Je n'ai jamais été un supporter de Nicolas Sarkozy. Je n'ai pas voté pour lui et ses ambitions m'ont toujours parues davantage au service de ses intérêts propres qu'à celui des intérêts de ses électeurs. Ceci dit, même si mon cœur balance vaguement à Gauche, je me demande parfois si je ne suis pas un mec de Droite qui ne s'assume pas, tant la Gauche me navre continuellement. Ce que je voulais dire c'est que les comparaisons perpétuelles entre Sarkozy et (au mieux) Le Pen et (au pire) Hitler me gavent. Confondre le libéralisme, aussi navrant soit-il (et il l'est souvent !), avec le fascisme ou le nazisme est aussi grossier que les amalgames que font les gens d'Extrême Droite entre le Parti Socialiste français et le Stalinisme. Mais bon, c'est pas de ça que je voulais parler.
Ce dont je voulais parler, c'est des promesses électorales de M. Sarkozy. M. Sarkozy nous a promis de « nous débarrasser de toutes ces racailles » et de « passer les banlieues au karcher ».
Aucun de ces propos ne m'avait choqué à l'époque. Dieu sait qu'il y a des choses qui me choquent chez Sarko, mais pas ces deux phrases. Pourquoi ? Parce que je fréquente suffisamment de gens de Gauche pour savoir qu'ils sont les premiers à se plaindre des « racailles » et de la dérive des « banlieues ». C'est normal. La Gauche est - traditionnellement - humaniste. Je ne vois donc pas au nom de quoi elle tolérerait que des gamins de seize ans agissent en gangsters sexistes ultra-violents, traitant les femmes de « salopes » et agressant physiquement les gens à tours de bras. Le mec de Gauche qui vous dit qu'ils ne sont pas représentatifs de l'immigration : il a raison. Le mec de Gauche qui vous dit qu'ils ont toutes les excuses du monde, dans un pays riche comme le nôtre : il se fout de votre gueule !
J'ai rencontré une fois un éducateur spécialisé qui avait mené des gamins en séjour de vacances en Algérie. Des gamins issus de l'immigration, des « jeunes délinquants », des « durs ». Deux semaines. Deux semaines dans un village empli des valeurs musulmanes (pas islamistes : musulmanes), un village où les gamins n'avaient même pas la télé chez eux, où ils devaient faire dix bornes à pieds par jour pour aller à l'école (et les faisaient)... Le mec me raconte : « sur seize ados soi-disant irrécupérables, quinze sont rentrés dans le droit chemin à leur retour, et un seul a continué ses conneries. »
Tout ça pour dire quoi ? Nous sommes responsables du désastre de nos gosses ? Certes. Ils en sont seuls responsables ? Non. Comme le souligne très bien Pennac dans son dernier livre, comme le soulignera n'importe quel prof de collège qui a fait ses armes en banlieue, ces gosses ont eu le cerveau lavé par la télévision et les marques, et voilà le résultat ! Il n'empêche que quand on a voyagé en Inde, en Chine ou en Mongolie, leurs caprices se révèlent pour ce qu'ils sont : des caprices d'enfants gâtés de pays riches, parce que là-bas aucun ado n'oserait se comporter en « racaille ». Donc, selon moi, il en résulte un double constat : un manque d'éducation ET un manque de discipline.
Mais bon, c'est pas de ça que je voulais parler. Ces bâtards de télévision et de marques, je leur en réserve d'autres sur ce blog, restez connectés.
Ce dont je voulais parler, c'est de ce qui m'est arrivé hier soir. Et oui : cet article est totalement égocentrique. J'assume. À la fois, ce qui m'est arrivé hier soir n'est pas anodin. Pas du tout anodin. Représentatif ? Je sais pas. Anodin : non. Quant au lien avec ce menteur de Nicolas Sarkozy, suivez-moi jusqu'au bout et vous verrez.
