27 décembre 2008

Ganesh, version 2

Chose promise, chose due : après les planches de la version 1 (que je vous invite à consulter si vous les avez ratées, ne serait-ce que pour saisir la teneur du projet, et puis j'ai rajouté des croquis en bonus !), voici celles de la seconde version du projet de bande dessinée Ganesh, qui furent réalisées par le même Jérôme Dupré La Tour, cette fois-ci en 2006.

Mais reprenons les choses où je les avais laissées la dernière fois : suite aux premiers retours de l'éditrice Corinne Bertrand, Jérôme eut envie de s'investir davantage dans le projet et me proposa de le repenser à deux. Heureux d'une première collaboration scénaristique avec le dessinateur 2080, en 2004, j'acceptai. Nous passâmes donc 48 heures enfermés à nous brainstormer en long, en large et en travers pour repenser l'histoire ensemble. Premier constat : Corinne et Jérôme étaient bien plus séduits par l'aspect « chronique sociale » du récit que par son côté « comics » : exit donc toute l'intrigue liée à Râvana, et place à une BD plus mordante, plus adulte aussi. La question de la divinité de Ganesh, assumée dans la version 1, restait ici en suspens. Je vous passe les détails de ce remake mais nous aboutîmes à un récit de 94 pages, découpé en deux albums. Le premier fut écrit dans les moindres détails (je restais dialoguiste pour l'essentiel) et le deuxième découpé scène par scène. Quelques mois plus tard, cette version fut présentée à deux éditeurs seulement, qui la refusèrent tous deux, puis Jérôme et moi nous rendîmes compte que notre collaboration atteignait ses limites. D'une part, Jérôme s'affirmait en tant qu'artiste : il commençait à avoir une idée plus précise de ce qu'il voulait faire, des directions artistiques qu'il souhaitait prendre. Je continuais quant à moi de m'engager dans des directions diamétralement opposées, que j'avais prises depuis assez longtemps d'ailleurs. Il nous parut évident que cette seconde version de Ganesh en souffrait. Elle était plus riche, plus incisive, plus mûre que la première, c'est vrai. Mais contrairement à la première, elle manquait d'une cohérence interne réelle, d'une détermination dans le ton et le propos que son aînée  en dépit de ses nombreux défauts, possédait. Cela venait du fait que Jérôme et moi tirions cette BD chacun d'un côté, sans parvenir à trouver un compromis satisfaisant. Nous décidâmes alors, en toute amitié, qu'il était temps pour chacun de voler de ses propres ailes. Temps aussi pour Jérôme d'assumer pleinement son envie de devenir son propre scénariste (ce qu'il fait très bien depuis), et pour moi d'assumer à nouveau mon désir de rester metteur en scène. Peut-être un jour referons-nous quelque chose ensemble, nous évoquions cette idée l'autre jour. Mais ce sera dans longtemps, lorsque nous aurons fait suffisamment de chemin l'un et l'autre. En attendant, voici donc la seconde version de Ganesh. Si les couleurs sont encore au stade de la recherche sur ces planches (d'où le manque de cohésion qui va vous sauter au yeux), notez le bond spectaculaire qu'avait fait le dessin de Jérôme entre la version 1 et la version 2. Son travail était bon en 2005, il était devenu exceptionnel en 2006 ! Pour la petite histoire, une troisième version du scénario existe, qui fut écrite en 2007 et qui dort depuis dans mes tiroirs. C'était en quelque sorte une synthèse des deux premières versions : j'avais essayé de prendre ce qu'il y avait de meilleur dans les deux et d'écrire l'histoire telle que je la voulais réellement. Il est question que quelqu'un se mette à travailler dessus très prochainement mais... chut ! 



Pages 1 à 4 : 


































































































Jérôme avait ensuite réalisé les crayonnés des pages 24 à 28. Contrairement à la version 1, Ganesh rencontrait Patricia avant Ayanna. 
































































































































Quelques recherches sur les personnages, à présent : 





















































































































25 décembre 2008

À ceux qui se sentent coupable de quelque chose...

« Ce n’est pas de ta faute. Personne ne t’a demandé de souffrir : c’était ton idée. »

Joe Connely, Martin Scorsese & Paul Schrader, À tombeaux ouverts.

