY : EXTRAIT DES MONOLOGUES D’ERUTIRCE (décembre 2000)

Perdue…

Je suis… perdue…

Je erre entre les traboules en rasant les murs et parfois, lorsqu’une silhouette m’interpelle, je lui barre le chemin et j’ose lui dire un mot, parfois deux, puis je fuis car je crains ses réponses. Mieux vaut pour moi la laisser sans voix.

Qui… m’écoute ?

Personne, puisque je ne parle pas. Je voudrais bien, mais les mots ne sortent pas, ou alors à l’envers, tordus, confus, mal fichus. Alors je fuis et me contente d’envoyer des sourires, des regards, des phrases impersonnelles : « aujourd’hui j’ai fait ça, je suis allée ici, j’ai vu un truc et découvert un machin ».

Des faits : voilà ma journée, voilà ma vie. Je décris des faits mais ce que je ressens vraiment, je suis incapable de le dire avec des mots.

Et je déteste me sentir obligée de le faire.

« Parle, putain ! »

Mes amis me pressent. Sont-ils mes amis ? Je suis toujours avec des gens, d’appart’ en appart’, de squat en squat. La solitude a quitté mon quotidien. Chez moi n’est plus chez moi. J’y passe et n’y reste jamais.

Chez moi, c’est partout, tant qu’il y a des gens.

Chez moi, c’est nulle part.

J’aime les gens. Pas tous, bien sûr. J’ai besoin d’eux pour avancer, me libérer de ce que j’étais. Plus de petite fille sage et méthodique. Je me préfère en cinémascope, en technicolor… et en muette.

Parfois il y en a un, ou une, qui me presse :

« Mais parle ! »

Quoi, parle ?

« Dis ce que tu ressens, vraiment. »

Comment ferais-je ? Je change, tout change et si vite que je suis incapable de dire le pourquoi et le quoi de moi.

Je vole.

Haut.

J’aime ça.

Et c’est tout.

Je veux juste être là, avec vous, faire avec vous, jouer avec vous, danser avec vous, rire, manger et dormir avec vous.

De temps en temps, comme pour m’excuser de si peu me dévoiler, je fais un petit cadeau.

Et des fois je craque et pleure dans le creux de votre épaule.

Ça c’est déjà beaucoup vous en dire. Pour moi en tout cas c’est beaucoup.

***

SMALL CITY : EXTRAIT DES MONOLOGUES DE R’JKA (décembre 2000)

Je n’en peux plus.

Je n’en peux plus du regard des autres. Je n’en peux plus de mon propre regard sur moi-même. Une pression permanente, ces regards : c’est comme autant de verdicts sans appel, des verdicts sans procès ni preuves, arbitraires et dont nous sommes tous tellement tributaires que nous en venons à n’être plus que des compromis incarnés.

Les gens savent s’y prendre pour vous remettre à votre place. D’ailleurs, c’est quoi cette expression : « remettre à sa place » ? C’est des conneries : on ne se fait pas remettre à sa place, jamais ! On se fait remettre à la place où l’on ne dérange plus personne, qu’importe que ce soit la sienne ou non, tant qu’on passe suffisamment inaperçu pour ne plus gêner le groupe.

Il faudrait peut-être tous se crever les yeux pour avoir la paix, pour en finir avec les regards.

11 janvier 2010

Bébé Coma Solo

Bébé Coma est un projet de semi-improvisation pluridisciplinaire qui a une longue histoire. Issu de sessions d'écriture intensives de l'automne 2003 en vue de futures Combustions Spontanées, héritier thématique d'un spectacle similaire avorté en 2002, produit sur scène à cinq reprises en 2003-2004 avec votre humble serviteur au texte, NeSty NeSs au son, et selon les cas Pierrick Maitrot ou Jean-Pierre Olinger à la peinture, Stéphan Meynet à la vidéo ou safran en projection photographique... Vous pouvez trouver une historique plus détaillée du projet ici.

Après que la première version ait vécue, le projet repartit dans une nouvelle direction en 2005, avec le musicien Vincent Palumbo, la danseuse Florence Bordarier et la vidéaste Isa Borgo. Malheureusement je suis parti deux ans à Marseille, Vincent est parti en Angleterre puis à Paris, et tout ça est resté en stand-by depuis trois ans. Nous nous sommes revus tous les quatre il y a peu, et on s'est dit qu'on finirait bien le travail, pas en live mais en studio, pour une version qui serait alors diffusée online : à suivre donc...

En attendant, Florence eut l'occasion de présenter une partie de son travail sur le spectacle en 2006. Chorégraphié par ses soins sous la direction de Dominique Buttaud, danse silencieuse (d'où la vidéo sans musique), Bébé Coma Solo est tout ce qui est visible à ce jour du projet... J'espère que vous pourrez un jour découvrir Bébé Coma dans son intégralité et d'ici là, je vous laisse en compagnie de Florence.

5 octobre 2009

Perf 74















regarde-toi dans le blanc des yeux

regarde-toi dans le blanc

qu’es-tu qui ne sois pas le contraire de tout ce que le sens implique, toi qui es ce que tu es censé(e) être ?

censé(e)

censé(e)

sensé

être

autour de toi c’est un opéra punk une free-party démesurée le chaos des « bonjours » des « au-revoir » & des « oui » & des « non » & des « peut-être » & des « si » & des « quand » - tu ne me feras pas croire que ta cravate ou ton tailleur mettent de l'ordre dans tout ça ils ne sont que des parapluies !

bonjour & au revoir & oui & non

on exige de toi que tu choisisses ton camp sur toutes les questions c’est « oui » ou c’est « non »

oui ou non bien ou mal noir ou blanc beau ou laid propre ou sale lui je l'aime & lui c'est un gros con

le choix voile & donne l'illusion d'une identité

oui ou non bien ou mal noir ou blanc beau ou laid propre ou sale gentil ou méchant intelligent ou bête

(contrastes en solde !)

on exige de toi que tu choisisses ton temps sur toutes les questions les « si » & les « quand » & ne parlons même pas des « avant » qui t'écrasent sous leurs espoirs pesants leurs regrets tronçonneuses & te coupent du réel qui est là maintenant bien là pourtant mais tu ne le vois pas

le vrai oui est au-delà du « oui »

tu te débats avec ta propre image de toi tu te la construis la figes la projettes dans les allers-retours-détours & d'entre toutes tu finis par être la personne que tu connais le moins au monde !

ton reflet, cet inconnu

avec ton mental-photoshop tu détoures ce qui constitue ce « toi » identitaire et ce « toi » qui va s’opposer au « eux » des autres car en ce monde la dualité est paradigme

tu détoures chaque couche de matière ajoutée à l’être original qui a été créé petite âme vierge tu n’as plus rien de vierge ni de blanc tu n’es qu’un amas de contradictions & de couches !

les premières couches absorbaient ton pipi puis les suivantes ont recouvert ton être & le réel couche sur couche pour absorber l’humain & le monde qui l'entoure il ne reste plus qu’un masque composite de « oui » & de « non » de blancs & de noirs une perception détourée de chaque chose qui constitue ton environnement qui te permet de situer les autres carnivores dans la géométrie variable des opinions

chaque fragment de réel détouré devient une jungle ou un verre d'eau qui te coupe du tout unifié

nulle réalité que celle des interactions certes mais fallait-il que cet être artificiel te remplace ?

si encore tu étais heureu(se)x

si au moins

dans l'abyssale mise à nu des préoccupations contemporaines il n’y a plus que de vaines tentatives pour comprendre le sens de cette ombre sur-imprimée sur nos peaux...

