20 juillet 2014

The best of Shaomi (or not)

Puisque nous fêtions hier le dixième anniversaire de ce blog, je me suis demandé quels avaient été les articles les plus lus et les plus commentés.

Top 10 des plus lus (avec le nombre de visiteurs uniques)
Ces chiffres montrent à quel point le nombre de personnes recherchant désespérément sur Google un remède contre leurs acouphènes est élevé ! Dommage que ce problème soit tant négligé par le corps médical. Aux dernières nouvelles les recherches évoquées dans cet article de 2012 ont bien avancé et les premiers tests sont prometteurs. À suivre, donc...
2/ Gobe, l'ami, gobe ! (2543 v.u.)
Je suis content que cet article ait été autant lu car il évoque selon moi un vrai, gros problème avec internet, à savoir la désinformation des internautes par eux-mêmes. À faire tourner sans modération !
Publié au moment des faits, il semble que cet article avait fait un mini-buzz online et que pas mal de gens en avaient colporté le lien. C'est un article que j'aime beaucoup, donc c'est cool.
Ha ha ! Cette petite boutade compte parmi mes chouchous sur ce blog et a rencontré un certain succès à l'époque. Je sais de source sûre que cette article a trouvé son chemin jusqu'à la rédaction de Lyon Mag mais je ne suis jamais parvenu à savoir comment ils l'avaient pris ^^ Étonnant toutefois de constater le nombre de benêts qui espèrent trouver sur Google les coordonnées d'un dealer de coke à Lyon...
Je n'aime pas trop cet article-ci, non que je renie ce que j'y ai écris mais il me ramène à une période particulièrement douloureuse de mon existence (l'exil à Marseille). Force est de constater en tout cas que beaucoup de gens cherchent un remède à leur jalousie ou à celle de leur compagne/compagnon...
Je suis profondément attaché à ce récit de mon premier voyage en Inde et donc très heureux qu'il ait trouvé son public, d'autant que honnêtement, je ne m'y attendais pas.
Fruit de réflexions longuement menées notamment dans le cadre d'un projet de BD voué à devenir un jour roman, L'âge de Tantale. Je ne sais plus trop où je me positionne aujourd'hui rapport à tout cela mais c'est néanmoins un article que j'aime toujours beaucoup.
J'ai publié pas mal de photos du Cambodge et d'Inde mais, allez savoir pourquoi, ce sont celles de Sen Monorom qui ont recueilli le plus de visiteurs...
C'est là que le voyage commence vraiment, mes tout premiers pas sur le sous-continent indien, une journée inoubliable ! Si vous devez ne lire qu'un seul chapitre de mon odyssée indienne, c'est sans doute celui-là !
Ce bref article était le résultat d'une conversation avec plusieurs personnes qui ne comprenaient pas que l'on puisse ressentir de l'empathie pour des gens que l'on croise sans les connaître vraiment... Étrange...

Top 10 des plus commentés (avec le nombre de commentaires)
Celui-là a beaucoup tourné sur Facebook, où j'avais copié le texte, et a donc certainement été beaucoup plus lu que ce qu'indique le compteur de visites. Un peu scotché par la violence des propos que l'on peut parfois lire sur internet, je suis heureux qu'il ait trouvé ses lecteurs. À faire tourner sans modération aussi !
Mon humble contribution à la cause anti-peine de mort.
3/ La mort inutile de Mohammed Merah (33)
Cf. ci-dessus.
Une petite piqûre de rappel à l'intention des carnivores, parce que parfois il faut regarder la réalité en face.
5/ De la cocaïne partout à Lyon ? Chui pas trop sûr en fait... + Une « innocente » affaire de viol (31)
Cf. ci-dessus pour la coke, et quant au second c'était mon gros coup de gueule face à la scandaleuse minimisation des accusations de viol dont Roman Polanski faisait l'objet à l'époque, là encore à faire tourner sans modération.
Un court extrait de mon roman L'ami imaginaire qui a suscité beaucoup de polémique. Je tiens tout de même à préciser que je ne prends pas la responsabilité de tous les propos tenus par mes personnages, une distance que les gens ont souvent du mal à percevoir.
Autre article sur le végétarisme, un peu un contre-pied du précédent (parce que je suis en 3D ^^).
Un gros coup de gueule suite à une mésaventure vécue à l'époque. Je pensais me faire fumer par tous mes potes gauchos mais en fait ça s'est plutôt bien passé ^^
9/ Ce qui meurt (22)
Un petit poème que j'aime vraiment beaucoup, beaucoup. Ce n'est pourtant pas mon meilleur poème mais il a une petite musique qui lui est propre et que j'affectionne particulièrement.
10/ Quelques photos du Cambodge : Angkor + Un espoir de traitement contre les acouphènes + Le dimanche après-midi pourri de Shaomi (21)
Cf. ci-dessus pour les acouphènes. Les photos d'Angkor ont semble-t-il su séduire et quant à mon dimanche après midi pourri, ça reste une de mes farces favorites donc je suis bien content qu'il vous ait fait autant rire que moi ^^

