8 mars 2007

Je rêvais de faire une BD de zombies...

…mais Robert Kirkman a tout gâché !

Il y en a eu, des films de morts-vivants, des dizaines depuis La nuit des morts-vivants de George A. Romero en 1968. Des dizaines de nanars et quelques rares vrais bons films : La tétralogie du même George A. Romero (La nuit des morts-vivants, Zombie, Le jour des morts-vivants et plus récemment, le moins réussi Land of the dead), les remakes des deux premiers (La nuit des morts-vivants de 1990 et L’armée des morts en 2004), deux dérivations poétiquo-humoristiques (Dellamorte Dellamore et Shaun of the dead)... On peut à la rigueur ajouter à la liste la sympathique trilogie des 
Retour des morts-vivants et le respectable 28 jours plus tard de Danny Boyle, et voilà tout.

Donc, contrairement à ce que l’on pourrait penser, faire un bon film de zombies est une tâche extrêmement ardue.

Pourquoi les films de Romero sont-ils des chefs d’œuvre incontournables, des films exceptionnels bien au-delà du genre horrifique auquel ils appartiennent ? Parce que ce sont des films politiques. Certes ils font peur, mais surtout ils font réfléchir. Car dans ces films, la cause de tous les désastres, ce n’est pas les hordes de zombies mais l’homme lui-même. Difficile de croire que des êtres décérébrés, lents, puissent anéantir la civilisation tout entière. Pourtant, de film en film, c’est ce qui se produit. Parce que nous sommes nuls, idiots, contre-productifs et violents. Parce que la peur et l’égoïsme en nous sont plus forts que notre capacité à travailler ensemble, fut-ce pour survivre. C’est 
en tout cas ce que démontrent ces films, qui nous plongent en outre dans une tension psychologique inouïe et qui (surtout Zombie et Le jour des morts-vivants) mettent en scène la vision d’apocalypse la plus effroyable de l’histoire du cinéma : un monde hanté par des cadavres ambulants, parsemé ça et là de quelques groupes de survivants livrés à eux-même… La fin pure et simple de notre espèce et de notre civilisation ! Sans parler de ce tabou millénaire, la profanation des cadavres, dont le phénomène des morts-vivants est l’expression la plus atroce.

Alors forcément, le scénariste que je suis rêvait d’écrire un jour une BD de morts-vivants, de poursuivre les thématiques de Romero à travers une longue saga, en montrant l’évolution des personnages à long terme…

Et puis Robert Kirkman est arrivé et il a publié The walking dead (le premier tome a été traduit chez Semic, la série se poursuivant en juin prochain chez Delcourt).

Évidemment, je me suis empressé de lire ça et... misère de misère ! La BD que je rêvais de faire depuis toujours… c’était The walking dead. Je n’avais plus qu’à me mettre ma BD de zombies là où je pense ! Vous me direz que l’un n’empêche pas l’autre mais The walking dead traite le sujet exactement comme j'aurais voulu le traiter. Pour citer l’auteur : « Avec The walking dead, je voulais parler de la façon dont des gens se débrouillent de situations extrêmes et comment cela les fait ÉVOLUER. ». Encore mieux : « Pour moi, le pire moment de chaque film de zombies est la fin. Je veux toujours savoir ce qui se passe ensuite. (…) Je veux que cela continue. (…) The walking dead sera le film de zombies qui ne se termine jamais ».

Si au moins il s’était planté…

Mais non, The walking dead est une excellente bande dessinée, qui exploite avec brio le thème abordé. Bien sûr, le médium a ses limites : la BD ne sera jamais le cinéma et le degré d’horreur que l’on ressent en voyant les dix premières minutes de Zombie est impossible à retranscrire sans les moyens narratifs du septième art. Dans la séquence susnommée (choquante, terrible, éprouvante, hallucinante de violence psychologique et physique), tout se joue sur le montage, le rythme, quelque chose que l’on ne maîtrise pas autant lorsque le lecteur est maître du temps (alors qu’au cinéma le spectateur subit le temps). Mais pour le reste, tout dans The walking dead est irréprochable : la psychologie des personnages, leur évolution, leurs relations, le contexte et ce jusqu’à poser les questions que je me suis toujours posé (par exemple : comment les zombies font-ils la différence entre eux et nous ?). Les questions que je voulais poser, justement. Sans parler du dessin épatant de Tony Moore, parfaitement au service du récit.

Alors voilà, Robert Kirkman a tout foutu en l’air, c’est un salaud, je le hais !

Et je vous conseille de vous précipiter lire The walking dead : un classique instantané, comme on dit en anglais.

22 février 2007

Mercure Liquide sans moi et c'est cool !

Ainsi donc, Mercure Liquide #5 est paru ce week-end, à grand fracas. Je dis à grand fracas parce que la soirée organisée pour l’occasion à Grrrnd Zero fut un succès au-delà de nos attentes : deux-cent-cinquante personnes soit le double de ce que l’on espérait !

Enfin, quand je dis « on… »

Certes, je reste responsable de la diffusion en librairie sur Lyon, Paris et à présent Marseille, mais pour le reste, je ne suis plus directement impliqué dans la création de Mercure Liquide et des événements qui l’accompagnent. Justement, je me demandais quel effet ça me ferait : j’ai découvert ce #5 comme un lecteur lambda alors que j’avais participé à chaque étape de la conception des quatre premiers. J’ai assisté à l’événement en tant que barman, sans contribuer à la gestion de la soirée, moi qui l’an dernier était encore « responsable de l’évènementiel »
 

Mon bébé a grandi, je suis parti, je le retrouve adulte et parfaitement capable de se débrouiller sans moi, et j’ai le soulagement de n’éprouver aucune nostalgie : juste la joie de voir que tout ça continue et que moi aussi je suis devenu adulte et passé à autre chose. Il faut comprendre que Neweden (l’association derrière Mercure Liquide) fut une longue aventure commencée il y a plus de dix ans, il était donc temps pour moi de tourner la page. Hors, ce qui est fantastique c’est d’avoir pu le faire ! Neweden fut une aventure partagée (par plus de deux-cent artistes et bénévoles, si l’on fait le total sur ces dix ans) mais soyons réaliste : jusqu’à deux ans en arrière, si je partais, tout s’arrêtait. Pourtant, lorsque j’ai fondé ce collectif, mon rêve secret était de créer quelque chose de plus grand que moi-même, une aventure humaine et artistique qui, un jour, me dépasserait et existerait par elle-même. Grâce à Marion Blangenois, safran et toute l’équipe actuelle de Mercure, cela est enfin possible ! Pour cela et pour le travail exemplaire que j’ai vu ce week-end, je les remercie de tout cœur !

Alors, vraiment pas nostalgique ? Non. Neweden fut et reste un terrain d’expérimentation actif et phénix (Combien de fois avons-nous cru le collectif mort pour le voir renaître ? - un jour, je vous raconterai tout, promis, car en dix ans il s’en est passé, des choses - des belles et même des moches, lol.)

J’ai pu voir ce week-end la joie des artistes publiés et programmés, celle du public et des lecteurs, celle de l’équipe qui est au cœur de l’aventure… Et cette joie est la même que celle de toutes les incarnations du collectif à s’être succédées ! En terme de satisfaction personnelle, je sais que tout ça n’aurait jamais eu lieu sans moi, puisque je suis, à l’origine, seul responsable de tout ce bordel. Constater l’impact que ça continue d’avoir sur la vie de ceux qui le font, les rencontres artistiques et humaines qui en découlent, toute cette VIE ! Wow ! Putain j’ai pas fait tout ça pour rien et ça me survit, je peux clapser demain, Neweden existera encore quelques années au moins ! C’est idiot, mais c’est le genre de choses qui vous font vous dire que votre vie a un sens, qu’elle ne se limite pas à votre ego capricieux, que vous avez fait un peu de bien autour de vous…

Peut-être, qui sait, dans cinq ou dix ans Marion et safran passeront la main comme je l’ai passée, assureront la transition pour que le projet leur survive… C’est tout le bonheur que je leur souhaite…

8 février 2007

Il fait parfois gris aussi à Marseille !!!


Ça donne envie de voter pour le réchauffement de la planète...
"The world doesn’t have to tell me what i need
I know how to fail & how to succeed"
Anne Clark.