12 juin 2009

Neweden/Mercure Liquide : fin d'un projet, fin d'une époque...

Ce soir, une aventure culturelle lyonnaise s'est terminée, qui fut probablement l'une des plus singulières de la vie artistique locale de ces quinze dernières années.

La revue Mercure Liquide sortait son dernier numéro, et célébrait de joyeuses funérailles lors d'une ultime soirée. Tous ne le savent pas, mais Mercure Liquide fut en fait l'ultime émanation du collectif Neweden, collectif pluridisciplinaire fondé en 1997 autour du fanzine Scrach, lui même né en 1995. Cette soirée était la dernière, ever.

Co-fondateur et de Scrach, et de Neweden, et de Mercure Liquide, ce n'est pas sans émotion que je vois cette page se tourner, même si j'avais quitté le projet depuis deux ans déjà. Je n'ai pas assisté à la soirée, pour diverses raisons, mais mon cœur était un peu là-bas tout de même.

Il y aurait sans doute une histoire à écrire autour de ces quatorze années, car quand je parle d'aventure je peux vous dire que c'en fut une sacrée ! Deux fanzines, une revue et une maison d'édition ; trois festivals et plus de trente autres événements où se mélangèrent concerts, danse, expositions, lectures, performances, projections et théâtre ; aux alentours de trois-cents artistes et bénévoles impliqués de près ou de loin ; quelques trois ou quatre milliers de spectateurs et lecteurs... Tout ça avec des bouts de ficelle et une foi inébranlable : Neweden aura bien vécu ! Que d'anecdotes et de moments ahurissants, hilarants ou difficiles, que de galères, de joies, de succès, d'engueulades et d'embrassades... Que de travail aussi. Si vous saviez le nombre de souvenirs qui m'assaillent quand je repense à tout ça ! Il y a eu des périodes d'accalmie, mais il faut comprendre que ce n'était pas juste un truc qu'on faisait, c'était un truc qu'on vivait, qui construisait et déconstruisait nos quotidiens, nos priorités, nos fêtes, nos amitiés, nos histoires d'amour parfois même.

Il y a une histoire à écrire, du premier numéro de Scrach, fanzine photocopié, tapé à la machine et tiré à 22 exemplaires jusqu'au dernier numéro de Mercure Liquide, revue classieuse reconnue nationalement, subventionnée et tirée à 500 exemplaires. Il y a une histoire à écrire, de la toute première New Eden Party dans un petit bar obscur jusqu'à nos soirées aux Subsistances ou au Croiseur (en passant par l'épique New Eden Week de juin 2000, un festival homérique, long d'une semaine, qui marqua pas mal d'esprits). Une histoire de projets impossibles et pourtant mis en œuvre, souvent titanesques au regard des moyens financiers et humains dont nous disposions. Une histoire de lieux aussi, ceux qui ont accueillis nos soirées, ceux que nous avons occupés plusieurs mois durant (la Casa Okupada, puis la Friche RVI à ses débuts). Et surtout une histoire humaine, de rencontres, de collaborations, tissée non seulement par une équipe (qui connut tant d'incarnations différentes) mais aussi par de nombreux acteurs de la vie culturelle locale, qui flirtèrent avec nous le temps d'un ou quelques événements.

La liste complète des contributeurs, artistes pour la plupart, est presque impossible à établir mais peut-être avec nos archives y parviendrons-nous un jour. Des tas de noms, de visages, me reviennent en mémoire en plus de tous ceux que je fréquente toujours. Certains étaient plus avancés que nous dans leurs carrières, et nous ont généreusement donné un coup de pouce. D'autres, la majorité, ont fait leurs premières armes à nos côtés. Des tas de gens à qui j'ai envie de dire merci ! Merci d'avoir été là, merci d'avoir fait avec nous, merci d'avoir fait cette légende. Ce n'était peut-être qu'une petite légende lyonnaise, qui sera vite oubliée, mais il n'empêche que régulièrement je croise des gens qui évoquent avec émerveillement et gratitude tels ou tels moments qui les ont marqués, qui leur ont permis d'avancer dans leur vie, leur création ou leur carrière. C'est tellement bon de savoir que tout ça n'a pas servi à rien !

Alors en attendant d'évoquer tout le monde ou presque, de vous raconter un jour tout ça dans les détails, il y a quand même cinq personnes sans lesquelles je n'aurais rien fait du tout, et que je tiens à saluer en ce jour d'enterrement. Plusieurs autres personnes ont apporté des éléments déterminants quant aux directions artistiques du collectif et de ses projet. D'autres encore ont été très impliquées, voire vitales à certaines périodes transitoires. Mais il serait impossible de les nommer sans évoquer une foule de pourquoi et de comment. Aussi me contenterai-je aujourd'hui de vous parler des cinq personnes qui ont été, à mes côtés et à tour de rôle, la colonne vertébrale de Neweden.

Tout d'abord mon ami l'auteur de BD Frédéric Thirion, co-fondateur de Scrach, qui n'eut de cesse pendant deux ans de me tanner pour qu'on monte un fanzine, jusqu'à ce que je craque et accepte, sans imaginer une seconde où tout cela nous mènerait !
Il y a ensuite les deux personnes qui ont formé avec moi le « trio moteur » de la première « grande époque » de Neweden entre 1998 et 2001 : la danseuse et chorégraphe Florence Bordarier et le photographe Fred Grégeois. Nous avons traversé de telles tempêtes ensemble, à cette époque où le collectif comptait une quarantaine de membres ! Nous n'étions que des gamins de vingt ans, avec une immense envie de déplacer des montagnes, et nous les avons déplacées !
Il y a enfin les deux autres membres du second « trio moteur », celui du festival Garden Freaks et des années Mercure Liquide (2003-2008) : le photographe safran et la chargée de projet Marion Blangenois. Nous étions déjà moins jeunes et moins fous, l'équipe était plus réduite mais la tâche toujours aussi ambitieuse, sinon davantage. Grâce à eux, Neweden quitta la sphère de l'underground et mit en œuvre un projet plus mûr, plus abouti, plus cohérent aussi... Nous avions envie de déplacer d'autres montagnes, et de nouveau elles furent déplacées !

Sans tous les autres, nous n'aurions rien pu faire du tout.
Sans ces cinq personnes-là, je n'aurais jamais pu construire un bateau assez solide pour accueillir tous ces autres. À titre personnel, je leur dois beaucoup. À titre collectif, Neweden leur doit énormément.