Alors voilà. Rendez-vous en juillet 2024 pour un update ;)

19 juillet 2014

10

Je viens de réaliser qu'il y a exactement dix ans et neuf jours, j'écrivais le premier article de ce blog... Dommage que j'aie raté l'anniversaire, j'aurais bien voulu écrire quelque chose le 10 mais nous voilà avec neuf jours de retard...

Je la revois bien cette nuit lyonnaise de juillet 2004, moi et les chats tranquilles en train de veiller sur un monde assoupi en cœur avec ma princesse indienne, qui pionçait depuis déjà quelques heures dans la chambre à côté ; un grand sentiment de paix et mon enthousiasme pour le groupe Nam:Live en ces temps où l'explosion electroclash et le revival synthpop n'en étaient qu'à leurs balbutiements... Que ma vie a changé depuis... Les chats ne sont plus et j'apprends encore à vivre sans eux. La princesse indienne est bien loin, enfouie au cœur d'une poupée russe, recouverte par les couches successives des princesses suivantes (pour faire du Klapisch à l'envers). Le monde m'a depuis fourni toute la synthpop dont je pouvais rêver. Et quant à moi je n'aurais jamais imaginé alors que j'écrirais cet article anniversaire de Chennai, en Inde, non pas en voyage mais bien installé... Je garde un souvenir ému de cet appartement du deuxième arrondissement perché tout en haut sous les toits, mon petit donjon-cocon, et des trois années que j'y ai vécues... Je n'ai jamais retrouvé depuis un appartement où je me sente aussi à l'abri, aussi bien perché pour composer mes incantations poétiques au fin fond de la nuit... Un jour, peut-être...

Je ne savais pas encore alors ce que j'allais vraiment en faire, de ce blog. J'avais toujours rêvé d'un truc comme ça, d'un moyen d'injecter directement mes mots dans les veines du monde, sans délai, sans complications, sans intermédiaire. Sans devoir attendre qu'un livre ou une revue soit conçu, imprimé, distribué. Sans me taper des errances nocturnes à coller mes poèmes sur les murs comme je l'avais parfois fait avant. Et Dieu créa les blogs... Je ne pouvais pas résister ! Les trois premières années ont été assez calmes : peu d'articles, peu de visiteurs. En 2007 Myspace est venu bouleverser tout cela, m'offrir enfin un public. Puis ce fut Facebook et les autres réseaux sociaux. D'un coup ou presque, en 2008, le compteur de visites a explosé, les commentaires ont fusé ! D'un coup ou presque, mes mots ont cessé de résonner dans le vide. Ça m'a motivé et il y a eu de belles périodes d'hyperactivité sur ce blog avec, tout de même, les pauses nécessaires. Je me suis bien amusé en tout cas ! Clique sur le lien et épate tes amis. Shaomi brille dans le noir et vibre sans piles. Mes bons vieux slogans sur les réseaux sociaux. Ça rappellera sans doute de beaux souvenirs à certains d'entre vous ;)

Au bout du compte, les chiffres sont intéressants : 10 ans, 486 articles, 2514 commentaires, 34021 visiteurs uniques. Ce n'est pas si mal. C'est plus que je n'osais en espérer en cette nuit du 10 juillet 2004. Vous avez été un paquet à me suivre au fil des ans et pour le temps que vous m'avez accordé, je vous dis merci.

Il paraît que les anniversaires, ceux des décennies en particulier, c'est fait pour faire des bilans. J'avais 27 ans, j'en ai 37. J'ai l'impression d'avoir vécu cinq vies depuis. J'ai vécu cinq vies depuis. Toujours en mouvement. Je n'arrive pas à m'arrêter de mourir et de renaître, de tout fiche en l'air et de tout réinventer. J'essaie mais je n'y arrive pas. Je cherche Vishnu mais jusque-là c'est Shiva et Brahma qui m'ont habité. Amen. Peu après avoir démarré ce blog, j'entamais un nouveau chapitre avec le départ de la princesse indienne, la naissance de Mercure Liquide et une délicieuse inattendue. Deux ans après, nouveau chapitre encore en m'exilant à Marseille, une erreur que je regrette encore aujourd'hui. Deux ans encore après, retour à Lyon pour une des plus belles périodes de mon existence, une jolie épopée épique comme je les kiffe. Et deux ans encore après j'abandonnais tout : la France, mon job dans la culture, ma ville, mes proches, pour me lancer dans un exil qui devait s'avérer plus compliqué que prévu. Ce fut le Cambodge et finalement, après ce cycle-là qui dura trois ans, j'ai encore rebooté et je me suis posé il y a un an dans cette Inde que j'aime tant et qui, je dois dire, prend bien soin de moi. Je pense attendre encore deux ans avant de m'envoler de nouveau. Mais nous verrons si cela est possible. Nous verrons qui, de Vishnu ou Shiva, m'habite cette fois-ci... En tout cas ça fait bien cinq : je vis ma cinquième vie depuis la création de ce blog...