24 décembre 2008

QCM

- Qu’est-ce qui est plus rapide que le vent ?
- La pensée.
- Qu’est-ce qui peut couvrir toute la terre ?
- L’obscurité.
- Quels sont les plus nombreux, les vivants ou les morts ?
- Les vivants, puisque les morts ne sont plus.
- Donne-moi un exemple d’espace.
- Mes deux mains jointes.
- Un exemple de chagrin.
- L’ignorance.
- Un poison.
- Le désir.
- Un exemple de défaite.
- La victoire.
- Quel est l’animal le plus rusé ?
- Celui que l’homme n’a pas encore réussi à connaître.
- Qui est apparu en premier, le jour ou la nuit ?
- Le jour, mais il n’a précédé la nuit que d’un jour.
- Quelle est la cause du monde ?
- C’est l’amour.
- Quel est ton contraire ?
- Moi-même.
- Qu’est-ce que la folie ?
- Un chemin oublié.
- Et la révolte ? Pourquoi les hommes se révoltent ?
- Pour trouver la beauté, soit dans la vie, soit dans la mort.
- Qu’est-ce qui, pour chacun de nous, est inévitable ?
Avant de répondre à cette question, Yudishsthira réfléchit un moment. Sans doute pensait-il à la longue chaîne des réincarnations à la fin de laquelle, disait-on, venait l’entrée au nirvana. Ainsi répondit-il :
- Le bonheur.
- Et quelle est la grande merveille ? demanda la voix.
- Chaque jour la mort frappe autour de nous, répondit-il, et nous vivons comme des vivants éternels. Voilà la plus grande merveille.

Jean-Claude Carrière, Le Mahabharata

16 décembre 2008

Oops... i did it again!

Alors oui, je sais, j'avais dit que je ne le ferais plus... J'étais censé m'être officiellement « retiré de la scène culturelle lyonnaise ».

Du moins est-ce ce que j’avais expliqué en toute sincérité, il y a quelques mois, à quelques personnes. Après deux ans sur Marseille, et ne me sachant de retour sur Lyon que pour deux ans au maximum, j’avais envie de me la jouer discret, de ne pas me mettre en avant, de faire mes trucs dans mon coin…

Et puis un gars adorable qui gère un lieu adorable (j’y reviendrai quand la date se confirmera) m’a proposé d’un coup comme ça clac de venir jammer sur scène avec lui et son pote musicien. Une bonne vieille impro, comme au bon vieux temps. C’était fait avec une telle spontanéité, une telle générosité, que je n’ai pas eu le cœur de dire non. Le même soir, un musicien de Bombay rencontré par hasard sur internet me propose, dès que je lui parle de mon travail d'écriture, de composer sur mes textes, collaboration qui pourrait devenir scénique lorsque je rejoindrai la Grande Inde. Le lendemain enfin, je rencontre Estelle Duquesnois, qui dirige la revue No-Dogs. On sympathise et je suis amené, je ne sais plus trop comment et pourquoi, à parler de mes vieilles perfs d'impro. Sans chercher plus loin, Estelle m'invite à participer à la soirée de lancement de leur prochain numéro, le 3 décembre prochain.

Ces trois invitations, venant de personnes que je connaissais à peine, m’ont profondément touché. Elles m’ont rappelé la façon dont j’invitais les gens aux événements que j’organisais jadis, juste parce qu’ils m’inspiraient confiance et que leur travail me semblait intéressant, sans faire de simagrées et on verrait bien ensuite comment cela se passerait…

Alors j’ai dit oui, et oui, et oui !

Pour quelqu’un qui raisonne comme je raisonne (résonne ?), une telle accumulation d’invitations ne pouvait être le fruit du hasard : la vie m’invitait à remonter sur scène, comment dire non à la vie ? Alors, comme certains de mes vieux compagnons d’improvisation me répétaient inlassablement qu’ils aimeraient bien reprendre les Combustions Spontanées (nom donné à nos performances depuis 2000), j’ai senti le plaisir de la scène renaître en moi et au diable le reste ! Je n’ai pas pu m’empêcher de relancer la machine, en collaboration avec mon amie - co-fondatrice de Neweden en 1997 - Florence Bordarier. Nous voilà donc lancés pour deux soirs au Théâtre de l’Anagramme, les 18 et 19 décembre, et nous avons dors et déjà prévu de remettre le couvert en 2009.