Alors voilà, Neweden avait bien vécu : trop bien, trop vite et trop intensément pour vivre plus longtemps. C'est à peine une métaphore que de dire que le cœur a lâché... Le moment était venu d'explorer d'autres horizons, de faire chacun notre route. Les deux Fred se sont fait un peu plus discrets depuis quelques années, mais il continuent de faire leurs trucs dans leur coin, toujours avec le même plaisir. Je crois savoir que Marion prépare déjà un autre projet, et je ne doute pas un instant que ce projet sera à la hauteur de son talent d'organisatrice. Quant à Florence, safran et moi, en parallèle de nos projets personnels nous sommes en quelque sorte revenus aux sources, avec les Combustions Spontanées qui regroupent, entre autres, un certain nombre d'anciens membres et collaborateurs de Neweden. Et toujours, partout autour de nous, je vois naître (ou durer) d'autres collectifs, d'autres revues, d'autres talents... Je vois aussi nombre de ceux qui nous ont accompagnés murir, grandir, s'épanouir dans leur création. La scène lyonnaise est si riche !

Un jour je vous raconterai tout, promis ! En attendant, tout ce que je peux vous dire, c'est que c'était un sacré voyage, qui valait vraiment la peine d'être vécu ! Merci encore à tous ceux qui en ont fait partie, et bonne route à tous !

This is the end, my friends...
This is the beginning!

16 décembre 2008

Oops... i did it again!

Alors oui, je sais, j'avais dit que je ne le ferais plus... J'étais censé m'être officiellement « retiré de la scène culturelle lyonnaise ».

Du moins est-ce ce que j’avais expliqué en toute sincérité, il y a quelques mois, à quelques personnes. Après deux ans sur Marseille, et ne me sachant de retour sur Lyon que pour deux ans au maximum, j’avais envie de me la jouer discret, de ne pas me mettre en avant, de faire mes trucs dans mon coin…

Et puis un gars adorable qui gère un lieu adorable (j’y reviendrai quand la date se confirmera) m’a proposé d’un coup comme ça clac de venir jammer sur scène avec lui et son pote musicien. Une bonne vieille impro, comme au bon vieux temps. C’était fait avec une telle spontanéité, une telle générosité, que je n’ai pas eu le cœur de dire non. Le même soir, un musicien de Bombay rencontré par hasard sur internet me propose, dès que je lui parle de mon travail d'écriture, de composer sur mes textes, collaboration qui pourrait devenir scénique lorsque je rejoindrai la Grande Inde. Le lendemain enfin, je rencontre Estelle Duquesnois, qui dirige la revue No-Dogs. On sympathise et je suis amené, je ne sais plus trop comment et pourquoi, à parler de mes vieilles perfs d'impro. Sans chercher plus loin, Estelle m'invite à participer à la soirée de lancement de leur prochain numéro, le 3 décembre prochain.

Ces trois invitations, venant de personnes que je connaissais à peine, m’ont profondément touché. Elles m’ont rappelé la façon dont j’invitais les gens aux événements que j’organisais jadis, juste parce qu’ils m’inspiraient confiance et que leur travail me semblait intéressant, sans faire de simagrées et on verrait bien ensuite comment cela se passerait…

Alors j’ai dit oui, et oui, et oui !

Pour quelqu’un qui raisonne comme je raisonne (résonne ?), une telle accumulation d’invitations ne pouvait être le fruit du hasard : la vie m’invitait à remonter sur scène, comment dire non à la vie ? Alors, comme certains de mes vieux compagnons d’improvisation me répétaient inlassablement qu’ils aimeraient bien reprendre les Combustions Spontanées (nom donné à nos performances depuis 2000), j’ai senti le plaisir de la scène renaître en moi et au diable le reste ! Je n’ai pas pu m’empêcher de relancer la machine, en collaboration avec mon amie - co-fondatrice de Neweden en 1997 - Florence Bordarier. Nous voilà donc lancés pour deux soirs au Théâtre de l’Anagramme, les 18 et 19 décembre, et nous avons dors et déjà prévu de remettre le couvert en 2009.

Le fait est que tout ça m’a fait comprendre que si je ne voulais plus monter sur scène, c’était pour de mauvaises raisons. Ces mêmes raisons qui m’ont poussé à prendre « Shaomi » comme nom de plume et de scène afin dissocier « madcap » (mon surnom dans la vie) et « l’artiste » Shaomi. Ces mêmes raisons qui m’ont poussé à me mettre en retrait derrière mes collaborateurs dans tous les projets auxquels j’ai participé ces dernières années. Des raisons qui n’ont rien à voir avec la scène, ni avec la création artistique : l’écœurement pur et simple (et légitime) d’être ce que l’on nomme un « personnage public » car, pour citer l'écrivain Ernesto Sabato, devenir un personnage public est toujours « une chose dégoûtante, une sorte de vulgarité, une somme de malentendus, une manipulation ». Il y a la personne que vous êtes réellement, que vos proches connaissent, et puis il y a cette personne qui porte votre nom mais qui n’est pas vous, qui vous échappe totalement, à propos de laquelle des tas de gens disent des tas de choses délirantes, en bien comme en mal. Tous ceux qui ont connu quelque notoriété, fut-elle locale et minuscule comme ce fut mon cas, le savent. Cet écœurement est toujours vif en moi, mais cela a-t-il quelque chose à voir avec l’art, avec la création ou la scène ? Non, rien du tout. Je me sens juste - enfin ! - suffisamment épanoui, serein et confiant pour ne plus me soucier de cela. Il ne faut pas tout mélanger : il ne faut pas avoir honte de faire ce que l’on doit et veut faire sous prétexte que cela déplaît à quelques âmes en peine. Pas quand on est honnête avec soi-même. Pas quand on sait exactement là où on en est. Raser les murs pour ne plus avoir à subir les langues de pute est un choix aussi vain que maladroit !

Et je sais qu’il est juste pour nous de combustionner à nouveau : parce que nous aimons ces moments d’improvisation, ce contact avec le public, cette expérimentation d’autant plus goûteuse que la présence du public la rend périlleuse… La valeur artistique du résultat peut-être plus ou moins bonne, plus ou moins mauvaise : « c’est l’jeu ma pauv’ Lucette ! ». Mais nous feront de notre mieux et tout ça n’a rien à voir avec les mondanités ou quelque désir de se « mettre en avant ». Tout ça obéit à une logique autre, celle-là même qui nous fait passer des nuits blanches à créer lorsque pourtant nous devons nous lever le lendemain, celle-là même qui fait qu’à notre âge nous nous obstinons dans cette voie artistique si peu valorisante en un monde de banquiers et de marchands d’aspirateurs.

Je vous invite donc à venir nous voir jeudi et vendredi soirs au Théâtre de l’Anagramme (27 rue Royale, 69001) à 21h, pour la modique somme de 4 euros (qui iront au lieu et c’est bien naturel vu l’accueil qu’il nous fait, les artistes ne gagnant rien sur ces soirées). J’y serai accompagné des danseuses Florence Bordarier et Géraldine Berger et des musicien(ne)s Pascale Auffret, Julien Grosjean et François Lamy. Ceci n’est pas un événement Neweden/Mercure Liquide : plus besoin de label, c’est juste nous !