Contextualisation : J'habite rue Sainte Catherine à Lyon, au 18, entre deux bars nommés l'Arrosoir et la Taverne du Perroquet Bourré (véridique !!!), donc on a de gros problèmes de tapage et de voisinage, auxquels j'évite habituellement de me mêler vu que j'habite au sixième et que j'entends pas grand chose et que de toute façon, en bon Indien, le tapage je m'en tape. Ah oui, aussi : j'ai une fenêtre (avec barreaux et, bien entendu, rideaux) qui donne sur le palier du côté cour. C'est un détail important pour la suite.
Bref... c'est pas de ça que je voulais parler. Ce que je voulais dire c'est que hier, vers 22h30, je suis au téléphone avec mon oncle, qui me fait le bilan quotidien de la santé de mon père (entre la vie et la mort depuis bientôt un mois), lorsque l'on frappe à ma porte. Je dis à mon oncle « attends deux secondes, ça frappe » et j'ouvre. Je me dis que les voisins veulent du sel ou un truc du genre...
Trois gamins. Et puisque je sais qu'on va me poser la question même si ce n'est vraiment pas le sujet, deux d'origine maghrébine et un caucasien à bouclettes blondes. Trois ados, je dirais seize/dix-sept ans.
Je demande
« - Oui ?
- C'est toi qu'a un appart' qui donne sur la rue ?
- Heu... oui [NDLR : tous les apparts de mon immeuble donnent sur la rue].
- C'est toi qui nous a jeté un verre de pastis dessus par la fenêtre ?
- Non [NDLR : j'aurais du mal, ma fenêtre donne sur le balcon du voisin du dessous].
- Vas-y enculé on t'a vu on sait que c'est toi ! »
Bon là j'avoue je me suis énervé, j'ai manqué de diplomatie : j'ai dis à mon oncle « attend y-a un problème je te rappelle » et j'ai raccroché et je leur ai dit à eux :
- Vous venez pas me parler comme ça sur le pas de ma porte, je vous ai rien jeté dessus, dégagez !!! »
Là, je sais pas trop ce qu'y s'est passé : j'ai du voir l'étincelle de la haine dans leurs yeux, je sais pas, ils ont commencé à me chauffer et j'ai eu le réflexe de leur fermer la porte au nez. Je me souviens juste d'eux répétant « on t'a vu, on sait que c'est toi ».
Alors, tout est parti en sucette, Orange mécanique version 2009 et la porte entre nous : les mecs ont essayé de bloquer ma porte avec leurs pieds, j'ai été plus fort et, une fois la porte fermée, tout a basculé. Coups de pieds sur la porte (qui par miracle n'a pas cédé, c'est vraiment une porte de merde pourtant), et derrière les mecs ont pris les pots de plantes (pas de fleurs, de plantes, genre des gros pots) sur le palier et les ont balancé sur la fenêtre ! Le second miracle étant que la fenêtre ferme mal (ne peut pas s'enclencher) et qu'elle s'est ouverte toute seule et que les débris ont atterri chez moi sans briser les vitres. Les mecs ont continué à balancer tout ce qu'ils ont pu et se sont tirés en courant voyant que j'appelais la police (en même temps que trois autres voisins, apprendrai-je plus tard).
Moralité 1 : plus de peur que de mal, un gros chantier sur le palier (terre et bouts de vases), le plâtre autour de ma fenêtre écroulé, un énorme tapage, et c'est tout.
Moralité 2 : « tu aurais du sortir et les fumer ! ». Ce à quoi je réponds :
- J'ai eu peur, ils étaient trois avec des chaussures et j'étais tout seul pieds nus (je sais que plein de mes lectrices ne voudront plus coucher avec moi après avoir lu ça, mais qu'elles se rassurent, je veux pas coucher avec elles non plus).
- Je suis non-violent par conviction et si je ne suis pas acculé je préfère la fuite (là, les même lectrices voudront de nouveau coucher avec moi mais moi je veux toujours pas, c'est trop tard mesdemoiselles : fallait y penser avant).
