27 octobre 2007

Lijiang, Yunnan

Photo : Dr. Ma Pingke
À dix jours de mon départ/retour en Inde, je réalise que je n'ai jamais mis en ligne ce poème relatif à mon voyage en Chine (septembre-novembre 2002). Le titre correspond à la ville de Lijiang, dans la province du Yunnan, où je résidai un mois durant. Petite ville de pierre et d'eau, Lijiang est l'une des rares cités chinoises qui évoque encore la Chine antique des estampes, un précieux havre de paix dont je tombai fou amoureux.

Le texte qui suit fut recomposé en juin 2003 à partir de fragments écrits à Lijiang. Il fut exposé alors au festival du Jardin des Possibles, une seconde fois à la Friche RVI en septembre 2003, et finalement à l’Ovale 203 en juin 2004, à l’occasion du festival Garden Freaks. La mise en page originale n'a malheureusement pas pu être respectée ici, les blogs ayant leurs limites techniques...


LIJIANG, YUNNAN

stop, stop, stop à la porte
grande ouverte
besoin de perdre mes pensées dans
des délices de charité
(quoi que cela puisse signifier !)
quel sorte de saltimbanque suis-je
si je n’écris pas ce soir ?
(ou qu’il se taise à jamais)
calculs, écrans vides de sens, à chercher des photos qui n’existent pas
& des mails
qui n’existent pas encore

xijiang, xaoshing
où êtes-vous ?
seuls les yeux vous ont pris en flagrant délit de locativité
les miens sont clos
aveuglés
foutus pixels
traces numériques

& (once again) la colère me pique celle que j’ai rêvé toute une incarnation
ASSEZ !
zenibobmer !
stop, stop, stop !

je me lève (toujours couché)
je ramasse les petits morceaux de chair collés au mur
mmh…

comment sortir des canaux ?
lijiang s’accroche
les 2 pieds collés au sol
lijiang m’a fait prisonnier
j’aime tellement ça…
la nuit – rêves (qu’elle baise avec des polonais !)
la nuit – retours frustrés
sortir ne pas pouvoir de ne je lijiang
décidé
j’étais pourtant
mais 7 femmes m’en empêchent
dont moi-même
je pense - je pense - je pense

au prix à payer pour mon art

(Sacrifices ?)

encore
isolement/nécessaire/que faire ?
le (…) de l’aura est paralysant
aura, tu es de mèche avec lijiang
pour me garder traducteur
-du chinois (ming xié) à l’anglais (yosuké) au français (moi)-
-de l’anglais (ming xié) au français (moi)-
-de l’anglais (ding) à l’anglais (moi)-
-& le bébé chien (shian hei) qui mâchonne (ma brosse à dent) toute la journée-
juste
m’échapper…
(c’est un mensonge : je veux rester pour toujours)
stop ! stop ! stop !
(toujours ! toujours ! toujours !)


lijiang, yunnan


paradis chinois loin des cubes & des bicyclettes maoïstes

loin de moi, qui se souvient ?
oublié - pas assez
quelle équation est ici enfantée par les bouches
qui prononcent mon nom là-bas ?
les mots - ha !
si je changeais de nom, ils parleraient de quelqu’un d’autre
ça a du sens…
je pourrais me mettre à mon balcon, & les écouter cancaner
blablablablablamadcap ®
madqui ? ©
je ™ regarderais mes amis & mes ennemis ragoter

JE M’AMUSERAIS BIEN !

mais il y a ce problème :


mon nom est devenu une marque de fabrique !
dans la gloire du caniveau, tout au moins

j’en ai besoin ?
nom de vie
nom de scène
non de non !
qu’est-ce que je fuis ?
mon reflet dans l’air du temps

je veux voir mon reflet dans la terre
je veux voir mon reflet dans les yeux de ceux qui…
je veux voir mon reflet dans les vers d’allen ginsberg & d’enna chaton
chaton…?
miao… mi…?
shaomi…?
un nom, peut-être

[shy - shaï - comment dire ?]

dedans, dehors

je sais moins
oh oui
pleurer tout seul ?
semblant 2 à 2 ?
deuil
1 re2 2

varsovie - canceled
moscou - cours toujours

nom en moi

oulan-bator
guiyang

tendra
toujours…

Vous reprendrez bien encore
un peu d’extrême

une semaine ?

refuser
me laisser avoir
doute
quand...

plutôt
que d’être re pis pus
ma route pique au début
ne peux refuser
cadeaux ! ! !

pleurer seul
en pensant « beau » (?!!!)

turfan - canceled
kunming

Je te…

urumqi/mer d’aral - canceled

loin ma joie
toujours

petit poète solitaire
aime

travers - steppes - mère ?

amen
dansedésert
toi
un doux-amer

ma foi

gobi
lijiang

où ?
à travers
(…prie…)

& 6 mails plus tard,
aura 2 moi ne répond pas (game... over)

iris la chinoise déguisée en française déguisée en chinoise
me demande
« pourquoi ? »

parce que les touristes sont des artistes déguisés en fleurs

bien
sûr
bien
sûr

le problème des autres c’est qu’ils veulent
ils veulent
rien ne veut moi ne veut rien
tout de moi veulent moi reflets de tous en coeur
cassez-moi les…
j’ai eu ma dose de tout
je veux VIVRE

sans liquide dur
parce que
la peur
(la terreur)
« quelle peur ? »
cherche pas : c’est métaphysique

ah… si je parvenais à pleurer tous les matins au lieu de boire une clope & du café…
à parler à la femme que j’aime
je ne veux rien de toi - juste toi pas autre chose
tu es l’aura, tu devrais savoir ça !
(trop de chine en bière)
où est jaisalmer ?
le karnataka ?
au fond, l’histoire se répète (oooooooom…)

tout a commencé aux alentours du 3 septembre 2000
maintenant, je dois passer à autre chose
yes, but...
« maybe… just oooone more time… » (air rabattu)

pleeeeeeeeeeease !

« une femme n’est femme que lorsqu’elle l’est sauvagement »
un poème n’est poème que lorsqu’il l’est sauvagement !

sauvage
en paix
sauvage
en paix
sauvage
(grand
petit)

en paix sauvage

agneau… dragon
telle est ma binoculaire
shao… mi ?
miao mi
miao bientôt
j’étais venu pour ça
pas de désert
mais des collines de volupté brumeuse
loin l’inde, plus près l’âme

enfin, toujours est-il - considérant l’endroit où nous sommes :
je voudrais juste arrêter d’écouter des tubes des années 80
mais pourquoi pas, après tout ?
pour ce que valent les tubes de 2002

1982 « i’m a nasty girl » (vanity)
2002 « i’m a slave4u » (britney)

le féminisme est MORT sur MTV (le christ, aussi)

britney, pétasse multimédia compatible macintosh/windows 95

(à la fois, penser à ça ici...)

depuis oulan-bator, mes racines poussent : elles en ont assez
muni de cure-dents, je récure mes origines
vaudrait pourtant mieux cesser de manger
vite dit !

& pendant ce temps, au mishi mishi :
des hommes & des femmes plient des serviettes en papier
C’est à se demander quelle sorte d’économies ils font ainsi…

lijiang - je dois partir

lijiang - merci

merci (tellement) merci

pour tout

(peut-être le plus beau mois de ma vie)

veille du départ, espoir…

25 octobre 2007

Les morts me parlent

Mon récent article « Ah… la pub ! » a recueilli le commentaire suivant, d’une certaine Valérie Solanas, que je recopie tel quel, fautes comprises :

« arrêtes d'écrire s'il te plait, tu es trop vide, vide, vide pour ça... essais autre chose peut-être... je sais pas... tous ces lieux communs ça sert à quoi ? c'est la première fois que j'envoie un message comme ça, mais là... s'il te plait arrête c'est trop... triste. on vit dans un monde assez creux comme ça... merci... bisoux. »

Bon, j’avoue qu’en première lecture ça me met un petit coup au moral. Il est vrai qu’on ne peut pas recevoir que des éloges mais là, quand même, elle y va fort !

Comme ma détractrice a eu la politesse de signer, je fais une recherche Google et constate avec étonnement que Valérie Solanas fait l’objet d’un article sur Wikipédia. Mon affaire se gâte : non seulement je me fais pourrir, mais en plus par une célébrité ! Me voilà bien ! Je clique donc sur le lien, et là…

« Valerie Jean Solanas, née le 9 avril 1936 à Ventnor City (New Jersey, États-Unis), décédée le 26 avril 1988 à San Francisco (Californie), était une intellectuelle féministe américaine, connue pour son pamphlet SCUM Manifesto. Elle s'illustra également en essayant de tuer l'artiste américain Andy Warhol. »

Nom de Dieu !