J’en profite aussi pour remercier ceux qui m’ont accompagné sur scène le 3 décembre à la soirée No-Dogs : la même Florence, les musicien(ne)s Sylvain Gérard et Elodie Poirier, le peintre Jean-Pierre Olinger… ainsi qu’Estelle, son staff et celui de la Belle Equipe pour leur accueil. C’était cool ! Un grand merci également à Stéphan Meynet et à l’équipe du Théâtre de l’Anagramme pour le lieu qu’ils nous offrent. Un grand merci enfin à l’artiste Marie-Claire Cordat, que j’ai rencontrée à cette occasion et qui m’a impressionné par son obstination à faire ce qui doit être fait, en dépit des volées de bois vert que ça lui rapporte trop souvent.

Alors oui je sais, j’avais dit que je ne le ferais plus…

Ooops… trop tard !

Nous sommes là ! Où êtes-vous ?

22 novembre 2006

Marseille, donc...

Marseille ! Après onze ans de vie lyonnaise, me voici Marseillais pour une durée indéterminée, d’au moins quelques années en tout cas. Dépaysement ou déracinement ? Un peu des deux sans doute. Ce déménagement me fait en tout cas prendre la mesure - indépendamment de ma joie d’être dans l’ailleurs - de mon attachement à Lyon ! L’autre jour je me suis demandé si je devais corriger la mention « auteur lyonnais » dans la bio de mon ancien blog et le négatif m’est apparu comme évident. Je vis à Marseille mais je vis Marseille comme une étape, un transit, une « house » mais pas un « home ». Lyon est la ville où je me suis formé, humainement comme artistiquement. Toute ma vie d’adulte s’y est déroulée, Lyon m’a nourri, énormément apporté : l'homme et l'artiste seraient radicalement différents si ces onze ans s'étaient déroulés ailleurs ! J’ai parfois détesté cette ville à force d’y errer, mais quelle histoire d'amour n'a pas ses moments difficiles ? Lyon et sa Croix-Rousse resteront donc mon « home » pendant longtemps, en tout cas mes racines et une partie de mon identité. Pourtant, si je n'ai pas fini d'y retourner en week-ends, je sais que je n’y revivrai pas, jamais, parce que ce serait revenir en arrière. Hors, où que me mène ce départ sur Marseille, ce ne peut être que vers l’avant (et encore plus de soleil !). Cela fait d’ailleurs partie de l’aspect un peu vertigineux de ce départ à Marseille : l’après Marseille est un ailleurs inconnu, il n’y a pas de rassurant retour en arrière possible. J’ai fait le « grand saut ». Mais si je dois rattacher mon nom et ma fonction à une ville, ce sera encore longtemps à Lyon. Donc : Shaomi, auteur lyonnais vivant à Marseille.

Une des principales raisons qui m’ont poussé à partir (hormis une certaine jolie brune), était de me retrouver seul face à mon travail d’auteur. 
À Lyon, je cohabitais avec de très nombreux amis et par extension de très nombreux projets collectifs. Entre les Combustions Spontanées, Bébé Coma, Mercure Liquide et autres, les « distractions » étaient nombreuses. Non que je plaque tout en bloc, je reste solidaire et acteur (même lointain) des dits projets mais au quotidien, c’est désormais devant mon ordinateur que ça se passe. Je n’ai plus grand chose d’autre à faire de mon temps - hormis, certes, aller nager - que d’écrire et démarcher les éditeurs. Me voici donc face à moi-même (et paradoxalement face à l’autre puisque je n’habite plus seul) et pour le moment, depuis début septembre, c’est plutôt efficace : je travaille enfin tous les jours mon écriture et les pages s’accumulent heureusement. Mais nous y reviendrons dans les jours qui viennent (promis)...

Je voulais aussi dire quelques mots de mes coups de cœur de l’été. Je me suis bouffé un gros paquet de romans ces derniers mois et j’ai notamment (enfin !) découvert Kafka. J’ai lu Le Château, précisément, et je suis tombé des nues. Je m’attendais à quelque chose de très bon, mais pas à cette folie géniale qui confine à l’hystérie littéraire. Kafka aurait écrit que « Le Château n’existe que pour être écrit, pas pour être lu ». Comment pourtant jeter la pierre à Max Brod, héritier des manuscrits de Kafka, pour les avoir publiés contre la volonté du défunt ? Il eut été criminel de priver l’humanité d’un tel auteur ! Mais ce qui est extraordinaire c’est que Le Château est un chef d’œuvre justement parce qu’il n’a pas été écrit pour être lu ! Bien que Kafka ait fait de nombreuses corrections sur le manuscrit de ce récit inachevé, le roman laisse l’impression d’un premier jet déstructuré, brouillon, sauvage dans sa construction, presque insolent tant le lecteur n’est pas pris en compte ! Et tout est là ! Le génie de Kafka réside justement dans les apartés inattendus, les digressions interminables, les commentaires superflus (voire incompréhensibles), les détails absurdes et les conversations surréalistes qui sont partout présents dans ce livre ! Le Château fait état d’une réalité aussi mouvante que l’est le style de Kafka, qui évolue au fil du récit. La sensation de flottement qui en découle nous rend solidaire du géomètre K. dans sa détresse. Car le lecteur est malmené en même temps que le personnage ! Peut-être même davantage car, alors que le géomètre K. semble partager l’absurdité comportementale des autres personnages, le lecteur est pris au dépourvu à chaque instant. Et je vous parle de mon point de vue de lecteur de 2006, qui en a vu d’autres, qui connaît Ionesco, Beckett et David Lynch. Je n’ose imaginer la stupéfaction du lecteur de 1926 ! Bref, Le Château m’a bien scotché et si vous ne devez lire qu'un classique cette année, que ce soit celui-là !

En cadeau de bienvenue et pour finir, un petit coup de cœur musical et vidéo.
ADULT. est un groupe que j’aime bien, mais les lecteurs habitués de ce blog le savent : je suis gourmand d’electroclash.

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui mais à très bientôt puisque ce blog est réactivé !!!

21 septembre 2005

Update et autres perfs...

Performance, quand tu nous tiens…

Quelques mots suite au festival Update, organisé par la compagnie La Hors De, qui s’est déroulé il y a quelques semaines avec la contribution de votre serviteur (et quelques dizaines d’autres). Le concept tient en quelques mots : prenez quatre artistes de disciplines différentes, enfermez-les quatre jours avec mission de créer une performance de vingt minutes autour du thème « mise à jour », et terminez par une représentation publique. Cerise sur le gâteau : la plupart des artistes ne se connaissaient pas auparavant.

Je me suis donc retrouvé en compagnie de Séléna Hernandez (comédienne), Sam Quentin (vidéaste) et Seb The Player (DJ) et nous avons monté sans heurts une perf qu’il serait inutile de vous décrire (car une perf, ça se vit ou ça se voit, mais à raconter c’est bof).

