1 février 2008

Deux mois en Inde, ou « How Shaomi got his groove back »

Voici quelques bribes de mon second voyage en Inde, d’infimes fragments somme toute, mais c’est ce qui est ressorti avec deux semaines de recul. Le reste, il faudra que vous y alliez vous-même pour le découvrir…

« Dites, qu’est-ce qu’il y a à gagner dans le voyage ?
Cette distance qui fait que le regard s’aiguise et qu’on voit clair, cette distance qui fait que les liens se tendent et qu’on aime dur, cette clarté qui a pour nom détachement. »
Lanza Del Vasto, Le Pèlerinage aux Sources.


07 novembre 2007 : Mumbai (Bombay)

Premier constat, et je n’en reviens pas : sept ans après mon premier voyage, l’Inde m’est aussi familière que si je l’avais quittée la semaine précédente ! Je m’attendais à une seconde première fois et je me retrouve presque comme chez moi. Le plus marquant, c’est cette odeur si particulière de l’air, que je retrouverais partout durant ces deux mois. Une odeur épicée, comme si la bouffe indienne, à force de millénaires, avait imprégnée la terre elle-même ! La seule chose qui – au premier abord - a changée, c'est cette omniprésence des téléphones portables, dont les sonneries viennent s’ajouter au capharnaüm ambiant. Car l’Inde est avant tout un royaume de bruit, pour ne pas dire de boucan.


08 novembre 2007 : Panjim (Goa)

Second constat : soixante-douze heures sans dormir, à enchaîner avions, taxis et bus, ça cartonne ! L’insomnie est une inévitable part de l’expérience et permet d’appréhender certains moments dans un état décalé, qui s’ajoute à celui – naturel - que provoque ma présence ici. Il m’arrive, de plus, la chose la plus ridicule : je dois me lever demain à huit heures pour prendre un bus, et je rêve de m’endormir dès à présent. Mais il est dix-neuf heures et mon réveil est un réveil à aiguilles : impossible de le régler pour huit heures avant vingt heures trente. Insomnie prolongée.


09 novembre 2007-17 novembre 2077 : Hampi (Karnataka)

Retour, enfin !, à Hampi qui reste pour moi le plus bel endroit du monde, si magnifique que je n’oserais pas essayer d’en capturer la beauté en images (les nombreuses photographies que j’ai vues y ont toutes échoué). Chaque jour, je m’en vais marcher dans la nature et de quelque côté que j’aille, j’ai un immense sourire sur les lèvres au bout de vingt minutes, qui ne me quitte plus.

Durant trois jours, je cherche vainement à voir les crocodiles qui habitent la rivière et, faute de les trouver, je donne des bananes à des mamans singes, leurs bébés accrochés autour du cou.

À ce stade, je me mélange peu avec les autres touristes, préférant consacrer mon temps aux Indiens. Un adolescent m’explique comment Hampi est devenu Hampi : cherchant un remède qu’il ne trouvait pas, le dieu-singe Hanuman finit par soulever et ramener à son roi toute la région. Une fois le remède trouvé, Hanuman, trop fatigué pour ramener un si gros morceau de terre, décida de jeter Hampi à travers les airs. L’atterrissage fut rude et la géographie du lieu s’en trouva bouleversée, devint cet incroyable empilement de rochers que l’on connaît aujourd’hui.

Je m’émerveille devant les femmes du Karnataka : même les plus pauvres des paysannes qui travaillent aux champs ont ici, dans leur sari, la grâce de princesses !

Comme à chaque voyage, les premiers jours toutes sortes de souvenirs douloureux m’assaillent. Ce phénomène est normal : lorsque l’on purifie son âme dans une eau sacrée, toutes les impuretés remontent à la surface, processus sain et nécessaire.

Le quotidien Deccan Herald titre « Bangalore prend froid ». Selon l’article : « Il est temps pour les Bangaloriens de se couvrir de laine. L’hiver s’est installé et la ville a connu un temps glacial ces derniers jours avec des températures variant entre 14 et 12 degrés celcius ». Je souris en lisant ces lignes : foutus veinards d’Indiens !

La veille de mon départ, je rencontre Naina, la plus belle fille du monde, une Indienne de Mumbai, très occidentalisée. Je voudrais rester, la séduire et l’épouser sur le champ, mais je sais que le temps est pour moi venu de quitter Hampi. Je grimpe sur la plus haute montagne pour contempler une dernière fois ces paysages de rêve. Ce n’est qu’un au revoir : je reviendrai à Hampi.


19 novembre 2007-24 novembre 2007 : Tiruvannamalai (Tamil Nadu)

Fin de mousson dans le Tamil Nadu. Tiruvannamalai est débordante de milliers de pèlerins à l’occasion d’un festival dédié à Shiva. Les Indiens pataugent allègrement dans la boue et je me fait « bénir » par l’éléphant du temple. Le festival se clôture par un feu d’artifice collectif et le ciel de Tiruvannamalai explose de mille feux dans un boucan infernal. La dévotion passionnée des Hindous est tangible pendant ces quelques minutes, une énergie de foi intense envahit l’air et me fait frissonner en même temps que je m’assure de ne pas être décapité par une fusée mal envoyée.

Loin de toute spiritualité, les publicités que l’on voit à la télévision vantent un univers ultra-matérialiste. La réussite et le confort sont mis en exergue d’une manière qui dépasse les pires fantasmes des publicitaires occidentaux. Il n’est question que d’hommes et de femmes comblés par les marques qu’ils portent sur le dos, les bijoux qu’ils s’offrent, les téléphones MP3 qui les font danser… « A diamond is forever. »

Un soir, mon ami Sivalingam m’emmène camper dans la nature. L’épuration intérieure continue et je m’interroge sur le passé et l’avenir. Atteint d’une diarrhée féroce et fiévreuse, je m’en vais derrière des buissons et peine à me laver ensuite, car j’ai trop peu d’eau pour boire et faire ma toilette. Je craque et pleure comme un enfant, caché dans mon buisson. Lorsque je reviens, Sivalingam perçoit ma détresse et me berce de paroles rassurantes sur Dieu, la vie et le recul que l’on peut avoir sur les choses. Je me laisse aller à l’écouter comme s’il était un prophète et m’endors serein.

Je constate que Lanza Del Vasto a perçu la même chose que moi : les Indiens ont un très curieux rapport au temps. Tout ce qui touche à l’heure et à la durée semble totalement hors de leurs préoccupations. Les questions telles que « depuis quand… », « combien de temps dure… » ou « dans combien de temps… » doivent être reformulées trois fois pour obtenir une réponse, et ce même lorsque l’anglais de mon interlocuteur est parfait. La ponctualité (que ce soit pour les gens ou les bus) est un concept inexistant en Inde. Je m’enquiers de cela auprès de Sivalingam qui m’explique que « les choses arrivent ». Si quelqu’un a rendez-vous et que quelqu’un passe chez lui de manière inattendue, ou que quelque chose – n’importe quoi -, se produit et le détourne de son rendez-vous, l’Indien se laissera détourner le temps nécessaire, puis se rendra avec le retard conséquent au rendez-vous. « Et si la personne, lasse d’attendre, est partie ? », je demande. « Les choses arrivent… » Cela procède d’une vision métaphysique de la vie tout à fait différente de la notre, la même qui explique la présence de vaches endormies au milieu des rues sans que personne ne songe à les déloger. Les Indiens ne cherchent pas à maîtriser leur environnement : il font avec.

Quelques extraits du Pélerinage aux Sources de Lanza Del Vasto, qui font écho à cela :
« Et je n’ai pas l’habitude de m’ingérer dans les évènements quand je remarque chez eux l’intention de suivre leur cours sans tenir compte de mes projets. Je laisse alors les évènements s’expliquer jusqu’au bout, afin de ne pas manquer ce qu’ils ont à m’apprendre. »
C’est comme ça qu’il faut voyager. C’est comme ça qu’il faudrait vivre. Et Lanza d’ajouter :
« Le sot est celui qui ne sait pas que les faits qui lui surviennent sont des signes et qui n’essaie pas de se lire. »

Autre constat commun entre Del Vasto et moi :
« Ceux qui veulent dormir montrent le plus grand respect pour le tintamarre de ceux qui veulent veiller. »
Cette dernière citation illustre l’une des choses que j’aime tant en Inde : le concept de tapage nocturne y est quasiment inexistant. Les Indiens ont un absolu respect pour le droit à chacun de faire le boucan qu’il veut, de jour comme de nuit. J’ai toujours pensé que celui qui est fatigué et qui veut dormir n’a qu’à fermer les yeux et se connecter à son silence intérieur pour trouver le sommeil. Le problème, avec nous autres Occidentaux, est que nous ignorons ce qu’est le silence intérieur. Aussi nous activons-nous à persécuter les noctambules.