Angoulême s’est bien passé et me laisse avec tout un tas de travail sur un éléphant, des super-héros et une guerre mondiale… La manière dont les histoires se construisent, se déconstruisent et se reconstruisent ne cessera jamais de ma fasciner, ainsi que la multitude des angles d’attaque. On me demande souvent ça : comment on construit une histoire ? Pas de recette miracle et en dépit d’une méthodologie plus ou moins acquise, les angles d’approche sont innombrables. Part-on des personnages pour construire le récit ou du récit pour construire les personnages ? Vais-je finaliser mon synopsis avant d’écrire les premières planches ou, comme souvent, vais-je faire un ping-pong entre les deux, qui me permettra d’affiner mon récit ? Parfois c'est cette approche plus poétique qui consiste à écrire des bouts de scènes, des dialogues afin de mieux cerner les personnages. Parfois c’est tellement mathématique (j’ai tel truc à montrer, tel texte à placer en deux pages, un maximum de X cases par pages…). Autant d’approches que d’histoires… On construit une histoire en apprenant à la connaître, en la découvrant et en devinant ses multiples aspects. C’est de l’archéologie : on époussette morceau par morceau les pièces d’un puzzle, on se familiarise et on essaie des configurations. On apprend à faire des connections entre des idées, à déduire des probabilités… On se fait des amis de ces personnages qui, lorsqu’on les a créés, étaient encore si étrangers…


J’adore ;-)

Pour passer du coq à l’âne, je vous invite à faire un tour sur www.mercureliquide.com puisque le #5 de la revue sort le 17 février (ça se fera à Grrrnd Zero Gerland - Lyon), puis en librairies à Lyon, Paris et Marseille.

Voilà.

22 janvier 2007

Je suis pas un fermier !!!

Bordel de merde !

Si vous tapez « Shaomi » sur Google vous tombez sur Détail d'un fermier: Shaomi, et en cliquant vous arrivez  !

Le comble, c'est que l'avatar est un mouton !

Juré, c'est pas moi !

Les agents de sécurité ont la vie dure...

Voici quelques vidéos tournées par mon ami, le peintre Nicolas Manenti, lorsqu'il était « agent de sécurité », en 2001.

Les nuits, alors, étaient longues (et comme nous avions le même job d'étudiant, je puis en témoigner) !!!





















21 janvier 2007

Nicolas Monin est mort.

Evolve in peace, brother.

May your next life be sweeter than this one was.

16 janvier 2007

Wow !

Alors voilà, c'est pas pour me la ramener mais on vient juste de me faire le plus beau compliment qu'on puisse me faire ! Et ça vient d'une personne qui n'a aucun intérêt à être gentille avec moi et qui, de surcroît, n'a aucune idée de mes goûts littéraires ! Le commentaire est relatif à mon recueil, Tabloïde.

Je cite : « Ce que tu écris me fait penser à Kundera, avec la petite touche fantastique qu'il fallait pour élever le niveau ».

Bon, évidemment je tempère tout de suite : ce n'est pas demain la veille que j'élèverai quoi que ce soit par rapport à Milan Kundera ! Mais quand on sait que cet auteur est pour moi un dieu vivant de la littérature, quand on sait à quel point je considère son oeuvre comme une référence absolue, quand on sait l'impact que celle-ci à eu sur mon travail, alors on peut comprendre que ce compliment m'ait touché, et pas à moitié !!!

Voilà. Dans huit jours mes chevilles auront dégonflées et je partirai humblement au le festival d'Angoulême pour démarcher quelques projets BD et poursuivre des négociations concernant l'un d'entre eux. De fait, j’ai beaucoup de travail. J’essaierai quand même, si c’est possible, de poster des choses ici, d’ici-là.

10 janvier 2007

2007 !

Bonne année à vous, lecteurs d’un jour, amis fidèles, noctambules du web et autres passagers de ce blog !

Mon cadeau de noël pour vous, c’est la mise en ligne de mon recueil de nouvelles, Tabloïde, en attendant une éventuelle parution papier. Merci à ceux qui me liront du temps qu'ils m'accordent, et n’hésitez pas à poser vos commentaires ! Et ce n’est qu’un début car d’ici quelques semaines arrivera (enfin !) mon recueil de poèmes inédit : Fragments Nocturnes ! Autre nouveauté pour ceux qui ne sont pas venus depuis longtemps : une page de liens vers les sites et blogs de tout un tas de gens cool qui squattent le web. Certains sont de très bons amis, d’autres ne sont que de vagues connaissances dont j’apprécie le travail, mais enfin toujours est-il qu’il y en a pour tous les goûts, allez donc y faire quelques clics et laissez-vous surprendre (oh le mauvais slogan de pub qu’y nous fait, le Shaomi !)

@ tous ceux qui m’ont envoyé un mail de bonne année, désolé de mon silence et pas d’impatience : je vous réponds dès mon retour !

Peace & b wild !

18 décembre 2006

Boire et fumer tue, pas le ridicule !

Je ne vais pas ici remettre en cause les campagnes gouvernementales contre l’alcool au volant ou la cigarette : on peut en penser ce qu’on veut, on ne peut pas reprocher à l’État de vouloir protéger la santé des individus, puisque c’est là sa tâche. Non, ce qui m’afflige c’est l’absolue stupidité avec laquelle certaines de ces campagnes sont menées.

Je commencerai avec l’hilarant épisode des baby-foot. Pour mémoire, il y a quelques semaines, après le vote de l’interdiction de fumer dans les bars, Jean-François Copé nous annonçait avec le plus grand sérieux son idée géniale : pour éviter que les fumeurs ne désertent bars et cafés, le gouvernement va baisser la taxe sur les jeux, afin que tous se réunissent autour des flippers, billards et baby-foot ! Cette déclaration prouve une chose ou l’autre : soit le gouvernement actuel méprise les Français et l’affiche avec une audace qui frise la provocation ; soit il est complètement déconnecté des réalités quotidiennes ! M. Copé semble avoir du bar une vision qui se réduit à celle du PMU de son village, où les jeunes jouent au flipper pendant que les vieux se saoulent au petit déjeuner. L’idée que 90% des gens qui vont discuter dans un café ou boire des coups dans un pub se moquent éperdument du baby-foot ne semble pas l’avoir effleuré… Et puis franchement, le baby-foot en boite de nuit…

Évoquons à présent des vieux qui ne se saoulent pas au petit déjeuner : ceux qui croupissent dans ces mouroirs que l’on nomme maisons de retraite ! Ces personnes âgées sont les premières victimes d’une loi qui ne tolère pas l’exception : les voilà, en maison de retraite, interdits de fumer jusque dans leur chambre ! Lorsque l’on sait le désespoir que connaissent souvent les pensionnaires de ces établissements, on trouvera bien cruelle une loi qui leur ôte même le plaisir de fumer au lit !!! D’autant que beaucoup de ces personnes très âgées n’ont guère la force de sortir se geler quinze fois par jour pour fumer leur clope en hiver. À moins bien sûr que tout cela ne participe d’un plan secret visant justement à résoudre le problème des retraites en provoquant la pneumonie chez les vieux que le cancer du poumon persiste à épargner. En ce cas, qu’on le dise et que l’on cesse la grotesque comédie de culpabilisation à laquelle on a droit chaque été depuis la canicule de 2003 !