Valérie Solanas est morte il y a dix-neuf ans !

Vous imaginez l’effroi ? C’est flippant comme truc ! Qui me dit, après tout, que le fantôme de Valérie Solanas n’est pas en ce moment même dans mon appartement, en train de me maudire ? Et puis, on parle quand même de quelqu’un qui a tenté d’assassiner Andy Warhol ! Le fantôme d’une psychopathe, ça doit être dangereux, non ?

Bon, après un exorcisme en bonne et due forme (on ne sait jamais…), j’ai longuement réfléchi à mon affaire et conclu que tout ça n’était pas si grave.

D’abord, le fait qu’une femme – célèbre de surcroît - revienne d’outre tombe pour poster un commentaire sur mon blog est quand même plutôt flatteur ! Agacer les morts au point qu’ils émergent de l’au-delà, juste pour me dire que j’écris de la merde, c’est pas si mal comme exploit !

Et puis, il faut quand même lire l’article sur Wikipedia : « Le 3 juin 1968, Solanas tira trois coups de pistolet sur Warhol. (…) Solanas avait déposé avec un vaporisateur une couche d'argent sur les balles, car elle considérait Warhol comme un vampire. (…) Elle continua de harceler Warhol et d'autres personnes au téléphone. (…) Solanas sombra alors dans l'anonymat, fit plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. »

Valérie Solanas est une malade mentale avérée, son esprit est tordu ! Ses opinions - littéraires ou autres - n’ont donc aucune valeur objective !

Ouf ! Me voilà rassuré !

Je suis donc tenté, à présent, de me remettre à la musique : ce serait assez cool que le fantôme de Jimi Hendrix vienne me passer une branlée sur mon Myspace !

24 octobre 2007

Branchouille



Un artiste me donne sa carte de visite et me réclame la mienne.
MOI : Ah, ben j’ai pas de carte…
LUI (étonné) : Ah bon ? Mais comment ça se fait ?
MOI (spontané) : Oh, tu sais, pour moi c’est fini la branchouille…
LUI (effaré) : Ah bon ? Mais alors qu’est-ce que tu fais ?

Cette conversation à la fois navrante, hilarante et lourde de signification, a eu lieu la semaine dernière au cours d’un vernissage, à Lyon, et m’a inspiré ce court texte, que j’aurais pu écrire il y a quelques années (période 1997-2002). Petit moment de nostalgie, donc :

Qu’est-ce que je fais ? Bonne question. Je m’épuise à rester ici quand je voudrais être ailleurs. Pourquoi je m’inflige ça, déjà ? Courir à droite à gauche, de réunions de travail en soirées, de répétitions en vernissages, de rendez-vous en rendez-vous, been there done that… Tout ça pour atterrir chez moi épuisé, survolté et souvent ivre, obligé de mettre de la musique indienne pour m’apaiser avant de dormir et le lendemain c’est reparti.

Qu’est-ce que je fais ? Je m’agite. Je voudrais écrire, au fond de moi je rêve de vivre au bord de la mer et d’écrire chaque jour. Écrire, je n’y parviens pas – ou si peu - car j’ai trop soif de vivre ! Je suis trop jeune pour écrire ! Avant d’écrire, j’ai besoin de réel, de me gaver de réel jusque au jour où je serai rempli au point de tout dégobiller, gerber la vie sur des feuilles de papier recyclé !

Je parle de réel mais où est le réel dans cette vie mondaine, chimique, strass et paillettes, être à la bourre, enchaîner les paroles, passer pour ce que je ne suis pas et séduire des filles aux yeux verts ? Est-ce vraiment ça, le réel, ou est-ce Björk qui a raison : « there’s more to life than this » ? Quoi d’autre ? Bosser dans un bureau ? Faire du sport ? Élever des enfants ? Méditer dans un monastère bouddhiste et boire de l’eau ? Ce réel-là je n’en ai aucune idée. Le seul réel que je connaisse est une ivresse, une addiction ! Si j’arrête – il faut que j’arrête ! -, je n’ai aucune idée de ce que je ferai ensuite, j’ai peur de devenir fou, loin de cette agitation qui est aussi une forme de créativité collective ! Je n’ose pas m’arrêter par peur du vide, par peur de découvrir que tout ça n’est qu’un cache misère, par peur d’être juste un être humain sans agenda ni carte de visite…

11 octobre 2007

Lire aux cabinets

Dans son essai Lire aux cabinets, l’écrivain américain Henry Miller explique en quoi il considère le fait de lire aux cabinets comme un signe malheureux de notre incapacité à être « là nous sommes », ainsi que de notre besoin d’être « divertis » en permanence. De son point de vue, somme toute très bouddhiste, tout acte mérite d’être accompli avec intégrité et il est dommage de « fuir » celui-ci par la lecture.

Ce qu’il ne dit pas - et je me permets ici de le déplorer - c’est ce qu’il pense du fait de déféquer dans les librairies et les bibliothèques.

25 août 2007

Ah... la pub !

Long silence, je sais. Marseille me fait parfois l’effet d’un exode dans le désert… sans le désert ! J’ai donc pris le temps de réfléchir et réfléchir prend du temps et tout ça m’a éloigné de ce blog mais me revoici en pleine forme !!!

Tout d’abord je tiens à remercier les commerciaux de Gillette, qui ont pris très au sérieux mon article les concernant. J’ai en effet été témoin d’une nouvelle campagne de publicité pour leur rasoir à cinq lames. Gillette y fait état du réel progrès technologique que représente le rajout de lames et nous le démontre en affirmant que huit brevets – pas moins ! - ont été déposés pour en arriver là. Cette publicité n’aura pas manqué d’épater les téléspectateurs et de me ridiculiser au passage : quel ignare étais-je donc pour ainsi me figurer que l’on ajoute des lames comme ça, sans devoir d'abord sacrifier à de longues recherches scientifiques ! Humble quant à mon inculture, je suis par contre très fier d’avoir ainsi orienté les campagnes de publicités d’une grande marque française. Et puisque Gillette est sensible à mes opinions, je m’en vais leur prodiguer un conseil !


Puisque le nombre (de lames et de brevets) est de toute évidence un argument de vente, je pense que Gillette devrait se lancer dans la fabrication de passoires !!! Imaginez le potentiel commercial : on sort tout d’abord une passoire à deux-cent trous. Faisons maintenant un peu de mathématiques : puisque l’ajout de deux lames nécessite huit brevets, l’ajout de cent trous devrait selon toute logique en nécessiter quatre-cent. Deux ans après la première passoire, Gilette peut donc lancer la passoire à trois-cent trous et associer cet événement glorieux à une campagne publicitaire vantant les quatre-cent brevets déposés en deux ans. Puis, disons cinq ans plus tard, lorsque les ventes de la passoire à trois-cent trous s’essoufflent, on explose le marché avec la passoire à six-cent trous et les mille-deux-cent brevets déposés entre temps, etc. Il est certain que Gillette décuplerait son chiffre d’affaire grâce à la passoire !

Tout cela m’amène à la campagne de publicité de Century 21, qui sponsorise la météo sur i-télévision en faisant usage du slogan suivant : « vous aurez toujours une bonne raison de regarder la météo avec Century 21 ». Oui, je sais, nous avons l’habitude de nous faire asséner des pubs par dizaines sans prendre le temps d’y songer, mais arrêtons-nous deux minutes pour réfléchir à cet étonnant slogan : « vous aurez toujours une bonne raison de regarder la météo avec Century 21 ». Vous conviendrez que cette phrase induit clairement que c’est le fait d’être client de Century 21 qui nous donne une bonne raison de regarder la météo. Hors, quelle est l’activité de Century 21 ? La vente et la gestion de biens immobiliers. En quoi le fait d’acheter ou de louer un logement chez Century 21 peut-il nous donner « toujours une bonne raison de regarder la météo ? ». J’ai longuement médité sur cette question et je n’ai pu en venir qu’à deux conclusions rationnelles, deux explications possibles quant au sens de cet ésotérique slogan.