Toutes ces morts et ces résurrections n'ont malheureusement pas été sans impact sur mon travail littéraire – puisque c'est au fond de cela qu'il s'agit – et c'est un dommage collatéral que j'ai décidé de ne plus tolérer. Cette année encore les choses ont été assez calmes sur le front de l'Aventure Majeure. J'ai dû laisser un roman en friche, mettre tout en stand-by pour suivre encore une formation à distance en sus de mon mi-temps d'enseignant en langues, obtenir un diplôme de plus, celui qui m'ouvrirait les portes du monde et me donnerait la liberté de vivre et travailler où bon me semblerait ensuite, sans problèmes de visas. Cette affaire étant bientôt réglée je vais me retrouver avec beaucoup de temps libre, rien d'autre à foutre en fait en dehors de mon mi-temps que d'écrire. Je ne sais même plus par où je vais m'y prendre mais ce ne sont pas les projets qui manquent. Mon roman L'ami imaginaire est presque terminé, il ne reste plus qu'à relire et corriger en fait, mais je n'ai pas encore décidé ce que je vais en faire, si je vais le publier ou non et, le cas échéant, comment. Parmi la bonne dizaine de romans que j'ai déjà plus ou moins en tête, j'ai déjà choisi lequel sera le prochain, reste à reprendre mes notes et à m'y attaquer. Il y a aussi le récit de mon premier voyage en Chine en 2002, suite de The India Experience, dont le premier jet est déjà écrit mais qu'il me faut peaufiner avant parution sur ce blog. Et il y a encore Fragments nocturnes et Tabloïde, mes deux premiers livres, que je voudrais rééditer décemment en ebooks et sur papier. Quant à la poésie j'ai pas mal d'idées, entre autre la reprise et la publication d'un vieux projet, un nouveau recueil de textes et un projet interactif qui serait publié en ligne. Côté musique et performances tout restera au point mort, la faute à l'exil : ces projets-là ne peuvent se monter sans complices et la France est un terrain plus propice. Autant d'envies dont je suis incapable de vous dire lesquelles seront menées à termes et lesquelles seront avortées. Nous verrons. Mais ce qui est certain c'est qu'il est assez probable que ce blog reprenne vie pour un moment d'ici pas très longtemps, avec des extraits des travaux en cours. Du temps pour écrire, enfin, de nouveau.

Alors voilà.

Bon anniversaire.

18 juin 2014

Du code de la route en France, en Inde et au Cambodge

Conclusions pas si hâtives de mes expériences de vie en France, au Cambodge et en Inde :

Le code le la route en France :




















Le code de la route en Inde :




















Le code de la route au Cambodge :

















Finalement l'Inde c'est un bon compromis ^^

3 juin 2014

Clause d'incompétence générale

Les étrangers qui vivent ou voyagent dans des pays en voie de développement, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est, se plaignent ou s'étonnent souvent du fait que rien n'y est jamais fait correctement. J'avais déjà raconté sur ce blog l'expérience de mon pote Manu avec son trottoir en Thaïlande mais je pourrais vous en ressortir des tas comme ça. Par exemple ces deux anecdotes vécues en compagnie de Clio Karabelias, lorsqu'elle vivait encore en Inde : des types viennent pour installer un filtre sur son robinet d'eau courante et tranchent un tuyau... sans avoir coupé l'eau au préalable ! Des types qui pourtant font ça tous les jours. Résultat des courses : appartement inondé. Une autre fois, d'autres types lui livrent et lui montent une armoire, là encore des types qui font ça tous les jours. Résultat des courses : une poignée montée à l'envers. Ce n'est pas mieux sur le plan administratif. Pour preuve deux mésaventures récentes, l'une avec ma banque (mon compte a été gelé, juste parce qu'un abruti avait coché la mauvaise case sur son ordinateur) et l'autre avec l'administration fiscale (mon code postal n'avait pas été entré correctement dans la base de données). Sans exagérer, on peut dire que tout est comme ça. J'ai d'ailleurs vu les mêmes absurdités au Cambodge mais je me concentrerai aujourd'hui sur l'Inde parce que j'ai une théorie pour l'Inde qui ne vaut que pour l'Inde. Je précise que tout ce qui suit résulte de mes lectures et de mon expérience personnelle de ce pays, pour ce que ça vaut : je ne suis pas anthropologue...