Petite leçon de psychologie fondamentale, à présent. Les paquets de cigarettes et de tabac doivent, depuis trois ans, porter une étiquette stipulant que « fumer tue », « fumer provoque le cancer », etc. Cette mesure superflue (nul n’ignore aujourd’hui les dangers du tabac) va provoquer, à terme, l’inverse de l’effet escompté : une hausse des décès liés au tabac ! Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Je m’explique : on néglige encore bien souvent le pouvoir incroyable de l’inconscient mais n’importe quel psy ou sophrologue vous l’expliquera mieux que moi : un propos qui est asséné à l’inconscient s’ancre dans la psyché et devient un « programme ». C’est ce qu’on appelle un lavage de cerveau et cela fait appelle à la répétition forcenée de ce que l’on nomme des « messages subliminaux », autrement dit des messages qui s’adressent directement à l’inconscient. Si vous êtes fumeur, vous conviendrez que vous ne « voyez » plus le sticker « fumer tue ». Consciemment, vous n’y faites plus attention. Pourtant, tous les jours votre regard glisse un nombre incalculable de fois sur votre paquet de clopes posé sur la table. C’est donc probablement cent fois par jour que votre inconscient capte le message « fumer tue ». Le pouvoir de notre inconscient est époustouflant, bien plus important que l’on ne le croie généralement. Quelqu’un qui fume et dont le cerveau capte à longueur de journée que « fumer tue » va intégrer cette donnée dans son programme inconscient, ce dernier finira par transmettre à son tour cette information au corps, qui appliquera le « programme » et développera une maladie liée au tabac. Je ne dis pas que cela arrivera à TOUS les fumeurs, mais peut-être à plusieurs centaines -voire milliers- de personnes, d’ici dix ou vingt ans (le temps que le message subliminal fasse son effet à force de répétition), mourront à cause des étiquettes fumer tue. J’ai l’air de déconner mais c’est très sérieux ! Alors attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les campagnes anti-tabac qui s’adressent au conscient sont nécessaires. Celles qui s’adressent de façon pernicieuse à l’inconscient auront des conséquences dramatiques (mais certes indécelables). Ceci prouve en réalité une chose : l’ignorance totale (et tragique) qu’ont nos députés et hommes politiques de la nature humaine. Quelles que soient leurs connaissances en économie, en sciences sociales, en droit ou en géopolitique, nos dirigeants n’ont aucune idée des bases de la psychologie humaine. Et c’est peut-être là que le bât blesse : notre société tout entière fonctionne sur des lois et des mœurs qui négligent notre nature fondamentale, de même que l’on élève généralement nos enfants dans des aberrations psychologiques qui n’aboutissent qu’à engendrer des adultes névrosée, perturbés, en souffrance… Mais je m’égare car c’est là un autre débat… Il reste que cette petite anecdote tabagique conduit à se demander quand est-ce que l’on se décidera à mettre au pouvoir des gens qui comprennent les fondamentales du psychisme humain.


De fil en aiguille, on arrive à une autre maladresse de nos chers pouvoirs publics : la campagne anti-alcool au volant adressée au jeunes. J’évoquerai brièvement l’épisode vite avorté du « capitaine de soirée ». Jusque là, en effet, le jeune qui héritait de la responsabilité de conduire était officiellement dénommé « capitaine de soirée ». Et les campagnes publicitaires affirmaient sans frémir que ce titre serait porté avec fierté, voire que les jeunes se battraient entre eux pour l’obtenir. C’était faire peu de cas du mépris qu’ont les jeunes envers la hiérarchie militaire et maritime (sinon envers la hiérarchie en général). C’était aussi ne pas bien faire la différence entre le jeune des années 50, supposément fier de sa conduite morale, et le jeune des années 2000, un peu plus « sex, drugs & rock’n’roll » que ses parents avant lui. Bref, l’erreur fut apparemment conscientisée puisque, cette année, le capitaine de soirée est officiellement renommé « Sam ». Pourquoi « Sam » ? Je suppose que ça fait d’jeun’s et c’est vrai qu’on imagine plus volontiers les jeunes rigoler en nommant toute la soirée leur pote sobre « Sam ». Va pour « Sam », donc, mais le slogan, lui, n’a pas changé : « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas ». C’est certes moins autoritaire qu’un « celui qui conduit ne boit pas » mais c’est douteux du point de vue de la langue et donc très ambigu. Du point de vue syntaxique, la phrase « Celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas » implique que « celui qui ne boit pas » préexiste à « celui qui conduit ». En d’autre termes : avant cette campagne de prévention, il y avait obligatoirement un jeune qui ne buvait pas dans chaque groupe mais ce n’était pas lui qui conduisait. Outre que cela implique que les jeunes sont vraiment cons (il y en a un de sobre mais celui qui conduit est un de ceux qui sont bourrés !), cela implique aussi qu’il y a dans chaque groupe des buveurs et des non-buveurs. En réalité, on sait bien que dans la plupart des cas les buveurs se dépouillent ensemble et les sobres font la fête à leur manière. Il est en tout cas ridicule d’imaginer que dans chaque groupe de jeunes il y en a forcément un qui ne boit pas ! Il suffit d’avoir été jeune depuis moins de trente ans pour savoir que c’est faux : tout le monde se déchire la tronche en chœur ! Alors vous allez me dire que je joue sur les mots et que tout le monde comprend ce slogan et que je me complique la vie pour rien. Peut-être, mais les mots sont mon métier et il est donc bien naturel que je m’en préoccupe. Et puis si l’on utilise les mots n’importe comment, ils finissent par ne plus rien vouloir dire. Pour exemple, cette pub que l’on voyait en 1995 chez tous les boulangers : « Le pain, c’est encore meilleur quand on le mange », qui sous-entendait qu’un aliment peut-être ressenti comme étant bon sans être mangé (!!!). Je pourrais aussi vous parler de mon ascenseur qui affiche être « réservé au transport de personnes » et de fait interdit aux « enfants non accompagnés, aux livreurs et aux déménageurs ». Donc, les enfants, les livreurs et les déménageurs ne sont pas des « personnes ». On en revient presque à l’époque où les femmes et les Noirs n’avaient pas d’âme !

Sur ces belles paroles, je vous souhaite de joyeuses fêtes ;-)

22 novembre 2006

Marseille, donc...

Marseille ! Après onze ans de vie lyonnaise, me voici Marseillais pour une durée indéterminée, d’au moins quelques années en tout cas. Dépaysement ou déracinement ? Un peu des deux sans doute. Ce déménagement me fait en tout cas prendre la mesure - indépendamment de ma joie d’être dans l’ailleurs - de mon attachement à Lyon ! L’autre jour je me suis demandé si je devais corriger la mention « auteur lyonnais » dans la bio de mon ancien blog et le négatif m’est apparu comme évident. Je vis à Marseille mais je vis Marseille comme une étape, un transit, une « house » mais pas un « home ». Lyon est la ville où je me suis formé, humainement comme artistiquement. Toute ma vie d’adulte s’y est déroulée, Lyon m’a nourri, énormément apporté : l'homme et l'artiste seraient radicalement différents si ces onze ans s'étaient déroulés ailleurs ! J’ai parfois détesté cette ville à force d’y errer, mais quelle histoire d'amour n'a pas ses moments difficiles ? Lyon et sa Croix-Rousse resteront donc mon « home » pendant longtemps, en tout cas mes racines et une partie de mon identité. Pourtant, si je n'ai pas fini d'y retourner en week-ends, je sais que je n’y revivrai pas, jamais, parce que ce serait revenir en arrière. Hors, où que me mène ce départ sur Marseille, ce ne peut être que vers l’avant (et encore plus de soleil !). Cela fait d’ailleurs partie de l’aspect un peu vertigineux de ce départ à Marseille : l’après Marseille est un ailleurs inconnu, il n’y a pas de rassurant retour en arrière possible. J’ai fait le « grand saut ». Mais si je dois rattacher mon nom et ma fonction à une ville, ce sera encore longtemps à Lyon. Donc : Shaomi, auteur lyonnais vivant à Marseille.

Une des principales raisons qui m’ont poussé à partir (hormis une certaine jolie brune), était de me retrouver seul face à mon travail d’auteur. 
À Lyon, je cohabitais avec de très nombreux amis et par extension de très nombreux projets collectifs. Entre les Combustions Spontanées, Bébé Coma, Mercure Liquide et autres, les « distractions » étaient nombreuses. Non que je plaque tout en bloc, je reste solidaire et acteur (même lointain) des dits projets mais au quotidien, c’est désormais devant mon ordinateur que ça se passe. Je n’ai plus grand chose d’autre à faire de mon temps - hormis, certes, aller nager - que d’écrire et démarcher les éditeurs. Me voici donc face à moi-même (et paradoxalement face à l’autre puisque je n’habite plus seul) et pour le moment, depuis début septembre, c’est plutôt efficace : je travaille enfin tous les jours mon écriture et les pages s’accumulent heureusement. Mais nous y reviendrons dans les jours qui viennent (promis)...