Ma première explication est que les logements fournis par Century 21 sont dans un tel état de délabrement que les toits fuient (la pluie dégouline donc directement chez vous) et que les portes et fenêtres sont si mal isolés qu’ils laissent passer le vent et, en hiver, le froid. Dans ces conditions, on comprend que l’heureux locataire/propriétaire d’un logement Century 21 aura toujours une bonne raison de regarder la météo, frissonnant d’effroi à chaque annonce de pluie, vent et autres intempéries. Cette première théorie me parait la plus vraisemblable mais l’expérience Gillette m’a appris à ne pas asséner de grandes vérités, comme ça, sans réfléchir. J’ai donc élaboré une seconde théorie, au cas où : les logements Century 21 sont si lugubres, sinistres, tristes et mal fichus que leurs occupants s’efforcent de passer l’essentiel de leur temps à l’extérieur, faute de quoi ils sombrent dans un état dépressif profond. Des lors, ils n’ont de cesse d’espérer une météo clémente, qui leur permettra de passer leurs journées au parc ou à la mer sans se geler les fesses.

Voici donc, en tout cas, le parfait exemple d’une entreprise honnête, qui ne craint pas de dévoiler les défauts de son produit à ses clients potentiels. Je dis donc un grand bravo à l’agence de publicité qui a conçu ce slogan, et un plus grand bravo encore aux commerciaux de Century 21 qui l'ont approuvé et qui, depuis des semaines, versent une fortune à i-télévision pour diffuser quarante-huit fois par jour un message d’une telle sincérité !

Tout cela m’inspire et je pense désormais créer ma propre société de consulting, domaine autrement plus rentable que la littérature et la bande dessinée ! 
À n’en point douter, Gillette et Century 21 figureront parmi mes premiers clients.

10 mai 2007

Mots fléchés

Un petit exercice de style auquel je me suis livré l'été dernier, sorte de « cut-up » à la Burroughs : j'ai composé ce poème en récupérant les indications d'un mot-fléché, dans un journal. À quelques bidouilles près je n'ai presque rien modifié et je me suis trouvé assez émerveillé de la cohérence du résultat :

Procédé linguistique
Pour qualifier un nom
Signe de l’addition

Amoureuses nous font perdre la tête
Forme d’avoir intégral

Périodes historiques révisées
Accompagnées par mesures de sécurité
Entourées de près
Mesure de Pékin

Toiles
Enseignants familiers
Matières de défense
Repliées sur elles-mêmes

Avoir un propriétaire
Lésion cutanée
Plaque de neige durcie
Liquide infectieux

Pièce du complet masculin
Dont la charpente corporelle est saillante
Château provençal

Ajouter un nom à la liste
Groupes d’habitations
Embellir avec des
Eléments décoratifs
Ces repaires de bêtes sauvages

Images intercalées
Passées sous silence
Oui, oui !
Nommer une nouvelle fois
Les caractères indispensables

Nez salubre
Acte plaisant
Oiseau fossile
Embrouillé

Coup de lune
L’au-delà
Couvre les bêtises

Enivrant
Le touché
Hilarité
Partie de jupe

Attiré, il tourne en rond
Rendu sot, il dégage des conduits

9 mai 2007

Vous reprendrez bien une petite lame ?

Déjà, en 1998, je m’interrogeais devant le tout nouveau « Mach 3 » de Gillette : un rasoir à trois lames. Trois lames : pour quoi faire ? Moi, j’en avais deux et ça me semblait suffisant. Quelle preuve de mon ignorance crasse en matière de rasage !!! Car en 2005, voilà que débarquait le « Quattro » de Schick, avec quatre lames. Il semble que Gillette n’ait pas digéré cette humiliation car, il y a tout juste quelques semaines, sortait le tout nouveau « Fusion » de Gillette… à cinq lames !!! (Vous noterez le défi technologique que représente l’ajout d’une lame, puisqu’il fallut sept ans à Schick pour surpasser Gillette, puis deux ans à Gillette pour relever l’insolent défi de son concurrent.)

J’attends donc avec impatience le rasoir à six lames de Schick, puis celui à sept lames de Gillette, etc. Notez qu’à ce train-là, nos enfants se raseront sans doute avec dix ou douze lames.

L’homme de l’an 2100 bénéficiera quant à lui d’un véritable arsenal à cinquante ou soixante lames, qui remplira à lui seul sa trousse de toilette, mais garantira un rasage plus parfait que parfait !!!

30 avril 2007

Star Wars, une oeuvre politique ?

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui considèrent Star Wars comme un chef d’œuvre incontournable, et ceux qui n’y voient qu’un bon divertissement. Je ne reviendrai pas ici sur les vertus shakespeariennes de la saga Skywalker, tant elles me semblent évidentes, mais plutôt sur un aspect largement ignoré de l’œuvre de George Lucas : sa dimension politique ! La trilogie originale n’était déjà pas exempte de métaphores politiques : le totalitarisme de l’Empire était le fruit d’une époque encore marquée par l’ombre du nazisme, d’un monde encore à demi écrasé par le communisme ; sans parler de la double trahison du gouvernement Nixon envers le peuple américain : la guerre du Vietnam, imposée à une jeunesse qui n’en voulait pas, et le scandale du Watergate. George Lucas avait d’ailleurs déjà exprimé sa peur du totalitarisme à travers son premier film, THX 1138, libre ré-interprétation du 1984 d’Orwell et du Meilleur des Mondes d’Huxley, un film profondément humaniste et lucide ! Mais après tout, toute bonne saga de SF ou de fantasy se doit d’avoir un méchant cruel et puissant : l’Empire remplissait aussi (surtout ?) cette fonction dramatique.

Beaucoup plus complexes sont les manipulations politiques du Sénateur Palpatine dans le seconde trilogie, et leurs liens avec l’actualité sont si flagrants que je suis effaré de voir à quel point nul n’y fait jamais référence ! Dès l’ Épisode I, l’ennemi désigné (la Fédération du Commerce) rappelle étrangement des institutions qui font peur (l’OMC et le FMI, sans parler des multinationales). Le nerf de la guerre n’est d’ailleurs pas, pour la FDC, l’accession au pouvoir, mais l’augmentation des profits. On notera au passage le caractère hautement féministe du personnage de la Reine Amidala, digne successeur de la Princesse Leia (éternelle figure cinématographique d’une femme à la fois diplomate et guerrière, indépendante et forte). Dans les Épisodes II et III, le récit renvoie de nouveau à l’actualité : la façon dont Palpatine joue double jeu, fomente et nourrit un conflit militaire à seule fin de prendre, puis conserver, le pouvoir politique, ne renvoie-t-il pas à un certain George W. Bush ? L’instrumentalisation du terrorisme, la guerre sous de faux prétextes, le durcissement du régime au nom de la sécurité des citoyens… Autant de méthodes communes à Bush et Palpatine ! Le financement de l’ennemi afin d’ériger un épouvantail en est une autre : de même que Palpatine soutient en sous-marin les Séparatistes, les  États-Unis ont longtemps armés les Talibans et l’Irak. Et de même que Palpatine écrase ses « pantins » lorsqu’il n’en a plus besoin, les Etats-Unis… Vous me suivez…

George Lucas a-t-il consciemment voulu cet aspect politique de son œuvre ? Il ne l’a jamais dit ouvertement. Mais, comme on nous l’apprend à l’école, il y a ce que l’auteur a voulu dire et ce que l’œuvre dit. Quelles qu’aient été les intentions de Lucas, son œuvre est éminemment plus engagée qu’il n’y paraît ! Quant à Lucas lui-même, beaucoup le considèrent aujourd’hui comme une vulgaire « major », bonne à abattre. C’est oublier à quel point le cinéaste a toujours lutté pour maintenir son indépendance vis-à-vis des géants d’Hollywood. Le tournage de la première trilogie fut un âpre combat contre la Fox tout d’abord, puis contre les puissants syndicats Hollywoodiens. Lucas est aujourd’hui a la tête d’un empire économique, mais il reste seul maître à bord de son navire et se dit conscient du paradoxe qu’il est lui-même devenu. Il continue pourtant de se revendiquer comme un cinéaste « indépendant » et le fait est qu’il l’est.

Star Wars, un simple divertissement ? Oui, mais aussi, en vrac : les six plus grands films de SF jamais réalisés ; un pamphlet politique anti-libéral, pro-démocratie et féministe ; une vulgarisation acceptable des spiritualités orientales ; une œuvre visionnaire qui révolutionna en son temps la manière dont on fait les films ; un progrès technologique majeur ; un rejet violent des studios hollywoodiens ; une tragédie héritière tant des Grecs que de Shakespeare ou Racine…

Pas si mal, pour un simple divertissement…

23 avril 2007

La gauche est lamentable... et c'est un drame !

