26 avril 2005

Petite chanson de circonstances

ENVIE DE VIVRE

Trop de danses avec la souffrance
Ébauches d’équilibres rognés
Trop de flirts avec la démence
Confusion mentale disséquée
J’ai cherché partout le bonheur
Partout sauf à l’intérieur
J’ai tant attendu mon heure
Victime passive sans fraîcheur

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre

Ignorant mes propres ressources
Dans les puzzles de mon orgueil
Me noyant sans y boire dans la source
Sans jamais franchir le seuil
La vie m’avait tracé une route, toute

Pavée d’or & de cadeaux
Je m’en suis écarté, trop de doutes
M’accrochant à mon fardeau

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre

Cet amour que nous avons trashé
Je n’ai plus d’autre choix que d’y renoncer
Tous ces souvenirs enlacés
De tes bras qui m’ont tant comblé
J’aurais du lire entre les lignes
C’était bien moi que tu voulais
J’étais juste aveugle aux signes
Je t’ai laissée te détourner
Je t’ai laissée te détourner

Je me livre enfin à la confiance
Confiance en moi-même, en l’Univers
J’ai rebâti ma foi comme une science
Cessé de tout comprendre à l’envers
Il a fallu pour cela payer le prix fort
Un deuil si lourd à surmonter
Mais après toi & cette petite mort
Reste l'éternité à explorer

A présent j’ai juste envie de vivre
Vivre & non plus survivre
Sans avoir besoin d’être ivre
Juste vivre mon propre livre
J’ai tellement envie de vivre
Juste envie de vivre
Juste envie de vivre


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Déjà mise en musique, à écouter en live aux prochains concerts de Shoona Sassi, ou un peu plus tard sur le disque (si elle fait partie des heureuses élues qui y figureront).

11 avril 2005

Le problème avec les insomnies

Le problème est qu’il est une heure où l’insomnie ne peut-être qu’une expérience solitaire, parce qu’il est tout simplement trop tard pour appeler ou voir qui que ce soit.

Certaines nuits comme celle-ci où la solitude pèse et où il serait si bon de pouvoir parler à quelqu’un, c'est assez frustrant ! 
Ne reste alors que la solitude d’un blog, qui peut-être sera lu, plus tard, par quelqu'un, pour communiquer ses sentiments au monde…

Je ne sais pas si un jour je parviendrai à dormir, mais si ce jour parvient jusqu’à moi, j’en remercie d’avance la vie…

8 avril 2005

Re: Fragments nocturnes

Je viens d’effectuer des corrections importantes sur mon recueil « prosétique », Fragments nocturnes, qui m’ont conduites à quelques réflexions que j’ai envie de partager. D’autant qu’il n’est que trois heures du matin et que pour le coup j’ai vraiment toute la nuit devant moi, alors faisons-nous plaisir. S'il devait s’avérer que je m’écoute écrire, j’en appelle à votre indulgence…

Mais d’abord permettez-moi de m’insurger contre mon voisin (comptable de son état, et dépourvu malgré son jeune âge de toute vie sexuelle, j’en suis certain), qui m’oblige, la nuit, à écouter la musique vraiment pas fort, ce qui est parfois extrêmement frustrant… Enfin bon…

Petite leçon d’histoire : les Fragments nocturnes sont constitués de vingt-sept textes divisés en trois chapitres (3 x 9 = 27, 2 + 7 = 9, ça a son importance vu l’impact symbolique que le chiffre 9 a toujours eu pour moi), écrits entre 1996 et 2002, quoi que pour certains légèrement retravaillés depuis. Depuis trois ans, donc, ce livre est prêt à être publié, mais une obstination à le faire via mon association, Neweden, a fait que je ne l’ai jamais envoyé aux éditeurs. Faute de temps et d’argent, Neweden ne l’a jamais publié, et il est question depuis la création de Mercure Liquide que Fragments nocturnes soit parmi les livres que nous éditerons lorsque nos finances nous le permettront. Que mes collègues me pardonnent, mais je commence (enfin) à remettre ce choix en question, et à envisager de soumettre ce recueil à d’autres éditeurs, principalement pour bénéficier -en cas d’acceptation- d’une meilleure diffusion. Enfin nous verrons bien...