Je voulais aussi dire quelques mots de mes coups de cœur de l’été. Je me suis bouffé un gros paquet de romans ces derniers mois et j’ai notamment (enfin !) découvert Kafka. J’ai lu Le Château, précisément, et je suis tombé des nues. Je m’attendais à quelque chose de très bon, mais pas à cette folie géniale qui confine à l’hystérie littéraire. Kafka aurait écrit que « Le Château n’existe que pour être écrit, pas pour être lu ». Comment pourtant jeter la pierre à Max Brod, héritier des manuscrits de Kafka, pour les avoir publiés contre la volonté du défunt ? Il eut été criminel de priver l’humanité d’un tel auteur ! Mais ce qui est extraordinaire c’est que Le Château est un chef d’œuvre justement parce qu’il n’a pas été écrit pour être lu ! Bien que Kafka ait fait de nombreuses corrections sur le manuscrit de ce récit inachevé, le roman laisse l’impression d’un premier jet déstructuré, brouillon, sauvage dans sa construction, presque insolent tant le lecteur n’est pas pris en compte ! Et tout est là ! Le génie de Kafka réside justement dans les apartés inattendus, les digressions interminables, les commentaires superflus (voire incompréhensibles), les détails absurdes et les conversations surréalistes qui sont partout présents dans ce livre ! Le Château fait état d’une réalité aussi mouvante que l’est le style de Kafka, qui évolue au fil du récit. La sensation de flottement qui en découle nous rend solidaire du géomètre K. dans sa détresse. Car le lecteur est malmené en même temps que le personnage ! Peut-être même davantage car, alors que le géomètre K. semble partager l’absurdité comportementale des autres personnages, le lecteur est pris au dépourvu à chaque instant. Et je vous parle de mon point de vue de lecteur de 2006, qui en a vu d’autres, qui connaît Ionesco, Beckett et David Lynch. Je n’ose imaginer la stupéfaction du lecteur de 1926 ! Bref, Le Château m’a bien scotché et si vous ne devez lire qu'un classique cette année, que ce soit celui-là !

En cadeau de bienvenue et pour finir, un petit coup de cœur musical et vidéo.
ADULT. est un groupe que j’aime bien, mais les lecteurs habitués de ce blog le savent : je suis gourmand d’electroclash.

Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui mais à très bientôt puisque ce blog est réactivé !!!

23 juin 2006

Incroyable mais vrai !

Je ne vous dirai pas qui, mais quelqu’un m’a écrit ça dans une lettre :

« L’idée de tirer la chasse des chiottes n’est pas une bonne idée. Tu penses aux pauvres rats d’égouts intoxiqués ? Non, franchement faut penser aux problèmes de pollution. Et puis le chapelet qu’il a autour du cou, il faudrait penser à lui tirer. J’ai une idée sensationnelle, regarde : quand il arrive dans un pays, il embrasse le sol. Donc, il faut enduire le sol de mouille comme ça il aura commis un péché et se suicidera sur-le-champ. Bon, comme j’ai des nouvelles fraîches qui m’arrivent de Frédéric, je suis d’accord avec toi, moi aussi je t’aime. Je te l’avoue mais nous ne pouvons plus nous voir que dans les lettres. »

Moi ça m’a fait tripper !!!

21 juin 2006

Romantic

Flower my flower
I want to share the sound of silence
With you
In a nest of peace
Warm & full of light
Please take my hand
Trust the sky
Be my friend
Until the end of time
Then you can see i'm your angel
Then i can see the bird you are

18 avril 2006

Electrofunk

Dans mon tout premier post sur ce blog, je vous parlais du collectif Nam:Live et de leur electrofunk moite, sensuel et poisseux, héritier du Minneapolis Sound de Prince et partie intégrante du mouvement electroclash (Wikipedia est ton ami). Je déplorais malheureusement de ne pouvoir vous orienter vers un site diffusant leur musique.
Je peux à présent remédier à cela : clique sur le lien et épate tes oreilles !

Nam:Live est tout à fait représentatif de l'état d'esprit que je voulais donner à mon défunt projet Shoona Sassi (mentionné à quelques reprises sur ce blog).

9 avril 2006

Bilan

94: 02/02, 1 (1) b 95: 04/12, 4 (3) mb/b/b 96: 06/12, 1 (1) mb 97: 12/12, 2 (1) mb 98: 02/12, 2 (1) b 99: 04/12, 2 (1) b 00: 00/12, 2 (1) dgl 01: 02/12, 4 (2) mb/b 02: 06/12, 3 (2) dgl/dgl 03: 12/12, 1 (0) 04: 11/12, 2 (1) mb 05: 07/12, 3 (2) mb/dgl 06: 03/03, 1 (1) dgl

r :
05m w/b 01m w/mb 20m w/mb 04m w/b 02m w/mb 24m w/dgl 07m w/mb 01m w/mb 06m w/dgl 9m w/b, 31m w/mb, 30m w/dgl
t : 9 (2 b, 5 mb, 2 dgl)

h :
t : 7 (4 b, 1 mb, 2 dgl)

t :
16 p (6 b, 6 mb, 4 dgl !!!)
71 mc/137 m
1,45 np/a
2,45 p/a

Pas si mal !!!
;-D

8 avril 2006

Perles aviaires

Il y a quelques semaines, le premier ministre me laissait déjà rêveur en appelant les français à ne pas laisser leurs chats « divaguer » dehors.

Belle expression s’il en est ! Personnellement j’aimerais bien que mes chats cessent de divaguer dedans, considérant l’état dans lequel ils ont mis mon canapé (en faisant leurs griffes) et mon amoureuse (en la réveillant cinq fois par nuit à coups de ronrons.)

Mais le meilleur remonte à quelques semaines plus tôt, dans le no. 897 du journal Métro (édition Marseillaise), daté du 22/02/06. Un article nommé Pigeons sous surveillance stipule en effet que la très officielle Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments « recommande d’interdire les rassemblements pour tous types d’oiseaux afin de prévenir l’éventuelle diffusion du virus à ces occasions. »

!!!

J’ai longuement imaginé des CRS en train d’interpeller des pigeons sur la place publique et les emmener au poste pour « rassemblement illicite ». Si ce n’est pas ce que voulait dire la très officielle A.F.S.S.A., alors quoi ?

Au delà de ça, la grippe aviaire est une occasion de se souvenir du délire hygiéniste dans lequel est désormais plongé le monde occidental ! L’autre jour, je marchais en ville avec mon filleul Théotime (trois ans et demi) lorsque nous avons vu un pigeon mort sur le trottoir (je précise qu’il était juste mort, pas en bouillie). Théotime se posant beaucoup de question sur la mort ces temps-ci, nous avons dû nous arrêter et nous accroupir au-dessus de l’oiseau afin que Théo le regarde et me demande tout un tas de choses (est-ce qu’il fait dodo et pourquoi est mort et pourquoi ci et pourquoi ça…?). Pas question, évidemment, qu’il ne touche le pigeon, mais s’accroupir pour regarder et discuter me parut le moindre de mes devoirs envers un enfant intrigué.

Nous avons du rester comme ça, quoi, une minute trente ? Et bien tenez-vous bien : pas moins de deux personnes se sont arrêtées pour me dire de « faire attention » car « on ne sait pas ce que cet oiseau a » et que « c’est dangereux. » Sans commentaire…

Sinon, ça n'a rien à voir et vous allez me détester mais cliquez sur ce lien, ça vaut le coup !

Et quand vous vous en serez remis, allez aussi faire un tour sur ces chefs d'oeuvre du cinéma... à faire vous-mêmes.

Amusez-vous bien !

7 avril 2006

Supreme Power et Ultra

Les premières pages donnent le ton et les règles du jeu : dans un champ du Kansas, un couple de fermiers trouve une capsule spatiale écrasée contenant… un bébé. Attendris par le nouveau-né, les fermiers décident de l’adopter et le ramènent chez eux. Cette histoire vous paraît familière ? C’est normal puisque c’est celle de Superman. Mais il suffit de tourner la page pour que commence la dérive : une équipe de soldats suréquipés entrent en force chez les pauvres fermiers et réquisitionnent le bébé. Superman, ou plutôt Hyperion, sera pupille de la nation, arme secrète… et objet de propagande. Cette bande dessinée n’est donc pas Superman mais Supreme Power, série Marvel récemment traduite en français par Panini Comics, écrite par J. Michael Straczynski (créateur de Babylon 5) et dessinée par le talentueux Gary Frank.