Ce que je tiens à souligner, c’est la qualité d’accueil que nous avons reçue de la part du staff de La Hors De. Il est rare de voir des gens se décarcasser à ce point pour vous permettre de créer dans les meilleures conditions. Ce respect pour le travail de création, ce souci de l’artiste, sont bien trop rares en ces temps où la culture navigue entre deux extrêmes idéologiques (art « populaire » et formaté, qui génère des millions et monopolise les médias d’un côté ; art « de recherche » qui intéresse trop peu de gens et finit en culture « gratuite » et bénévole de l’autre côté. Et au milieu, nous autres artistes, déchirés entre envies et principe de réalité).

Ceci étant dit, on peut se demander « pourquoi des perfs ? » Ou encore « pourquoi pluridisciplinaires ? » Ma réponse, pour ce qu’elle vaut, serait « pour l’instantané », et « parce que c’est là que naît la richesse ».

L’interdisciplinaire, pour moi, a toujours été une évidence. Cette notion est au cœur du concept du collectif Neweden que j’ai créé en 1997 et de la revue Mercure Liquide qui est sa dernière émanation. On nous a souvent reproché de manquer de « ligne artistique » claire, quand justement c’était l’idée de départ : prendre des gens qui ne sont réunis au départ que par le désir (ou le besoin) de se réunir, au-delà des affinités de genre, de courants artistiques, de discipline. Pourquoi ? Parce que je défendrai toujours cette idée que la création artistique est une démarche indépendante de son support. Que l’on fasse de la peinture, de la littérature, de la musique, de la danse, de la vidéo : nous faisons la même chose, ce n’est que le médium qui varie. Et s’il en est une preuve, c’est que j’ai sans doute autant appris sur ma pratique (l’écriture) en discutant avec des artistes d’autres disciplines, qu’en discutant avec d’autres auteurs (et j’ajouterai que le cinéma m’a autant appris que la littérature sur l’art d’écrire une histoire). En me joignant à des artistes d’autres horizons et d’autres disciplines pour accomplir des performances, j’avoue avoir inconsciemment toujours cherché à tendre vers une sorte d’« œuvre complète ». Une œuvre qui ne souffrirait pas des limitations d’un médium unique, ni de celles d’un point de vue unique : ce que je dis s’enrichit de ce que disent les autres, et les différents niveaux de discours se superposent via différents niveaux de narration.

L’instantané, parlons-en ! Permettez-moi d’évoquer quelques délicieux souvenirs. Les perfs sont entrées dans ma vie d’une façon inattendue et sous le coup d’une pulsion. Tout a commencé pour moi au festival le Renc’art (Castelneau-le-Lez), en mai 2000. Ben T. et Pierrick Maîtrot étaient alors les deux « performeurs » attitrés de Neweden, et ils avaient décidé de profiter de l’expo que nous avions monté là-bas pour sévir, en compagnie de Florian Vidgran et Colin Bosio (que beaucoup connaissent via leur regretté combo, l’éClectro Fonque Band). Voici donc trois types en train de se rouler dans la peinture, de projeter du super 8 en train de cramer et de jouer de la trompette, tout ça à grand renfort de vin rouge, et moi qui me dit cinq minutes avant de commencer : « pourquoi pas moi aussi ? ». Sans doute encouragé par l’alcool, je me suis donc retrouvé à déblatérer des insanités en duo avec la trompette de Yan, et vous savez quoi… j’ai adoré ! Ma seconde perf, à peine plus préparée, eut lieu au [Kafé Myzik] lors du festival Neweden Week. Il s’agissait cette fois de créer une BD en direct, avec le scénariste Frédéric Thirion et les dessinatrices Cycy Ann Foyle et Vyrhelle. Nous prîmes un parti-pris humoristique pour ne pas trop nous planter, l’expérience fut mineure mais drôle.

Ont suivi six mois d’expériences aléatoires qui n’étaient qu’une suite d’instantanés. Il y eu Rumeur Publique, au squat du Point Moc. Le cheval de Troie version Croix-Rousse. Ce spectacle mêlant théâtre, danse, musique et arts plastiques est né du besoin que Ben T. & moi-même avions de réagir à l’O.P.A. intellectuelle menée alors sur les Pentes par les Taliban(E)s du Point Moc. Ces derniers avaient alors une influence hallucinante sur le microcosme artistico-alternatif local, et prenaient un malin plaisir à salir la réputation de cibles prises au hasard, ou de qui résistait un tant soit peu à leur radicalisme politique. Votre serviteur en particulier s’en prit plein la gueule sans l’ombre d’une raison (je ne leur avais jamais rien fait, mais j’étais un « sale sexiste capitaliste arriviste » - !!!) et Ben et moi étions totalement dégouttés par tant de vice. Nous décidâmes donc de monter, en un mois, un spectacle d’une heure qui dénoncerait les dérives de l’anti[capitalifascisexispéci]sme poussé à l’extrême (si vous avez lu La ferme des Animaux d’Orwell, vous voyez de quoi je parle) et de le jouer… au Point Moc (sans leur annoncer de quoi parlerait la perf, bien sûr). Le cheval de Troie… Cette aventure, qui réunit autour de moi st Ben six autres performeurs (Colin Bosio, DaBoostemp, Rémy Dumont, Pierrick Maitrot, Chantal Vasseur, Florian Vidgrain et Céline Z – merci !), aurait pu aboutir à un véritable spectacle qui, avec quelques mois de travail en plus, aurait pu être vraiment chouette ! Non, vraiment, il y avait du potentiel : histoire solide, propos non consensuel, mise en scène créative… Je resterai toujours très fier de ce one-shot. Nous aurions pu le développer, essayer de le faire tourner, nous en avons longuement parlé avec Ben… et nous avons décidé que non. Rumeur Publique était quelque chose que nous avions à dire en un lieu et temps donnés. Le coup de gueule était poussé, nous avions vidé notre sac, il fallait passer à autre chose… et ainsi, Rumeur Publique resta un mémorable instantané.

Nous occupions alors le squat Casa Okupada, rue Puit Gaillot, et chaque jeudi voyait le lieu s’ouvrir au public pour une « perfi-bouffe ». Là aussi, ce fut l’occasion de nombreuses expériences scéniques aléatoires. Il y a eu un vrai élan, une vraie émulation entre les gens de Rumeur Publique, plus quelques autres, à cette époque. Une envie pour chacun d’expérimenter, de se mettre en danger sur scène. Il en résulta nombre de perfs dont, avouons-le, beaucoup étaient brouillons, maladroites… mais quel bonheur ! Nous montions sur scène, sans avoir rien préparé, où à peine. Notre propos était juste de se lancer, comme ça, chacun à travers son médium (texte, musique, danse, peinture, vidéo…), tous ensemble… et de voir ce qui allait se passer, avec un public pour témoin. Je garderai toujours de cette époque une grande nostalgie : certes nous étions tous encore loin de nos maturités artistiques respectives, mais nous avions l’énergie, la curiosité, la gourmandise… nos vies artistiques et nos vies personnelles étaient en proie à des tremblements de terre quotidiens et il en résulta de grands pas en avant pour chacun de nous. Par la suite, la Casa Okupada fut murée par ses propriétaires et je regrette depuis l’absence à Lyon d’une scène ouverte pour improvisations aléatoires et performances pluridisciplinaires… J'ai voulu il y a deux ans réinstaurer le concept de perfi-bouffes à la friche RVI, dont j'étais alors membre, mais pour quelque raison, la sauce ne prit pas vraiment.