Alors que Sarkozy, finaud, nous fait un véritable discours de gauche et appelle à un débat « digne », les représentants de Ségolène Royal (Fabius et Hollande en tête) aboient en chœur sur TF1, tels des roquets, n’ayant rien d’autre à dire que « Sarkozy est un monstre », sans toucher un mot de leurs « cent propositions ». En face d’eux, les représentants de Sarkozy, l’inattaquable Simone Veil en tête, sourient avec condescendance et défendent coûte que coûte un projet politique qui, quoi qu’on en pense, a au moins le mérite d’être clair ! Voilà ce que fut, hier soir, l’affrontement gauche/droite sur la chaîne la plus regardée de France. Fidèle aux mauvaises habitudes qu’elle a prise depuis 2002, la gauche ne sait plus s’exprimer que pour critiquer l’adversaire, incapable de comprendre que c’est précisément cela qui dégoûte les Français (le succès de Bayrou n’en est-il pas la preuve ?). Quant aux petits partis de gauche et d’extrême gauche, ils se limitent à « tout sauf Sarkozy » : leurs consignes de vote font davantage penser au « votez Chirac pour vider Le Pen » de 2002 qu’à un véritable soutien au projet de Ségolène Royal !

Quant au discours de Ségolène elle-même, il fallait la voir, raide comme un piquet, récitant son texte sur le ton d’une élève de CM2, les yeux rivés sur son texte… Après l’engouement de Sarkozy, après l’enthousiasme de Bayrou, elle paraissait bien fadasse, bien peu convaincue par son propre projet, notre candidate numéro 2 !

Le Parti Socialiste aurait voulu se tirer une balle dans le pied, hier soir, qu’il ne s’y serait pas mieux pris ! L’UMP est sûr de lui, déterminé, sérieux et recentré sur des propositions concrètes (une fois encore, quoi qu’on en pense), alors que le PS semble nous dire de voter pour lui non parce qu’il va résoudre les problèmes de la France, mais parce qu’il vaut mieux une gauche molle qu’une droite ferme !
Le sectarisme du Parti Socialiste, sa détermination à se placer en contre pouvoir lorsqu’il est plus que jamais temps pour lui de se réaffirmer comme pouvoir, m’inquiète terriblement parce qu’il ouvre une voie royale (sans jeu de mot) à Nicolas Sarkozy et parce que, même en cas de victoire, il inquiète sur la capacité de la gauche à gouverner. Notre gauche agonise et c’est un drame pour ce pays qui s’est toujours reconnu dans la pluralité et l’alternance gauche/droite. Et c’est surtout un drame pour tous ceux qui ne veulent pas de Sarkozy !
Reste quelques bonnes nouvelles : la chute, que j’espère inéluctable, de l’extrême droite et la participation massive des Français à cette élection. Mais il reste deux semaines à Mme Royal pour se réveiller et faire taire ses roquets. Tout se jouera, sans doute, lors du débat entre les deux candidats… Mais Sarkozy, qui aspire depuis si longtemps au pouvoir, n’en a jamais été aussi proche. S’il gagne cette élection, il ne faudra pas s’en prendre aux électeurs, mais bien au PS, qui n’aura pas voulu défendre ses idées, ni comprendre que les électeurs en ont marre de voir les querelles politiques prendre le pas sur un véritable débat.

On verra bien… mais c’est mal barré !

12 avril 2007

Samedi soir

LUI : Allo ?
ELLE : Robert ? C’est Stella.
LUI : Oh, Stella, ça va ?
Bon, là Robert 'faut qu’t’assures !
ELLE : Ouais, ça va, ça va...
LUI : T’appelles d’où, là ? Y’a comme un bruit de foule.
ELLE : Je suis au Barbaramix avec des potes. Tu veux passer ?
Bon, Robert, y faut la jouer finement !
LUI : Heu, c’est à dire que mon chat est malade. Il a chassé une souris dont la date de péremption était dépassée.
ELLE (l’air déçue) : Oh...
LUI (l’air content qu’elle ait l’air déçue) : Rien de grave, mais il vomit à peu près tous les quarts d’heure et je pense qu’il vaut mieux que je reste près de lui.
ELLE (l’air contente qu’il ait l’air content qu’elle ait eu l’air déçue) : Oh... Assure, tu peux bien le laisser une petite heure ou deux. Barbara mixe et ça tue !
Allez Rob’, à toi d’jouer !
LUI : Pourquoi tu ne passerais pas un peu plus tard, plutôt.
ELLE (confuse) : Plutard plus tôt ou plutôt plus tard ?
LUI : Plutôt plus tard.
ELLE : Oh.
LUI : Alors, ça te dit ? J’ai des sugar-snaps, en plus.
ELLE : Des sugar-snaps ? Oh oh oh ! C’est tentant.
Oh oui chérie laisse-toi tenter.
ELLE : Mais je sais pas, j’ai deux copines avec moi, ‘faut que je leur demande. En plus on dépend du métro.
DEUX copines !!! Fouloulou !
LUI : Vous n’avez qu’à dormir chez moi.
ELLE : On va pas te déranger.
LUI : Y’a pas de problème, je t’assure.
ELLE : T’es un ange. Je leur demande et je te rappelle, OK ?
LUI : OK. Bises.
Malheureusement pour Robert, une pelleteuse alla se crasher dans le Barbaramix quelques secondes après, provocant l’écroulement de l’immeuble entier. Non seulement les clients du bar furent-ils tous tués sur le coup, mais de surcroît le Barbaramix n’obtint jamais sa licence de trois heures du matin. La pelleteuse était en effet pilotée par un client du bar, ivre bien entendu.
Aujourd’hui, trente ans plus tard, Robert est toujours vierge.

10 avril 2007

Ouvrez le feu sur les majors, leurs complices & leurs « cuisiniers ! »

Ils monopolisent le marché de la musique, les ondes radio et la télévision et, de fait, écrasent les petits labels et artistes tout en abrutissant la population !

Ils mentent, en accord avec les grands médias, sur la nature de l’art et des artistes, faisant passer leurs Lara Fabian, Elie Chouraqui et autres Pascal Obispo pour de « grands artistes ! »

Ils poursuivent en justice les internautes qui téléchargent sur les p2p, prenant pour boucs émissaires quelques pauvres bougres, au lieu de réfléchir à l’inévitable solution alternative ! Et en plus ils prétendent ainsi défendre la diversité musicale (« télécharger Johnny nous empêche d'investir dans de nouveaux talents ») alors qu'on sait bien que les nouveaux talents, ils ne les découvrent plus, ils les fabriquent. Quant à la diversité, il suffit d'allumer la radio ou la télé pour constater que vingt ou trente merdes tournent en boucle, ou alors ce sont les éternels vieux « tubes » ressassés jusqu'à ce que mort s'en suive !
Et maintenant…
Ils nous volent, nous les internautes qui mettons notre travail en ligne…

Vous n’y croyez pas ? Cliquez donc sur ce lien !

Mort à Universal !
Mort à Sony BMG !
Mort à Warner Bros. !
Mort a EMI !
Mort à MTV !
Mort à MCM !
Mort à TF1M6 !
Mort à RFMRadioNostalgieEurope2FunRadioNRJSkyrock !

(Oui, je sais, je suis d’humeur guerrière aujourd’hui mais après trois vols de ma carte bleue en six mois - contre zéro en onze ans à Lyon, Marseille commence à me rendre nerveux et puisque je ne peux pas m’en prendre aux petits truands sans lancer un débat huileux en cette période électorale et/ou passer pour ce que je ne suis pas (un Sarkosiste), je m’attaque aux grands voleurs hé hé !)

En parlant de Sarkozy, il « inclinerait à penser qu'on naît pédophile », pour des raisons génétiques. Je déplorais il y a quelques mois l'ignorance crasse des gens qui nous gouvernent lorsqu'il s'agit de la nature & de la psychologie humaine, nous voilà en plein dedans !

Bonjour chez vous ;-)

3 avril 2007

La conjuration des imbéciles

Tout d’abord, un petit cours de chimie :

Mercure sans liquide = www.mercure.com
Pas très bandant, hein ?

Liquide sans mercure = www.liquide.com
Encore pire…

Mercure + Liquide = www.mercureliquide.com
Et là, c’est TOP !

Plus sérieusement, je voulais vous toucher deux mots d’un roman tout à fait étonnant, que je rangerai dans la catégorie des œuvres « improbables » au même titre que Le Château de Kafka et La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole, dont je vous parlais plus tôt sur ce blog. Par « improbables » j’entends des œuvres si surprenantes, si inattendues, que l’on n’eut jamais imaginé qu’elles puissent venir au monde. L’extraordinaire film Punch-Drunk Love, de Paul Thomas Anderson, entrerait aussi dans cette catégorie.