Si je vous parle de ce comic-book c’est parce qu’il est de ceux qui mettent le doigt sur le véritable enjeu dramatique du genre super-héroïque. Il arrive souvent que des fans de BD française se demandent où est l’intérêt de ces histoires de gus en costumes qui se battent entre eux. Pour eux, les comics se cantonnent à la lutte entre super-héros et super-villains, restant tributaires d’un cliché manichéen. En réalité, le véritable enjeu du genre est ailleurs. La véritable question soulevée par les comics appartient au domaine de la science-fiction : que se passerait-il si, demain, des êtres surpuissants apparaissaient sur terre ? Le sujet ne manque pas de ramifications : que feraient ces êtres de leurs pouvoirs ? Comment le commun des mortels réagirait-il à leur existence ? Que ressentiraient ces êtres semi-divins et pourtant humains ? Quelles seraient les implications géopolitiques de leur existence ? Posez-vous un instant sérieusement ces questions et vous verrez qu’elles ne manquent pas de soulever des problèmes fascinants.

Staczynski n’est pas le premier à s’attaquer au sujet sous cet angle : Watchmen d’Alan Moore, Marvels de Kurt Busiek, Kingdom Come de Mark Waid, The Authority de Warren Ellis et bien d’autres ont proposé des regards adultes sur la problématique. Supreme Power, elle, est l’héritière d’une BD oubliée et pourtant historiquement cruciale dans l’évolution du genre. Squadron Supreme, scénarisée en 1985 par Mark Gruenwald, influença probablement le Watchmen de Moore. Supreme Power est en fait un « reboot » de cette série, reprenant à zéro ses personnages (eux-même au départ inspirés des héros de DC, compagnie rivale de Marvel, d’où le clin d’œil suscité à Superman). Squadron Supreme mettait en scène une équipe de surhommes à laquelle l’humanité avait délégué son destin. Une organisation déterminée à régler les problèmes mondiaux, de gré ou de force, quitte à prendre des choix éthiquement douteux. Supreme Power met en scène des surhommes isolés, victimes de leurs propres peurs et de leurs passés, en quête d’identité. Le monde, ils le sentent bien, leur devient étranger au fur et à mesure que leurs pouvoirs les éloignent de la normalité, sinon de leur propre humanité.

Hyperion (pastiche de Superman) passe rapidement du statut de héros à celui de menace publique ; Nighthawk (pastiche de Batman) est un noir si obsédé par le racisme des blancs qu’il en devient lui-même raciste ; Zarda (pastiche de Wonder Woman) est une créature cannibale, fascinée par sa propre beauté et son propre pouvoir ; Blur (pastiche de Flash) est un personnage médiatique dépendant de ses sponsors et donc de son image, etc. Cette galerie d'individus très différents les uns des autres nous est proposée dans un contexte hyperréaliste, avec un gouvernement Bush manipulateur, des services secrets impitoyables, des médias avides de sensationnel, une populace craintive et influençable... Reste encore, après quatre albums, à tisser les liens qui vont unir ces êtres encore isolés, et à voir comment il vont trouver leur place en ce monde.
Pour le moment, Supreme Power est encore un puzzle incomplet : Staczynski prend le temps de camper ses personnages et leur environnement. On ignore donc où il veut nous mener mais en tout cas, il nous y mène avec un talent fou ! Si, donc, vous voulez découvrir le genre super-héroïque dans ce qu’il offre de meilleur, vous laisser emporter par une intrigue complexe et passionnante et, qui sait, y prendre goût, jetez un œil à Supreme Power.

Dans le même registre, mais sur un ton tout à fait différent, vous pouvez également lire Ultra, des frères Luna, traduite chez Delcourt. Cette BD aborde quant à elle le genre super-héroïque sur le ton du soap-opéra ! Les super-héros sont des stars : ils dépendent d’agences au même titre que les top-models ou les acteurs et sont toujours sous le feu des médias. Ultra est pourvue d'une force surhumaine et elle peut voler, elle est également riche et célèbre, mais c’est avant tout une jeune fille qui aime à sortir avec ses copines et qui attend le prince charmant. Rien de gnangnan, rassurez-vous, mais plutôt le portrait hyper-touchant d’un personnage vulnérable et très humain, en proie à des problématiques qui pourraient être les vôtres ou les miennes. C’est drôle, c’est intelligent, c’est plein de détails qui rendent les personnages très attachants : bref, à lire absolument !


Évitez par contre la pathétique WildGuard de Todd Nauck, traduite chez Angle Comics : quoi que proche d'Ultra dans ses thèmes, et donc apparemment novatrice, WildGuard est en fait un ramassis de clichés, d’intrigues creuses et de combats sans intérêts : à ne surtout pas lire si vous voulez vous faire une meilleure opinion de la BD américaine !

Sur ce, bonnes lectures (ou pas).

10 mars 2006

Son rêve

« Nous habitons dans une immense ferme avec plusieurs bâtisses et dans une des cours intérieures semi-ouvertes sur plein d’arbres on se prélasse sur un hamac géant en visionnant Mon voisin Totoro sur une vraie toile de cinoche pendue au mur et je glissais ma main dans ton pantalon pendant que tu me caressais les cheveux… puis Lucie est arrivée pour de vrai. »

Elle fait chier cette Lucie !!!

17 février 2006

Utopia

Puisque je vous parlais de Goldfrapp, je recopie ici les paroles du titre Utopia (issu de leur premier album, Felt Mountain).

Ce texte est pour moi l'archétype du poème parfait, tout en mystères et en ambiguïtés. C'est exactement le type de poésie à laquelle j'aspire. Une utopie poétique, en somme ^^


It's a strange day
No colours or shapes
No sound in my head
I forget who i am
When i'm with you
There's no reason
There's no sense
I'm not supposed to feel
I forget who i am
I forget
Fascist baby
Utopia, utopia

My dog needs new ears
Make his eyes see forever
Make him live like me
Again and again
Fascist baby
Utopia, utopia

I'm wired to the world
That's how i know everything
I'm super brain
That's how they made me
Fascist baby
Utopia, utopia

14 février 2006

Colère (et amour)

L’artiste parfois taquine et titille. C’est l’une de ses fonctions dans la société et c’est tant mieux.

Les réactions du monde musulman quant aux caricatures du prophète sont ridicules et tout autant celles de ceux qui leur opposent la liberté d’expression comme argument. Ces derniers ne font que sacraliser davantage le débat, opposant l’icône sacrée « liberté d’expression » à l’icône sacrée « interdit religieux », et les deux icônes s’en vont batailler dans une morgue et un sérieux démoralisants !

Le Dalaï-lama ne s’offusquerait sans doute pas d’une caricature – même cruelle - du Bouddha et c’est justement là que se trouve sa sagesse ! Celui qui au nom de sa foi en Dieu refuse que l’on ironise sur Dieu pêche par orgueil et réduit Dieu (et ses prophètes) à des préoccupations bassement humaines.

Les frasques auxquelles on a assisté ces dernières semaines à ce sujet, si elles n’étaient tragiques de par leur contexte et leurs conséquences, mériteraient d’être montrées du doigt par une foule hilare ! Faute de cela, contentons-nous d’inciter les caricaturistes du monde entier à recouvrir les murs de caricatures des différents prophètes (toutes religions confondues) dans les pauses les plus ridicules.

« Je veux pas être ici ! Ils sont tous FOUS ! » (cri de l’apprenti-Tabuki)

Alors voilà, du coup je publie un poème d’amour pour compenser, écrit tout à l'heure en écoutant Goldfrapp (Aah... Goldfrapp ! Je suis de plus en plus accro !).

La croquette est la même que dans Leurre, quoi que nos relations aient légèrement évoluées depuis ;-)

Shaomi,
Poète béni, agneau pourpre et apprenti-Tabuki depuis 1976.