Je suis aujourd’hui heureux que ce livre ait tant tardé à être publié, car j’ai pu y effectuer depuis des corrections qui, à mon sens, en augmentent grandement la qualité. On commet forcément, à vingt-cinq ans, des maladresses que l’on ne commet plus à vingt-huit. La grande majorité des corrections effectuées durant les six heures que je viens de passer dessus consistent en deux choses :
- Suppression de l’écriture dite « sms ». Depuis 1991 j’écrivais ma poésie en utilisant tout un système d’abréviations phonétiques (« de » devient « 2 », « ses » et « ces » deviennent « c », « cette » & « cet » deviennent « 7 », « des » devient « d », etc…) qui avaient un grand sens pour moi : écriture plus spontanée, plus vraie puisque j’écris comme ça au naturel ; acceptation d’un aspect phonétique de la poésie qui ramène à la phrase de Ferré : « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale » ; et simplement un grand aspect ludique. Cette méthode, utilisée couramment par les anglo-saxons depuis trente ans (« to » devient « 2 », « for » devient « 4 », etc…), était jusqu’à peu de temps assez rare en français, et donc assez originale et créative en soi. Elle agaçait souvent, il est vrai, mais parce que les gens n’y étaient pas habitués, et elle ne manquait en tout cas jamais de surprendre. Depuis quatre ans, l’avènement du sms a rendu cette pratique courante, et supprimé toute originalité quant à son emploi. Ce qui donc agaçait jadis parce que surprenant, agace désormais parce que trop commun, et la chose a perdu tout impact en même temps que toute originalité. Je me suis donc vu contraint d’y renoncer, non sans regret, et j’ai entièrement « réécrit » les Fragments en langage « normal ». Ajoutons à cela l'éviction de quelques maladresses stylistiques, qui me sont apparues comme évidentes. Pas beaucoup, juste quelques unes.
- Remplacement d'un texte par un autre : La Terreur, n’avait plus sa place pour deux raisons. La première est que ce texte, très politique, comportait plusieurs aspects encore « naïfs » dont je ne peux plus être dupe. La seconde est que ce texte, par d’autres moments très agressif, constituait l’ébauche de ce qui est depuis devenu Bébé Coma, autre texte beaucoup plus long, vigoureux pamphlet qui s’est mué en un spectacle mélangeant paroles, musique électronique, et à l’occasion performances plastiques et/ou corporelles (certains d’entre vous ont pu voir ce spectacle à la friche RVI, à l’Ovale ou aux Subsistances, où il a été jusque-là représenté). J’ai la ferme intention de « figer » un jour Bébé Coma sous la forme d’un livre/CD or, l’essentiel des bons passages de La Terreur ont réatterri dans Bébé Coma. Il convenait donc de les ôter des Fragments nocturnes. Cela m’a du coup permis d’y recaser un autre texte de l’époque, que j’avais écarté à regret pour ne pas excéder les vingt-sept textes souhaités.

Bon, tout ça c’est bien mignon, mais à part ça, pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce que, du coup, j’ai du relire mot par mot l’ensemble de ce recueil et que ça n’a pas manqué d'éveiller en moi des choses que j’avais envie de noter et donc, tant qu’à faire, de partager ici.

Tout d’abord, il faut bien reconnaître que je reste très fier de ce livre, que je considère vraiment comme un chapitre important de ma future bibliographie. Difficile de parler en bien de son propre travail sans paraître prétentieux, donc je vous prie de garder à l’esprit que ça n’en est pas moins important de pouvoir être « content de soi » lorsque l’on a passé des centaines d’heures à travailler sur quelque chose. Ne me jugez pas, donc, car je peux aussi vous avouer que les vingt-sept textes des Fragments nocturnes représentent peut-être 10% de ma production poétique totale, et que 90% des 90% restants est constitué, à mon sens, de grosses merdes illisibles et complètement foireuses. Puisse ce constat, très honnête, vous dispenser de me prendre pour ce que je ne suis pas.

Pour autant, je me rappelle qu’à l’époque, lorsque j’envisageais de publier ce livre en 2002, j’étais convaincu qu’il aurait auprès de ses rares lecteurs (on parle de poésie, ne l’oublions pas), l’effet d’une petite bombe. Bon, d’accord, il y a de vrais moments d’auto-indulgence dans ce recueil, et pourtant je puis vous assurer que pas un mot n’y figure sans avoir été pesé et re-pesé des dizaines de fois. En gros, je considère que l’auto-indulgence fait partie intégrante de la création poétique, pour ne pas dire artistique en général, à condition d’être modérée et finement dosée. Je me réjouis que certains des artistes que j’admire le plus se soient permis d’être auto-indulgents par moments, car c’est aussi ces excès d’ego qui ont participé de leur génie et du fait qu’ils aient une « patte » bien à eux. Sans prétendre être moi-même génial, je pense que mes auto-indulgences ont souvent participé au succès de mes textes auprès d’un certain public. On me l’a même parfois dit très clairement : sans cette audace, je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Toujours est-il que je reste convaincu que, dans le paysage poétique actuel -du moins ce que j’en ai perçu en feuilletant nombre de recueils et revues- les directions que je prends dans les Fragments nocturnes (assez différentes alors de celles que vous pouvez lire à présent sur ce blog) n’appartiennent souvent qu’à moi, et ont au moins le mérite de l’originalité sinon ceux de la qualité. Mérite auquel j’ajouterai celui d’une véritable honnêteté. Certes, je suis joueur, et je sais qu’en cela je joue parfois avec les nerfs du lecteur. Ceci étant, je me livre dans ces textes avec une transparence qui va au delà de la simple sincérité : je sais qu’il y a des choses qu’il a été très difficile pour moi de me résoudre à livrer et même de réelles « prises de risques » au niveau personnel. Ce que j’y propose n’est pas un artifice romantique, ni un cynisme trash dans l’air du temps, c’est vraiment moi, dans toutes mes contradictions, dans toutes mes parts d’ombre et de lumière… Alors oui, encore un poète nombriliste, dira-t-on. Sauf que je passe mon temps à raconter les histoires de personnages imaginaires dans mes romans et scénarios de BD, donc je m’accorde au moins le droit d’écrire sur mon petit nombril dans la poésie. Et d’ailleurs ce n’est souvent prétexte qu’à dévoiler des prises de conscience qui -je parle d’expérience- peuvent être utiles à d’autres qui se posent les mêmes questions, ou un regard sur certains points de notre société qui dépassent de loin mes petits problèmes.