Quand j’y pense, écouter de la musique est peut-être ma plus grande joie en cette existence.


25 novembre 2007-05 décembre 2007 : Pondichéry (Tamil Nadu)

Pondichéry ressemble à une station balnéaire hors-saison. C’est une ville agréable, étonnamment propre pour l’Inde, mais un peu trop calme peut-être.

Après deux nuits dans un hôtel glauque, je rencontre Manoj, qui me propose de prendre une chambre dans son adorable guest-house. Une fois installé, les rencontres se font et s’enchaînent naturellement. Pour moi, Pondichéry sera essentiellement une expérience entre touristes.

Je trouve très inquiétant de vivre sur une planète où existent les insectes. Je trouve leur présence, leur nombre et leur nature très angoissants, ne serait-ce que sur le plan métaphysique. La prochaine fois, j’aimerais me réincarner dans un monde sans insectes.

En terrasse d’un café, je rencontre cet Indien fou qui a grandi à Marseille et parle un français parfait. Il m’assène un flot de contresens un quart d’heure durant. « J’adore la France mais j’aime pas les Français » et cinq minutes plus tard « j’adore les Français mais j’aime pas la France ». Allez comprendre… Moi, plus le temps passe plus j’adore l’Inde et les Indiens.

Si la vie est une bouteille que l’on voit à moitié pleine ou à moitié vide selon son humeur, il conviendrait de s’interroger sur la nature du liquide que l’on y introduit.

Je rencontre un éditeur indien francophone et me présente, naturellement, comme auteur. Il me demande « Par qui êtes-vous publié ? » et lorsque je lui réponds que je ne suis pas encore publié, il me rétorque « Comment peut-on être auteur si l’on n’est pas publié ? ». Je dois me mordre la langue pour ne pas lui répondre : « En sacrifiant tout à l’écriture, en refusant tous les boulots intéressants et rémunérateurs qu’on aurait pu avoir pour pouvoir écrire tous les jours, en étant au RMI à trente-et-un ans, en affrontant les refus inévitables, répétitifs et parfois méprisants des éditeurs, en pensant à son travail – en vivant avec l’écriture - à chaque instant… ». Je ne me suis jamais considéré comme courageux d’avoir fait les choix qui sont les miens et je ne me plains de rien : tout ce que la vie me devait, la vie me l’a déjà donné. Mais lorsque je pense à cette phrase qui est sortie toute seule en 2002, dans mon poème Lijiang, Yunnan, « je pense je pense je pense au prix à payer pour mon art (sacrifices ?) », j’en mesure à présent toute la portée. De fait, je ne peux plus accepter ce type de remarques ! Quand je fais le bilan, j’ai tout mis de côté pour pouvoir écrire, ou plutôt apprendre à écrire car une discipline artistique est un apprentissage de tous les jours. La joie de ce que l’on a acquit coexiste avec la honte du savoir-faire qui nous manque encore. C’est l’extase des moments d’inspiration et la douleur du manque d’inspiration. C’est l’apprentissage contradictoire de la fierté, indispensable pour trouver la force de continuer, et de l’humilité la plus grande, pour être capable d’évoluer. Je ne suis pas à plaindre et je ne me plains pas mais je pense que tout artiste qui centre sa vie autour de sa création et renonce à tout pour pouvoir peut-être en vivre un jour, le tout en toute honnêteté vis-à-vis de lui-même et des autres, mérite un minimum de respect, du moins un tout petit peu de considération, un tout petit peu par principe !

« L’espoir était illogique. La vie consistait à faire avec ce qui était. »


06 décembre 2007 : Trichy (Tamil Nadu)

Je m’étonne sans cesse de la manière dont les barrières sociales entre Occidentaux disparaissent en voyage. Ici on a le « droit » de s’aborder à tout moment et de démarrer une conversation avec un inconnu, chose souvent délicate en France. De même, on se tutoie (entre Français, le « vous » étant absent de la langue anglaise) et on se fréquente indifféremment des différences d’âge, de milieu socioculturel, de nationalité…


07 décembre 2007-13 décembre 2007 : Cochi (Kerala)

Cochi est moins sublime que ce qu’on m’avait décrit, mais reste une petite ville agréable.

Sur MSN, mon amie Pulsize affiche « Parle pas au chat c’est pas une plante ! ». Je l’interroge sur le sens de cette phrase ésotérique mais n’obtient nulle explication.

Je reste émerveillé de voir ici hindous, chrétiens et musulmans se côtoyer et se lier d’amitié avec une telle nonchalance. Avant mon départ en Inde, je consulte la fiche Wikipedia de l’écrivain Florian Zeller dont j’ai adoré le roman La fascination du pire. Avec effroi, je lis la chose suivante : « Son roman La fascination du pire est un appel à la haine envers les musulmans ». Je m’empresse de retirer de l’article cette remarque mensongère et m’insurge au passage ! Le roman de Zeller aborde en effet des sujets tels que la relation des pays islamiques avec la sexualité et la liberté d’expression, il évoque certes certains actes barbares commis par certains intégristes et il cite mot pour mot quelques passages peu glorieux du Coran. Néanmoins, Zeller s’efforce de rester objectif et de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. En lisant le commentaire sur Wikipedia, je constate avec dépit que le bébé est jaloux de l’eau du bain et qu’il se jette lui-même dans l’égout. Car le message est clair : si la moindre critique formulée vis-à-vis de l’Islam est « un appel à la haine envers les musulmans », cela signifie qu’il n’y a pas de demi-mesure, pas de critique possible – si légère soit-elle. On est forcément « avec » ou « contre » et celui qui n’embrasse pas l’islam est forcément un ennemi acharné de l’islam. Dire « je ne suis pas d’accord » ou « je doute » ne peut et ne doit signifier que « tuez les tous ! ». Ainsi donc, l’obscurantisme primaire que Zeller évoque avec prudence et discernement dans son roman est confirmé par les détracteurs même du roman en question ! L’Inde n’est pas exempte de tensions religieuses mais elles restent l’exception.  À plusieurs reprises, j’interroge des musulmans à propos des caricatures du prophète, du port du voile, du problème israëlo-palestinien, de la guerre en Irak ou d’Al Qaida. Leur réponse est toujours la même : ils s’en moquent éperdument ! Leur islam est fort éloigné de toutes ces conneries et ils trouvent ça naturel de côtoyer tous les jours des hindous, des chrétiens, des sikhs… ! De mon côté, je me disais l’autre fois que quand même, Florian Zeller avait publié son premier roman à l’âge de vingt-deux ans et moi toujours rien à trente-et-un et que c’était pas très glorieux pour moi. Et puis j’ai lu qu’il est le compagnon de l’actrice Marine Delterme et après vérification, j’ai constaté avec soulagement que ma dernière copine et même celles d'avant d'ailleurs étaient vachement plus belles que la sienne ! Ouf ! Nous voilà quittes !


14 décembre 2007 : Irinjalakuda (Kerala)

Fashion TV fait office de chaîne pornographique en Inde, pays où la pornographie est officiellement interdite. Chaque soir à partir de vingt-et-une heures, Fashion TV diffuse en boucle les défilés et prises de vue de mannequins en maillots de bain.


16 décembre 2007 : Mangalore (Karnataka)

Dans une chambre d’hôtel crasseuse, je contemple le petit lézard qui squatte le mur en face de mon lit. Soudain, j’aperçois un cafard aussi gros que le lézard qui passe sous la porte et se précipite dans la chambre. Le lézard fonce sur le cafard et lui donne littéralement un coup de boule, ce qui a pour effet de faire repartir immédiatement le cafard d’où il vient. Je remercie le lézard et m’émerveille de la solidarité qui existe entre vertébrés.