Le fait est que tout ça m’a fait comprendre que si je ne voulais plus monter sur scène, c’était pour de mauvaises raisons. Ces mêmes raisons qui m’ont poussé à prendre « Shaomi » comme nom de plume et de scène afin dissocier « madcap » (mon surnom dans la vie) et « l’artiste » Shaomi. Ces mêmes raisons qui m’ont poussé à me mettre en retrait derrière mes collaborateurs dans tous les projets auxquels j’ai participé ces dernières années. Des raisons qui n’ont rien à voir avec la scène, ni avec la création artistique : l’écœurement pur et simple (et légitime) d’être ce que l’on nomme un « personnage public » car, pour citer l'écrivain Ernesto Sabato, devenir un personnage public est toujours « une chose dégoûtante, une sorte de vulgarité, une somme de malentendus, une manipulation ». Il y a la personne que vous êtes réellement, que vos proches connaissent, et puis il y a cette personne qui porte votre nom mais qui n’est pas vous, qui vous échappe totalement, à propos de laquelle des tas de gens disent des tas de choses délirantes, en bien comme en mal. Tous ceux qui ont connu quelque notoriété, fut-elle locale et minuscule comme ce fut mon cas, le savent. Cet écœurement est toujours vif en moi, mais cela a-t-il quelque chose à voir avec l’art, avec la création ou la scène ? Non, rien du tout. Je me sens juste - enfin ! - suffisamment épanoui, serein et confiant pour ne plus me soucier de cela. Il ne faut pas tout mélanger : il ne faut pas avoir honte de faire ce que l’on doit et veut faire sous prétexte que cela déplaît à quelques âmes en peine. Pas quand on est honnête avec soi-même. Pas quand on sait exactement là où on en est. Raser les murs pour ne plus avoir à subir les langues de pute est un choix aussi vain que maladroit !

Et je sais qu’il est juste pour nous de combustionner à nouveau : parce que nous aimons ces moments d’improvisation, ce contact avec le public, cette expérimentation d’autant plus goûteuse que la présence du public la rend périlleuse… La valeur artistique du résultat peut-être plus ou moins bonne, plus ou moins mauvaise : « c’est l’jeu ma pauv’ Lucette ! ». Mais nous feront de notre mieux et tout ça n’a rien à voir avec les mondanités ou quelque désir de se « mettre en avant ». Tout ça obéit à une logique autre, celle-là même qui nous fait passer des nuits blanches à créer lorsque pourtant nous devons nous lever le lendemain, celle-là même qui fait qu’à notre âge nous nous obstinons dans cette voie artistique si peu valorisante en un monde de banquiers et de marchands d’aspirateurs.

Je vous invite donc à venir nous voir jeudi et vendredi soirs au Théâtre de l’Anagramme (27 rue Royale, 69001) à 21h, pour la modique somme de 4 euros (qui iront au lieu et c’est bien naturel vu l’accueil qu’il nous fait, les artistes ne gagnant rien sur ces soirées). J’y serai accompagné des danseuses Florence Bordarier et Géraldine Berger et des musicien(ne)s Pascale Auffret, Julien Grosjean et François Lamy. Ceci n’est pas un événement Neweden/Mercure Liquide : plus besoin de label, c’est juste nous !

J’en profite aussi pour remercier ceux qui m’ont accompagné sur scène le 3 décembre à la soirée No-Dogs : la même Florence, les musicien(ne)s Sylvain Gérard et Elodie Poirier, le peintre Jean-Pierre Olinger… ainsi qu’Estelle, son staff et celui de la Belle Equipe pour leur accueil. C’était cool ! Un grand merci également à Stéphan Meynet et à l’équipe du Théâtre de l’Anagramme pour le lieu qu’ils nous offrent. Un grand merci enfin à l’artiste Marie-Claire Cordat, que j’ai rencontrée à cette occasion et qui m’a impressionné par son obstination à faire ce qui doit être fait, en dépit des volées de bois vert que ça lui rapporte trop souvent.

Alors oui je sais, j’avais dit que je ne le ferais plus…

Ooops… trop tard !

Nous sommes là ! Où êtes-vous ?

14 décembre 2008

Homo sapiens sapiens


Être humain extrêmement inflammable.
Par mesure de sécurité, utiliser uniquement pour l'usage prévu et conformément au mode d'emploi.
Conserver les enfants hors de sa portée.
Ne pas mettre en contact avec les autres êtres humains et les animaux.
Ne pas écouter et éviter le contact avec la peau, les yeux et les muqueuses.
Emballer sous blister ses aliments, ses boissons, sa vaisselle, ses ustensiles de cuisine, ses membres en contact avec les denrées alimentaires.
Débrancher les appareils méningers.
Loger dans des terrariums, des aquariums et des cages et couper l'alimentation de la télévision avant extinction des feux.
Nouer et jeter le préservatif après usage.
Conserver à l'écart des aliments et boissons biologiques, y compris ceux pour animaux.
Conserver l’individu dans un endroit pollué.
Être humain sous pression.
À protéger contre les rayons solaires et ne pas exposer à une température supérieure à 25°C.
Ne pas percer ou tatouer même après usage.
Utiliser et conserver à l'écart de toute femme ou de tout corps incandescent, source d'ignition et d'étincelles, source de chaleur.
Ne pas faire fumer.
Bien enterrer après usage.
Individu à usage ménager.