Le roman en question c’est L’ange des Ténèbres, de l’écrivain Argentin Ernesto Sabato (aujourd’hui âgé de quatre-vingt-seize ans !), un roman qui n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un assemblage de saynètes, de réflexions sur (en vrac) la création littéraire, le statut de personnage public, les relations entre l’art et la politique, la paranoïa, la torture pratiquée par les régimes autoritaires, et j’en passe… Plutôt que de m’étendre dans une critique littéraire dont je suis incapable, je préfère laisser parler l’auteur à travers quelques extraits absolument délicieux (la traduction est de Maurice Manly).

« Ces rêves me rendront folle, lui disait-elle en le regardant fixement, comme essayant de déchiffrer ses secrètes intentions. Oui, oui, répondit-il, j’y veillerai, n’aie pas peur. »

Le passage suivant décrit l’incapacité de Sabato à se mettre à écrire, assailli qu’il est d’incessantes interruptions venues de l’extérieur. Sabato parle de lui-même à la troisième personne.
« À ce moment-là, Isabel l’appelle au téléphone pour lui dire qu’Alfredo dit que quelqu’un lui a dit que G. a dit (où et comment ?) que lui, Sabato, a dit je ne sais quoi, de sorte qu’Isabel pense que Sabato devrait faire savoir (mais à qui, quand, comment ?) que telle version de ses propos est inexacte.
Il s’ensuit plusieurs jours de dépression durant lesquelles il se dit : 1) que ça ne vaut pas la peine d’expliquer à G. quoi que ce soit qu’il ait pu dire auparavant ; 2) que ça ne vaut pas la peine d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit sur n’importe quel sujet passé, présent ou à venir ; 3) qu’il vaudrait mieux ne pas être une personnalité et 4) qu’il vaudrait encore bien mieux ne pas être né du tout. C’est un programme si vaste et si difficile à mener, surtout en ce qui concerne le fait de n’être pas né du tout, que sa formulation le plonge plus avant dans la dépression qu’avait commencé d’annoncer la douleur au bras. »
S’ensuivent quatre pages hilarantes où Sabato poursuit l’énumération des incessantes perturbations, jusqu’à renoncer à écrire.

Voici à présent quelques extraits d’une longue lettre à un jeune écrivain qui lui demande conseil, sorte de « remix » personnel des Lettres à un jeune poète de Rilke. Le jeune écrivain se demande notamment comment réagir à la critique.
« Il n’y a que l’art des autres artistes pour te sauver en de tels moments, pour te consoler et t’aider. Seule peut t’être utile - c’est effrayant ! - la souffrance des êtres vraiment grands qui ont parcouru ce calvaire avant toi. »
« Tu auras besoin à la fois de modestie vis-à-vis des géants de l’art et d’arrogance vis-à-vis des imbéciles, tu auras besoin d’affection et du courage de rester seul, de refuser la tentation - qui est aussi un danger - des petits groupes, des galeries des glaces. »
« L’avenir est triste de toute façon : si tu échoues, parce que l’échec est toujours pénible et, dans le cas de l’artiste, tragique ; et si tu réussis, parce que le triomphe est toujours une sorte de vulgarité, une somme de malentendus, une manipulation ; on devient cette chose dégoutante que l’on appelle une personnalité. »

Un dernier extraits, enfin, que je jetterais volontiers à la figure de tous les babapunks qui s’insurgent contre l’art « individualiste » et « non-militant » :
« La faute de logique que vous commettez est à peu près la suivante : l’introspection consiste à s’enfoncer dans le moi, or le moi solitaire est un égoïste qui se moque pas mal du monde, ou bien un contre-révolutionnaire qui essaie de nous faire croire que les problèmes se trouvent au fond de l’âme au lieu de résider dans l’organisation sociale, etc. Vous négligez seulement un petit détail : c’est que le moi solitaire n’existe pas. L’homme existe dans une société ; s’il souffre, s’il lutte, même s’il se cache, dans cette société. Vivre, c’est coexister. La coexistence du moi et du monde. Il n’y a pas que les attitudes volontaires et à l’état de veille qui soient la conséquence de cette coexistence. Même vos rêves et vos cauchemars. Même les délires des fous. De ce point de vue, le roman le plus subjectif est social et, directement ou par des détours, porte témoignage sur la réalité tout entière. Il n’y a pas des romans d’introspection d’un coté et des romans sociaux de l’autre, mon petit ami, il y a de grands romans et des petits romans. Il y a la bonne littérature et la mauvaise. Et vous pouvez être tranquille, l’écrivain en question, même s’il est tout riquiqui, fournira toujours son témoignage au monde. »

Ernesto Sabato est un observateur fin et insatiable du monde, qui, à l’instar d’un Dantec, ne supporte pas l’imposture intellectuelle et les débats médiocres. Mais à l’inverse de Dantec, Sabato souffre de devoir (d’être obligé de) prendre la parole pour défendre sa vérité. C’est ce qui rend le personnage et ses personnages aussi touchants et fait de L’ange des Ténèbres un livre profondément humaniste, en dépit de son intransigeance. Ainsi qu'un succulent auto-portait de célébrité paranoïaque.

En parlant de débats médiocres, je voulais vous citer une conversation que j’ai eue avec un babapunk :
LUI : Oui, je suis contre le droit de propriété ! Tu trouves ça normal que des gens travaillent pour payer un loyer à quelqu’un d’autre, toi ?
MOI : Ok. Et toi, tu fais quoi ?
LUI : Rien.
MOI : Comment rien ?
LUI : Je bois, je sors, je parle. J’ai renoncé à toute autre activité.
MOI : Et tu vis de quoi ?
LUI : Je suis au RMI.
MOI : Et tu trouves ça normal que des gens travaillent pour te payer ta bière et tes clopes ?
LUI : Mais c’est pas du tout pareil !

Non que je sois contre le RMI (je serais vraiment mal placé) mais par contre, je suis vraiment contre les raisonnements scabreux, malhonnêtes, qui mettent la raison au service de l’idéologie. Un peu comme ces candidats d’extrême gauche qui prétendent que les émeutes de la Gare du Nord sont la faute aux transports en commun payants. Que les transports soient gratuits pour tous : mille fois oui ! Décréter que leur non-gratuité pousse les gens à la violence : non ! J’ai fraudé mille fois et je n’ai pas pour autant asséné une beigne au contrôleur lorsque je suis fait gruger !

Dans le genre de discours à la con (qui recoupent les propos de Sabato sur le statut de célébrité), je terminerai en vous citant une autre conversation avec le même crétin cité plus haut, qui m’affirmait que la chanteuse du groupe Le Tigre était un imposteur parce que, lesbienne assumée, elle sortait avec un des Beastie Boys. En gros : une fois que vous avez publiquement choisi une orientation sexuelle, vous n’avez plus le droit d’en changer (ou de faire une exception) sous peine d’être taxé d’opportunisme (parce que, oui, ça fait bien d’être « lesbienne » dans certains milieux féministes et donc, la demoiselle se serait revendiquée telle quelle pour vendre plus de disques aux babapunks).

No more comments.

8 mars 2007

Je rêvais de faire une BD de zombies...

…mais Robert Kirkman a tout gâché !

Il y en a eu, des films de morts-vivants, des dizaines depuis La nuit des morts-vivants de George A. Romero en 1968. Des dizaines de nanars et quelques rares vrais bons films : La tétralogie du même George A. Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie, Le jour des morts-vivants et plus récemment, le moins réussi Land of the dead), les remakes des deux premiers (La nuit des morts-vivants de 1990 et L’armée des morts en 2004), deux dérivations poétiquo-humoristiques (Dellamorte Dellamore et Shaun of the dead)... On peut à la rigueur ajouter à la liste la sympathique trilogie des 
Retour des morts-vivants et le respectable 28 jours plus tard de Danny Boyle, et voilà tout.

Donc, contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un bon film de zombies est une tâche extrêmement ardue.