J’avoue avoir été très perturbé par un feedback extrêmement hostile sur mon travail lors de la parution de Mercure Liquide #1 et des performances qui s’en sont suivies aux Subsistances. Le monde m’est un peu tombé sur la tête d’un coup et mes propres collaborateurs -ils ne l’avoueront jamais mais je ne suis pas idiot- se sont eux-mêmes demandés si, en fait, je n’étais pas un auteur médiocre, contrairement à ce qu’ils avaient toujours pensé. Ce feedback m’a d’autant plus déstabilisé que ça fait des années que j’expose mon travail à toutes sortes de regards et que, malgré de virulentes critiques, la majorité des retours a toujours été très encourageante. J’ai de fait passé un hiver assez pénible, à me remettre en cause, à penser que tout ce que je faisais était à chier, que je faisais fausse route depuis dix ans. Et puis de nouveaux feedbacks encourageants sont apparus, et au bout de trois mois d’autocritique ferme, je sais de nouveau où j’en suis. J’ai encore beaucoup à apprendre, mais j’ai aussi quinze ans de pratique derrière moi. Je ne m’explique pas ce qui s’est passé cet automne. Certains m’ont dit que j’étais peut-être « trop en avance sur mon époque » pour que ça passe, mais je ne suis quand même pas assez naïf (ou imbu de moi-même) pour croire ça. Pour autant, j’ai cru comprendre qu’une bonne partie du lectorat de Mercure Liquide, avec tout le respect que je lui dois, est ravi de lire des textes « classiques » comme ceux de Bernard Blangenois ou Benoît Meunier, tout en étant rebuté par des choses formellement plus osées, comme mes textes ou ceux de Pierre Gonzales. L’inverse est d’ailleurs vrai, puisque d’autres nous reprochent d’être trop « classiques », mais il faudra bien que tous comprennent que Mercure Liquide est une revue plurielle, qui refuse de s’enfermer dans un camp ou dans l’autre. Toujours est-il que cette frilosité envers des choses trop « tordues » comme peuvent l’être mes textes, me paraît la seule explication à un rejet si violent et unanime de mon travail par le public de Mercure, dans la mesure ou ce rejet était inhabituel pour moi. Si toutefois quelqu'un a une autre idée... parce que bien sûr tas de gens ont dit que c'était mauvais, mais personne n'a expliqué pourquoi. Il ressort de tout ça que j’ignore comment seront perçus les Fragments nocturnes le jour de leur parution (quel que soit ce jour), mais je reste sincèrement persuadé que même s’ils ne convainquent pas tout le monde, ils feront figure de petit ovni dans le monde de la poésie actuelle, et c’est déjà en soi quelque chose dont je suis fier.

La raison pour laquelle je souhaitais écrire ces lignes, avant de m’égarer de tous cotés (c’est tout moi, ça), était surtout d’évoquer l’impression que m’avait fait cette relecture attentive des Fragments nocturnes. Je vous disais plus haut qu’ils avaient été écrits entre 1996 et 2002, mais en réalité, plus de la moitié ont été écrits entre octobre 2000 et février 2001. Je vivais alors une époque particulièrement exaltante de ma vie, une période de révolution spirituelle intense, due à des changements majeurs dans ma vie : maladie et mort de ma mère, découvertes fascinantes dans ma pratique artistique, rencontre d’une fille qui a alors bouleversé mon existence, voyage de deux mois en Inde et retraite de dix jours seul dans le désert, affichage de Confession Publique sur les murs des Pentes de la Croix-Rousse alors que j’étais aux prises avec un acharnement maniaque de certains à entacher ma réputation (certains se souviendront avec tendresse des taliban(E)s du Point Moc), feedback assez violent de mon statut (pourtant alors tant désiré) de personnage public dans le microcosme culturel lyonnais, possibilité d’avoir une scène sur laquelle monter chaque semaine au squat Casa Okupada, et au milieu de tout ça une foule extraordinaire de soi-disant « coïncidences » dans ma vie : messages sans ambiguïtés de l’Univers/Dieu à ma personne, et j’en passe… Bref, chaque jour la terre tremblait littéralement sous mes pieds, j’étais en proie à une délicieuse euphorie à laquelle se mêlaient forcément des peurs, mais j’avais conscience de vivre une extraordinaire aventure, au sortir de laquelle ma vie ne serait plus jamais la même. Quatre ans après, je sais que ces quelques mois resteront probablement l'une des périodes les plus intenses, les plus trépidantes et les plus fascinantes de ma vie, et je prie parfois pour avoir la chance de revivre au moins une fois quelque chose d’aussi fort sur une durée aussi longue. Dans ces moments-là l’expression de « légende personnelle » chère à Paolo Coelho prend vraiment tout son sens, car on a l’impression de vivre un véritable film hollywoodien… ou un véritable conte initiatique, selon. Et c'est cette histoire que racontent les Fragments nocturnes : la première partie conte en quelque sorte les années précédentes, comment j’en suis parvenu là à travers une vie mondaine et chimique, à travers des phases dépressives intenses et des illusions déchirées. Les deux parties suivantes décrivent cette révolution intérieure, celle d’un jeune homme qui se cherche lui-même dans un étrange mélange de Dieu et des femmes. Un jeune homme qui, dans sa quête, réalise combien il est comme tout un chacun le jouet de son ego et de l’identité sexuelle qu’on lui a imposé (femme dans sa famille, homme dans le reste du monde). Un jeune homme qui se plait tant à jouer avec les mots et les corps qu’il s’y perd pour finalement s’y trouver. Un jeune homme qui prend conscience de ce qu’il veut, de ce qu’il ne veut plus, de ce qu’il sait et surtout de tout ce qu’il ne sait pas. C’est ultra trash par moments, ultra kitsch rose bonbon par d’autres. Ca se veut parfois sérieux, parfois drôle, parfois les deux en même temps. C’est en tout cas intensément vécu, intensément raconté et cela se termine en quelque sorte par un commencement, le commencement d’un autre chose que, peut-être, je raconterai un jour dans de nouveaux Fragments.