13 décembre 2008

... (17)

tu fus joie quotidienne
puis réconfort souvenir
petite fleur des jardins secrets
ton sourire me préparait à la joie
véritable

(à Cel qui...)


12 décembre 2008

... (16)

lorsque le sage dit « patience »
il ne parle pas de ce qui tourne autour
mais des cycles intérieurs
car quoi que soit le temps, le sage
s’en réjouit



11 décembre 2008

Aujourd'hui, c'était la journée mondiale...

...des gens irrités et irritables, grognons, mal virés et susceptibles.

Bon voilà c'est fait.

De grâce souvenez-vous que les journées mondiales ne durent qu'un jour !


10 décembre 2008

À trop y penser, on finit par le provoquer...

« Quand les choses doivent s’accomplir, pourquoi faut-il que je pense à un triste dénouement ? »

Gaëlle Josselin, janvier 2002.

2 décembre 2008

Simple

« When everybody calls the truth by a different name
And the indifference between us still remains
God is love, love is God, simple and plain
Partying this way, there’s so much more 2 gain »

Prince, Freaks On This Side

1 décembre 2008

Mieux vaut-il en rire que d'en pleurer ?

Youpi ! C'est la saint Sida !

Bonne fête à tous les séropositifs !!!

(Oooops...)

30 novembre 2008

Elle est de retour !!!

La Prêtresse de la Montée du Jardin des Plantes est de retour !!!

Loué soit Shiva !!!

Peut-être, alors, avons-nous quelque espoir...

(Ou pas...)

29 novembre 2008

Si les avalanches


si les avalanches
cessaient de couler
les êtres n’auraient plus de raison
d’être exotiques

si les chiens n’aboyaient plus
au milieu d’un tapage de réveillon
les bruissements d’ailes
passeraient inaperçus

si tu étais là au coin
mes nuits n’encreraient plus
ces milliers de feuilles
& la toile extatique
perdrait un peu de ma voix

si les vœux se réalisaient tous
le temps cesserait
d’avancer & de croître
les enfants figés

si les pinceaux pouvaient gémir
leurs aléas secrets
alors les hommes ne seraient plus que
des grains de sable & non des dieux

si tu étais là la nuit
mes coins ne s’empliraient plus
de ton absence
mais la malice, peut-être
aurait moins de fluide

27 novembre 2008

Croire & savoir

« - Pendant quarante ans, j’ai cherché quelque chose qui n’existe dans le christianisme que de façon éparse, presque cachée. Tu imagines mon émerveillement quand, en ouvrant les Discours Longs du Bouddha, j’ai trouvé ça expliqué en peu de mots, comme une chose toute naturelle !
- Je suis bien obligé de constater, en voyant comment tu as pu survivre ici, que ce doit être quelque chose de sérieux. Mais moi, que veux-tu, je ne crois pas en Dieu.
- Moi non plus.
- Comment ! Mais bien sûr que tu y crois, ça se voit, ça se respire comme la fumée des bougies éteintes dans une église !
- Non. Je ne crois pas en Dieu.
- Allons, tu n’as pas à en avoir honte ! Ce n’est pas une maladie, et je t’assure que ce n’est pas contagieux, la foi ne me menace pas !
- Mais non, Wolfy, je ne crois pas en Dieu. On croit ce qui n’est pas évident, on choisit de ne plus douter. On croit en ce qui n’est pas tangible, en ce qui peut paraître absurde. On croit en l’irrationnel, à l’irréel : je ne crois pas, je constate.
- Quoi, tu constates quoi ?
- Je constate ce qui ne peut pas être nié, si on est un peu raisonnable. Ou plutôt j’ai constaté il y a longtemps, et ensuite les faits sont venus confirmer ma constatation. Je me range à l’évidence, le contraire serait sottise. Je ne crois pas en Dieu, je constate que Dieu est.
- Et ça n’est pas la foi, ça ?
- Non. On lutte pour justifier la foi, on décide de croire plutôt que de douter, on fait souffrir les autres, on tue au nom de la foi. On discute, on argumente, on asservit au nom de la foi. Quand il s’agit de constater une évidence, c’est beaucoup plus simple… et plus paisible. »

Michel Benoît, Bienvenue en Inde - une escale en enfer

26 novembre 2008

Nia / 3 - Hiroshima en août




















Ecrit (& donc à lire) en écoutant Machine Gun de Portishead en boucle pendant cinq heures (clique sur le lien & épate tes oreilles !).