AMIANTE

en dessous
de ta soie
souples abysses
humaines
éclatante humanité

latente
énergie
de tes mots croisés
retours-allers
indécision ciseau

toucher
magique
porté
physique
toile emportée qui se livre

danse évidence
dense
enivre-moi de sens
tes mots
à boire

tabuki
ravi
je suis
ton eau
ma jouvence

éclat
intérieur
de ce que tu portes
en toi
foi est loi

viens
reste
corps-gâteau
âme-sœur
amie-amante

amiante
à jamais
s’il te plait
sois la muse utopique
qui m’exhorte & me berce

13 janvier 2006

Deux nouvelles

Voici en exclusivité Le Cordon et Ce que font les morts, deux des onze nouvelles (oui, elles seront finalement onze) qui composeront le recueil Tabloïde, par ailleurs en bonne voie d'être bientôt terminé.
Il est possible que ces textes soient légèrement retravaillés par la suite, relativement à l'ensemble, lorsque j'aurai terminé le tout.
Bonne lecture.

[Textes désormais disponibles ici.]

Le poids des souvenirs

Hélène détestait Gaboox et Gaëlle.

Marie détestait Hélène.

Lise déteste Hélène et Marie.

Je crois qu'après Lise (s'il y a un après Lise), j'attendrai dix ans avant d'entamer une nouvelle relation...

12 janvier 2006

Actualité

En couverture de Lyon Mag cette semaine : « Gérard Collomb menace de démissionner. »

J’avoue rester pantois devant ce titre, parce que je ne vois absolument pas QUI, à Lyon (même à gauche), ne serait pas RAVI de voir Gérard Collomb démissionner.


Chantage tout aussi odieux que hors de propos, donc…

27 novembre 2005

En écoutant de la pop japonaise...


Quelques échos, pensées personnelles et impersonnelles à partager ce soir en écoutant de la pop japonaise et des musiques de mangas (qu’est-ce que c’est bien, la pop japonaise !). 

À propos du froidRien à en dire hormis que c’est affreux, épouvantable, démesurément insupportable ! Il me tarde de quitter cette région glaciale pour des contrées plus chaudes, sinon tropicales… Allez, plus que quelques années à patienter !

Nouvelles nouvelles :
Beaucoup de choses, ça bouge et c’est vraiment bien ! Il faudrait que ça paie, maintenant (lol). Tabloïde, puisque c’est maintenant le nom officiel du recueil de nouvelles en cours, avance bien. J’ai mes dix sujets, cinq sont finalisées et j’en suis vraiment content. Une est à demi écrite et quatre restent à faire. Dix histoires de femmes dont la vie bascule, c’est le sujet de ces textes pour le reste très différents. Ce sont autant d’expériences narratives volontairement diverses, que lie certes ce style très « parlé » que j’aime à développer. Tabloïde (la nouvelle qui donne son titre à l’ensemble), vous pouvez la lire plus bas sur ce blog. Diamant sans canapé décrit une jeune fille coincée dans sa banlieue. Visages explore l’extrême limite de ce que l’on peut faire, au delà de tout bon sens, pour récupérer un amour perdu. Le cordon narre le bagne qu’est une relation toxique avec une mère et une grande sœur. Ce que font les morts est une variation sur le thème de Flux, la BD que je réalise avec le dessinateur 2080 : ce qui se passe lorsque les perceptions sont modifiées, que le monde des morts devient visible et se mêle à celui des vivants. Le camp pousse jusqu’au bout la dérive de la télé-réalité. Le livre des secrets et Initiations content le passage à l’âge adulte de deux jeunes filles qui découvrent le pouvoir, l’une à travers le chantage, l’autre à travers le sexe. La déposition décrit l’aberration policière à laquelle doit faire face la victime d'un viol, l’indifférence cynique des flics masculins. Quant à La fille d’avant moi, c’est à propos de la paranoïa qui, amplifiée par quelques malheureuses coïncidences, conduit au pire. Dix contes amoraux, dix femmes qui se retrouvent propulsées en dehors de leur routine, sinon de leurs vies. ET autant d’expérimentations narratives, j’en profite pour m’amuser un peu ! Bref, je conte avoir terminé cela pour Noël et soumettre Tabloïde aux éditeurs en duo avec L’incident Œdipe, mon premier roman. Quelques récents contacts pourraient m’aider à attirer l’attention de quelques éditeurs sur ces manuscrits, ce serait bien, on verra. Je pense honnêtement que ces deux livres sont d’honnêtes récits, qui méritent d’être lus. Je ne suis pas encore Kundera (ô mythique Kundera qui bouleversa tant ma vie d’écrivain), certes, mais à force de travail et de pages remplies, je crois commencer à acquérir une vraie maîtrise de la façon dont l’on raconte une histoire, et la « patte » qui va avec.

Raconter des histoires (1) :
C’est ma cause première, la vraie, la seule. J’en parlais au printemps avec le plasticien Nicolas Manenti, car nos parcours ont été similaires en un sens. Pourquoi ai-je choisi ce hasardeux métier ? Au tout départ, juste pour raconter des histoires. Parce que d’autres m’avaient apporté tant de joie en m’en racontant, cela ne pouvait être que jouissif d’en raconter à mon tour. Et parce que rien ne m’apportait plus de bonheur, enfant déjà, que ces histoires, la seule chose valable que je pouvais imaginer faire en ce monde était d’en raconter aux autres. Ainsi ai-je décidé à neuf ans que je ferai de la bande dessinée, puis à quatorze ans que je ferai de la littérature et de la poésie. Nico, lui, voulait à l’origine faire du dessin et de la peinture, ni plus ni moins. Ensuite, il y a eu pour nous deux la « zone de chaos ». Pour lui comme pour moi, cette zone de chaos démarra avec les Pentes de la Croix-Rousse. Nous avons découvert l’art expérimental, la création alternative, celle qui n’est que recherche. Nous avons découvert cela et ça nous a fascinés l’un comme l’autre. Alors nous nous sommes mis à chercher, à tenter nos expériences aléatoires, à travers différents médiums et supports, cherchant d’autres formes de langage et d’expression. Nous étions avides d’essayer mille choses et parfois, nous nous sommes perdus en chemin dans des zones d’ombres, dans des doutes existentiels, dans des directions qui ne nous correspondaient pas. La « zone de chaos » fut traversée et petit à petit nous revinrent chacun à ce qui nous avait donné notre première impulsion. Je réalisais qu’en fait, je voulais raconter des histoires. Nico réalisa qu’en fait, il voulait peindre et dessiner. Pas de regrets pourtant, car cette « zone de chaos » est inévitable et nécessaire dans le cheminement et la maturation d’un artiste. Comment savoir ce que l’on souhaite faire avant d’avoir essayé mille trucs ? Comment savoir ce que l’on veut exprimer sans avoir tourné autour du pot ? Nous avons appris énormément, durant ces années formatrices, et nous avons acquis une maîtrise bien plus grande de nos pratiques respectives. Ainsi qu’une compréhension bien plus grande de ce qu’implique la création, dans le fond comme dans la forme.

(Nom de Dieu, je voudrais que vous entendiez ce que j’écoute en ce moment, c’est un putain de trip c’te musique jap !)