C’était donc, si j’ose dire, le moment approprié pour relire tout ça, parce que ma vie en ce moment est tout sauf une « légende ». Sans m’étaler sur ce que je vis ces derniers temps, ces dernières semaines ont été volontairement solitaires et franchement dépressives. Je suis en butte à un sentiment d’échec personnel du à de grosses prises de conscience quant à ces dix dernières années et la façon dont j’ai gâché beaucoup de choses (comme dirait un certain peintre/musicien de ma connaissance, j’ai « tout fait à l’envers », par ego et par besoin de reconnaissance - non, soyons justes avec nous même, pas tout, mais trop quand même). Je suis en butte à une histoire d’amour importante qui bat de l’aile. Je suis en butte aux trahisons d’un ami qui a beaucoup contribué au « battements d’ailes » susnommés, mais que je ne peux me résoudre ni à pardonner entièrement, ni à répudier pour de bon. Je suis en butte aux crises existentielles des dessinateurs dont dépendent l’aboutissement de mes projets BD, et Dieu que ça traîne ! Je suis surtout en butte à un sentiment d’immobilité et d’impuissance, pour ne pas dire de paralysie, qui me font me sentir incapable de faire quoi que ce soit. Le seul bon coté de tout ça est qu’à force de solitude, d'un peu de méditation, et de beaucoup de musiques indiennes et tibétaines, j’arrive à un certain apaisement qui ne m’a que trop rarement habité. Je tend à présent vers cet apaisement. De plus en plus. J'apprend chaque jour, et certaines nuits plus que d'autres...

Alors, forcément, me revoir quatre ans en arrière, bouillonnant d’enthousiasme et vivant d’une manière autrement moins résignée mes prises de consciences, ne pouvait que me faire du bien. Cela m’a rappelé qu’au fond de l’agneau que je suis, dort toujours un dragon, mais que ce dragon doit maintenant trouver sa force ailleurs que dans l’ego et le besoin de reconnaissance. C’est ces nouvelles sources d’énergies que je peine à trouver, et dont l’absence fait que je m’épuise continuellement depuis trois ans. Pourtant il fut un temps où ma foi suffisait à me porter. Le problème est que, comme je le dis si bien dans le texte Prière : « ce qui donne un sens à la vie ne saurait devenir la vie ». Aussi dois-je apprendre à trouver de nouvelles manières de me penser et de me vivre au quotidien, de nouveaux moteurs. Et que cette histoire qui bat de l’aile cesse ou continue n’y changera rien : car mon épuisement a bien contribué à la disloquer…

Tout ce que je peux faire, en attendant, est de me souvenir avec affection du Shaomi qui a écrit ces Fragments nocturnes il y a quatre ans, le remercier de m’avoir aujourd’hui rappelé combien la vie peut être exaltante et combien, à l’arrivée, il y a de paix et de sagesse à y trouver… J’ai encore une longue route à faire, mais j’espère qu’un jour ces Fragments nocturnes seront publiés (sans quoi ils finiront sur internet, ça c’est certain), car je me souviens qu’ils avaient apporté beaucoup à quelques uns de ceux à qui je les avaient fait lire à l’époque, et qu’ils m’ont ré-apporté beaucoup à moi-même ce soir. Comme quoi l’écriture thérapie peut devenir lecture thérapie, et comme quoi il n’y a rien de si égoïste à la commettre. Plaisir des mots qui s’enchaînent harmonieusement, malicieusement, mais aussi plaisir des idées et des regards, parfois si lucides, qu’un être humain peut avoir sur lui-même et sur le monde qui l’entoure… Voilà ce que j’ai retrouvé dans ces textes. Voilà ce que j’espère partager, un jour, avec vous [Update : c'est chose faite depuis 2007, cf. lien ci-dessus].

5 avril 2005

La culture coûte cher !

Après qu'un de mes collègues se soit pris une prune de 150 € il y a quelques semaines pour stationnement interdit, lors d'un chargement de matériel pour Mercure Liquide, je viens aujourd'hui de m'en prendre une dont le montant pourra grimper jusqu'à 750 € pour collage d'affiches sauvage.

Mercure Liquide va bien évidemment prendre à sa charge tous ces frais, mais cela va faire un méchant trou dans un budget déjà bien précaire...

Encore un peu et nous aurons bientôt remboursé à l'Etat la totalité des 6000 € de subventions (Défi Jeune) qu'il nous a alloué l'an dernier pour démarrer...

Vive la France !