1 - Jungle de toi
2 - Me perdre en toi
3 - Hiroshima en août

je vis dans une jungle de toi
ton sourire est ma guerre sainte
de toutes les causes
ta sérénité lève des armées de moi
des milliards de cellules
livrent des batailles épiques
pour cultiver cette terre
déjà conquise

je vis dans un nid douillet de toi
tapissé d'ambivalences & de silences
exosquelettes armures de sens interdits
l’envie de toi m'incarne & me détrousse
me submerge d’indécents détails
tes incisives entraperçues, tes lèvres retroussées
lorsque mes jeux désinvoltes
t'illuminent

je vis dans une mégapole de toi
peuplée par des hordes de toi
ton nom slogan scandé par les foules
ton visage célébré jusque sur
les vitraux des églises & les panneaux publicitaires
attraits d'intuitives perspectives
tes lignes de fuite font de moi un prophète
illégal

je vis dans un labyrinthe de toi
au gré du vent que j’appréhende, je erre
ni ailleurs ni perdu, juste habité de tes
intentions tendres & uniques
nourri par l'espérance luminescente
d'une incarnation complète à te croquer
fruit défendu source de trouble jusqu'à-ce que
légitimé soit mon jardin d'éden

je vis dans une immensité de toi
je veux planter ici les racines
d'une moisson d’herbes folles & de légendes païennes
traverser ta fameuse apocalypse & puis
faire de ton petit déjeuner ma prière du matin
te câliner comme un encens qu'on allume
t'encenser te caresser sans arrière pensée
t'allumer comme un brasier cosmique

je vis dans une répétition de toi
ta vallée verte débordante de lianes
qui transpercent en boucle mon éther
sèment des ébauches de béatitude
l'idée sans la chair
me transforme en chats fous qui miaulent à ta porte
je suis un temple sans prêtresse
rempli de pèlerins figés

je vis dans un présage de toi
tout se mêle dans le continuum
jusqu'à cette indienne détrônée
son sari délavé, ses possibles écrasés
par ta naissance en moi
improbablement je veux
bâtir dès aujourd'hui ma hutte
puis filer à l’est avec toi

je vis dans une saga de toi
nourrie d'épopées mythiques comme
nos épaules qui s’effleurent, nos visages rapprochés
perception de tes hypothétiques attentes
& mon flou se multiplie, vomit une infinité
de points de suture possibles au suspense
ne te noie pas dans tes inavouables
nos baisers sont gravés dans la pierre

je vis dans un destin de toi
une inaltérable évidence
de nos parcours bénis, de nos douceurs & de nos
véritables
loin de nos cahiers les faux-semblants
si rares sont les vœux de bonté
en ce purgatoire de monde
qui d'autre que toi ? quoi d’autre que nous ?

je vis dans une malaria de toi
quelque chose de tropical & sans antécédent
chaque petit bout de peau promesse
d'un palais de plaisirs secrets
goûter cette peau de sable & plonger entre toi
m'abreuver en chœur avec
les licornes & les anges
les apsara & les deva

je vis dans une faim de toi
insatiable curiosité quant aux harmonies
de tes plaisirs
nécessité d'en faire
la bande son de mon épopée
de ta nudité mon paysage
& de m'habiller avec
ta langue

je vis dans une gueule de bois de toi
dans la frigidité la plus totale à l'égard
des autres femmes
leurs détresses & leurs phéromones
leurs egocentres & leurs peines capitales
leurs sourires de glaces à l'eau
elles ne sont qu’enfants égarées
tu es la femme sauvage

je vis dans une nécessité de toi
cette pluie d’adhidaiva sur nous
boite à miel aux yeux des autres
le miel je l’offre mais la boite
je ne peux la partager qu’avec
une comme moi
une résidente
du havre véritable

24 novembre 2008

... (15)

construire un monde meilleur
est une intolérable introspection
celui qui s’y soumet ne juge plus
alors seulement devient-il apte

à aimer


23 novembre 2008

Ganesh, version 1

Ganesh est un projet de bande dessinée dont existent trois prototypes, les deux premiers ayant été illustrés par mon ami Jérôme Dupré La Tour. Ceci est la première version, réalisée en 2005. il devait s'agir de trois albums de 46 pages, le scénario du premier ayant été écrit dans son intégralité.