- Franchement, j'ai été pris de court (ça arrive même aux meilleurs).
- C'était pas si con, parce que si on s'était battu et que j'avais perdu, ils aurait défoncé mon appartement, cassant tout et partant avec au moins mon ordinateur portable (là, les lectrices qui n'en peuvent plus d'excitation devant mon instinct de préservation du nid sont priées de se souvenir du point numéro un).
Bref, qu'est-ce que ça a à voir avec Sarkozy ?
J'y viens.
Un quart d'heure passe : deux flics par ailleurs très cordiaux arrivent et m'expliquent que c'est bien fâcheux tout ça mais que les mecs ils ne les choperont jamais en dépit des caméras de surveillance dans la rue qui ne servent à rien parce que peu importe à quel point elles sont performantes on a trop de suspects et que je vais perdre au moins deux heures à faire la queue le lendemain si je veux porter plainte donc c'est pas la peine. Je dis « OK, je verrai ».
Aujourd'hui, je me dis que quand même c'est citoyen de porter plainte ne fut-ce que pour le principe et je vais au commissariat.
J'arrive à douze heures trente : « Repassez à treize heures parce que là on va changer de service. »
OK.
Je repasse à treize heures. On me reçoit.
EUX : Monsieur, tentative d'agression et tentative d'effraction ça n'existe pas et acte de vandalisme pour deux pots de fleurs ça compte pas.
MOI : Oui, mais... Enfin si les mecs étaient rentrés j'aurais fini aux urgences.
EUX : Ils ne sont pas rentrés.
MOI : Ils ont essayé de défoncer ma porte, c'est une tentative d'effraction !
EUX : Une tentative d'effraction c'est avec un pied de biche.
MOI : Oui mais ils ont quand même saccagé l'allée et jeté des pots de fleurs sur la fenêtre.
EUX : La fenêtre a été cassée ?
MOI : Non, mais bon...
EUX : Bon, comme vous dites. Donc il n'y a pas lieu de porter plainte, on va faire une main courante.
MOI : Non mais attendez ! Des mecs sont venus frapper à ma porte et ils voulaient me défoncer et ils ont essayé de rentrer chez moi de force et...
EUX : Ils vous ont menacé de mort ?
MOI : …
EUX : …
MOI : Non, mais...
EUX : Si il n'y a pas menace de mort, c'est une main courante.
MOI : Même si...?
EUX : Si il n'y a pas menace de mort, c'est une main courante.
MOI : C'est compté dans les statistiques, une main courante ?
EUX : Non. C'est juste au cas où ils reviendraient, pour avoir une trace.
MOI : …
EUX : …
MOI : Bon ben on va faire ça.
EUX : OK on va faire ça. Par contre le système informatique ne marche pas aujourd'hui, gros bug. Je suis désolé j'y peux rien.
MOI : Oui bien sûr je comprends.
EUX : Vous pouvez repasser demain ?
MOI : Heu... Oui. À quelle heure ça vous arrange pour que je fasse pas la queue ?
EUX : Oh... bon ben... vous travaillez pas, donc neuf heures ça va vous faire lever trop tôt.
MOI : O_O !!! Je travaille pas ?! Mais si, je suis salarié, je... je travaille ! Mais je travaille chez moi donc je peux...
EUX : Disons onze heures et demie ?
MOI : Non mais heu je trav... OK.
EUX (cyniques) : Bon ben passez à onze heures et demie, ça vous laissera le temps de travailler un peu avant.
Entre temps, j'ai contacté une amie juriste. Ils n'ont pas le droit de refuser ma plainte. Mais pour la leur imposer je vais devoir porter plainte contre la police pour refus de recevoir une plainte, mais c'est un terrain glissant...
Mais bon, c'est pas de ça que je voulais parler...
Enfin... si.