2 avril 2005

Rêves en yeux

Un petit texte qui date de l'automne et que mes collègues de Mercure Liquide ont refusé pour cause de trop grande opacité (...).

Pour ceux qui - donc - se demanderaient, je parle ici de l'absurdité et du vain de la vie politique, économique et médiatique, de la façon dont tout ça est un spectacle qui influe sur l'individu au point de lui donner des envies et opinions tout aussi vains qu'absurdes quant à la manière dont il doit mener sa vie... La politique devient spectacle, le spectacle devient idéologie, tout ça au service d'une économie incontrôlée. Tout devient le miroir d'un miroir, le reflet d'un reflet. L'humain n'a plus de sens qu'en dehors de cette foire, mais on lui fait croire qu'il n'en a qu'en y prenant part. Enfin, dans les grandes lignes, voilà ce que ça a donné de passer des heures devant la télé...

Putain, je déteste expliquer mon travail !!!

RÊVES EN YEUX

rêves tendancieux
expliquer -> autres -> justifier
à la ligne - en rangs !
droit comme 1 (…) piquet

rêves / acquits mieux/mieux
décupler l’humanité c
accoupler des Q !
comment font-ils tous ces bébés ?

rêves tendent o cieux
donne/donne/donne
éducation nationale te le rendra (vote ?)ba clé [bout-clé]

rêves crèvent les vieux
aller / autre / ment / songe
grandir, pour quoi faire ?
&lire sans avoir (&)lu les [pro] grammes

rêves / taon / essuie tous lieux
idée(S) o gramme
109 €
couvre plusieurs kilo-octaves [8²]

rêves bandent o lieu (…d’y eux ?
…) saluer ces messieurs
[pause]
miroir ! miroir ! miroir(s)
rêves tordboyaux / tordessieux
re dé couvrir le passé
ouvrons nos (ans) lacets
moignons / pognon lavie s’achète

rêves d&li& donnent (du relief) 1 mieux
rappelle-moi ton non - 1-6-te ! -c bon (rond) (=)
(binaire) engendre (binaire)

rêves en tous lieux (cocaïne) classieux
apprendre à [braire] [traire] les vaches
qui veut gagner des millions ?
cocher ici : 

rêves adaptés range(NT) les lieux
commun songe nuit endettée
{toujours, 2 + en +}
en général

rêves éthé / anxieux anxieux / rés / cieux
vo(dor)mir ici-bas (mettre bas)quel choix ? (à bas !)
on
ne nous dit jamais rien, à moi !

rêves rêves rê FATAL ERROR 404 … hi ! … euh …
donner à manger
-les autres-
aux autres &th& ré

voilà, c fini(clapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclap)- merci -

11 février 2005

Science

Extrait d'un article accessible sur la page d’accueil de Yahoo ce jour :

« Une équipe de chercheurs a mis au point un procédé qui permet d'influencer le rêve d'un individu. Le moyen de mieux comprendre le sens des rêves et le rôle qu'ils peuvent jouer dans notre cerveau.

Freud en a rêvé, les chercheurs d'Harvard l'ont fait : un moyen de contrôler ce que décrivent les rêves d'un individu. Les rêves sont uniques et ne peuvent pas être reproduits : c'est ce qui a considérablement limité leur étude depuis des décennies. Le psychiatre Robert Stickgold et son équipe sont parvenus à "imposer" le même rêve à un groupe de 17 personnes, en faisant jouer celles-ci de façon intensive à Tetris.

Interrogées sur la nature de leur rêve, les participants ont reporté à 72% le même sujet : ils avaient rêvé d'éléments du jeu Tetris. Le résultat de l'expérience, menée sur plusieurs jours, s'est confirmé au fur et à mesure des journées passées à jouer à Tetris. Plusieurs sujets amnésiques ont également été étudiés et, chose surprenante, malgré leur absence de mémoire due à une lésion de l'hippocampe, ils ont eux aussi rêvé à Tetris. 
»

Si c'est pas de la balle, Tetris, quand même !!!

4 février 2005

Ce qui meurt















ce qui meurt
est ce qui naît
inattendu
mot clé
pas prévu
sans parachute
la vie
m’a porté
dans ma chute
chut !

ce silence
plein de plein
est abouti
dans la
surprise
éprise
déjà si tôt pourtant qui saura où va

couleurs du son
qui se bercent de diapasons numériques
aboutis les rêves brisés
je sors d’une longue alternative à l’envers

tout était
à l’envers

ne reniant pas
les derniers jours
de cet oasis étrange
plus tard, j’y retournerai
avec du recul
nous aurons meilleure vue sur les flaques
(& les cailloux qu'on y jette)
les tempêtes d’o
les histoires d’o
sur le dos, allongé, ronronnant
le présent
m’étonne
résonne
dans des liens souples
souples
nous sommes
prêts à vivre
arrêter de poser
les mauvaises questions

jade
la plus belle fleur de mon jardin s’est transformée
qui est ?
il arrive parfois que les choses
que de roses
je ne parviens pas à reconsidérer le futur autrement que dans l’expectation
loin la pression
de l’exigence
exigence/expectative
choisir sa religion
finies les prolongations qui n’ont de cesse de recommencer
le début passait la fin
chapitre clôt

t + m = autre
chose
ma chose
a changée
dieu est un saint-bernard
l’écume des jours une bossa nova
l’intérieur est à l’extérieur
l’ampoule ne grillera plus
la conscience des réalités
s’affine en évidentes subtilités

05/10/04

Extrait des choses que vous avez ratées, qui a tout à voir avec les deuils de l'été...
Approprié aujourd'hui, car la mort rode.
Le cycle de la vie, de la mort & de la vie continue, dehors il fait froid, mais le ciel noir cache un soleil...