La genèse du projet remonte au début de cette même année 2005 : nourri par les bandes dessinées
Howard The Duck de Steve Gerber et Vext de Keith Giffen, j'avais voulu travailler sur un personnage en décalage, un freak perdu dans l'enfer d'une grande ville contemporaine. L'idée d'utiliser le dieu Ganesh m'avait été insufflée quelques années plus tôt par la pochette du 1er album de Tabla Beat Science : j'avais envie depuis longtemps de donner vie à ce petit Ganesh en baskets...

La première version de
Ganesh était traitée sur un ton assez léger, dans l'idée d'une BD tout public mélangeant humour et aventures fantastiques. Le pitch de base des trois versions reste le même : un petit bonhomme avec une tête d'éléphant se retrouve perdu dans le Londres contemporain, amnésique et sans aucune idée de son identité. Très vite, il rencontre Ayanna, une jeune Anglaise d'origine indienne qui vit seule avec sa mère, Patricia. Un petit groupe se constitue rapidement autour de Ganesh, constitué des deux femmes, de Pooja (une étudiante indienne qui s'enivre de la démesure de Londres) et de Brian (le meilleur ami d'Ayanna, un jeune homme bien anglais). Pour certains, Ganesh est le Dieu réincarné. Pour d'autres, il n'est qu'un handicapé, malformé. Pour la plupart des gens, il n'est qu'un enfant avec un masque. Perdu au milieu de ces interprétations de lui-même, dont aucune ne lui convient ni ne lui correspond jamais vraiment, Ganesh doit faire son chemin dans la société moderne, trouver un travail et surtout donner un sens à son existence, puis échapper aux griffes du Dr. Puri, qui dirige une secte pseudo-hindouïste et qui tente de le manipuler pour convertir de nouveaux adeptes. Dans cette première version, la divinité de Ganesh est finalement admise, et il réalise qu'il est ici pour démanteler les plans du démon Râvana (grand méchant du Ramayana), revenu prendre sa revanche sur l'humanité et travaillant à notre destruction avec la complicité de politiciens et d'hommes d'affaires véreux.

La critique de la société occidentale était soft dans cette première version (elle sera un peu plus mordante dans les suivantes), mais elle restait au cœur du propos. Les personnages d'Ayanna et de Patricia furent inspirés avec tendresse par l'une de mes grandes histoires d'amour et sa maman, occasion pour moi de mettre en scène les contradictions d'une femme arrachée à sa culture et d'une jeune fille qui a grandi dans un monde tout en étant élevée dans les valeurs d'un autre. Occasion également d'exprimer mon affection profonde pour la culture indienne et tout ce qu'elle a à nous apporter.

Cette première version sut retenir l'attention de Corinne Bertrand, qui dirigeait alors la collection
Expresso chez Dupuis. Corinne quitta peu après son poste, pour finalement reprendre la collection Quadrants, chez Soleil. En dépit de ces turbulences dans sa carrière, Corinne sut prendre le temps de nous accompagner avec patience et bienveillance sur l'évolution d'un projet qui, comme je vous le disais, devait mûrir et revêtir plusieurs formes. Mais je reviendrai là-dessus dans quelques temps, lorsque je posterai les planches de la deuxième version. Même si le projet ne fut finalement pas signé, faute de trouver la maturité, la forme définitive, qu'y cherchait Corinne, nos échanges avec elle furent riches et constructifs ! Un grand merci à elle pour le temps qu'elle nous a alors consacré, et surtout à Jérôme pour avoir su à deux reprises donner forme à ce projet.

Je vous laisse à la lecture des planches réalisées et esquissées pour le dossier éditeur (il vous suffit de cliquer dessus pour les agrandir). J'espère de tout cœur que ce début vous donnera l'eau à la bouche.