Je voulais parler du fait que c'est comme ça que « les chiffres du crime » baissent. C'est pas la faute aux flics, notez : ils ont sans doutes des consignes strictes et je ne suis même pas ironique en disant ça. C'est la faute au putain de Ministère de l'Intérieur. Et pour le coup, puisque M. Sarkozy insiste que c'est lui qui décide et que les autres appliquent, c'est la faute du Président de la République.
Et donc ???
Et donc Nicolas Sarkozy est un menteur et un escroc. Parce que, que l'on ait été d'accord avec ces déclarations ou pas, il avait promis de « passer les banlieues au karcher » et de « nous débarrasser de toutes ces racailles », et que, sept ans après qu'il ait été nommé Ministre de l'Intérieur, deux ans après qu'il ait été nommé Président de la République, les « racailles » continuent de rigoler quand on leur dit qu'on va appeler les flics, et de filer en toute impunité, et les Institutions de la République refusent que l'on porte plainte lorsque l'on est agressé jusque chez soi et grâce à ça, on nous affirme que la criminalité baisse.
Ce qui, par contre, est la faute des flics, c'est d'humilier les victimes comme ils l'ont fait en affirmant, sans aucune raison, que je ne travaillais pas !
Je n'ai pas encore décidé si j'y retourne demain et si je menace les policiers de porter plainte contre eux si ils refusent de prendre ma plainte. Je me donne la nuit pour réfléchir. Mais je suppose que je vais m'écraser : porter plainte contre la police, c'est porter plainte contre l'État, et porter plainte contre l'État c'est toujours compliqué...
C'est un peu comme ce prof, la semaine dernière, qui a plaqué au sol et accidentellement tué cet ancien élève qui avait pénétré chez lui par effraction, les avait arrosé lui, sa femme et sa petite fille d'essence et sorti un briquet, et qu'on a inculpé pour « homicide volontaire ». Dernier point pour les filles qui veulent plus coucher avec moi : j'aurais passé un des trois mecs par le balcon (j'aurais pu en me jetant fort sur lui), je serais en taule à l'heure qu'il est.
Vive la République, vive la France !
En attendant (mais ce sera le sujet d'un autre article), les jeunes Indiens et Chinois, quels que soient leurs défauts, se souviennent du sens du mot « civilisation ». Pour le moment.
Jusqu'à quand ?
Jusqu'à-ce que McDo et Nike les aient asservis !
Ce dont je voulais parler, c'est des promesses électorales de M. Sarkozy. M. Sarkozy nous a promis de « nous débarrasser de toutes ces racailles » et de « passer les banlieues au karcher ».
Aucun de ces propos ne m'avait choqué à l'époque. Dieu sait qu'il y a des choses qui me choquent chez Sarko, mais pas ces deux phrases. Pourquoi ? Parce que je fréquente suffisamment de gens de Gauche pour savoir qu'ils sont les premiers à se plaindre des « racailles » et de la dérive des « banlieues ». C'est normal. La Gauche est - traditionnellement - humaniste. Je ne vois donc pas au nom de quoi elle tolérerait que des gamins de seize ans agissent en gangsters sexistes ultra-violents, traitant les femmes de « salopes » et agressant physiquement les gens à tours de bras. Le mec de Gauche qui vous dit qu'ils ne sont pas représentatifs de l'immigration : il a raison. Le mec de Gauche qui vous dit qu'ils ont toutes les excuses du monde, dans un pays riche comme le nôtre : il se fout de votre gueule !