30 janvier 2005

Back from... where ?

Reconnecté à la toile (enfin - vais-je retomber dedans ?)

Résumé des épisodes présédents :
Août : deuil, deuil, redeuil, haruomi hosono, inattendue
Septembre : www.mercureliquide.com
Octobre : diffusé mercure en cherchant un ecureuil (paris-2), graham haynes
Novembre / décembre : réadaptation, écrire, noël, écrire, taf, écrire, films - inattenduedélicieuse

Janvier : réadaptation (suite), justice league (période giffen/de matteis), paris-3

Voilà, le reste

le reste

le reste

19 juillet 2004

Fahrenheit 9/11

J’ai beaucoup entendu critiquer ce film dans mon entourage comme dans les médias : on reproche clairement à Michael Moore son manque d’objectivité, sa manipulation constante des images, reproche qui me semble hors de propos si l’on considère le contexte tant de Fahreinheit 9/11 en particulier que du documentaire en général.
Le documentaire accède en effet de plus en plus souvent aux salles de cinéma, et ce phénomène n’est pas, à mon sens, sans lien avec le fait qu’une certaine génération de « documentaristes » se considèrent davantage comme des cinéastes au sens classique du terme que comme de simples témoins de la réalité.

Cette évidence m’est d’abord apparu par le biais de
Chloé Scialom et Nicolas Lebras, deux amis dont le film Qui ça ? Personne a été diffusé lors du festival Garden Freaks. Le programmer fut avant tout pour moi l’occasion de le découvrir : j’ai parlé deux années durant de ce « documentaire » sur la Bosnie avec ses créateurs, sans l’avoir vu. Et si j’ai décidé pourtant de l’inscrire dans un festival dédié à la création artistique, c’est précisément parce que la démarche de ses auteurs (démarche que je me garderai bien de formuler à leur place) était définitivement d’ordre artistique : non pas restituer une certaine réalité, mais une expérience personnelle et subjective de celle-ci. Dès-lors, on sort de la sphère du documentaire, où alors Las Vegas Parano (le livre) est un documentaire (oui, je sais, le journalisme gonzo et tout ça, mais enfin c'est quand même, au bout du compte, de littérature qu'il s'agit).

Il suffit également de jeter un coup d’œil au sublime « documentaire » de
Rithy Panh, Les gens d’Angkor (diffusé sur Arte cet hiver) : il est vrai que je l’ai découvert dans un état un peu particulier, puisqu’au lendemain d’une nuit blanche, mais enfin bon… toujours est-il que j’en suis sorti bouleversé, la larme à l’œil, et avec le sentiment d’avoir vu un grand moment d’ART, pour ne pas dire un grand chef d’œuvre du cinéma.

Ceci étant, à présent que nous sommes sorti d'une vision « documentaire animalier » de
Fahreinheit 9/11, ajoutons que qui a vu plusieurs films de Moore ne peut douter du fait qu'il a constamment un discours idéologique, donc un point de vue, donc une vision, et nul désir d'être objectif. Qui songerait à reprocher au Manifeste du Parti Communisme ou à Mein kampf de manquer d'objectivité ?! Disons-le donc clairement : oui, Fahreinheit 9/11 est une suite d’images manipulées, remontées et enchaînées de manière à influer sur l'opinion du spectateur. Non, Fahreinheit 9/11 n’est pas au dessus de tous soupçons quant à la véracité absolue des informations qu’il nous donne, en ce sens qu’elles nous sont livrées dans un certain contexte et pas dans un autre. Non, Moore ne nous parle pas de la reproduction des abeilles ni même de la Seconde Guerre Mondiale : il nous parle du présent et, j’y reviendrai, son but est d’avoir une action sur ce présent. On est donc loin du documentaire, au sens où nous l’entendons généralement. On est dans le domaine du manifeste, du pamphlet, et c’est tout à fait autre chose (et peut-être aussi dans le domaine de l’art, mais c’est un autre débat).

Ce qui frappe dans ce film, c’est la manière dont Moore nous prend à l’affect : il nous fait rire avec ses bonnes blagues sur Bush et ses gros débiles de sbires, il nous fait pleurer en insistant lourdement (il le dit lui même, c’est épuisant) sur le visage de cette mère brisée par le décès de son fils G.I.… Là encore j’entends dire que c’est « facile », plus facile en tout cas que ne le serait une pure démonstration factuelle. En gros, on a l’impression que Moore cède à la facilité de l’émotion pour cacher le manque de solidité de son discours.

Raté.