Pourquoi les films de Romero sont-ils des chefs d’œuvre incontournables, des films exceptionnels bien au-delà du genre horrifique auquel ils appartiennent ? Parce que ce sont des films politiques. Certes ils font peur, mais surtout ils font réfléchir. Car dans ces films, la cause de tous les désastres, ce n’est pas les hordes de zombies mais l’homme lui-même. Difficile de croire que des êtres décérébrés, lents, puissent anéantir la civilisation tout entière. Pourtant, de film en film, c’est ce qui se produit. Parce que nous sommes nuls, idiots, contre-productifs et violents. Parce que la peur et l’égoïsme en nous sont plus forts que notre capacité à travailler ensemble, fut-ce pour survivre. C’est 
en tout cas ce que démontrent ces films, qui nous plongent en outre dans une tension psychologique inouïe et qui (surtout Zombie et Le jour des morts-vivants) mettent en scène la vision d’apocalypse la plus effroyable de l’histoire du cinéma : un monde hanté par des cadavres ambulants, parsemé ça et là de quelques groupes de survivants livrés à eux-même… La fin pure et simple de notre espèce et de notre civilisation ! Sans parler de ce tabou millénaire, la profanation des cadavres, dont le phénomène des morts-vivants est l’expression la plus atroce.

Alors forcément, le scénariste que je suis rêvait d’écrire un jour une BD de morts-vivants, de poursuivre les thématiques de Romero à travers une longue saga, en montrant l’évolution des personnages à long terme…

Et puis Robert Kirkman est arrivé et il a publié The walking dead (le premier tome a été traduit chez Semic, la série se poursuivant en juin prochain chez Delcourt).

Évidemment, je me suis empressé de lire ça et... misère de misère ! La BD que je rêvais de faire depuis toujours… c’était The walking dead. Je n’avais plus qu’à me mettre ma BD de zombies là où je pense ! Vous me direz que l’un n’empêche pas l’autre mais The walking dead traite le sujet exactement comme j'aurais voulu le traiter. Pour citer l’auteur : « Avec The walking dead, je voulais parler de la façon dont des gens se débrouillent de situations extrêmes et comment cela les fait ÉVOLUER. ». Encore mieux : « Pour moi, le pire moment de chaque film de zombies est la fin. Je veux toujours savoir ce qui se passe ensuite. (…) Je veux que cela continue. (…) The walking dead sera le film de zombies qui ne se termine jamais ».

Si au moins il s’était planté…

Mais non, The walking dead est une excellente bande dessinée, qui exploite avec brio le thème abordé. Bien sûr, le médium a ses limites : la BD ne sera jamais le cinéma et le degré d’horreur que l’on ressent en voyant les dix premières minutes de Zombie est impossible à retranscrire sans les moyens narratifs du septième art. Dans la séquence susnommée (choquante, terrible, éprouvante, hallucinante de violence psychologique et physique), tout se joue sur le montage, le rythme, quelque chose que l’on ne maîtrise pas autant lorsque le lecteur est maître du temps (alors qu’au cinéma le spectateur subit le temps). Mais pour le reste, tout dans The walking dead est irréprochable : la psychologie des personnages, leur évolution, leurs relations, le contexte et ce jusqu’à poser les questions que je me suis toujours posé (par exemple : comment les zombies font-ils la différence entre eux et nous ?). Les questions que je voulais poser, justement. Sans parler du dessin épatant de Tony Moore, parfaitement au service du récit.

Alors voilà, Robert Kirkman a tout foutu en l’air, c’est un salaud, je le hais !

Et je vous conseille de vous précipiter lire The walking dead : un classique instantané, comme on dit en anglais.

22 février 2007

Mercure Liquide sans moi et c'est cool !

Ainsi donc, Mercure Liquide #5 est paru ce week-end, à grand fracas. Je dis à grand fracas parce que la soirée organisée pour l’occasion à Grrrnd Zero fut un succès au-delà de nos attentes : deux-cent-cinquante personnes soit le double de ce que l’on espérait !

Enfin, quand je dis « on… »

Certes, je reste responsable de la diffusion en librairie sur Lyon, Paris et à présent Marseille, mais pour le reste, je ne suis plus directement impliqué dans la création de Mercure Liquide et des événements qui l’accompagnent. Justement, je me demandais quel effet ça me ferait : j’ai découvert ce #5 comme un lecteur lambda alors que j’avais participé à chaque étape de la conception des quatre premiers. J’ai assisté à l’événement en tant que barman, sans contribuer à la gestion de la soirée, moi qui l’an dernier était encore « responsable de l’évènementiel »
 

Mon bébé a grandi, je suis parti, je le retrouve adulte et parfaitement capable de se débrouiller sans moi, et j’ai le soulagement de n’éprouver aucune nostalgie : juste la joie de voir que tout ça continue et que moi aussi je suis devenu adulte et passé à autre chose. Il faut comprendre que Neweden (l’association derrière Mercure Liquide) fut une longue aventure commencée il y a plus de dix ans, il était donc temps pour moi de tourner la page. Hors, ce qui est fantastique c’est d’avoir pu le faire ! Neweden fut une aventure partagée (par plus de deux-cent artistes et bénévoles, si l’on fait le total sur ces dix ans) mais soyons réaliste : jusqu’à deux ans en arrière, si je partais, tout s’arrêtait. Pourtant, lorsque j’ai fondé ce collectif, mon rêve secret était de créer quelque chose de plus grand que moi-même, une aventure humaine et artistique qui, un jour, me dépasserait et existerait par elle-même. Grâce à Marion Blangenois, safran et toute l’équipe actuelle de Mercure, cela est enfin possible ! Pour cela et pour le travail exemplaire que j’ai vu ce week-end, je les remercie de tout cœur !

Alors, vraiment pas nostalgique ? Non. Neweden fut et reste un terrain d’expérimentation actif et phénix (Combien de fois avons-nous cru le collectif mort pour le voir renaître ? - un jour, je vous raconterai tout, promis, car en dix ans il s’en est passé, des choses - des belles et même des moches, lol.)

J’ai pu voir ce week-end la joie des artistes publiés et programmés, celle du public et des lecteurs, celle de l’équipe qui est au cœur de l’aventure… Et cette joie est la même que celle de toutes les incarnations du collectif à s’être succédées ! En terme de satisfaction personnelle, je sais que tout ça n’aurait jamais eu lieu sans moi, puisque je suis, à l’origine, seul responsable de tout ce bordel. Constater l’impact que ça continue d’avoir sur la vie de ceux qui le font, les rencontres artistiques et humaines qui en découlent, toute cette VIE ! Wow ! Putain j’ai pas fait tout ça pour rien et ça me survit, je peux clapser demain, Neweden existera encore quelques années au moins ! C’est idiot, mais c’est le genre de choses qui vous font vous dire que votre vie a un sens, qu’elle ne se limite pas à votre ego capricieux, que vous avez fait un peu de bien autour de vous…

Peut-être, qui sait, dans cinq ou dix ans Marion et safran passeront la main comme je l’ai passée, assureront la transition pour que le projet leur survive… C’est tout le bonheur que je leur souhaite…

8 février 2007

Il fait parfois gris aussi à Marseille !!!


Ça donne envie de voter pour le réchauffement de la planète...
"The world doesn’t have to tell me what i need
I know how to fail & how to succeed"
Anne Clark.

Angoulême s’est bien passé et me laisse avec tout un tas de travail sur un éléphant, des super-héros et une guerre mondiale… La manière dont les histoires se construisent, se déconstruisent et se reconstruisent ne cessera jamais de ma fasciner, ainsi que la multitude des angles d’attaque. On me demande souvent ça : comment on construit une histoire ? Pas de recette miracle et en dépit d’une méthodologie plus ou moins acquise, les angles d’approche sont innombrables. Part-on des personnages pour construire le récit ou du récit pour construire les personnages ? Vais-je finaliser mon synopsis avant d’écrire les premières planches ou, comme souvent, vais-je faire un ping-pong entre les deux, qui me permettra d’affiner mon récit ? Parfois c'est cette approche plus poétique qui consiste à écrire des bouts de scènes, des dialogues afin de mieux cerner les personnages. Parfois c’est tellement mathématique (j’ai tel truc à montrer, tel texte à placer en deux pages, un maximum de X cases par pages…). Autant d’approches que d’histoires… On construit une histoire en apprenant à la connaître, en la découvrant et en devinant ses multiples aspects. C’est de l’archéologie : on époussette morceau par morceau les pièces d’un puzzle, on se familiarise et on essaie des configurations. On apprend à faire des connections entre des idées, à déduire des probabilités… On se fait des amis de ces personnages qui, lorsqu’on les a créés, étaient encore si étrangers…


J’adore ;-)

Pour passer du coq à l’âne, je vous invite à faire un tour sur www.mercureliquide.com puisque le #5 de la revue sort le 17 février (ça se fera à Grrrnd Zero Gerland - Lyon), puis en librairies à Lyon, Paris et Marseille.