J'ai rencontré une fois un éducateur spécialisé qui avait mené des gamins en séjour de vacances en Algérie. Des gamins issus de l'immigration, des « jeunes délinquants », des « durs ». Deux semaines. Deux semaines dans un village empli des valeurs musulmanes (pas islamistes : musulmanes), un village où les gamins n'avaient même pas la télé chez eux, où ils devaient faire dix bornes à pieds par jour pour aller à l'école (et les faisaient)... Le mec me raconte : « sur seize ados soi-disant irrécupérables, quinze sont rentrés dans le droit chemin à leur retour, et un seul a continué ses conneries. »
Tout ça pour dire quoi ? Nous sommes responsables du désastre de nos gosses ? Certes. Ils en sont seuls responsables ? Non. Comme le souligne très bien Pennac dans son dernier livre, comme le soulignera n'importe quel prof de collège qui a fait ses armes en banlieue, ces gosses ont eu le cerveau lavé par la télévision et les marques, et voilà le résultat ! Il n'empêche que quand on a voyagé en Inde, en Chine ou en Mongolie, leurs caprices se révèlent pour ce qu'ils sont : des caprices d'enfants gâtés de pays riches, parce que là-bas aucun ado n'oserait se comporter en « racaille ». Donc, selon moi, il en résulte un double constat : un manque d'éducation ET un manque de discipline.
Mais bon, c'est pas de ça que je voulais parler. Ces bâtards de télévision et de marques, je leur en réserve d'autres sur ce blog, restez connectés.
Ce dont je voulais parler, c'est de ce qui m'est arrivé hier soir. Et oui : cet article est totalement égocentrique. J'assume. À la fois, ce qui m'est arrivé hier soir n'est pas anodin. Pas du tout anodin. Représentatif ? Je sais pas. Anodin : non. Quant au lien avec ce menteur de Nicolas Sarkozy, suivez-moi jusqu'au bout et vous verrez.
Contextualisation : J'habite rue Sainte Catherine à Lyon, au 18, entre deux bars nommés l'Arrosoir et la Taverne du Perroquet Bourré (véridique !!!), donc on a de gros problèmes de tapage et de voisinage, auxquels j'évite habituellement de me mêler vu que j'habite au sixième et que j'entends pas grand chose et que de toute façon, en bon Indien, le tapage je m'en tape. Ah oui, aussi : j'ai une fenêtre (avec barreaux et, bien entendu, rideaux) qui donne sur le palier du côté cour. C'est un détail important pour la suite.
Bref... c'est pas de ça que je voulais parler. Ce que je voulais dire c'est que hier, vers 22h30, je suis au téléphone avec mon oncle, qui me fait le bilan quotidien de la santé de mon père (entre la vie et la mort depuis bientôt un mois), lorsque l'on frappe à ma porte. Je dis à mon oncle « attends deux secondes, ça frappe » et j'ouvre. Je me dis que les voisins veulent du sel ou un truc du genre...
Trois gamins. Et puisque je sais qu'on va me poser la question même si ce n'est vraiment pas le sujet, deux d'origine maghrébine et un caucasien à bouclettes blondes. Trois ados, je dirais seize/dix-sept ans.
Je demande
« - Oui ?
- C'est toi qu'a un appart' qui donne sur la rue ?
- Heu... oui [NDLR : tous les apparts de mon immeuble donnent sur la rue].
- C'est toi qui nous a jeté un verre de pastis dessus par la fenêtre ?
- Non [NDLR : j'aurais du mal, ma fenêtre donne sur le balcon du voisin du dessous].
- Vas-y enculé on t'a vu on sait que c'est toi ! »
Bon là j'avoue je me suis énervé, j'ai manqué de diplomatie : j'ai dis à mon oncle « attend y-a un problème je te rappelle » et j'ai raccroché et je leur ai dit à eux :
- Vous venez pas me parler comme ça sur le pas de ma porte, je vous ai rien jeté dessus, dégagez !!! »
Là, je sais pas trop ce qu'y s'est passé : j'ai du voir l'étincelle de la haine dans leurs yeux, je sais pas, ils ont commencé à me chauffer et j'ai eu le réflexe de leur fermer la porte au nez. Je me souviens juste d'eux répétant « on t'a vu, on sait que c'est toi ».