On pourrait se laisser aller à penser que les Indiens sont stupides (de nombreux expatriés cèdent à cette tentation) mais je sais trop bien qu'ils ne le sont pas, bien au contraire. Les Indiens savent faire preuve de la plus grande vivacité d'esprit. La vérité c'est que tout le monde s'en fout. Tout le monde se fiche éperdument, en Inde, de faire son travail correctement. Un Indien m'avouait d'ailleurs l'autre jour que les Indiens sont extrêmement doués pour donner à leur hiérarchie l'impression qu'ils travaillent intensivement alors qu'en fait ils ne fichent rien du tout, et que leur hiérarchie se satisfait joyeusement de cette illusion. On verra d'ailleurs rarement un Indien s'énerver sur un compatriote au sujet d'une négligence : la clémence indienne, dès qu'il s'agit d'incompétence, est sans borne. Pourtant, ces négligences leurs rendent à eux aussi la vie impossible ! De même, le réflexe du consommateur lésé n'est pas, comme chez nous, de menacer d'aller chez la concurrence : on hausse les épaules et on reste client de la même entreprise. Seuls les Indiens les plus riches et ceux qui ont vécu en Occident se plaignent ouvertement de ce bordel. Un ami de la « haute » me disait un jour : « Si l'Inde peine tant à se développer c'est parce qu'on perd tellement de temps à régler des petits problèmes qu'on n'a plus l'énergie de s'occuper des gros problèmes ! ».

On est évidemment en droit de s'interroger : si la négligence de chacun nuit à tous, pourquoi tout le monde ne s'accorde-t-il pas pour faire un effort ? Ce n'est qu'assez récemment que j'ai commencé à comprendre. Prenez une société où tout le monde s'accorde à en faire le moins possible, ou à faire les choses le plus vite possible. Lorsque X subit les conséquences d'une négligence de Y, X a les boules. Mais si X se plaint de Y, il affirme implicitement que chacun devrait faire son travail correctement et instaure un système où l'on commence à demander des comptes aux gens. Or X, lui aussi, en fiche le moins possible. Si donc il se plaint de Y, il incite son entourage à se plaindre à son tour et, tôt ou tard, le retour de bâton sera que lorsque Z sera dans la merde à cause de X, il dénoncera son incompétence. Hors, s'il est une chose que X désire plus que tout au monde, c'est qu'on lui fiche la paix avec son incompétence. En gros la population indienne, dans son contrat social, a tacitement inclus une clause d'incompétence générale, que chacun respecte religieusement.

À nos yeux cela paraît totalement invraisemblable, parce que les dommages nous semblent plus importants que les bénéfices mais pour la plupart des Indiens, les bénéfices de ce système sont incontestables. Ceci dit on est quand même en droit de se demander ce qui, dans la culture indienne, a pu générer pareille aberration. Parce que quoi qu'on en dise mon ami indien n'avait pas tort : c'est un frein réel à la modernisation et à l'enrichissement du pays. Ne fut-ce que parce que cela rebute les investisseurs étrangers, sans parler des pertes financières considérables que cela engendre en interne. Plus pernicieusement encore, cela impacte grandement la politique. Soumise à la clause d’incompétence générale, la classe politique est finalement dispensée de rendre des comptes à ses électeurs. Les partis gagnent et perdent certes à tour de rôle mais tout le monde s'accorde à dire que de toute manière, que ce soit l'un ou l'autre, la corruption et les coupures d'électricité quotidiennes sont des réalités immuables.

Il y a des tas de choses qui rentrent en compte là-dedans, notamment le fait que d'une manière générale et bien au-delà des questions de compétence, il convient en Inde de s'occuper de ses affaires et de ne pas interférer dans celles des autres (cf. ce que j'écrivais sur la notion de tapage en Inde ici et ). Ce pilier de la civilisation indienne n'a d'ailleurs pas que des inconvénients : ce n'est pas pour rien que ce pays immense, malgré ses problèmes abyssaux et son incroyable diversité religieuse, culturelle et linguistique, est parvenu à demeurer une démocratie laïque et relativement pacifique depuis bientôt soixante-dix ans. Les Indiens ont une propension à tolérer la différence et la présence de l'autre que l'on ne retrouve probablement nulle part ailleurs.