Les folies de l’an 2000 m’ont laissé à jamais le goût de la perf, parce qu’elle est surprise, et c’est ainsi que, fin 2001, je lançais un nouveau projet nommé La Terreur. Ecrit quelque jour après le 11 septembre, La Terreur était un texte très politique, certes parfois un peu naïf mais plutôt incisif, et il fut un temps question de le monter en perf avec le duo Poupée Mobile, DaBoostemp, Nicolas Sardin (musique), Florence Bordarier (danse), et le duo RhumSteak (vidéo). Le projet avorta malheureusement après quelques répétitions, faute de disponibilités. Fin 2003, je relançais la machine en collaboration avec le musicien NeSty NeSs. Héritier direct de La Terreur, Bébé Coma est un long texte mêlant politique et métaphysique, l’histoire d’un fœtus qui se refuse à naître dans cet immense asile de fou qu’est le monde des hommes. Deux versions préliminaires furent testées à la friche RVI (dont une avec projection photo de safran), puis le spectacle fut joué à l’Ovale 203 (une fois avec le duo performeur/vidéaste Jean-Pierre Ollinger/Stéphan Meynet, une autre avec Pierrick Maîtrot à la peinture) ; puis au Subsistances pour la sortie de Mercure Liquide #1 (de nouveau avec Pierrick). Ma « rupture artistique » avec NeSs en avril dernier mit une halte au projet, et après un faux départ à la rentrée, il semble que la machine Bébé Coma soit relancée avec Vincent Palumbo (son), Isa Borgo (vidéo) et Florence Bordarier (danse). Bébé Coma est un projet qui me tient beaucoup à cœur, peut-être parce que son propos me dépasse et parce que j’y vois la possibilité d’infinies possibilités. Il y a certes un squelette narratif à ce spectacle, mais c’est avant tout une plate-forme de semi-improvisation dans laquelle des artistes peuvent s’engouffrer le temps d’une ou deux représentations, ou le temps d’un travail de long terme. Les idées que j’y défends me semblent primordiales : le ton est radical et donc parfois très violent. Les réactions du public ont souvent, de fait, été très violentes elles aussi, dans l’enthousiasme comme dans la critique. C’est la preuve que mes mots vont quelque part et j’en suis ravi. Je vous tiendrai au courant…

Depuis, il y a eu Update, puis une autre perf dans une galerie de St. Georges la semaine suivante, et tout cela m'a fait réaliser combien ce concept de perf, d’improvisation, était pour moi crucial. Comme le dit Ferré, « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale ». J’ai besoin de cette mise en voix, de cette rencontre avec d’autres formes artistiques, pour que ma poésie prenne tout son sexe. Dans l’immédiateté, l’instantané, l’imprévu, l’aléatoire… C’est ainsi que j’aime la poésie et c’est ainsi que j’ai envie de la défendre.

PS : Quelques heures après avoir posté cet article, je reçois un coup de fil m'annonçant que le Théâtre de l'Anagramme est à moi du 20 au 23/12 pour organiser quatre soirées de perfs avec différents artistes. YesYesYes !!!

8 avril 2005

Re: Fragments nocturnes

Je viens d’effectuer des corrections importantes sur mon recueil « prosétique », Fragments nocturnes, qui m’ont conduites à quelques réflexions que j’ai envie de partager. D’autant qu’il n’est que trois heures du matin et que pour le coup j’ai vraiment toute la nuit devant moi, alors faisons-nous plaisir. S'il devait s’avérer que je m’écoute écrire, j’en appelle à votre indulgence…

Mais d’abord permettez-moi de m’insurger contre mon voisin (comptable de son état, et dépourvu malgré son jeune âge de toute vie sexuelle, j’en suis certain), qui m’oblige, la nuit, à écouter la musique vraiment pas fort, ce qui est parfois extrêmement frustrant… Enfin bon…

Petite leçon d’histoire : les Fragments nocturnes sont constitués de vingt-sept textes divisés en trois chapitres (3 x 9 = 27, 2 + 7 = 9, ça a son importance vu l’impact symbolique que le chiffre 9 a toujours eu pour moi), écrits entre 1996 et 2002, quoi que pour certains légèrement retravaillés depuis. Depuis trois ans, donc, ce livre est prêt à être publié, mais une obstination à le faire via mon association, Neweden, a fait que je ne l’ai jamais envoyé aux éditeurs. Faute de temps et d’argent, Neweden ne l’a jamais publié, et il est question depuis la création de Mercure Liquide que Fragments nocturnes soit parmi les livres que nous éditerons lorsque nos finances nous le permettront. Que mes collègues me pardonnent, mais je commence (enfin) à remettre ce choix en question, et à envisager de soumettre ce recueil à d’autres éditeurs, principalement pour bénéficier -en cas d’acceptation- d’une meilleure diffusion. Enfin nous verrons bien...

Je suis aujourd’hui heureux que ce livre ait tant tardé à être publié, car j’ai pu y effectuer depuis des corrections qui, à mon sens, en augmentent grandement la qualité. On commet forcément, à vingt-cinq ans, des maladresses que l’on ne commet plus à vingt-huit. La grande majorité des corrections effectuées durant les six heures que je viens de passer dessus consistent en deux choses :
- Suppression de l’écriture dite « sms ». Depuis 1991 j’écrivais ma poésie en utilisant tout un système d’abréviations phonétiques (« de » devient « 2 », « ses » et « ces » deviennent « c », « cette » & « cet » deviennent « 7 », « des » devient « d », etc…) qui avaient un grand sens pour moi : écriture plus spontanée, plus vraie puisque j’écris comme ça au naturel ; acceptation d’un aspect phonétique de la poésie qui ramène à la phrase de Ferré : « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale » ; et simplement un grand aspect ludique. Cette méthode, utilisée couramment par les anglo-saxons depuis trente ans (« to » devient « 2 », « for » devient « 4 », etc…), était jusqu’à peu de temps assez rare en français, et donc assez originale et créative en soi. Elle agaçait souvent, il est vrai, mais parce que les gens n’y étaient pas habitués, et elle ne manquait en tout cas jamais de surprendre. Depuis quatre ans, l’avènement du sms a rendu cette pratique courante, et supprimé toute originalité quant à son emploi. Ce qui donc agaçait jadis parce que surprenant, agace désormais parce que trop commun, et la chose a perdu tout impact en même temps que toute originalité. Je me suis donc vu contraint d’y renoncer, non sans regret, et j’ai entièrement « réécrit » les Fragments en langage « normal ». Ajoutons à cela l'éviction de quelques maladresses stylistiques, qui me sont apparues comme évidentes. Pas beaucoup, juste quelques unes.
- Remplacement d'un texte par un autre : La Terreur, n’avait plus sa place pour deux raisons. La première est que ce texte, très politique, comportait plusieurs aspects encore « naïfs » dont je ne peux plus être dupe. La seconde est que ce texte, par d’autres moments très agressif, constituait l’ébauche de ce qui est depuis devenu Bébé Coma, autre texte beaucoup plus long, vigoureux pamphlet qui s’est mué en un spectacle mélangeant paroles, musique électronique, et à l’occasion performances plastiques et/ou corporelles (certains d’entre vous ont pu voir ce spectacle à la friche RVI, à l’Ovale ou aux Subsistances, où il a été jusque-là représenté). J’ai la ferme intention de « figer » un jour Bébé Coma sous la forme d’un livre/CD or, l’essentiel des bons passages de La Terreur ont réatterri dans Bébé Coma. Il convenait donc de les ôter des Fragments nocturnes. Cela m’a du coup permis d’y recaser un autre texte de l’époque, que j’avais écarté à regret pour ne pas excéder les vingt-sept textes souhaités.