Alors, tout est parti en sucette, Orange mécanique version 2009 et la porte entre nous : les mecs ont essayé de bloquer ma porte avec leurs pieds, j'ai été plus fort et, une fois la porte fermée, tout a basculé. Coups de pieds sur la porte (qui par miracle n'a pas cédé, c'est vraiment une porte de merde pourtant), et derrière les mecs ont pris les pots de plantes (pas de fleurs, de plantes, genre des gros pots) sur le palier et les ont balancé sur la fenêtre ! Le second miracle étant que la fenêtre ferme mal (ne peut pas s'enclencher) et qu'elle s'est ouverte toute seule et que les débris ont atterri chez moi sans briser les vitres. Les mecs ont continué à balancer tout ce qu'ils ont pu et se sont tirés en courant voyant que j'appelais la police (en même temps que trois autres voisins, apprendrai-je plus tard).
Moralité 1 : plus de peur que de mal, un gros chantier sur le palier (terre et bouts de vases), le plâtre autour de ma fenêtre écroulé, un énorme tapage, et c'est tout.
Moralité 2 : « tu aurais du sortir et les fumer ! ». Ce à quoi je réponds :
- J'ai eu peur, ils étaient trois avec des chaussures et j'étais tout seul pieds nus (je sais que plein de mes lectrices ne voudront plus coucher avec moi après avoir lu ça, mais qu'elles se rassurent, je veux pas coucher avec elles non plus).
- Je suis non-violent par conviction et si je ne suis pas acculé je préfère la fuite (là, les même lectrices voudront de nouveau coucher avec moi mais moi je veux toujours pas, c'est trop tard mesdemoiselles : fallait y penser avant).
- Franchement, j'ai été pris de court (ça arrive même aux meilleurs).
- C'était pas si con, parce que si on s'était battu et que j'avais perdu, ils aurait défoncé mon appartement, cassant tout et partant avec au moins mon ordinateur portable (là, les lectrices qui n'en peuvent plus d'excitation devant mon instinct de préservation du nid sont priées de se souvenir du point numéro un).
Bref, qu'est-ce que ça a à voir avec Sarkozy ?
J'y viens.
Un quart d'heure passe : deux flics par ailleurs très cordiaux arrivent et m'expliquent que c'est bien fâcheux tout ça mais que les mecs ils ne les choperont jamais en dépit des caméras de surveillance dans la rue qui ne servent à rien parce que peu importe à quel point elles sont performantes on a trop de suspects et que je vais perdre au moins deux heures à faire la queue le lendemain si je veux porter plainte donc c'est pas la peine. Je dis « OK, je verrai ».
Aujourd'hui, je me dis que quand même c'est citoyen de porter plainte ne fut-ce que pour le principe et je vais au commissariat.
J'arrive à douze heures trente : « Repassez à treize heures parce que là on va changer de service. »
OK.
Je repasse à treize heures. On me reçoit.
EUX : Monsieur, tentative d'agression et tentative d'effraction ça n'existe pas et acte de vandalisme pour deux pots de fleurs ça compte pas.
MOI : Oui, mais... Enfin si les mecs étaient rentrés j'aurais fini aux urgences.
EUX : Ils ne sont pas rentrés.
MOI : Ils ont essayé de défoncer ma porte, c'est une tentative d'effraction !
EUX : Une tentative d'effraction c'est avec un pied de biche.
MOI : Oui mais ils ont quand même saccagé l'allée et jeté des pots de fleurs sur la fenêtre.
EUX : La fenêtre a été cassée ?
MOI : Non, mais bon...
EUX : Bon, comme vous dites. Donc il n'y a pas lieu de porter plainte, on va faire une main courante.
MOI : Non mais attendez ! Des mecs sont venus frapper à ma porte et ils voulaient me défoncer et ils ont essayé de rentrer chez moi de force et...
EUX : Ils vous ont menacé de mort ?
MOI : …
EUX : …
MOI : Non, mais...
EUX : Si il n'y a pas menace de mort, c'est une main courante.