Prototype de couverture #1 :

























Prototype de couverture #2 :


























Pages 1-5, finalisées :



























































































































Pages 6-12, esquissées :










































































Pour explication, cette page introduisait Râvana et ses deux tueuses bisexuelles (on ne voit pas très bien les personnages sur cette esquisse) :

























Retour à Ganesh, qui s'aventure dans les rues de Londres :

















































Où l'on rencontre Brian, le meilleur ami d'Ayanna :

























Quelques recherches de personnages, à présent. Tout d'abord, Râvana et ses deux tueuses bisexuelles :

























Ganesh et ses amis :













Quelques autres personnages :
























Et, pour finir en beauté, Ganesh au milieu des
freaks de Camden :

22 novembre 2008

... (14)

v’la des mutants sans gène qui pissent
sur les fleurs & puis pleurnichent
lorsque les roses les piquent
même au jardin d’éden, les anxiogènes engendrent
le chaos



21 novembre 2008

Improbable

« On devrait toujours être improbable. »
Oscar Wilde




18 novembre 2008

La subversion n'est plus ce qu'elle était...

Une amie, âgée de 22 ans, m’explique l’autre jour que la veille, elle a passé la nuit à se tripoter devant une webcam avec un type de 25 ans récupéré sur Meetic. Elle conclut qu’ils doivent bientôt se rencontrer, qu’il a l’air gentil et que peut-être ça pourrait déboucher sur une histoire d’amour. Je suis sûr que le mec est gentil (je suis sûr aussi qu'il est désespéré) et quant à la fille elle est non seulement gentille et parfaitement intégrée socialement mais de surcroît intelligente et très jolie. Mais « internet offre de nouvelles opportunités de rencontres, pourquoi s’en priver ? ». Certes, pourquoi en effet ? Maintenant est-ce vraiment une solution pour la société occidentale que de se montrer sa bite et ses seins en webcam à la première conversation, avant même de s’être rencontrés ? J’imagine le premier rendez-vous : on ne sait presque rien l’un de l’autre mais on a déjà vu la bite de l’un et les seins de l’autre ! Le plaisir du flirt, de se tourner autour, de se découvrir et de s’effeuiller sont tout simplement devenus old-school, dérisoires, obsolètes. J’avoue que je ne comprends même pas où tout ça nous conduit, sinon à être des corps qui s’entrechoquent sans que jamais les personnes qui sont à l’intérieur ne se rencontrent ; sinon à voir disparaître la notion même de séduction, remplacée par un étalage d’organes sexuels destinés à prouver que le produit est bon à être consommé !

Mais j’y reviendrai car les réactions à mon premier article à ce sujet m’ont inspiré quelques réflexions que je suis en train de mettre en forme pour un futur article.

Tout cela m’amène simplement à recopier ci-dessous les paroles, passées inaperçues, de l’un des tubes de l’année 2008 : le magnifique Acceptable In The 80’s de Calvin Harris. Outre que ce morceau restera comme l’une des perles electrofunk de la décennie, il évoque avec nostalgie une époque où (tout au moins dans les chansons - mais ne sont-elles pas un reflet de l'air du temps ?), le romantique, la tendresse, la sensualité et la subtilité étaient encore des concepts acceptables dans les relations hommes/femmes. Un grand bravo à Calvin Harris qui est parvenu à faire un tube d'un texte aussi subversif !

I've got love for you
If you were born in the 80's, the 80's
I've got hugs for you
If you were born in the 80's, the 80's

I'll do things for you
If you were born in the 80's, the 80's
I've got hugs for you
If you were born in the 80's, yeah!

It was acceptable in the 80's
It was acceptable at the time
It was acceptable in the 80's
It was acceptable at the time

15 novembre 2008

Au bout du compte...


Au bout du compte, la seule chose qui compte c'est la compassion que l'on se donne les uns aux autres.

Facile à dire, extrêmement difficile à pratiquer.

Mais la récompense est sans équivalent.

14 novembre 2008

Une incroyable découverte scientifique !

Une expérience menée par un célèbre institut de recherche en produits cosmétiques auprès de 80 volontaires âgés de 12 à 18 ans a démontré que l’écoute intensive de la musique du groupe Mickey 3D guérissait l’acné !

« Au bout de 14 heures d’écoute ininterrompue de l’album Mistigri Torture de Mickey 3D, nous avons constaté que les boutons blancs de 94% des adolescents avaient littéralement explosés. » déclare Valérie Solanas, attachée de presse de l’institut. « C’était tout à fait incroyable à observer, quoi qu’assez dégouttant : les boutons blancs explosaient les uns après les autres, et ce sans qu’aucune pression physique ne soit exercée ! »