Si vous avez vu le film, vous avez vu comment il démonte la machine de propagande Bushiste (ça se dit, « Bushiste » ?), comment il s’attaque à la façon dont le gouvernement américain a « spectacularisé » la peur de l’attentat, la peur des ennemis de l’Amérique ; et comment, en même temps, il a glorifié le patriotisme bas de gamme et la fierté d’appartenir à une nation qui se veut le garant mondial de la démocratie. La peur, le patriotisme : si ce n’est pas prendre les gens par l’affect, alors qu’on m’explique ce que c’est. Car ce que l’on a peut-être trop tendance à oublier, dans notre eurocentrisme anti-américain, c’est que
Fahreinheit 9/11 est un film fait par un américain pour les américains. Moore se tape de convaincre une opinion mondiale déjà hostile aux Républicains, et qui de toute façon n’aura pas l’occasion de voter pour ou contre eux cet automne ! Ce qui préoccupe Moore, c’est de convaincre ses concitoyens qu’ils se sont fait rouler dans la farine, c’est de les faire voter Kerry. Or les américains, on l’a vu, si on veut les toucher il faut les attraper par les tripes, les faire rire et chialer, les faire rêver et les terroriser. Ça, Moore l’a très bien compris, et il a aussi compris que Bush et les siens sont très bons à ce jeu-là. Très, très bons. Alors, une fois n’est pas coutume, il faut combattre le feu par le feu, et c’est précisément ce que fait Fahreinheit 9/11. Résultat des courses : on obtient le « documentaire » qui, loin devant les autres, obtient les meilleures entrées jamais réalisées aux States pour un film de cette catégorie. Le premier objectif est atteint : le message a été entendu. Sera-t-il pour autant écouté ? Réponse dans quelques mois.

J’en terminerai en répondant à une dernière critique, à savoir que ce film ne nous apprend rien que nous ne savions déjà, et de fait est parfaitement inutile. Il est vrai que quiconque suit un chouïa l’actualité internationale était déjà parfaitement au courant que le seul but de cette guerre/colonisation était économique et plus spécialement « pétrolier », que l’Irak ne représentait de danger pour personne et n’avait rien à voir avec Al Quaida. C’est vrai : pour nous, et sans doute pour nombre d’Américains (ils ne sont quand même pas tous complètement idiots), ce film ne révèle rien d’extraordinaire. Pourtant, si vous êtes attentifs, vous remarquerez que, faute de preuves et prudence oblige, les journalistes les plus crédibles persistent à se demander si oui ou non, Bush et Blair ont menti sur le danger Irakien.

Alors je vous le demande : si moi, pauvre artiste lyonnais qui suit vaguement l’actualité, je savais déjà en mars 2003 que l’Irak ne disposait d’aucune arme de destruction massive… Si moi je le savais, comment voulez-vous que le président des États-Unis et le premier ministre anglais, avec leurs services secrets pour les tenir au courant, l’aient ignoré ? Et pourtant, partout, les spécialistes s'interrogent : « Bush et Blair ont-ils menti ? ».

Inutile,
Fahreinheit 9/11 ?

16 juillet 2004

Vendredi soir... espoir ?

Hier, alors que le duel Sarko/Chirac bat son plein, France 2 diffuse un documentaire sur la prise d'otage d'une école par « Human Bomb » il y a une dizaine d'années... montrant Sarko en pleine action, prenant la situation en main et jouant le rôle du sauveur : j'ai zappé en me demandant : si France 2 est un organe du pouvoir, de quel pouvoir ?

Pendant ce temps, on nous annonce que les nouvelles lois anti-échanges de fichiers sur internet prévoient, outre des amendes démesurées, la possibilité de se voir « interdit d'accès à internet ». Après le permis à points, on peut donc imaginer bientôt la connexion internet à points ! Téléchargement de fichiers mp3 : trois points en moins, consultation de sites pornos : deux points en moins, propos immoraux sur un forum : deux points en moins, échange de mails contestataires : un point en moins par mail, etc… À terme on peut donc supposer l’octroi d’un abonnement téléphonique à points, d’une redevance télé à points (vous n’avez regardé que cinq émissions de divertissement contre trente-quatre documentaires et vingt-huit émissions littéraires : quatre points en moins !), et pourquoi pas une autorisation de lire à points, avec des pertes de points si vous prêtez un livre (après tout, vous nuisez à l’industrie de l’édition en échangeant ou prêtant des livres !).

Accablant…

L'autre jour, un vieux paysan palestinien israélien raconte avec le sourire : « un matin, en 1948, des types arrivent et commencent à poser des plots ; et à peindre une ligne blanche entre ma ferme et mon champ, m'expliquant que c'est la nouvelle frontière israëlo-palestinienne. Je leur dit « Hé, vous pouvez pas faire ça, mettez-moi du coté que vous voulez mais vous pouvez pas séparer la ferme et le champ comme ça ! », et le chef me répond « Hé, c'est pas possible, on peut pas changer la carte, c'est comme ça ! ». Alors j'ai attendu qu’ils aient le dos tourné et j'ai commencé par déplacer les plots, en mettant la ferme et le champs du coté d’Israël. Ensuite j'ai effacé la ligne et je l’ai repeinte de l’autre coté. Voilà comment j'ai agrandi le pays de quelques hectares ! ».