Voilà.

22 janvier 2007

Je suis pas un fermier !!!

Bordel de merde !

Si vous tapez « Shaomi » sur Google vous tombez sur Détail d'un fermier: Shaomi, et en cliquant vous arrivez  !

Le comble, c'est que l'avatar est un mouton !

Juré, c'est pas moi !

Les agents de sécurité ont la vie dure...

Voici quelques vidéos tournées par mon ami, le peintre Nicolas Manenti, lorsqu'il était « agent de sécurité », en 2001.

Les nuits, alors, étaient longues (et comme nous avions le même job d'étudiant, je puis en témoigner) !!!





















21 janvier 2007

Nicolas Monin est mort.

Evolve in peace, brother.

May your next life be sweeter than this one was.

16 janvier 2007

Wow !

Alors voilà, c'est pas pour me la ramener mais on vient juste de me faire le plus beau compliment qu'on puisse me faire ! Et ça vient d'une personne qui n'a aucun intérêt à être gentille avec moi et qui, de surcroît, n'a aucune idée de mes goûts littéraires ! Le commentaire est relatif à mon recueil, Tabloïde.

Je cite : « Ce que tu écris me fait penser à Kundera, avec la petite touche fantastique qu'il fallait pour élever le niveau ».

Bon, évidemment je tempère tout de suite : ce n'est pas demain la veille que j'élèverai quoi que ce soit par rapport à Milan Kundera ! Mais quand on sait que cet auteur est pour moi un dieu vivant de la littérature, quand on sait à quel point je considère son oeuvre comme une référence absolue, quand on sait l'impact que celle-ci à eu sur mon travail, alors on peut comprendre que ce compliment m'ait touché, et pas à moitié !!!

Voilà. Dans huit jours mes chevilles auront dégonflées et je partirai humblement au le festival d'Angoulême pour démarcher quelques projets BD et poursuivre des négociations concernant l'un d'entre eux. De fait, j’ai beaucoup de travail. J’essaierai quand même, si c’est possible, de poster des choses ici, d’ici-là.

10 janvier 2007

2007 !

Bonne année à vous, lecteurs d’un jour, amis fidèles, noctambules du web et autres passagers de ce blog !

Mon cadeau de noël pour vous, c’est la mise en ligne de mon recueil de nouvelles, Tabloïde, en attendant une éventuelle parution papier. Merci à ceux qui me liront du temps qu'ils m'accordent, et n’hésitez pas à poser vos commentaires ! Et ce n’est qu’un début car d’ici quelques semaines arrivera (enfin !) mon recueil de poèmes inédit : Fragments Nocturnes ! Autre nouveauté pour ceux qui ne sont pas venus depuis longtemps : une page de liens vers les sites et blogs de tout un tas de gens cool qui squattent le web. Certains sont de très bons amis, d’autres ne sont que de vagues connaissances dont j’apprécie le travail, mais enfin toujours est-il qu’il y en a pour tous les goûts, allez donc y faire quelques clics et laissez-vous surprendre (oh le mauvais slogan de pub qu’y nous fait, le Shaomi !)

@ tous ceux qui m’ont envoyé un mail de bonne année, désolé de mon silence et pas d’impatience : je vous réponds dès mon retour !

Peace & b wild !

18 décembre 2006

Boire et fumer tue, pas le ridicule !

Je ne vais pas ici remettre en cause les campagnes gouvernementales contre l’alcool au volant ou la cigarette : on peut en penser ce qu’on veut, on ne peut pas reprocher à l’État de vouloir protéger la santé des individus, puisque c’est là sa tâche. Non, ce qui m’afflige c’est l’absolue stupidité avec laquelle certaines de ces campagnes sont menées.

Je commencerai avec l’hilarant épisode des baby-foot. Pour mémoire, il y a quelques semaines, après le vote de l’interdiction de fumer dans les bars, Jean-François Copé nous annonçait avec le plus grand sérieux son idée géniale : pour éviter que les fumeurs ne désertent bars et cafés, le gouvernement va baisser la taxe sur les jeux, afin que tous se réunissent autour des flippers, billards et baby-foot ! Cette déclaration prouve une chose ou l’autre : soit le gouvernement actuel méprise les Français et l’affiche avec une audace qui frise la provocation ; soit il est complètement déconnecté des réalités quotidiennes ! M. Copé semble avoir du bar une vision qui se réduit à celle du PMU de son village, où les jeunes jouent au flipper pendant que les vieux se saoulent au petit déjeuner. L’idée que 90% des gens qui vont discuter dans un café ou boire des coups dans un pub se moquent éperdument du baby-foot ne semble pas l’avoir effleuré… Et puis franchement, le baby-foot en boite de nuit…

Évoquons à présent des vieux qui ne se saoulent pas au petit déjeuner : ceux qui croupissent dans ces mouroirs que l’on nomme maisons de retraite ! Ces personnes âgées sont les premières victimes d’une loi qui ne tolère pas l’exception : les voilà, en maison de retraite, interdits de fumer jusque dans leur chambre ! Lorsque l’on sait le désespoir que connaissent souvent les pensionnaires de ces établissements, on trouvera bien cruelle une loi qui leur ôte même le plaisir de fumer au lit !!! D’autant que beaucoup de ces personnes très âgées n’ont guère la force de sortir se geler quinze fois par jour pour fumer leur clope en hiver. À moins bien sûr que tout cela ne participe d’un plan secret visant justement à résoudre le problème des retraites en provoquant la pneumonie chez les vieux que le cancer du poumon persiste à épargner. En ce cas, qu’on le dise et que l’on cesse la grotesque comédie de culpabilisation à laquelle on a droit chaque été depuis la canicule de 2003 !

Petite leçon de psychologie fondamentale, à présent. Les paquets de cigarettes et de tabac doivent, depuis trois ans, porter une étiquette stipulant que « fumer tue », « fumer provoque le cancer », etc. Cette mesure superflue (nul n’ignore aujourd’hui les dangers du tabac) va provoquer, à terme, l’inverse de l’effet escompté : une hausse des décès liés au tabac ! Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Je m’explique : on néglige encore bien souvent le pouvoir incroyable de l’inconscient mais n’importe quel psy ou sophrologue vous l’expliquera mieux que moi : un propos qui est asséné à l’inconscient s’ancre dans la psyché et devient un « programme ». C’est ce qu’on appelle un lavage de cerveau et cela fait appelle à la répétition forcenée de ce que l’on nomme des « messages subliminaux », autrement dit des messages qui s’adressent directement à l’inconscient. Si vous êtes fumeur, vous conviendrez que vous ne « voyez » plus le sticker « fumer tue ». Consciemment, vous n’y faites plus attention. Pourtant, tous les jours votre regard glisse un nombre incalculable de fois sur votre paquet de clopes posé sur la table. C’est donc probablement cent fois par jour que votre inconscient capte le message « fumer tue ». Le pouvoir de notre inconscient est époustouflant, bien plus important que l’on ne le croie généralement. Quelqu’un qui fume et dont le cerveau capte à longueur de journée que « fumer tue » va intégrer cette donnée dans son programme inconscient, ce dernier finira par transmettre à son tour cette information au corps, qui appliquera le « programme » et développera une maladie liée au tabac. Je ne dis pas que cela arrivera à TOUS les fumeurs, mais peut-être à plusieurs centaines -voire milliers- de personnes, d’ici dix ou vingt ans (le temps que le message subliminal fasse son effet à force de répétition), mourront à cause des étiquettes fumer tue. J’ai l’air de déconner mais c’est très sérieux ! Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les campagnes anti-tabac qui s’adressent au conscient sont nécessaires. Celles qui s’adressent de façon pernicieuse à l’inconscient auront des conséquences dramatiques (mais certes indécelables). Ceci prouve en réalité une chose : l’ignorance totale (et tragique) qu’ont nos députés et hommes politiques de la nature humaine. Quelles que soient leurs connaissances en économie, en sciences sociales, en droit ou en géopolitique, nos dirigeants n’ont aucune idée des bases de la psychologie humaine. Et c’est peut-être là que le bât blesse : notre société tout entière fonctionne sur des lois et des mœurs qui négligent notre nature fondamentale, de même que l’on élève généralement nos enfants dans des aberrations psychologiques qui n’aboutissent qu’à engendrer des adultes névrosée, perturbés, en souffrance… Mais je m’égare car c’est là un autre débat… Il reste que cette petite anecdote tabagique conduit à se demander quand est-ce que l’on se décidera à mettre au pouvoir des gens qui comprennent les fondamentales du psychisme humain.