Concernant la clause d'incompétence générale, je pense toutefois que la raison principale est à chercher du côté des castes. En effet, le système des castes a la curieuse particularité d'être un ascenseur social à l'envers. Traditionnellement, être de haute caste signifie certes bénéficier de certains privilèges inaliénables mais ne protège pas de l'appauvrissement ni même, parfois, de la pauvreté. Inversement par contre, les basses castes et les hors castes ont jusqu'à très récemment été confrontées à une impossibilité totale de s'élever socialement ou économiquement. Celui qui possède peut perdre mais celui qui ne possède pas ne possédera jamais. Les basses castes, à l'origine, faisaient également office de corporations : chaque caste avait son métier, sa spécialité bien définie. Les pères formaient leurs fils qui à leur tout formeraient leurs fils. Le fils de pêcheur sera pêcheur, le fils de tanneur tanneur, etc.

Imaginez maintenant ce que cela implique. Vous êtes fils de tanneur par exemple. Dès le jour de votre naissance il est établi que vous serez tanneur. Il est inimaginable de devenir autre chose, fut-ce même autre chose d'aussi avilissant que tanneur. Vous êtes tanneur. Vous le serez toute votre vie. Point barre. Partout ailleurs, traditionnellement, les maîtres prenaient des apprentis, le fils reprenait certes souvent l'activité du père mais pas nécessairement. Le fils de tanneur pouvait très bien devenir serrurier, voire commerçant, améliorer son statut social, ses revenus, etc. Je ne dis pas que l'ascenseur social était nécessairement une chose aisée dans la France ou la Chine du quinzième siècle, il y avait d'ailleurs des limites infranchissables. Mais on avait tout de même une certaine marge de manœuvre. De là même découlait également la notion de compétition : pour s'élever et se maintenir il fallait non seulement être bon mais de surcroît être meilleur que le voisin. L'Indien, surtout l'Indien de basse caste, n'a jamais eu à se poser ce genre de questions. Dès l'apprentissage, le jeune tanneur pouvait bien après tout se permettre de faire n'importe quoi : son patron ne risquait pas de le renvoyer chez lui puisque c'était son père. Ensuite, le tanneur pouvait bien tanner n'importe comment si le cœur lui en disait, de toute manière il serait tanneur quoi qu'il arrive, la communauté ferait appel à lui quoi qu'il arrive et les maigres ressources de la caste étaient plus ou moins mises en commun. Il n'y avait donc ni concurrence ni intérêt à travailler plus pour gagner plus ou mieux pour vivre mieux. Il ne faut certes pas croire que le système était sans contrainte : si le client était de caste supérieure il n'avait certes pas le loisir d'aller voir ailleurs mais il avait celui de vous causer tout un tas d'ennuis, voire de disposer de votre vie (lire à ce sujet L'équilibre du monde de Rohinton Mistry et Le tigre blanc d'Aravind Adiga). Il fallait donc tanner un tant soit peu correctement mais souvent, donner l'illusion de tanner correctement était amplement suffisant. À quoi bon se fouler après tout ?

Tout ceci existe encore dans les campagnes reculées de l'Inde mais les efforts des autorités indiennes pour mettre fin au système des castes, conjugués aux effets inévitables de l'urbanisation et de la modernisation du pays, ont offert à la majorité des Indiens la liberté de choisir librement leur carrière, en fonction de leur degré d'éducation. Mais l'on efface pas comme ça des siècles et des siècles de conditionnement : même dépourvus de leur contextes d'origine, certains comportements, certaines manières de voir le monde, restent longtemps ancrés dans l'âme humaine.

Alors voilà...

18 mai 2014

Le Point Jean-Louis David

Les habitués du Petit Journal sont sans doute familiers du fameux Point Jean-Louis-David, très bonne rubrique s'il en est.

Pourtant, il semble que l'équipe du Petit Journal ne regarde pas l'émission C dans l'air de Yves Calvi sur France 5 et c'est bien dommage !

Du coup je me retrouve obligé de faire une petite séance de rattrapage pour Yann Barthès. 

Voici donc le Point Jean-Louis David spécial C dans l'air ^^



17 mai 2014

Une requête ambitieuse




















Demander à Dieu de nous laisser tranquille, n'est-ce pas trop en demander ?

14 mai 2014

Quelques photos d'Inde : Mamallapuram, Tamil Nadu

Photos prises par Debora et Johny lors de notre récent week-end à Mammalapuram.

















































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