L’autre jour (bis), je tombe sur un docu sur Tchernobyl, qui me rappelle ce site que j'ai découvert il y a quinze jours.
La ville fantôme, toutes ces fermes abandonnées, me rappellent qu’il existe une autre réalité, étrange et sombre, où les morts reproduisent sans cesse des mouvements répétitifs et absurdes. Tchernobyl est l’un des rares endroits de notre monde qui appartienne aussi à l’autre, et je rêve d’aller un jour errer de nuit dans la ville fantôme, rêve brisé d’avance par la nécessité d’un permis spécial pour s’y rendre. Dans le cadre d’un projet de BD avec le dessinateur 2080, encore au stade de sa recherche primaire (mais 2080 me presse), je cherche à tisser des liens entre les photographies de Cindy Sherman et les vidéos de snuff qui traînent sur internet. Les deux me paraissent figées dans cet autre monde, et l’on se demande même si elles sont effectivement liées de quelque façon à notre réalité. Le fait que les vidéos de meurtres, de décapitations et autres amputations que l’on trouve sur les p2p soient généralement de très mauvaise qualité accentuent en fait leur aspect horrible. La pixelisation à outrance des images les rend plus sombres, leur donne l’aspect d’appartenir à la vidéothèque d’un dément qui aurait vécu dans une cave au début des années 80 (ô époque bénie des VHS pourries, qui donnaient encore plus de goût aux films gores de mon enfance). Le son déformé des cris d’agonie rend ceux-ci plus proche d’un râle inhumain sorti d’outre tombe, un peu comme ces faux cris de l’au-delà dont on nous abreuvait dans l’émission Mystère il y a dix ans. Je suis certain que les mêmes films, avec une image et un son lisses, perdraient de leur aspect épouvantable en dépit d’une vision plus précise des détails. Il y a une autre réalité. et pourtant tout ceci est réel, quoi que transformé en apparitions numériques. Que se passerait-il si tout le monde se mettait à regarder ces vidéos ? Que se passerait-il si tout le monde visitait Tchernobyl ? Est-ce que tout le monde se réveillerait d’une longue indifférence, ou au contraire est-ce que tout le monde en redemanderait ?

J’imagine déjà une situation de cette BD avec 2080, où le personnage principal (enquêtant sur une série de suicides où les victimes ont reconstitué avec minutie des clichés de Sherman avec leur propre corps) a un nouveau voisin. C’est un type bizarre, vraiment bizarre, qui passe son temps à voir les morts, et du coup à regarder en boucle des snuffs pour oublier les morts qui traversent son appartement, pour se convaincre que la mort n’est qu’une fiction numérique, qu’il est fou. Les WC du « héros » sont accolés à l’appartement du type, de sorte qu’à chaque fois qu’il va aux chiottes, il entend des hurlements d’agonie et des coups de feu. La scène, répétée deux ou trois fois, serait je pense très efficace dans un film, mélangeant effet comique et effroi. Je me demande ce qu’elle donnera en BD.

Il existe un autre monde…

Mais le notre contient ses zones d’ombre, aussi.

12 juillet 2004

Nuits blanches















attendre
que la boite aux lettres sonne
me rappelle à l’ordre
« vous devez 700 € à l’ordre des créanciers validés par l’état de droit(e) »
les berceuses électroniques
me contiennent & me supportent
en ces temps complexes
refus d’obtempérer
de ma conscience
« dors ! dis-je »
« jamais ! jamais ! »
les nuits sont blanches parce que le ciel s’illumine toujours avant que mes yeux ne se ferment
totalement
les nuits sont blanches & les conversations d’ivrognes
m’accablent
m’ensablent
je suis un prophète lorsque je dépasse mon propre taux d’alcoolémie
je prêche des sourds
tout cela finit dans des lieux moites & bruyants
« n’êtes-vous pas dégoutté ? »
« non, c'est mon métier »
tu parles d’un métier !
« sweet dreams are made of this… »
qu'ils sont étranges les rêves humains
donnez-moi juste un peu de temps
pour trouver mes mots
ma propre berceuse électronique vous emmènera loin de tout ça
au centre des choses
loin de cet obscène samsara
je prie, surtout, pour que nul ne m’entende prier
je veux être un artiste anonyme
dans cette société de stars
continuer de rêver de voyages en iran
il m’apparaît clairement
que là-bas
m’attend
j’ignore comment
j’y retourne d’un songe à l’autre
bienvenu
malvenu
était mon réveil ce jour…

10 juillet 2004

Bon, voilà, tout commence ici

Pourquoi je fais ça, moi ?

Exhibitionnisme ? Bah, surement un peu, c'est mon métier, après tout... Mais surtout un pis-aller en attendant un www.shaomi.com...

Il est 4 heures 24 du matin, ELLE dort et les chats m'accompagnent dans une nouvelle nuit semi-blanche que je compte bien noircir dans quelques minutes.

Un petit tuyau : allez voir www.namlive.com
.

Outre le fait que leur electrofunk sombre (et malheureusement non audible sur le site) est délicieusement pervers, leur philosophie brut de pomme de l'art dans ta face me rappelle doucement à mes propres fantasmes postadolescents d'art dénué d'intermédiaires (marre d'avoir à créer des collectifs d'artistes, monter des revues et organiser des festivals pour ne pas avoir à quémander le bon vouloir des éditeurs et des lieux culturels...).

C'est peut-être pour ça, juste pour ça, que je me lance dans cette histoire de blog... pour aller directement de mon cerveau aux vôtres, chers anonymes du web, spectateurs actifs et passifs...

(mon Dieu va falloir que je fasse gaffe aux fautes d'orthographe, je suis perdu, moi, sans le correcteur de Word - ah ben non y'en a un sur le site mais est-ce qu'il capte le français au moins ?)

Bon, allez, ça ira pour ce soir...

Il fallait bien commencer quelque part.
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