L’incroyable découverte fut faite par Mme. Véla Gloryole, dermatologue au sein de l’institut : « Je connaissais l’origine du titre de l’album Mistigri Torture : les membres du groupe Mickey 3D avaient constaté que les gens vivaient effectivement l’écoute de leur musique comme une véritable torture. Je m’étais donc longtemps interrogée sur leur succès pourtant éblouissant auprès des 12-18 ans », explique Mme. Gloryole. « C’est le témoignage de ma fille qui m’a mis la puce à l’oreille : ses innombrables boutons blancs avaient soudainement explosés lors d’un concert du groupe en 1998, alors qu’elle était âgée de 16 ans. Plusieurs de ses camarades avaient subi la même expérience et tous les adolescents boutonneux du lycée avaient immédiatement acheté l’album de Mickey 3D. Il est probable que ce phénomène se soit produit à l’échelle nationale et ait expliqué le succès soudain du groupe auprès des jeunes, pour qui les boutons blancs sont un problème très pesant ! Quand je pense aux années de recherche que nous avons perdues ! Quel dommage qu’il ait fallu 10 ans à ma fille pour me raconter cela ! », conclut Mme. Gloryole.

L’institut - qui préfère garder l’anonymat jusqu’à la fin des négociations - envisage de signer un contrat avec le groupe Mickey 3D afin de concevoir un produit « associant leur prochain disque à l’un de nos produits cosmétiques ». Mme. Solanas ajoute qu’à sa grande surprise, l’écoute des disques de Mick Est Tout Seul n’a aucun effet sur les boutons blancs. Mais des tests sont dors et déjà prévus pour voir s’ils n'ont pas une action quelconque sur les points noirs ou les verrues.

10 novembre 2008

Nia / 2 - Me perdre en toi




















1 - Jungle de toi
2 - Me perdre en toi
3 - Hiroshima en août

pas vraiment désolé de t’aborder comme ça

de te tourner autour à chaque instant thé, de ne plus me contenter
de t’effleurer avec mes yeux tachetés
pas vraiment navré de ne même plus être timide
j’ai passé l’âge d’avoir un âge, je suis juste assez lucide
je suis trop sage pour rester sage

j’ai comme envie d’acheter un billet
un aller simple plus ou moins
vers l’épiderme de ton épicentre, de manger toute une épicerie de toi
j’ai comme envie de faire avancer la science
de vérifier des théories chimiques
sur la manière dont tu griffes & tu mords

viens, je veux juste me perdre en toi
plutôt que de me perdre en moi-même
dans ma tête il y a cette voix
qui m’obsède & qui me dit qu’elle m’aime

à la télé ils parlent d’amour
leurs boites crâniennes débordantes de mots
à ce stade je ne sais même plus
si ce mot existait avant toi
tu as fait de moi un créationniste
« & dieu créa la femme… en 1987 ! »

laisse-moi juste te faire un sort
t’épouser jusqu’à la prochaine cour de réincarnation
servons-nous de nos chairs, amor con carne
tu peux te lover petite chatonne ou bien jouer à catwoman
je veux juste jouer sans règles, juste jouer, juste jouer avec toi
réinventer d’hypnotiques & antiques rituels

viens, je veux juste me perdre en toi
plutôt que de me perdre en moi-même
dans ma tête il y a cette voix
qui m’obsède & qui me dit qu’elle m’aime

tous mes amis qui font des paris
sur des princesses de pacotilles
& puis mes ex qui sont toutes devenues nécrophiles
qui se vautrent dans des vieux qui puent
& toi qui joues aux billes avec un gamin sans voix
le monde se prend pour titanic ou c’est juste moi qui trippe ?

j’ai juste envie de te croquer croquette
pas juste une nuit, plutôt la moitié d’une éternité
j’ai juste envie de dire aux hôtesses de l’air
qu’elles sourient à un homme marié
j’ai juste envie de te toucher encore
de construire mon nid dans ton corps

viens, je veux juste me perdre en toi
plutôt que de me perdre en moi-même
dans ma tête il y a cette voix
qui m’obsède & qui me dit qu’elle m’aime

8 novembre 2008

Batman forever!

Ankara – la Dogan New Agency rapporte que le maire de la ville de Batman, au sud-est de la Turquie, a déclaré mercredi qu’il s’apprêtait à attaquer en justice les auteurs des films à succès « Batman », affirmant que les auteurs en question avaient utilisé le nom de la ville sans autorisation.
« Il n’y a qu’une seule Batman sur cette terre », a déclaré le maire de Batman, Huseyin Kalkan. « Sans nous en informer, les auteurs américains des films ont pris le nom de notre région. »
Huseyin a ajouté que, si nécessaire, il porterait l’affaire devant la justice américaine.
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