De fil en aiguille, on arrive à une autre maladresse de nos chers pouvoirs publics : la campagne anti-alcool au volant adressée au jeunes. J’évoquerai brièvement l’épisode vite avorté du « capitaine de soirée ». Jusque là, en effet, le jeune qui héritait de la responsabilité de conduire était officiellement dénommé « capitaine de soirée ». Et les campagnes publicitaires affirmaient sans frémir que ce titre serait porté avec fierté, voire que les jeunes se battraient entre eux pour l’obtenir. C’était faire peu de cas du mépris qu’ont les jeunes envers la hiérarchie militaire et maritime (sinon envers la hiérarchie en général). C’était aussi ne pas bien faire la différence entre le jeune des années 50, supposément fier de sa conduite morale, et le jeune des années 2000, un peu plus « sex, drugs & rock’n’roll » que ses parents avant lui. Bref, l’erreur fut apparemment conscientisée puisque, cette année, le capitaine de soirée est officiellement renommé « Sam ». Pourquoi « Sam » ? Je suppose que ça fait d’jeun’s et c’est vrai qu’on imagine plus volontiers les jeunes rigoler en nommant toute la soirée leur pote sobre « Sam ». Va pour « Sam », donc, mais le slogan, lui, n’a pas changé : « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas ». C’est certes moins autoritaire qu’un « celui qui conduit ne boit pas » mais c’est douteux du point de vue de la langue et donc très ambigu. Du point de vue syntaxique, la phrase « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas » implique que « celui qui ne boit pas » préexiste à « celui qui conduit ». En d’autre termes : avant cette campagne de prévention, il y avait obligatoirement un jeune qui ne buvait pas dans chaque groupe mais ce n’était pas lui qui conduisait. Outre que cela implique que les jeunes sont vraiment cons (il y en a un de sobre mais celui qui conduit est un de ceux qui sont bourrés !), cela implique aussi qu’il y a dans chaque groupe des buveurs et des non-buveurs. En réalité, on sait bien que dans la plupart des cas les buveurs se dépouillent ensemble et les sobres font la fête à leur manière. Il est en tout cas ridicule d’imaginer que dans chaque groupe de jeunes il y en a forcément un qui ne boit pas ! Il suffit d’avoir été jeune depuis moins de trente ans pour savoir que c’est faux : tout le monde se déchire la tronche en chœur ! Alors vous allez me dire que je joue sur les mots et que tout le monde comprend ce slogan et que je me complique la vie pour rien. Peut-être, mais les mots sont mon métier et il est donc bien naturel que je m’en préoccupe. Et puis si l’on utilise les mots n’importe comment, ils finissent par ne plus rien vouloir dire. Pour exemple, cette pub que l’on voyait en 1995 chez tous les boulangers : « Le pain, c’est encore meilleur quand on le mange », qui sous-entendait qu’un aliment peut-être ressenti comme étant bon sans être mangé (!!!). Je pourrais aussi vous parler de mon ascenseur qui affiche être « réservé au transport de personnes » et de fait interdit aux « enfants non accompagnés, aux livreurs et aux déménageurs ». Donc, les enfants, les livreurs et les déménageurs ne sont pas des « personnes ». On en revient presque à l’époque où les femmes et les Noirs n’avaient pas d’âme !

Sur ces belles paroles, je vous souhaite de joyeuses fêtes ;-)

22 novembre 2006

Marseille, donc...

Marseille ! Après onze ans de vie lyonnaise, me voici Marseillais pour une durée indéterminée, d’au moins quelques années en tout cas. Dépaysement ou déracinement ? Un peu des deux sans doute. Ce déménagement me fait en tout cas prendre la mesure - indépendamment de ma joie d’être dans l’ailleurs - de mon attachement à Lyon ! L’autre jour je me suis demandé si je devais corriger la mention « auteur lyonnais » dans la bio de mon ancien blog et le négatif m’est apparu comme évident. Je vis à Marseille mais je vis Marseille comme une étape, un transit, une « house » mais pas un « home ». Lyon est la ville où je me suis formé, humainement comme artistiquement. Toute ma vie d’adulte s’y est déroulée, Lyon m’a nourri, énormément apporté : l'homme et l'artiste seraient radicalement différents si ces onze ans s'étaient déroulés ailleurs ! J’ai parfois détesté cette ville à force d’y errer, mais quelle histoire d'amour n'a pas ses moments difficiles ? Lyon et sa Croix-Rousse resteront donc mon « home » pendant longtemps, en tout cas mes racines et une partie de mon identité. Pourtant, si je n'ai pas fini d'y retourner en week-ends, je sais que je n’y revivrai pas, jamais, parce que ce serait revenir en arrière. Hors, où que me mène ce départ sur Marseille, ce ne peut être que vers l’avant (et encore plus de soleil !). Cela fait d’ailleurs partie de l’aspect un peu vertigineux de ce départ à Marseille : l’après Marseille est un ailleurs inconnu, il n’y a pas de rassurant retour en arrière possible. J’ai fait le « grand saut ». Mais si je dois rattacher mon nom et ma fonction à une ville, ce sera encore longtemps à Lyon. Donc : Shaomi, auteur lyonnais vivant à Marseille.

Une des principales raisons qui m’ont poussé à partir (hormis une certaine jolie brune), était de me retrouver seul face à mon travail d’auteur. 
À Lyon, je cohabitais avec de très nombreux amis et par extension de très nombreux projets collectifs. Entre les Combustions Spontanées, Bébé Coma, Mercure Liquide et autres, les « distractions » étaient nombreuses. Non que je plaque tout en bloc, je reste solidaire et acteur (même lointain) des dits projets mais au quotidien, c’est désormais devant mon ordinateur que ça se passe. Je n’ai plus grand chose d’autre à faire de mon temps - hormis, certes, aller nager - que d’écrire et démarcher les éditeurs. Me voici donc face à moi-même (et paradoxalement face à l’autre puisque je n’habite plus seul) et pour le moment, depuis début septembre, c’est plutôt efficace : je travaille enfin tous les jours mon écriture et les pages s’accumulent heureusement. Mais nous y reviendrons dans les jours qui viennent (promis)...

Je voulais aussi dire quelques mots de mes coups de cœur de l’été. Je me suis bouffé un gros paquet de romans ces derniers mois et j’ai notamment (enfin !) découvert Kafka. J’ai lu Le Château, précisément, et je suis tombé des nues. Je m’attendais à quelque chose de très bon, mais pas à cette folie géniale qui confine à l’hystérie littéraire. Kafka aurait écrit que « Le Château n’existe que pour être écrit, pas pour être lu ». Comment pourtant jeter la pierre à Max Brod, héritier des manuscrits de Kafka, pour les avoir publiés contre la volonté du défunt ? Il eut été criminel de priver l’humanité d’un tel auteur ! Mais ce qui est extraordinaire c’est que Le Château est un chef d’œuvre justement parce qu’il n’a pas été écrit pour être lu ! Bien que Kafka ait fait de nombreuses corrections sur le manuscrit de ce récit inachevé, le roman laisse l’impression d’un premier jet déstructuré, brouillon, sauvage dans sa construction, presque insolent tant le lecteur n’est pas pris en compte ! Et tout est là ! Le génie de Kafka réside justement dans les apartés inattendus, les digressions interminables, les commentaires superflus (voire incompréhensibles), les détails absurdes et les conversations surréalistes qui sont partout présents dans ce livre ! Le Château fait état d’une réalité aussi mouvante que l’est le style de Kafka, qui évolue au fil du récit. La sensation de flottement qui en découle nous rend solidaire du géomètre K. dans sa détresse. Car le lecteur est malmené en même temps que le personnage ! Peut-être même davantage car, alors que le géomètre K. semble partager l’absurdité comportementale des autres personnages, le lecteur est pris au dépourvu à chaque instant. Et je vous parle de mon point de vue de lecteur de 2006, qui en a vu d’autres, qui connaît Ionesco, Beckett et David Lynch. Je n’ose imaginer la stupéfaction du lecteur de 1926 ! Bref, Le Château m’a bien scotché et si vous ne devez lire qu'un classique cette année, que ce soit celui-là !

En cadeau de bienvenue et pour finir, un petit coup de cœur musical et vidéo.
ADULT. est un groupe que j’aime bien, mais les lecteurs habitués de ce blog le savent : je suis gourmand d’electroclash.

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui mais à très bientôt puisque ce blog est réactivé !!!
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...