17 décembre 2007-20 décembre 2007 : Colva & Benaulim (Goa)

Après près d’une semaine sur les routes, je décide de me reposer dans ces deux villages jumeaux, au bord de la mer. La plage est cool mais Colva et Banaulim ne sont remplis que de touristes russes obèses, soixantenaires et riches. Un soir que je me perds en rentrant chez moi, je manque de me faire dévorer par des chiens, m’en sors à l’aide d’un bâton (très dissuasif, le bâton !). Je reste là trois jours sans parler à personne, à profiter de la plage, et puis je me casse parce que ça suffit !

Je profite tout de même de cette pause pour prendre quelques notes :

D’abord cette phrase du groupe Avenue D., qui pourrait être la troisième citation en tête de mon recueil de poèmes Fragments Nocturnes : « You call me a whore, but you always come back for more ! ».

Ensuite ce paragraphe que j’adore du roman How Stella got her groove back (titre sublime, lamentablement traduit en Stella par l’éditeur français) de Terry McMillan. Comme j’ai lu le roman en anglais, la traduction est de moi : « J’ai l’impression que plus rien n’est comme avant et ce n’est pas que je sois nostalgique ou quoi que ce soit mais je me demande si je me sens comme ça parce que je n’arrive pas à croire que j’ai vraiment quarante-deux putains d’années parce que les gens me disent tout le temps que je n’ai pas l’air d’avoir quarante-deux ans et pour être honnête je n’ai aucun plan immédiat pour en acquérir l’air si toutefois il y a un air à avoir lorsque l’on a quarante-deux ans et je ne me sens certainement pas quarante-deux ans et ce que je sais est que ça ne me dérange pas d’avoir quarante-deux ans. (…) Je me demande si je pourrais secrètement faire une crise de la quarantaine ? » Remplacez « quarante-deux » par « trente-et-un » et ce passage correspond parfaitement à ce que je vis en ce moment !

Et le jour de mon départ de Colva et Benaulim, j’écris : « ce matin, je n’ai plus peur ».


21 décembre 2007-30 décembre 2007 – Om Beach, Gokarna (Karnataka)

Je sais désormais pourquoi je me dois à moi-même de partir vivre en Inde, du moins en Asie, dans quelques années. Je veux dire, il y a des dizaines de raisons, mais je sais quelle est la plus importante d’entre elles. Ce qui est drôle c’est que j’y avais pensé, sous MDMA, lors d’une free-party en septembre dernier. Deux mois de voyage plus tard : c’est une évidence. Je dois vivre en Asie car être là m’aide à devenir une bien meilleure personne. Or, à trente-et-un ans, j'en ai la certitude : devenir une meilleure personne est le but principal de mon existence ! De mon expérience, les relations humaines en Occident sont une permanente compétition d’ego. Il faut avoir tout fait, tout vu, tout expérimenté, avoir le plus de fric, avoir fait le plus de voyages, avoir baisé le plus de meufs, faire les blagues les plus drôles et les remarques les plus pertinentes, avoir les fringues les plus cool, etc… Ici, les relations humaines ne sont pas une éternelle compétition. Chacun est à sa place, chacun est et sais ce qu’il est et cela a tout avoir avec cette acceptation du réel et ces « choses » qui « arrivent » dont je parlais plus haut. Du coup, les gens ne s’intéressent pas forcément à vous mais lorsqu’ils le font, ce n’est pas pour se mettre en compétition avec vous. Épuisé que je suis des conflits d’ego et de cette compétition de merde, sans pourtant parvenir tout le temps à y échapper, je comprends que ma place est ici. Qu’en Inde je pourrais enfin avoir des relations saines avec les gens, sans arrières pensées, sans compétition…

Ensuite je passe noël de la façon suivante : un marathon de quarante-huit heures sans dormir à picoler et à rigoler sur la plage en faisant des feux de camps avec quatre jeunes Indiens de Bangalore et c’est le plus beau noël de ma vie. Ensuite le Père Noël passe et me fait mon cadeau et elle s’appelle Nitya.

La vision de vaches sur la plage est assez fascinante et pour le moins amusante. J’adore ! Je sympathise aussi franchement avec les deux chiens de la guest-house, qui m’adoptent totalement. Parfois, avec d’autres chiens, ils se mettent en meute et courent après les vaches en aboyant.

Je passe toujours autant de temps que je le peux en compagnie d’Indiens et le reste avec des touristes. Je réalise un beau jour que je passe mon temps à poser mille questions aux Indiens, que je suis avide comme un petit enfant de comprendre le monde qui m’entoure, la culture indienne, la pensée indienne, la société indienne. Je dévore chaque information avec ferveur. Plus je suis amoureux de ce pays, plus j’ai besoin de le comprendre. Finalement, je sympathise et passe deux jours avec deux adorables Suédois et comme ma curiosité s’étend à tout, je leur pose mille questions sur la Suède !

La seconde Om Beach Experience aura finalement été aussi merveilleuse que la première, sept ans plus tôt, avait été pénible. Je repars réconcilié avec cet endroit merveilleux !


31 décembre 2007-06 janvier 2008 – Dharwad (Karnataka)

Visite chez mon ami, le musicien Sylvain Gérard, qui vit maintenant en Inde. Il se passe beaucoup, beaucoup de chose très intenses mais je décide de ne rien en écrire. En lieu et place, je note quelques faits amusants :

Une marque de cadenas très répandue en Inde est la marque « Hitler Star » (!) et chaque cadenas porte la mention « Hitler tested OK » (!!!).

Partout en Inde, de nombreux magasins d’artisanat affichent cet étonnant écriteau : « exhibition cum sales ». En argot anglais, « cum » signifie « foutre ». Ces magasins, dans une innocence toute indienne, affichent donc « exposition et vente de foutre ».

Dans un restaurant, le menu indique que le temps de préparation des plats est de « vingt-deux minutes à trente minutes ». Cette étonnante précision (vingt-deux minutes !) l’est d’autant plus que l’on est en Inde et que les plats sont bien sûr prêts, soit entre dix et vingt-et-une minutes, soit après trente minutes !

Dans la rue, un chauffeur de rickshaw éternue avec les sons appropriés : « iiiick-shaw ! ».

Dans le bus, le vendeur de tickets insiste pour que je range précieusement mon ticket dans mon sac. Comme je l’y enfourne négligemment, il stoppe délicatement mon geste et me montre comment glisser précautionneusement le ticket entre deux pages de mon cahier. Personne, évidemment, ne devra me réclamer ce ticket par la suite.

Je lis un panneau indiquant que stationner dans cette zone expose le contrevenant à une amende de « seulement 500 roupees » (« rps. 500 only »). La dissuasion à l’indienne !


11 janvier 2008 – Marseille (France)

J’ai retrouvé mon groove !

5 novembre 2007

Another India Experience

Dans quarante-huit heures à l’heure qu’il est, je serai à Bombay.

C'est pareil à chaque voyage : exactement le même trac, la même adrénaline, qu’avant de monter sur scène.

J’adore ;-D

Vais-je écrire sur ce blog durant l’expérience ? Honnêtement, je n’en ai aucune idée. Venez jeter un œil de temps en temps, juste au cas où, j’essaierai...

29 octobre 2007

Docteur, ça bloque !

Je n’emporte jamais d’appareil photo lors de mes voyages. Je n’en éprouve aucun besoin, voilà tout.

Pourtant, il y a eu une fois, cette seule et unique fois… C’était à New Delhi, en février 2001. Cette fois-ci j’ai vraiment, vraiment regretté de ne pas avoir d’appareil.

Heureusement, quelqu’un d’autre a pris la photo pour moi et l’a mise sur internet. La chance a voulu que je l'y trouve
.














Juste des mots















juste le temps
de me souvenir
des nuits où je t’écrivais des poèmes

juste le néant
des draps blancs
sans toi ni taches

juste le froid
de se penser seul
d’avoir oublié comment on s’oublie

juste les heures qui tournent
en rond dans mon appartement
qui me posent des questions

juste la perspective
naïve
d’un réveil tonique

juste des peut-être
le poids d’un peu-être
le vide pèse lourd

juste un arrière-goût de romantique
grand piment
qui nourrissait jadis

juste cette cage de fer sur laquelle je dors mal
juste cette cage de béton qui m’entoure
juste cette cage, celle de mes impossibilités

27 octobre 2007

Lijiang, Yunnan

Photo : Dr. Ma Pingke
À dix jours de mon départ/retour en Inde, je réalise que je n'ai jamais mis en ligne ce poème relatif à mon voyage en Chine (septembre-novembre 2002). Le titre correspond à la ville de Lijiang, dans la province du Yunnan, où je résidai un mois durant. Petite ville de pierre et d'eau, Lijiang est l'une des rares cités chinoises qui évoque encore la Chine antique des estampes, un précieux havre de paix dont je tombai fou amoureux.