Raconter des histoires (2) :
Je me suis, au fil des années, essayé à la nouvelle, au roman, au scénario de bande dessinée, de film et de feuilleton radio, à la poésie, à la chanson, au conte surréaliste. Mais s’il est -avec le théâtre- un domaine que je n’avais jamais exploré, c’est celui du livre pour enfants. 
À vrai dire la raison est que d’une part je n’y avais jamais songé, d’autre part je m’en pensais incapable. Il y a quelques mois, un concours de circonstances m’a conduit à vouloir m’y essayer. Soyons réalistes : c’est le secteur le plus rentable du marché de l’écriture. Après tout, pourquoi pas ? Le constat énuméré plus haut m’amenait à considérer sérieusement la chose : s’il est une forme qui consiste à raconter une histoire, purement et simplement, c’est bien la littérature pour enfants. En plus c’est l’occasion de les raconter en toute liberté, ces foutues histoires : peu importe que ce soit crédible ou réaliste, il faut juste que l’on soit happé par le récit, que l’on se laisse abandonner à sa logique propre en oubliant celle du monde réel. C’est certes valable en littérature et en BD aussi, mais peut-être un peu moins librement (Kundera me fustigerait pour ces mots et il aurait raison. Pardon, Milan). Bref, je m’y suis donc essayé et… en fait je kiffe grave ! J’en ai déjà écrit six, depuis la rentrée. Je ne vous parle pas de romans pour enfants, mais bien de petites histoires destinées à devenir des livres très graphiques, un peu comme la collection du Rouergue dont je vous parlais il y a quelques semaines. J’ai encore peu de recul quant à ce que ça vaut, mais les quelques retours de mon entourage sont plutôt encourageants (et DieuShiva sait que mon entourage ne mâche pas ses mots quant il s’agit de me dire que je fais de la merde !). Je m’amuse beaucoup à raconter ces petites histoires rigolotes et trippées, où il s’agit avant tout de redevenir enfant et d’être aussi imaginatif que possible. Je vais démarcher deux de ces livres, déjà mis en images par 2080 (Le tour du monde en six heures) et Jérôme Dupré la Tour (L’homme qui ne dormait pas la nuit). Je suis toutefois tout particulièrement fier de La malédiction du plombier-garou, écrit ces derniers jours ! Bref, je m’amuse bien et en plus, à partir du moment où l’on a l’idée de départ, qu’est-ce que ça va vite par rapport à ces foutus romans, nouvelles et scénarios ! Bref, on verra si je tiens le bon bout lorsque les éditeurs y auront jeté un œil.

Deuil musical :
Shoona Sassi, 2001-2005, R.I.P. Mon collègue DaBoostemp n’étant plus très disponible pour la musique, en proie aux chaos de sa vie personnelle, je me suis vu obligé de mettre un terme à notre collaboration. Nous nous sommes mis d’accord pour tâcher tout de même d’enregistrer la quinzaine de titres que nous avons composés. Ce serait idiot de jeter à la poubelle cinq ans de travail, sans garder de trace. Mais de concerts, plus. Ni d’avenir pour ce projet. Shoona Sassi aura été mon rêve d’ado devenu réalité le temps de cinq concerts et au moins une bonne centaine de répétitions. Y renoncer a été un choix très difficile, mais je ne peux plus perdre mon temps à m’investir dans un projet à deux si l’autre ne suit pas. Ainsi aura vécu ce duo electrofunk sensuel et moite, sexuel et provocateur, à la fois trash et volontairement kitsch. Je pense que je mettrai ces titres en ligne le jour où ils seront enregistrés, histoire de les partager avec vous. Décision douloureuse mais à la fois, Shoona Sassi, ce délicieux ego-trip, correspondait-il encore à mes envies artistiques actuelles ? Sans doute plus tout à fait. J’en suis à un moment de mon existence où j’ai envie de choses peut-être un peu plus sophistiquées musicalement, et un peu plus deep quant à leur propos. Sans rien renier : j’aime et j’aimerai toujours Shoona Sassi. Et DaBoostemp n’en restera pas moins l’un de mes plus proches amis. Mais il est temps de tourner la page. Temps de faire des choix, aussi : à l’heure où il est crucial que je commence à vivre de ma plume, quel temps me reste t’il pour un projet de groupe en live, qui demande tant de travail ? Je pense désormais plutôt m’orienter vers des collaborations studio, notamment avec 2080 (encore lui !). Ou des perfs plus expérimentales comme Bébé Coma (voir plus bas). Et puis, dans deux à quatre ans, je quitte Lyon. Je ne peux plus penser projet à long terme ici.

L’Anagramme en décembre :

Ça se précise, je vous en reparlerai.

Mercure Liquide

Soirée lecture/perf/vidéo très réussie hier à la bibliothèque du 1er, avec plus de cent personnes, contre toute attente (excellent !). Le projet redémarre, là aussi je vous en reparlerai.

La conjuration des imbéciles

Je suis en train de lire ce roman hallucinant de John Kennedy Toole et je dois dire que je suis soufflé ! La conjuration des imbéciles est un livre improbable, l’histoire d’un fou qui s’est lui-même mis à l’écart de la société pour mieux la critiquer. Mais pour, bien sûr, la critiquer n’importe comment, jetant le bébé, l’eau du bain et la baignoire avec. Les personnages et les situations sont tellement poussés qu’ils frôlent le surréalisme, et pourtant on y croit, parce que c’est foutrement bien écrit. La démesure est le pilier de ce livre et c’est ce qui le rend si drôle, car si les héros de ce bouquin sont tragiquement pathétiques, cela ne les rend que plus hilarants. Je ne sais pas encore où tout ça nous mène, mais je vous conseille en tout cas de vous procurer ce monument de la littérature anglo-saxonne (je l’invente pas, il est reconnu comme tel).

Voilà, et puis je vous laisse avec un petit texte tout trippé que j’ai écrit un soir de 1993. Probablement le seul texte de cette époque que j’assume encore (je suis retombé l’autre jour sur des poèmes que j’avais écrit il y a dix ans : putain c’était vraiment mauvais !) : 
[Texte déplacé ici.]

21 septembre 2005

Update et autres perfs...

Performance, quand tu nous tiens…

Quelques mots suite au festival Update, organisé par la compagnie La Hors De, qui s’est déroulé il y a quelques semaines avec la contribution de votre serviteur (et quelques dizaines d’autres). Le concept tient en quelques mots : prenez quatre artistes de disciplines différentes, enfermez-les quatre jours avec mission de créer une performance de vingt minutes autour du thème « mise à jour », et terminez par une représentation publique. Cerise sur le gâteau : la plupart des artistes ne se connaissaient pas auparavant.

Je me suis donc retrouvé en compagnie de Séléna Hernandez (comédienne), Sam Quentin (vidéaste) et Seb The Player (DJ) et nous avons monté sans heurts une perf qu’il serait inutile de vous décrire (car une perf, ça se vit ou ça se voit, mais à raconter c’est bof).

Ce que je tiens à souligner, c’est la qualité d’accueil que nous avons reçue de la part du staff de La Hors De. Il est rare de voir des gens se décarcasser à ce point pour vous permettre de créer dans les meilleures conditions. Ce respect pour le travail de création, ce souci de l’artiste, sont bien trop rares en ces temps où la culture navigue entre deux extrêmes idéologiques (art « populaire » et formaté, qui génère des millions et monopolise les médias d’un côté ; art « de recherche » qui intéresse trop peu de gens et finit en culture « gratuite » et bénévole de l’autre côté. Et au milieu, nous autres artistes, déchirés entre envies et principe de réalité).

Ceci étant dit, on peut se demander « pourquoi des perfs ? » Ou encore « pourquoi pluridisciplinaires ? » Ma réponse, pour ce qu’elle vaut, serait « pour l’instantané », et « parce que c’est là que naît la richesse ».

L’interdisciplinaire, pour moi, a toujours été une évidence. Cette notion est au cœur du concept du collectif Neweden que j’ai créé en 1997 et de la revue Mercure Liquide qui est sa dernière émanation. On nous a souvent reproché de manquer de « ligne artistique » claire, quand justement c’était l’idée de départ : prendre des gens qui ne sont réunis au départ que par le désir (ou le besoin) de se réunir, au-delà des affinités de genre, de courants artistiques, de discipline. Pourquoi ? Parce que je défendrai toujours cette idée que la création artistique est une démarche indépendante de son support. Que l’on fasse de la peinture, de la littérature, de la musique, de la danse, de la vidéo : nous faisons la même chose, ce n’est que le médium qui varie. Et s’il en est une preuve, c’est que j’ai sans doute autant appris sur ma pratique (l’écriture) en discutant avec des artistes d’autres disciplines, qu’en discutant avec d’autres auteurs (et j’ajouterai que le cinéma m’a autant appris que la littérature sur l’art d’écrire une histoire). En me joignant à des artistes d’autres horizons et d’autres disciplines pour accomplir des performances, j’avoue avoir inconsciemment toujours cherché à tendre vers une sorte d’« œuvre complète ». Une œuvre qui ne souffrirait pas des limitations d’un médium unique, ni de celles d’un point de vue unique : ce que je dis s’enrichit de ce que disent les autres, et les différents niveaux de discours se superposent via différents niveaux de narration.