MOI : Même si...?
EUX : Si il n'y a pas menace de mort, c'est une main courante.
MOI : C'est compté dans les statistiques, une main courante ?
EUX : Non. C'est juste au cas où ils reviendraient, pour avoir une trace.
MOI : …
EUX : …
MOI : Bon ben on va faire ça.
EUX : OK on va faire ça. Par contre le système informatique ne marche pas aujourd'hui, gros bug. Je suis désolé j'y peux rien.
MOI : Oui bien sûr je comprends.
EUX : Vous pouvez repasser demain ?
MOI : Heu... Oui. À quelle heure ça vous arrange pour que je fasse pas la queue ?
EUX : Oh... bon ben... vous travaillez pas, donc neuf heures ça va vous faire lever trop tôt.
MOI : O_O !!! Je travaille pas ?! Mais si, je suis salarié, je... je travaille ! Mais je travaille chez moi donc je peux...
EUX : Disons onze heures et demie ?
MOI : Non mais heu je trav... OK.
EUX (cyniques) : Bon ben passez à onze heures et demie, ça vous laissera le temps de travailler un peu avant.
Entre temps, j'ai contacté une amie juriste. Ils n'ont pas le droit de refuser ma plainte. Mais pour la leur imposer je vais devoir porter plainte contre la police pour refus de recevoir une plainte, mais c'est un terrain glissant...
Mais bon, c'est pas de ça que je voulais parler...
Enfin... si.
Je voulais parler du fait que c'est comme ça que « les chiffres du crime » baissent. C'est pas la faute aux flics, notez : ils ont sans doutes des consignes strictes et je ne suis même pas ironique en disant ça. C'est la faute au putain de Ministère de l'Intérieur. Et pour le coup, puisque M. Sarkozy insiste que c'est lui qui décide et que les autres appliquent, c'est la faute du Président de la République.
Et donc ???
Et donc Nicolas Sarkozy est un menteur et un escroc. Parce que, que l'on ait été d'accord avec ces déclarations ou pas, il avait promis de « passer les banlieues au karcher » et de « nous débarrasser de toutes ces racailles », et que, sept ans après qu'il ait été nommé Ministre de l'Intérieur, deux ans après qu'il ait été nommé Président de la République, les « racailles » continuent de rigoler quand on leur dit qu'on va appeler les flics, et de filer en toute impunité, et les Institutions de la République refusent que l'on porte plainte lorsque l'on est agressé jusque chez soi et grâce à ça, on nous affirme que la criminalité baisse.
Ce qui, par contre, est la faute des flics, c'est d'humilier les victimes comme ils l'ont fait en affirmant, sans aucune raison, que je ne travaillais pas !
Je n'ai pas encore décidé si j'y retourne demain et si je menace les policiers de porter plainte contre eux si ils refusent de prendre ma plainte. Je me donne la nuit pour réfléchir. Mais je suppose que je vais m'écraser : porter plainte contre la police, c'est porter plainte contre l'État, et porter plainte contre l'État c'est toujours compliqué...
C'est un peu comme ce prof, la semaine dernière, qui a plaqué au sol et accidentellement tué cet ancien élève qui avait pénétré chez lui par effraction, les avait arrosé lui, sa femme et sa petite fille d'essence et sorti un briquet, et qu'on a inculpé pour « homicide volontaire ». Dernier point pour les filles qui veulent plus coucher avec moi : j'aurais passé un des trois mecs par le balcon (j'aurais pu en me jetant fort sur lui), je serais en taule à l'heure qu'il est.
Vive la République, vive la France !
En attendant (mais ce sera le sujet d'un autre article), les jeunes Indiens et Chinois, quels que soient leurs défauts, se souviennent du sens du mot « civilisation ». Pour le moment.
Jusqu'à quand ?
Jusqu'à-ce que McDo et Nike les aient asservis !

