Le texte qui suit fut recomposé en juin 2003 à partir de fragments écrits à Lijiang. Il fut exposé alors au festival du Jardin des Possibles, une seconde fois à la Friche RVI en septembre 2003, et finalement à l’Ovale 203 en juin 2004, à l’occasion du festival Garden Freaks. La mise en page originale n'a malheureusement pas pu être respectée ici, les blogs ayant leurs limites techniques...


LIJIANG, YUNNAN

stop, stop, stop à la porte
grande ouverte
besoin de perdre mes pensées dans
des délices de charité
(quoi que cela puisse signifier !)
quel sorte de saltimbanque suis-je
si je n’écris pas ce soir ?
(ou qu’il se taise à jamais)
calculs, écrans vides de sens, à chercher des photos qui n’existent pas
& des mails
qui n’existent pas encore

xijiang, xaoshing
où êtes-vous ?
seuls les yeux vous ont pris en flagrant délit de locativité
les miens sont clos
aveuglés
foutus pixels
traces numériques

& (once again) la colère me pique celle que j’ai rêvé toute une incarnation
ASSEZ !
zenibobmer !
stop, stop, stop !

je me lève (toujours couché)
je ramasse les petits morceaux de chair collés au mur
mmh…

comment sortir des canaux ?
lijiang s’accroche
les 2 pieds collés au sol
lijiang m’a fait prisonnier
j’aime tellement ça…
la nuit – rêves (qu’elle baise avec des polonais !)
la nuit – retours frustrés
sortir ne pas pouvoir de ne je lijiang
décidé
j’étais pourtant
mais 7 femmes m’en empêchent
dont moi-même
je pense - je pense - je pense

au prix à payer pour mon art

(Sacrifices ?)

encore
isolement/nécessaire/que faire ?
le (…) de l’aura est paralysant
aura, tu es de mèche avec lijiang
pour me garder traducteur
-du chinois (ming xié) à l’anglais (yosuké) au français (moi)-
-de l’anglais (ming xié) au français (moi)-
-de l’anglais (ding) à l’anglais (moi)-
-& le bébé chien (shian hei) qui mâchonne (ma brosse à dent) toute la journée-
juste
m’échapper…
(c’est un mensonge : je veux rester pour toujours)
stop ! stop ! stop !
(toujours ! toujours ! toujours !)


lijiang, yunnan


paradis chinois loin des cubes & des bicyclettes maoïstes

loin de moi, qui se souvient ?
oublié - pas assez
quelle équation est ici enfantée par les bouches
qui prononcent mon nom là-bas ?
les mots - ha !
si je changeais de nom, ils parleraient de quelqu’un d’autre
ça a du sens…
je pourrais me mettre à mon balcon, & les écouter cancaner
blablablablablamadcap ®
madqui ? ©
je ™ regarderais mes amis & mes ennemis ragoter

JE M’AMUSERAIS BIEN !

mais il y a ce problème :


mon nom est devenu une marque de fabrique !
dans la gloire du caniveau, tout au moins

j’en ai besoin ?
nom de vie
nom de scène
non de non !
qu’est-ce que je fuis ?
mon reflet dans l’air du temps

je veux voir mon reflet dans la terre
je veux voir mon reflet dans les yeux de ceux qui…
je veux voir mon reflet dans les vers d’allen ginsberg & d’enna chaton
chaton…?
miao… mi…?
shaomi…?
un nom, peut-être

[shy - shaï - comment dire ?]

dedans, dehors

je sais moins
oh oui
pleurer tout seul ?
semblant 2 à 2 ?
deuil
1 re2 2

varsovie - canceled
moscou - cours toujours

nom en moi

oulan-bator
guiyang

tendra
toujours…

Vous reprendrez bien encore
un peu d’extrême

une semaine ?

refuser
me laisser avoir
doute
quand...

plutôt
que d’être re pis pus
ma route pique au début
ne peux refuser
cadeaux ! ! !

pleurer seul
en pensant « beau » (?!!!)

turfan - canceled
kunming

Je te…

urumqi/mer d’aral - canceled

loin ma joie
toujours

petit poète solitaire
aime

travers - steppes - mère ?

amen
dansedésert
toi
un doux-amer

ma foi

gobi
lijiang

où ?
à travers
(…prie…)

& 6 mails plus tard,
aura 2 moi ne répond pas (game... over)

iris la chinoise déguisée en française déguisée en chinoise
me demande
« pourquoi ? »

parce que les touristes sont des artistes déguisés en fleurs

bien
sûr
bien
sûr

le problème des autres c’est qu’ils veulent
ils veulent
rien ne veut moi ne veut rien
tout de moi veulent moi reflets de tous en coeur
cassez-moi les…
j’ai eu ma dose de tout
je veux VIVRE

sans liquide dur
parce que
la peur
(la terreur)
« quelle peur ? »
cherche pas : c’est métaphysique

ah… si je parvenais à pleurer tous les matins au lieu de boire une clope & du café…
à parler à la femme que j’aime
je ne veux rien de toi - juste toi pas autre chose
tu es l’aura, tu devrais savoir ça !
(trop de chine en bière)
où est jaisalmer ?
le karnataka ?
au fond, l’histoire se répète (oooooooom…)

tout a commencé aux alentours du 3 septembre 2000
maintenant, je dois passer à autre chose
yes, but...
« maybe… just oooone more time… » (air rabattu)

pleeeeeeeeeeease !

« une femme n’est femme que lorsqu’elle l’est sauvagement »
un poème n’est poème que lorsqu’il l’est sauvagement !

sauvage
en paix
sauvage
en paix
sauvage
(grand
petit)

en paix sauvage

agneau… dragon
telle est ma binoculaire
shao… mi ?
miao mi
miao bientôt
j’étais venu pour ça
pas de désert
mais des collines de volupté brumeuse
loin l’inde, plus près l’âme

enfin, toujours est-il - considérant l’endroit où nous sommes :
je voudrais juste arrêter d’écouter des tubes des années 80
mais pourquoi pas, après tout ?
pour ce que valent les tubes de 2002

1982 « i’m a nasty girl » (vanity)
2002 « i’m a slave4u » (britney)

le féminisme est MORT sur MTV (le christ, aussi)

britney, pétasse multimédia compatible macintosh/windows 95

(à la fois, penser à ça ici...)

depuis oulan-bator, mes racines poussent : elles en ont assez
muni de cure-dents, je récure mes origines
vaudrait pourtant mieux cesser de manger
vite dit !

& pendant ce temps, au mishi mishi :
des hommes & des femmes plient des serviettes en papier
C’est à se demander quelle sorte d’économies ils font ainsi…

lijiang - je dois partir

lijiang - merci

merci (tellement) merci

pour tout

(peut-être le plus beau mois de ma vie)

veille du départ, espoir…

25 octobre 2007

Les morts me parlent

Mon récent article « Ah… la pub ! » a recueilli le commentaire suivant, d’une certaine Valérie Solanas, que je recopie tel quel, fautes comprises :

« arrêtes d'écrire s'il te plait, tu es trop vide, vide, vide pour ça... essais autre chose peut-être... je sais pas... tous ces lieux communs ça sert à quoi ? c'est la première fois que j'envoie un message comme ça, mais là... s'il te plait arrête c'est trop... triste. on vit dans un monde assez creux comme ça... merci... bisoux. »

Bon, j’avoue qu’en première lecture ça me met un petit coup au moral. Il est vrai qu’on ne peut pas recevoir que des éloges mais là, quand même, elle y va fort !