L’instantané, parlons-en ! Permettez-moi d’évoquer quelques délicieux souvenirs. Les perfs sont entrées dans ma vie d’une façon inattendue et sous le coup d’une pulsion. Tout a commencé pour moi au festival le Renc’art (Castelneau-le-Lez), en mai 2000. Ben T. et Pierrick Maîtrot étaient alors les deux « performeurs » attitrés de Neweden, et ils avaient décidé de profiter de l’expo que nous avions monté là-bas pour sévir, en compagnie de Florian Vidgran et Colin Bosio (que beaucoup connaissent via leur regretté combo, l’éClectro Fonque Band). Voici donc trois types en train de se rouler dans la peinture, de projeter du super 8 en train de cramer et de jouer de la trompette, tout ça à grand renfort de vin rouge, et moi qui me dit cinq minutes avant de commencer : « pourquoi pas moi aussi ? ». Sans doute encouragé par l’alcool, je me suis donc retrouvé à déblatérer des insanités en duo avec la trompette de Yan, et vous savez quoi… j’ai adoré ! Ma seconde perf, à peine plus préparée, eut lieu au [Kafé Myzik] lors du festival Neweden Week. Il s’agissait cette fois de créer une BD en direct, avec le scénariste Frédéric Thirion et les dessinatrices Cycy Ann Foyle et Vyrhelle. Nous prîmes un parti-pris humoristique pour ne pas trop nous planter, l’expérience fut mineure mais drôle.

Ont suivi six mois d’expériences aléatoires qui n’étaient qu’une suite d’instantanés. Il y eu Rumeur Publique, au squat du Point Moc. Le cheval de Troie version Croix-Rousse. Ce spectacle mêlant théâtre, danse, musique et arts plastiques est né du besoin que Ben T. & moi-même avions de réagir à l’O.P.A. intellectuelle menée alors sur les Pentes par les Taliban(E)s du Point Moc. Ces derniers avaient alors une influence hallucinante sur le microcosme artistico-alternatif local, et prenaient un malin plaisir à salir la réputation de cibles prises au hasard, ou de qui résistait un tant soit peu à leur radicalisme politique. Votre serviteur en particulier s’en prit plein la gueule sans l’ombre d’une raison (je ne leur avais jamais rien fait, mais j’étais un « sale sexiste capitaliste arriviste » - !!!) et Ben et moi étions totalement dégouttés par tant de vice. Nous décidâmes donc de monter, en un mois, un spectacle d’une heure qui dénoncerait les dérives de l’anti[capitalifascisexispéci]sme poussé à l’extrême (si vous avez lu La ferme des Animaux d’Orwell, vous voyez de quoi je parle) et de le jouer… au Point Moc (sans leur annoncer de quoi parlerait la perf, bien sûr). Le cheval de Troie… Cette aventure, qui réunit autour de moi st Ben six autres performeurs (Colin Bosio, DaBoostemp, Rémy Dumont, Pierrick Maitrot, Chantal Vasseur, Florian Vidgrain et Céline Z – merci !), aurait pu aboutir à un véritable spectacle qui, avec quelques mois de travail en plus, aurait pu être vraiment chouette ! Non, vraiment, il y avait du potentiel : histoire solide, propos non consensuel, mise en scène créative… Je resterai toujours très fier de ce one-shot. Nous aurions pu le développer, essayer de le faire tourner, nous en avons longuement parlé avec Ben… et nous avons décidé que non. Rumeur Publique était quelque chose que nous avions à dire en un lieu et temps donnés. Le coup de gueule était poussé, nous avions vidé notre sac, il fallait passer à autre chose… et ainsi, Rumeur Publique resta un mémorable instantané.

Nous occupions alors le squat Casa Okupada, rue Puit Gaillot, et chaque jeudi voyait le lieu s’ouvrir au public pour une « perfi-bouffe ». Là aussi, ce fut l’occasion de nombreuses expériences scéniques aléatoires. Il y a eu un vrai élan, une vraie émulation entre les gens de Rumeur Publique, plus quelques autres, à cette époque. Une envie pour chacun d’expérimenter, de se mettre en danger sur scène. Il en résulta nombre de perfs dont, avouons-le, beaucoup étaient brouillons, maladroites… mais quel bonheur ! Nous montions sur scène, sans avoir rien préparé, où à peine. Notre propos était juste de se lancer, comme ça, chacun à travers son médium (texte, musique, danse, peinture, vidéo…), tous ensemble… et de voir ce qui allait se passer, avec un public pour témoin. Je garderai toujours de cette époque une grande nostalgie : certes nous étions tous encore loin de nos maturités artistiques respectives, mais nous avions l’énergie, la curiosité, la gourmandise… nos vies artistiques et nos vies personnelles étaient en proie à des tremblements de terre quotidiens et il en résulta de grands pas en avant pour chacun de nous. Par la suite, la Casa Okupada fut murée par ses propriétaires et je regrette depuis l’absence à Lyon d’une scène ouverte pour improvisations aléatoires et performances pluridisciplinaires… J'ai voulu il y a deux ans réinstaurer le concept de perfi-bouffes à la friche RVI, dont j'étais alors membre, mais pour quelque raison, la sauce ne prit pas vraiment.

Les folies de l’an 2000 m’ont laissé à jamais le goût de la perf, parce qu’elle est surprise, et c’est ainsi que, fin 2001, je lançais un nouveau projet nommé La Terreur. Ecrit quelque jour après le 11 septembre, La Terreur était un texte très politique, certes parfois un peu naïf mais plutôt incisif, et il fut un temps question de le monter en perf avec le duo Poupée Mobile, DaBoostemp, Nicolas Sardin (musique), Florence Bordarier (danse), et le duo RhumSteak (vidéo). Le projet avorta malheureusement après quelques répétitions, faute de disponibilités. Fin 2003, je relançais la machine en collaboration avec le musicien NeSty NeSs. Héritier direct de La Terreur, Bébé Coma est un long texte mêlant politique et métaphysique, l’histoire d’un fœtus qui se refuse à naître dans cet immense asile de fou qu’est le monde des hommes. Deux versions préliminaires furent testées à la friche RVI (dont une avec projection photo de safran), puis le spectacle fut joué à l’Ovale 203 (une fois avec le duo performeur/vidéaste Jean-Pierre Ollinger/Stéphan Meynet, une autre avec Pierrick Maîtrot à la peinture) ; puis au Subsistances pour la sortie de Mercure Liquide #1 (de nouveau avec Pierrick). Ma « rupture artistique » avec NeSs en avril dernier mit une halte au projet, et après un faux départ à la rentrée, il semble que la machine Bébé Coma soit relancée avec Vincent Palumbo (son), Isa Borgo (vidéo) et Florence Bordarier (danse). Bébé Coma est un projet qui me tient beaucoup à cœur, peut-être parce que son propos me dépasse et parce que j’y vois la possibilité d’infinies possibilités. Il y a certes un squelette narratif à ce spectacle, mais c’est avant tout une plate-forme de semi-improvisation dans laquelle des artistes peuvent s’engouffrer le temps d’une ou deux représentations, ou le temps d’un travail de long terme. Les idées que j’y défends me semblent primordiales : le ton est radical et donc parfois très violent. Les réactions du public ont souvent, de fait, été très violentes elles aussi, dans l’enthousiasme comme dans la critique. C’est la preuve que mes mots vont quelque part et j’en suis ravi. Je vous tiendrai au courant…

Depuis, il y a eu Update, puis une autre perf dans une galerie de St. Georges la semaine suivante, et tout cela m'a fait réaliser combien ce concept de perf, d’improvisation, était pour moi crucial. Comme le dit Ferré, « la poésie ne prend son sexe que dans la corde vocale ». J’ai besoin de cette mise en voix, de cette rencontre avec d’autres formes artistiques, pour que ma poésie prenne tout son sexe. Dans l’immédiateté, l’instantané, l’imprévu, l’aléatoire… C’est ainsi que j’aime la poésie et c’est ainsi que j’ai envie de la défendre.

PS : Quelques heures après avoir posté cet article, je reçois un coup de fil m'annonçant que le Théâtre de l'Anagramme est à moi du 20 au 23/12 pour organiser quatre soirées de perfs avec différents artistes. YesYesYes !!!
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...