Bon, tout ça c’est bien mignon, mais à part ça, pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce que, du coup, j’ai du relire mot par mot l’ensemble de ce recueil et que ça n’a pas manqué d'éveiller en moi des choses que j’avais envie de noter et donc, tant qu’à faire, de partager ici.

Tout d’abord, il faut bien reconnaître que je reste très fier de ce livre, que je considère vraiment comme un chapitre important de ma future bibliographie. Difficile de parler en bien de son propre travail sans paraître prétentieux, donc je vous prie de garder à l’esprit que ça n’en est pas moins important de pouvoir être « content de soi » lorsque l’on a passé des centaines d’heures à travailler sur quelque chose. Ne me jugez pas, donc, car je peux aussi vous avouer que les vingt-sept textes des Fragments nocturnes représentent peut-être 10% de ma production poétique totale, et que 90% des 90% restants est constitué, à mon sens, de grosses merdes illisibles et complètement foireuses. Puisse ce constat, très honnête, vous dispenser de me prendre pour ce que je ne suis pas.

Pour autant, je me rappelle qu’à l’époque, lorsque j’envisageais de publier ce livre en 2002, j’étais convaincu qu’il aurait auprès de ses rares lecteurs (on parle de poésie, ne l’oublions pas), l’effet d’une petite bombe. Bon, d’accord, il y a de vrais moments d’auto-indulgence dans ce recueil, et pourtant je puis vous assurer que pas un mot n’y figure sans avoir été pesé et re-pesé des dizaines de fois. En gros, je considère que l’auto-indulgence fait partie intégrante de la création poétique, pour ne pas dire artistique en général, à condition d’être modérée et finement dosée. Je me réjouis que certains des artistes que j’admire le plus se soient permis d’être auto-indulgents par moments, car c’est aussi ces excès d’ego qui ont participé de leur génie et du fait qu’ils aient une « patte » bien à eux. Sans prétendre être moi-même génial, je pense que mes auto-indulgences ont souvent participé au succès de mes textes auprès d’un certain public. On me l’a même parfois dit très clairement : sans cette audace, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Toujours est-il que je reste convaincu que, dans le paysage poétique actuel -du moins ce que j’en ai perçu en feuilletant nombre de recueils et revues- les directions que je prends dans les Fragments nocturnes (assez différentes alors de celles que vous pouvez lire à présent sur ce blog) n’appartiennent souvent qu’à moi, et ont au moins le mérite de l’originalité sinon ceux de la qualité. Mérite auquel j’ajouterai celui d’une véritable honnêteté. Certes, je suis joueur, et je sais qu’en cela je joue parfois avec les nerfs du lecteur. Ceci étant, je me livre dans ces textes avec une transparence qui va au delà de la simple sincérité : je sais qu’il y a des choses qu’il a été très difficile pour moi de me résoudre à livrer et même de réelles « prises de risques » au niveau personnel. Ce que j’y propose n’est pas un artifice romantique, ni un cynisme trash dans l’air du temps, c’est vraiment moi, dans toutes mes contradictions, dans toutes mes parts d’ombre et de lumière… Alors oui, encore un poète nombriliste, dira-t-on. Sauf que je passe mon temps à raconter les histoires de personnages imaginaires dans mes romans et scénarios de BD, donc je m’accorde au moins le droit d’écrire sur mon petit nombril dans la poésie. Et d’ailleurs ce n’est souvent prétexte qu’à dévoiler des prises de conscience qui -je parle d’expérience- peuvent être utiles à d’autres qui se posent les mêmes questions, ou un regard sur certains points de notre société qui dépassent de loin mes petits problèmes.

J’avoue avoir été très perturbé par un feedback extrêmement hostile sur mon travail lors de la parution de Mercure Liquide #1 et des performances qui s’en sont suivies aux Subsistances. Le monde m’est un peu tombé sur la tête d’un coup et mes propres collaborateurs -ils ne l’avoueront jamais mais je ne suis pas idiot- se sont eux-mêmes demandés si, en fait, je n’étais pas un auteur médiocre, contrairement à ce qu’ils avaient toujours pensé. Ce feedback m’a d’autant plus déstabilisé que ça fait des années que j’expose mon travail à toutes sortes de regards et que, malgré de virulentes critiques, la majorité des retours a toujours été très encourageante. J’ai de fait passé un hiver assez pénible, à me remettre en cause, à penser que tout ce que je faisais était à chier, que je faisais fausse route depuis dix ans. Et puis de nouveaux feedbacks encourageants sont apparus, et au bout de trois mois d’autocritique ferme, je sais de nouveau où j’en suis. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais j’ai aussi quinze ans de pratique derrière moi. Je ne m’explique pas ce qui s’est passé cet automne. Certains m’ont dit que j’étais peut-être « trop en avance sur mon époque » pour que ça passe, mais je ne suis quand même pas assez naïf (ou imbu de moi-même) pour croire ça. Pour autant, j’ai cru comprendre qu’une bonne partie du lectorat de Mercure Liquide, avec tout le respect que je lui dois, est ravi de lire des textes « classiques » comme ceux de Bernard Blangenois ou Benoît Meunier, tout en étant rebuté par des choses formellement plus osées, comme mes textes ou ceux de Pierre Gonzales. L’inverse est d’ailleurs vrai, puisque d’autres nous reprochent d’être trop « classiques », mais il faudra bien que tous comprennent que Mercure Liquide est une revue plurielle, qui refuse de s’enfermer dans un camp ou dans l’autre. Toujours est-il que cette frilosité envers des choses trop « tordues » comme peuvent l’être mes textes, me paraît la seule explication à un rejet si violent et unanime de mon travail par le public de Mercure, dans la mesure ou ce rejet était inhabituel pour moi. Si toutefois quelqu'un a une autre idée... parce que bien sûr tas de gens ont dit que c'était mauvais, mais personne n'a expliqué pourquoi. Il ressort de tout ça que j’ignore comment seront perçus les Fragments nocturnes le jour de leur parution (quel que soit ce jour), mais je reste sincèrement persuadé que même s’ils ne convainquent pas tout le monde, ils feront figure de petit ovni dans le monde de la poésie actuelle, et c’est déjà en soi quelque chose dont je suis fier.