Comme ma détractrice a eu la politesse de signer, je fais une recherche Google et constate avec étonnement que Valérie Solanas fait l’objet d’un article sur Wikipédia. Mon affaire se gâte : non seulement je me fais pourrir, mais en plus par une célébrité ! Me voilà bien ! Je clique donc sur le lien, et là…

« Valerie Jean Solanas, née le 9 avril 1936 à Ventnor City (New Jersey, États-Unis), décédée le 26 avril 1988 à San Francisco (Californie), était une intellectuelle féministe américaine, connue pour son pamphlet SCUM Manifesto. Elle s'illustra également en essayant de tuer l'artiste américain Andy Warhol. »

Nom de Dieu !

Valérie Solanas est morte il y a dix-neuf ans !

Vous imaginez l’effroi ? C’est flippant comme truc ! Qui me dit, après tout, que le fantôme de Valérie Solanas n’est pas en ce moment même dans mon appartement, en train de me maudire ? Et puis, on parle quand même de quelqu’un qui a tenté d’assassiner Andy Warhol ! Le fantôme d’une psychopathe, ça doit être dangereux, non ?

Bon, après un exorcisme en bonne et due forme (on ne sait jamais…), j’ai longuement réfléchi à mon affaire et conclu que tout ça n’était pas si grave.

D’abord, le fait qu’une femme – célèbre de surcroît - revienne d’outre tombe pour poster un commentaire sur mon blog est quand même plutôt flatteur ! Agacer les morts au point qu’ils émergent de l’au-delà, juste pour me dire que j’écris de la merde, c’est pas si mal comme exploit !

Et puis, il faut quand même lire l’article sur Wikipedia : « Le 3 juin 1968, Solanas tira trois coups de pistolet sur Warhol. (…) Solanas avait déposé avec un vaporisateur une couche d'argent sur les balles, car elle considérait Warhol comme un vampire. (…) Elle continua de harceler Warhol et d'autres personnes au téléphone. (…) Solanas sombra alors dans l'anonymat, fit plusieurs séjours dans des hôpitaux psychiatriques. »

Valérie Solanas est une malade mentale avérée, son esprit est tordu ! Ses opinions - littéraires ou autres - n’ont donc aucune valeur objective !

Ouf ! Me voilà rassuré !

Je suis donc tenté, à présent, de me remettre à la musique : ce serait assez cool que le fantôme de Jimi Hendrix vienne me passer une branlée sur mon Myspace !

24 octobre 2007

Branchouille



Un artiste me donne sa carte de visite et me réclame la mienne.
MOI : Ah, ben j’ai pas de carte…
LUI (étonné) : Ah bon ? Mais comment ça se fait ?
MOI (spontané) : Oh, tu sais, pour moi c’est fini la branchouille…
LUI (effaré) : Ah bon ? Mais alors qu’est-ce que tu fais ?

Cette conversation à la fois navrante, hilarante et lourde de signification, a eu lieu la semaine dernière au cours d’un vernissage, à Lyon, et m’a inspiré ce court texte, que j’aurais pu écrire il y a quelques années (période 1997-2002). Petit moment de nostalgie, donc :

Qu’est-ce que je fais ? Bonne question. Je m’épuise à rester ici quand je voudrais être ailleurs. Pourquoi je m’inflige ça, déjà ? Courir à droite à gauche, de réunions de travail en soirées, de répétitions en vernissages, de rendez-vous en rendez-vous, been there done that… Tout ça pour atterrir chez moi épuisé, survolté et souvent ivre, obligé de mettre de la musique indienne pour m’apaiser avant de dormir et le lendemain c’est reparti.

Qu’est-ce que je fais ? Je m’agite. Je voudrais écrire, au fond de moi je rêve de vivre au bord de la mer et d’écrire chaque jour. Écrire, je n’y parviens pas – ou si peu - car j’ai trop soif de vivre ! Je suis trop jeune pour écrire ! Avant d’écrire, j’ai besoin de réel, de me gaver de réel jusque au jour où je serai rempli au point de tout dégobiller, gerber la vie sur des feuilles de papier recyclé !

Je parle de réel mais où est le réel dans cette vie mondaine, chimique, strass et paillettes, être à la bourre, enchaîner les paroles, passer pour ce que je ne suis pas et séduire des filles aux yeux verts ? Est-ce vraiment ça, le réel, ou est-ce Björk qui a raison : « there’s more to life than this » ? Quoi d’autre ? Bosser dans un bureau ? Faire du sport ? Élever des enfants ? Méditer dans un monastère bouddhiste et boire de l’eau ? Ce réel-là je n’en ai aucune idée. Le seul réel que je connaisse est une ivresse, une addiction ! Si j’arrête – il faut que j’arrête ! -, je n’ai aucune idée de ce que je ferai ensuite, j’ai peur de devenir fou, loin de cette agitation qui est aussi une forme de créativité collective ! Je n’ose pas m’arrêter par peur du vide, par peur de découvrir que tout ça n’est qu’un cache misère, par peur d’être juste un être humain sans agenda ni carte de visite…

11 octobre 2007

Lire aux cabinets

Dans son essai Lire aux cabinets, l’écrivain américain Henry Miller explique en quoi il considère le fait de lire aux cabinets comme un signe malheureux de notre incapacité à être « là nous sommes », ainsi que de notre besoin d’être « divertis » en permanence. De son point de vue, somme toute très bouddhiste, tout acte mérite d’être accompli avec intégrité et il est dommage de « fuir » celui-ci par la lecture.

Ce qu’il ne dit pas - et je me permets ici de le déplorer - c’est ce qu’il pense du fait de déféquer dans les librairies et les bibliothèques.

25 août 2007

Ah... la pub !

Long silence, je sais. Marseille me fait parfois l’effet d’un exode dans le désert… sans le désert ! J’ai donc pris le temps de réfléchir et réfléchir prend du temps et tout ça m’a éloigné de ce blog mais me revoici en pleine forme !!!

Tout d’abord je tiens à remercier les commerciaux de Gillette, qui ont pris très au sérieux mon article les concernant. J’ai en effet été témoin d’une nouvelle campagne de publicité pour leur rasoir à cinq lames. Gillette y fait état du réel progrès technologique que représente le rajout de lames et nous le démontre en affirmant que huit brevets – pas moins ! - ont été déposés pour en arriver là. Cette publicité n’aura pas manqué d’épater les téléspectateurs et de me ridiculiser au passage : quel ignare étais-je donc pour ainsi me figurer que l’on ajoute des lames comme ça, sans devoir d'abord sacrifier à de longues recherches scientifiques ! Humble quant à mon inculture, je suis par contre très fier d’avoir ainsi orienté les campagnes de publicités d’une grande marque française. Et puisque Gillette est sensible à mes opinions, je m’en vais leur prodiguer un conseil !


Puisque le nombre (de lames et de brevets) est de toute évidence un argument de vente, je pense que Gillette devrait se lancer dans la fabrication de passoires !!! Imaginez le potentiel commercial : on sort tout d’abord une passoire à deux-cent trous. Faisons maintenant un peu de mathématiques : puisque l’ajout de deux lames nécessite huit brevets, l’ajout de cent trous devrait selon toute logique en nécessiter quatre-cent. Deux ans après la première passoire, Gilette peut donc lancer la passoire à trois-cent trous et associer cet événement glorieux à une campagne publicitaire vantant les quatre-cent brevets déposés en deux ans. Puis, disons cinq ans plus tard, lorsque les ventes de la passoire à trois-cent trous s’essoufflent, on explose le marché avec la passoire à six-cent trous et les mille-deux-cent brevets déposés entre temps, etc. Il est certain que Gillette décuplerait son chiffre d’affaire grâce à la passoire !

Tout cela m’amène à la campagne de publicité de Century 21, qui sponsorise la météo sur i-télévision en faisant usage du slogan suivant : « vous aurez toujours une bonne raison de regarder la météo avec Century 21 ». Oui, je sais, nous avons l’habitude de nous faire asséner des pubs par dizaines sans prendre le temps d’y songer, mais arrêtons-nous deux minutes pour réfléchir à cet étonnant slogan : « vous aurez toujours une bonne raison de regarder la météo avec Century 21 ». Vous conviendrez que cette phrase induit clairement que c’est le fait d’être client de Century 21 qui nous donne une bonne raison de regarder la météo. Hors, quelle est l’activité de Century 21 ? La vente et la gestion de biens immobiliers. En quoi le fait d’acheter ou de louer un logement chez Century 21 peut-il nous donner « toujours une bonne raison de regarder la météo ? ». J’ai longuement médité sur cette question et je n’ai pu en venir qu’à deux conclusions rationnelles, deux explications possibles quant au sens de cet ésotérique slogan.


Ma première explication est que les logements fournis par Century 21 sont dans un tel état de délabrement que les toits fuient (la pluie dégouline donc directement chez vous) et que les portes et fenêtres sont si mal isolés qu’ils laissent passer le vent et, en hiver, le froid. Dans ces conditions, on comprend que l’heureux locataire/propriétaire d’un logement Century 21 aura toujours une bonne raison de regarder la météo, frissonnant d’effroi à chaque annonce de pluie, vent et autres intempéries. Cette première théorie me parait la plus vraisemblable mais l’expérience Gillette m’a appris à ne pas asséner de grandes vérités, comme ça, sans réfléchir. J’ai donc élaboré une seconde théorie, au cas où : les logements Century 21 sont si lugubres, sinistres, tristes et mal fichus que leurs occupants s’efforcent de passer l’essentiel de leur temps à l’extérieur, faute de quoi ils sombrent dans un état dépressif profond. Des lors, ils n’ont de cesse d’espérer une météo clémente, qui leur permettra de passer leurs journées au parc ou à la mer sans se geler les fesses.

Voici donc, en tout cas, le parfait exemple d’une entreprise honnête, qui ne craint pas de dévoiler les défauts de son produit à ses clients potentiels. Je dis donc un grand bravo à l’agence de publicité qui a conçu ce slogan, et un plus grand bravo encore aux commerciaux de Century 21 qui l'ont approuvé et qui, depuis des semaines, versent une fortune à i-télévision pour diffuser quarante-huit fois par jour un message d’une telle sincérité !

Tout cela m’inspire et je pense désormais créer ma propre société de consulting, domaine autrement plus rentable que la littérature et la bande dessinée ! 
À n’en point douter, Gillette et Century 21 figureront parmi mes premiers clients.

10 mai 2007

Mots fléchés

Un petit exercice de style auquel je me suis livré l'été dernier, sorte de « cut-up » à la Burroughs : j'ai composé ce poème en récupérant les indications d'un mot-fléché, dans un journal. À quelques bidouilles près je n'ai presque rien modifié et je me suis trouvé assez émerveillé de la cohérence du résultat :

Procédé linguistique
Pour qualifier un nom
Signe de l’addition

Amoureuses nous font perdre la tête
Forme d’avoir intégral

Périodes historiques révisées
Accompagnées par mesures de sécurité
Entourées de près
Mesure de Pékin

Toiles
Enseignants familiers
Matières de défense
Repliées sur elles-mêmes

Avoir un propriétaire
Lésion cutanée
Plaque de neige durcie
Liquide infectieux

Pièce du complet masculin
Dont la charpente corporelle est saillante
Château provençal

Ajouter un nom à la liste
Groupes d’habitations
Embellir avec des
Eléments décoratifs
Ces repaires de bêtes sauvages

Images intercalées
Passées sous silence
Oui, oui !
Nommer une nouvelle fois
Les caractères indispensables

Nez salubre
Acte plaisant
Oiseau fossile
Embrouillé

Coup de lune
L’au-delà
Couvre les bêtises

Enivrant
Le touché
Hilarité
Partie de jupe

Attiré, il tourne en rond
Rendu sot, il dégage des conduits

9 mai 2007

Vous reprendrez bien une petite lame ?

Déjà, en 1998, je m’interrogeais devant le tout nouveau « Mach 3 » de Gillette : un rasoir à trois lames. Trois lames : pour quoi faire ? Moi, j’en avais deux et ça me semblait suffisant. Quelle preuve de mon ignorance crasse en matière de rasage !!! Car en 2005, voilà que débarquait le « Quattro » de Schick, avec quatre lames. Il semble que Gillette n’ait pas digéré cette humiliation car, il y a tout juste quelques semaines, sortait le tout nouveau « Fusion » de Gillette… à cinq lames !!! (Vous noterez le défi technologique que représente l’ajout d’une lame, puisqu’il fallut sept ans à Schick pour surpasser Gillette, puis deux ans à Gillette pour relever l’insolent défi de son concurrent.)

J’attends donc avec impatience le rasoir à six lames de Schick, puis celui à sept lames de Gillette, etc. Notez qu’à ce train-là, nos enfants se raseront sans doute avec dix ou douze lames.

L’homme de l’an 2100 bénéficiera quant à lui d’un véritable arsenal à cinquante ou soixante lames, qui remplira à lui seul sa trousse de toilette, mais garantira un rasage plus parfait que parfait !!!

30 avril 2007

Star Wars, une oeuvre politique ?

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui considèrent Star Wars comme un chef d’œuvre incontournable, et ceux qui n’y voient qu’un bon divertissement. Je ne reviendrai pas ici sur les vertus shakespeariennes de la saga Skywalker, tant elles me semblent évidentes, mais plutôt sur un aspect largement ignoré de l’œuvre de George Lucas : sa dimension politique ! La trilogie originale n’était déjà pas exempte de métaphores politiques : le totalitarisme de l’Empire était le fruit d’une époque encore marquée par l’ombre du nazisme, d’un monde encore à demi écrasé par le communisme ; sans parler de la double trahison du gouvernement Nixon envers le peuple américain : la guerre du Vietnam, imposée à une jeunesse qui n’en voulait pas, et le scandale du Watergate. George Lucas avait d’ailleurs déjà exprimé sa peur du totalitarisme à travers son premier film, THX 1138, libre ré-interprétation du 1984 d’Orwell et du Meilleur des Mondes d’Huxley, un film profondément humaniste et lucide ! Mais après tout, toute bonne saga de SF ou de fantasy se doit d’avoir un méchant cruel et puissant : l’Empire remplissait aussi (surtout ?) cette fonction dramatique.

Beaucoup plus complexes sont les manipulations politiques du Sénateur Palpatine dans le seconde trilogie, et leurs liens avec l’actualité sont si flagrants que je suis effaré de voir à quel point nul n’y fait jamais référence ! Dès l’ Épisode I, l’ennemi désigné (la Fédération du Commerce) rappelle étrangement des institutions qui font peur (l’OMC et le FMI, sans parler des multinationales). Le nerf de la guerre n’est d’ailleurs pas, pour la FDC, l’accession au pouvoir, mais l’augmentation des profits. On notera au passage le caractère hautement féministe du personnage de la Reine Amidala, digne successeur de la Princesse Leia (éternelle figure cinématographique d’une femme à la fois diplomate et guerrière, indépendante et forte). Dans les Épisodes II et III, le récit renvoie de nouveau à l’actualité : la façon dont Palpatine joue double jeu, fomente et nourrit un conflit militaire à seule fin de prendre, puis conserver, le pouvoir politique, ne renvoie-t-il pas à un certain George W. Bush ? L’instrumentalisation du terrorisme, la guerre sous de faux prétextes, le durcissement du régime au nom de la sécurité des citoyens… Autant de méthodes communes à Bush et Palpatine ! Le financement de l’ennemi afin d’ériger un épouvantail en est une autre : de même que Palpatine soutient en sous-marin les Séparatistes, les  États-Unis ont longtemps armés les Talibans et l’Irak. Et de même que Palpatine écrase ses « pantins » lorsqu’il n’en a plus besoin, les Etats-Unis… Vous me suivez…

George Lucas a-t-il consciemment voulu cet aspect politique de son œuvre ? Il ne l’a jamais dit ouvertement. Mais, comme on nous l’apprend à l’école, il y a ce que l’auteur a voulu dire et ce que l’œuvre dit. Quelles qu’aient été les intentions de Lucas, son œuvre est éminemment plus engagée qu’il n’y paraît ! Quant à Lucas lui-même, beaucoup le considèrent aujourd’hui comme une vulgaire « major », bonne à abattre. C’est oublier à quel point le cinéaste a toujours lutté pour maintenir son indépendance vis-à-vis des géants d’Hollywood. Le tournage de la première trilogie fut un âpre combat contre la Fox tout d’abord, puis contre les puissants syndicats Hollywoodiens. Lucas est aujourd’hui a la tête d’un empire économique, mais il reste seul maître à bord de son navire et se dit conscient du paradoxe qu’il est lui-même devenu. Il continue pourtant de se revendiquer comme un cinéaste « indépendant » et le fait est qu’il l’est.