La raison pour laquelle je souhaitais écrire ces lignes, avant de m’égarer de tous cotés (c’est tout moi, ça), était surtout d’évoquer l’impression que m’avait fait cette relecture attentive des Fragments nocturnes. Je vous disais plus haut qu’ils avaient été écrits entre 1996 et 2002, mais en réalité, plus de la moitié ont été écrits entre octobre 2000 et février 2001. Je vivais alors une époque particulièrement exaltante de ma vie, une période de révolution spirituelle intense, due à des changements majeurs dans ma vie : maladie et mort de ma mère, découvertes fascinantes dans ma pratique artistique, rencontre d’une fille qui a alors bouleversé mon existence, voyage de deux mois en Inde et retraite de dix jours seul dans le désert, affichage de Confession Publique sur les murs des Pentes de la Croix-Rousse alors que j’étais aux prises avec un acharnement maniaque de certains à entacher ma réputation (certains se souviendront avec tendresse des taliban(E)s du Point Moc), feedback assez violent de mon statut (pourtant alors tant désiré) de personnage public dans le microcosme culturel lyonnais, possibilité d’avoir une scène sur laquelle monter chaque semaine au squat Casa Okupada, et au milieu de tout ça une foule extraordinaire de soi-disant « coïncidences » dans ma vie : messages sans ambiguïtés de l’Univers/Dieu à ma personne, et j’en passe… Bref, chaque jour la terre tremblait littéralement sous mes pieds, j’étais en proie à une délicieuse euphorie à laquelle se mêlaient forcément des peurs, mais j’avais conscience de vivre une extraordinaire aventure, au sortir de laquelle ma vie ne serait plus jamais la même. Quatre ans après, je sais que ces quelques mois resteront probablement l'une des périodes les plus intenses, les plus trépidantes et les plus fascinantes de ma vie, et je prie parfois pour avoir la chance de revivre au moins une fois quelque chose d’aussi fort sur une durée aussi longue. Dans ces moments-là l’expression de « légende personnelle » chère à Paolo Coelho prend vraiment tout son sens, car on a l’impression de vivre un véritable film hollywoodien… ou un véritable conte initiatique, selon. Et c'est cette histoire que racontent les Fragments nocturnes : la première partie conte en quelque sorte les années précédentes, comment j’en suis parvenu là à travers une vie mondaine et chimique, à travers des phases dépressives intenses et des illusions déchirées. Les deux parties suivantes décrivent cette révolution intérieure, celle d’un jeune homme qui se cherche lui-même dans un étrange mélange de Dieu et des femmes. Un jeune homme qui, dans sa quête, réalise combien il est comme tout un chacun le jouet de son ego et de l’identité sexuelle qu’on lui a imposé (femme dans sa famille, homme dans le reste du monde). Un jeune homme qui se plait tant à jouer avec les mots et les corps qu’il s’y perd pour finalement s’y trouver. Un jeune homme qui prend conscience de ce qu’il veut, de ce qu’il ne veut plus, de ce qu’il sait et surtout de tout ce qu’il ne sait pas. C’est ultra trash par moments, ultra kitsch rose bonbon par d’autres. Ca se veut parfois sérieux, parfois drôle, parfois les deux en même temps. C’est en tout cas intensément vécu, intensément raconté et cela se termine en quelque sorte par un commencement, le commencement d’un autre chose que, peut-être, je raconterai un jour dans de nouveaux Fragments.

C’était donc, si j’ose dire, le moment approprié pour relire tout ça, parce que ma vie en ce moment est tout sauf une « légende ». Sans m’étaler sur ce que je vis ces derniers temps, ces dernières semaines ont été volontairement solitaires et franchement dépressives. Je suis en butte à un sentiment d’échec personnel du à de grosses prises de conscience quant à ces dix dernières années et la façon dont j’ai gâché beaucoup de choses (comme dirait un certain peintre/musicien de ma connaissance, j’ai « tout fait à l’envers », par ego et par besoin de reconnaissance - non, soyons justes avec nous même, pas tout, mais trop quand même). Je suis en butte à une histoire d’amour importante qui bat de l’aile. Je suis en butte aux trahisons d’un ami qui a beaucoup contribué au « battements d’ailes » susnommés, mais que je ne peux me résoudre ni à pardonner entièrement, ni à répudier pour de bon. Je suis en butte aux crises existentielles des dessinateurs dont dépendent l’aboutissement de mes projets BD, et Dieu que ça traîne ! Je suis surtout en butte à un sentiment d’immobilité et d’impuissance, pour ne pas dire de paralysie, qui me font me sentir incapable de faire quoi que ce soit. Le seul bon coté de tout ça est qu’à force de solitude, d'un peu de méditation, et de beaucoup de musiques indiennes et tibétaines, j’arrive à un certain apaisement qui ne m’a que trop rarement habité. Je tend à présent vers cet apaisement. De plus en plus. J'apprend chaque jour, et certaines nuits plus que d'autres...

Alors, forcément, me revoir quatre ans en arrière, bouillonnant d’enthousiasme et vivant d’une manière autrement moins résignée mes prises de consciences, ne pouvait que me faire du bien. Cela m’a rappelé qu’au fond de l’agneau que je suis, dort toujours un dragon, mais que ce dragon doit maintenant trouver sa force ailleurs que dans l’ego et le besoin de reconnaissance. C’est ces nouvelles sources d’énergies que je peine à trouver, et dont l’absence fait que je m’épuise continuellement depuis trois ans. Pourtant il fut un temps où ma foi suffisait à me porter. Le problème est que, comme je le dis si bien dans le texte Prière : « ce qui donne un sens à la vie ne saurait devenir la vie ». Aussi dois-je apprendre à trouver de nouvelles manières de me penser et de me vivre au quotidien, de nouveaux moteurs. Et que cette histoire qui bat de l’aile cesse ou continue n’y changera rien : car mon épuisement a bien contribué à la disloquer…

Tout ce que je peux faire, en attendant, est de me souvenir avec affection du Shaomi qui a écrit ces Fragments nocturnes il y a quatre ans, le remercier de m’avoir aujourd’hui rappelé combien la vie peut être exaltante et combien, à l’arrivée, il y a de paix et de sagesse à y trouver… J’ai encore une longue route à faire, mais j’espère qu’un jour ces Fragments nocturnes seront publiés (sans quoi ils finiront sur internet, ça c’est certain), car je me souviens qu’ils avaient apporté beaucoup à quelques uns de ceux à qui je les avaient fait lire à l’époque, et qu’ils m’ont ré-apporté beaucoup à moi-même ce soir. Comme quoi l’écriture thérapie peut devenir lecture thérapie, et comme quoi il n’y a rien de si égoïste à la commettre. Plaisir des mots qui s’enchaînent harmonieusement, malicieusement, mais aussi plaisir des idées et des regards, parfois si lucides, qu’un être humain peut avoir sur lui-même et sur le monde qui l’entoure… Voilà ce que j’ai retrouvé dans ces textes. Voilà ce que j’espère partager, un jour, avec vous [Update : c'est chose faite depuis 2007, cf. lien ci-dessus].
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