Star Wars, un simple divertissement ? Oui, mais aussi, en vrac : les six plus grands films de SF jamais réalisés ; un pamphlet politique anti-libéral, pro-démocratie et féministe ; une vulgarisation acceptable des spiritualités orientales ; une œuvre visionnaire qui révolutionna en son temps la manière dont on fait les films ; un progrès technologique majeur ; un rejet violent des studios hollywoodiens ; une tragédie héritière tant des Grecs que de Shakespeare ou Racine…

Pas si mal, pour un simple divertissement…

23 avril 2007

La gauche est lamentable... et c'est un drame !

Alors que Sarkozy, finaud, nous fait un véritable discours de gauche et appelle à un débat « digne », les représentants de Ségolène Royal (Fabius et Hollande en tête) aboient en chœur sur TF1, tels des roquets, n’ayant rien d’autre à dire que « Sarkozy est un monstre », sans toucher un mot de leurs « cent propositions ». En face d’eux, les représentants de Sarkozy, l’inattaquable Simone Veil en tête, sourient avec condescendance et défendent coûte que coûte un projet politique qui, quoi qu’on en pense, a au moins le mérite d’être clair ! Voilà ce que fut, hier soir, l’affrontement gauche/droite sur la chaîne la plus regardée de France. Fidèle aux mauvaises habitudes qu’elle a prise depuis 2002, la gauche ne sait plus s’exprimer que pour critiquer l’adversaire, incapable de comprendre que c’est précisément cela qui dégoûte les Français (le succès de Bayrou n’en est-il pas la preuve ?). Quant aux petits partis de gauche et d’extrême gauche, ils se limitent à « tout sauf Sarkozy » : leurs consignes de vote font davantage penser au « votez Chirac pour vider Le Pen » de 2002 qu’à un véritable soutien au projet de Ségolène Royal !

Quant au discours de Ségolène elle-même, il fallait la voir, raide comme un piquet, récitant son texte sur le ton d’une élève de CM2, les yeux rivés sur son texte… Après l’engouement de Sarkozy, après l’enthousiasme de Bayrou, elle paraissait bien fadasse, bien peu convaincue par son propre projet, notre candidate numéro 2 !

Le Parti Socialiste aurait voulu se tirer une balle dans le pied, hier soir, qu’il ne s’y serait pas mieux pris ! L’UMP est sûr de lui, déterminé, sérieux et recentré sur des propositions concrètes (une fois encore, quoi qu’on en pense), alors que le PS semble nous dire de voter pour lui non parce qu’il va résoudre les problèmes de la France, mais parce qu’il vaut mieux une gauche molle qu’une droite ferme !
Le sectarisme du Parti Socialiste, sa détermination à se placer en contre pouvoir lorsqu’il est plus que jamais temps pour lui de se réaffirmer comme pouvoir, m’inquiète terriblement parce qu’il ouvre une voie royale (sans jeu de mot) à Nicolas Sarkozy et parce que, même en cas de victoire, il inquiète sur la capacité de la gauche à gouverner. Notre gauche agonise et c’est un drame pour ce pays qui s’est toujours reconnu dans la pluralité et l’alternance gauche/droite. Et c’est surtout un drame pour tous ceux qui ne veulent pas de Sarkozy !
Reste quelques bonnes nouvelles : la chute, que j’espère inéluctable, de l’extrême droite et la participation massive des Français à cette élection. Mais il reste deux semaines à Mme Royal pour se réveiller et faire taire ses roquets. Tout se jouera, sans doute, lors du débat entre les deux candidats… Mais Sarkozy, qui aspire depuis si longtemps au pouvoir, n’en a jamais été aussi proche. S’il gagne cette élection, il ne faudra pas s’en prendre aux électeurs, mais bien au PS, qui n’aura pas voulu défendre ses idées, ni comprendre que les électeurs en ont marre de voir les querelles politiques prendre le pas sur un véritable débat.

On verra bien… mais c’est mal barré !

12 avril 2007

Samedi soir

LUI : Allo ?
ELLE : Robert ? C’est Stella.
LUI : Oh, Stella, ça va ?
Bon, là Robert 'faut qu’t’assures !
ELLE : Ouais, ça va, ça va...
LUI : T’appelles d’où, là ? Y’a comme un bruit de foule.
ELLE : Je suis au Barbaramix avec des potes. Tu veux passer ?
Bon, Robert, y faut la jouer finement !
LUI : Heu, c’est à dire que mon chat est malade. Il a chassé une souris dont la date de péremption était dépassée.
ELLE (l’air déçue) : Oh...
LUI (l’air content qu’elle ait l’air déçue) : Rien de grave, mais il vomit à peu près tous les quarts d’heure et je pense qu’il vaut mieux que je reste près de lui.
ELLE (l’air contente qu’il ait l’air content qu’elle ait eu l’air déçue) : Oh... Assure, tu peux bien le laisser une petite heure ou deux. Barbara mixe et ça tue !
Allez Rob’, à toi d’jouer !
LUI : Pourquoi tu ne passerais pas un peu plus tard, plutôt.
ELLE (confuse) : Plutard plus tôt ou plutôt plus tard ?
LUI : Plutôt plus tard.
ELLE : Oh.
LUI : Alors, ça te dit ? J’ai des sugar-snaps, en plus.
ELLE : Des sugar-snaps ? Oh oh oh ! C’est tentant.
Oh oui chérie laisse-toi tenter.
ELLE : Mais je sais pas, j’ai deux copines avec moi, ‘faut que je leur demande. En plus on dépend du métro.
DEUX copines !!! Fouloulou !
LUI : Vous n’avez qu’à dormir chez moi.
ELLE : On va pas te déranger.
LUI : Y’a pas de problème, je t’assure.
ELLE : T’es un ange. Je leur demande et je te rappelle, OK ?
LUI : OK. Bises.
Malheureusement pour Robert, une pelleteuse alla se crasher dans le Barbaramix quelques secondes après, provocant l’écroulement de l’immeuble entier. Non seulement les clients du bar furent-ils tous tués sur le coup, mais de surcroît le Barbaramix n’obtint jamais sa licence de trois heures du matin. La pelleteuse était en effet pilotée par un client du bar, ivre bien entendu.
Aujourd’hui, trente ans plus tard, Robert est toujours vierge.

10 avril 2007

Ouvrez le feu sur les majors, leurs complices & leurs « cuisiniers ! »

Ils monopolisent le marché de la musique, les ondes radio et la télévision et, de fait, écrasent les petits labels et artistes tout en abrutissant la population !

Ils mentent, en accord avec les grands médias, sur la nature de l’art et des artistes, faisant passer leurs Lara Fabian, Elie Chouraqui et autres Pascal Obispo pour de « grands artistes ! »

Ils poursuivent en justice les internautes qui téléchargent sur les p2p, prenant pour boucs émissaires quelques pauvres bougres, au lieu de réfléchir à l’inévitable solution alternative ! Et en plus ils prétendent ainsi défendre la diversité musicale (« télécharger Johnny nous empêche d'investir dans de nouveaux talents ») alors qu'on sait bien que les nouveaux talents, ils ne les découvrent plus, ils les fabriquent. Quant à la diversité, il suffit d'allumer la radio ou la télé pour constater que vingt ou trente merdes tournent en boucle, ou alors ce sont les éternels vieux « tubes » ressassés jusqu'à ce que mort s'en suive !
Et maintenant…
Ils nous volent, nous les internautes qui mettons notre travail en ligne…

Vous n’y croyez pas ? Cliquez donc sur ce lien !

Mort à Universal !
Mort à Sony BMG !
Mort à Warner Bros. !
Mort a EMI !
Mort à MTV !
Mort à MCM !
Mort à TF1M6 !
Mort à RFMRadioNostalgieEurope2FunRadioNRJSkyrock !

(Oui, je sais, je suis d’humeur guerrière aujourd’hui mais après trois vols de ma carte bleue en six mois - contre zéro en onze ans à Lyon, Marseille commence à me rendre nerveux et puisque je ne peux pas m’en prendre aux petits truands sans lancer un débat huileux en cette période électorale et/ou passer pour ce que je ne suis pas (un Sarkosiste), je m’attaque aux grands voleurs hé hé !)

En parlant de Sarkozy, il « inclinerait à penser qu'on naît pédophile », pour des raisons génétiques. Je déplorais il y a quelques mois l'ignorance crasse des gens qui nous gouvernent lorsqu'il s'agit de la nature & de la psychologie humaine, nous voilà en plein dedans !

Bonjour chez vous ;-)

3 avril 2007

La conjuration des imbéciles

Tout d’abord, un petit cours de chimie :

Mercure sans liquide = www.mercure.com
Pas très bandant, hein ?

Liquide sans mercure = www.liquide.com
Encore pire…

Mercure + Liquide = www.mercureliquide.com
Et là, c’est TOP !

Plus sérieusement, je voulais vous toucher deux mots d’un roman tout à fait étonnant, que je rangerai dans la catégorie des œuvres « improbables » au même titre que Le Château de Kafka et La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole, dont je vous parlais plus tôt sur ce blog. Par « improbables » j’entends des œuvres si surprenantes, si inattendues, que l’on n’eut jamais imaginé qu’elles puissent venir au monde. L’extraordinaire film Punch-Drunk Love, de Paul Thomas Anderson, entrerait aussi dans cette catégorie.

Le roman en question c’est L’ange des Ténèbres, de l’écrivain Argentin Ernesto Sabato (aujourd’hui âgé de quatre-vingt-seize ans !), un roman qui n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un assemblage de saynètes, de réflexions sur (en vrac) la création littéraire, le statut de personnage public, les relations entre l’art et la politique, la paranoïa, la torture pratiquée par les régimes autoritaires, et j’en passe… Plutôt que de m’étendre dans une critique littéraire dont je suis incapable, je préfère laisser parler l’auteur à travers quelques extraits absolument délicieux (la traduction est de Maurice Manly).

« Ces rêves me rendront folle, lui disait-elle en le regardant fixement, comme essayant de déchiffrer ses secrètes intentions. Oui, oui, répondit-il, j’y veillerai, n’aie pas peur. »

Le passage suivant décrit l’incapacité de Sabato à se mettre à écrire, assailli qu’il est d’incessantes interruptions venues de l’extérieur. Sabato parle de lui-même à la troisième personne.
« À ce moment-là, Isabel l’appelle au téléphone pour lui dire qu’Alfredo dit que quelqu’un lui a dit que G. a dit (où et comment ?) que lui, Sabato, a dit je ne sais quoi, de sorte qu’Isabel pense que Sabato devrait faire savoir (mais à qui, quand, comment ?) que telle version de ses propos est inexacte.
Il s’ensuit plusieurs jours de dépression durant lesquelles il se dit : 1) que ça ne vaut pas la peine d’expliquer à G. quoi que ce soit qu’il ait pu dire auparavant ; 2) que ça ne vaut pas la peine d’expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit sur n’importe quel sujet passé, présent ou à venir ; 3) qu’il vaudrait mieux ne pas être une personnalité et 4) qu’il vaudrait encore bien mieux ne pas être né du tout. C’est un programme si vaste et si difficile à mener, surtout en ce qui concerne le fait de n’être pas né du tout, que sa formulation le plonge plus avant dans la dépression qu’avait commencé d’annoncer la douleur au bras. »
S’ensuivent quatre pages hilarantes où Sabato poursuit l’énumération des incessantes perturbations, jusqu’à renoncer à écrire.

Voici à présent quelques extraits d’une longue lettre à un jeune écrivain qui lui demande conseil, sorte de « remix » personnel des Lettres à un jeune poète de Rilke. Le jeune écrivain se demande notamment comment réagir à la critique.
« Il n’y a que l’art des autres artistes pour te sauver en de tels moments, pour te consoler et t’aider. Seule peut t’être utile - c’est effrayant ! - la souffrance des êtres vraiment grands qui ont parcouru ce calvaire avant toi. »
« Tu auras besoin à la fois de modestie vis-à-vis des géants de l’art et d’arrogance vis-à-vis des imbéciles, tu auras besoin d’affection et du courage de rester seul, de refuser la tentation - qui est aussi un danger - des petits groupes, des galeries des glaces. »
« L’avenir est triste de toute façon : si tu échoues, parce que l’échec est toujours pénible et, dans le cas de l’artiste, tragique ; et si tu réussis, parce que le triomphe est toujours une sorte de vulgarité, une somme de malentendus, une manipulation ; on devient cette chose dégoutante que l’on appelle une personnalité. »

Un dernier extraits, enfin, que je jetterais volontiers à la figure de tous les babapunks qui s’insurgent contre l’art « individualiste » et « non-militant » :
« La faute de logique que vous commettez est à peu près la suivante : l’introspection consiste à s’enfoncer dans le moi, or le moi solitaire est un égoïste qui se moque pas mal du monde, ou bien un contre-révolutionnaire qui essaie de nous faire croire que les problèmes se trouvent au fond de l’âme au lieu de résider dans l’organisation sociale, etc. Vous négligez seulement un petit détail : c’est que le moi solitaire n’existe pas. L’homme existe dans une société ; s’il souffre, s’il lutte, même s’il se cache, dans cette société. Vivre, c’est coexister. La coexistence du moi et du monde. Il n’y a pas que les attitudes volontaires et à l’état de veille qui soient la conséquence de cette coexistence. Même vos rêves et vos cauchemars. Même les délires des fous. De ce point de vue, le roman le plus subjectif est social et, directement ou par des détours, porte témoignage sur la réalité tout entière. Il n’y a pas des romans d’introspection d’un coté et des romans sociaux de l’autre, mon petit ami, il y a de grands romans et des petits romans. Il y a la bonne littérature et la mauvaise. Et vous pouvez être tranquille, l’écrivain en question, même s’il est tout riquiqui, fournira toujours son témoignage au monde. »

Ernesto Sabato est un observateur fin et insatiable du monde, qui, à l’instar d’un Dantec, ne supporte pas l’imposture intellectuelle et les débats médiocres. Mais à l’inverse de Dantec, Sabato souffre de devoir (d’être obligé de) prendre la parole pour défendre sa vérité. C’est ce qui rend le personnage et ses personnages aussi touchants et fait de L’ange des Ténèbres un livre profondément humaniste, en dépit de son intransigeance. Ainsi qu'un succulent auto-portait de célébrité paranoïaque.

En parlant de débats médiocres, je voulais vous citer une conversation que j’ai eue avec un babapunk :
LUI : Oui, je suis contre le droit de propriété ! Tu trouves ça normal que des gens travaillent pour payer un loyer à quelqu’un d’autre, toi ?
MOI : Ok. Et toi, tu fais quoi ?
LUI : Rien.
MOI : Comment rien ?
LUI : Je bois, je sors, je parle. J’ai renoncé à toute autre activité.
MOI : Et tu vis de quoi ?
LUI : Je suis au RMI.
MOI : Et tu trouves ça normal que des gens travaillent pour te payer ta bière et tes clopes ?
LUI : Mais c’est pas du tout pareil !

Non que je sois contre le RMI (je serais vraiment mal placé) mais par contre, je suis vraiment contre les raisonnements scabreux, malhonnêtes, qui mettent la raison au service de l’idéologie. Un peu comme ces candidats d’extrême gauche qui prétendent que les émeutes de la Gare du Nord sont la faute aux transports en commun payants. Que les transports soient gratuits pour tous : mille fois oui ! Décréter que leur non-gratuité pousse les gens à la violence : non ! J’ai fraudé mille fois et je n’ai pas pour autant asséné une beigne au contrôleur lorsque je suis fait gruger !

Dans le genre de discours à la con (qui recoupent les propos de Sabato sur le statut de célébrité), je terminerai en vous citant une autre conversation avec le même crétin cité plus haut, qui m’affirmait que la chanteuse du groupe Le Tigre était un imposteur parce que, lesbienne assumée, elle sortait avec un des Beastie Boys. En gros : une fois que vous avez publiquement choisi une orientation sexuelle, vous n’avez plus le droit d’en changer (ou de faire une exception) sous peine d’être taxé d’opportunisme (parce que, oui, ça fait bien d’être « lesbienne » dans certains milieux féministes et donc, la demoiselle se serait revendiquée telle quelle pour vendre plus de disques aux babapunks).

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