11 décembre 2012

Et si on allait en Thaïlande ? (suite)

Dans une file d'attente à la frontière birmane, un homme de nationalité floue (asiatique en tout cas) s'adresse à une jeune Russe, sur un ton badin :
- How are you tomorrow?
La Russe, visiblement exaspérée :
- I don't know.
Et l'Asiatique, candide, de s'étonner :
- You don't know?
Non, elle ne savait pas...

Il y a dans ma chambre cinq ampoules au plafond. Un gros spot central et quatre petits spots, un à chaque coin. Sans surprise, l'interrupteur des quatre petits spots n'en allume que trois, quand l'interrupteur du gros spot central allume celui-ci et... le quatrième petit spot. 

Un certain nombre de Thaïs mettent leur clignotant pour indiquer qu'ils vont... suivre la route ! Ainsi, si la route fait un coude à droite, on met le clignotant à droite et si c'est un coude à gauche, on met le clignotant à gauche. Peut-on présumer qu'il arrive aux Thaïs de ne pas suivre la route et d'aller tout droit dans le fossé, auquel cas ils n'activent pas leur clignotant ?

Et puis comme les attardés mentaux et autres frustrés (politiques ou sexuels) ont désormais le droit de se pourvoir d'une connexion internet et de s'exprimer librement sur les réseaux sociaux, la France vient parfois m'assommer de sa bêtise jusqu'en Asie. Ainsi, après s'être énervé tout seul sur un com que j'avais déposé sur le statut d'une @mie, et m'avoir asséné ce qu'il fallait d'insultes et de grossièretés (c'est apparemment comme cela que l'on ouvre un débat de nos jours, du clash et du buzz), un inconnu conclut par ces mots édifiants : « Décidément il existe un monde dont tu n'as pas conscience ». J'en suis resté si ébahi que je me suis même abstenu de répondre, tiens !

Alors voilà...

5 décembre 2012

Et si on allait en Thaïlande ?

J'aurai bientôt l'occasion de revenir sur le Cambodge, en mots et en images, mais puisque désormais je suis en Thaïlande...

Pour commencer, j'ai vu un gros Russe en scooter se jeter tout seul dans le fossé ! Le logo des restaurants Two Chefs est résolument gay-friendly (cf. ci-dessous). Et il y a ce bar à l'attention des touristes (donc anglophones) qui a choisi le doux nom de « Rat Coffee Shop ». Par ailleurs, « Porn » est un prénom féminin assez répandu en Thaïlande. Tout cela laisse rêveur...


Pour autant, les Thaïs savent faire preuve d'une immense précision et c'est appréciable. Ainsi, l'opticien Charoen Optical de Kata affiche-t-il, en gros sur la vitrine, des « soldes » avec « 51,8647% de réduction ». Épatant !



En parlant de précision, il faut que je vous raconte ce qui s'est passé devant le centre de plongée de mon ami Manu.

Un beau jour d'octobre, le proprio se pointe et annonce qu'il va casser la dalle en béton devant la boutique, pour faire un truc mieux. La dalle de béton doit faire, à vue de nez, dans les huit mètres sur quatre. Il explique donc qu'il faudra garer les motos ailleurs à compter du lendemain à dix-sept heures pétantes, heure à laquelle débarqueront les ouvriers. Déjà, lorsque l'on est habitué à l'Asie, une telle précision horaire semble fort suspecte. Évidemment, personne ne vient le lendemain, ni à dix-sept heures ni ensuite. Le surlendemain, personne non plus et pas davantage le jour d'après. Finalement le quatrième jour, deux ouvriers débarquent avec... un marteau et une pioche !

Et ils tapent.

Et ils tapent.

En trois heures, trois longues et pénibles heures, ils parviennent à casser un mètre carré de béton (ce qui est déjà spectaculaire, compte-tenu de leur équipement). 

Et puis la pioche se casse. 

Alors, ils partent. Personne ne les a jamais revus, ça fait plus d'un mois déjà. Et la dalle est restée comme ça, telle quelle, avec son mètre carré de gravats sur le côté. Il ne se passera probablement rien de plus.

Les Thaïs sont bien comme les Khmers, va !

3 novembre 2012

Traffic jam

Photo : Fusion08
Je me souviens que lorsque j'étais petit, les embouteillages étaient un véritable phénomène de société : en ville comme sur l'autoroute, on passait régulièrement des heures bloqués dans les bouchons. De nombreuses œuvres d'arts des années 70 et du début des années 80 attestent de cette frénésie automobile, du développement urbain sauvage et des désastres esthétiques et humains qu'il engendrait. C'était un phénomène assez fascinant parce que nouveau et apparemment incontrôlable. Peu à peu (très vite, en fait), notre rapport à l'urbanisme et à l'environnement a changé : les villes ont rendu une partie de leur territoire aux piétons, ont tiré gloire de leur fleurissement et de leurs espaces verts ; les notions de pollution (visuelle, sonore et atmosphérique) ont conduit au développement des transports en commun, à la responsabilisation des usagers, etc. Il est aujourd'hui mal perçu de jeter un emballage plastique dans la rue ou de prendre sa voiture pour faire deux-cent mètres : j'ai connu l'époque où cela ne choquait personne. On est encore loin du compte mais en trente ans, la plupart des villes européennes sont devenues plus belles et plus agréables à vivre. Et la question des embouteillages, sans avoir totalement disparue, s'est relativement estompée de nos préoccupations quotidiennes, sociologiques et artistiques.

Les choses sont bien différentes à Phnom Penh. Alors que les autres capitales d'Asie se réveillent peu à peu d'un cauchemar urbain total (les métropoles indiennes se dotent de métros aériens, Bangkok se modernise considérablement, les grandes villes chinoises aménagent des zones piétonnes commerçantes et font la promotion des scooters électriques, etc.), Phnom Penh se développe à retardement, envahi d'un coup ou presque par les 4x4 et les mobylettes alors que les rues étaient presque vides il y a encore dix ans. Pour le moment, les choses restent vivables, quoi que les heures de pointe soient déjà pénibles. Ce qui frappe, c'est que le nombre de véhicules augmente constamment, mais que les infrastructure et les mentalités ne s'adaptent – pour le moment – pas du tout.

D'une part, la capitale du Cambodge manque cruellement de feux de circulation, de panneaux et, à vrai dire, d'un code de la route. Nombre de croisements sont laissés à l'état sauvage, dépendants du bon vouloir des automobilistes qui n'ont d'autre choix que de faire ce qu'ils peuvent, c'est à dire n'importe quoi. La police, quant à elle, n'a guère d'autre fonction que d'asseoir le pouvoir en place. Elle occupe donc l'essentiel de son temps à racketter la population, sur les routes et ailleurs. Cela implique d'ailleurs parfois de provoquer des accidents, puisqu'on n'hésite pas à se précipiter au milieu d'un boulevard surchargé pour intercepter un véhicule, ou à tenter de renverser un motocycliste qui refuse de s'arrêter (je l'ai vu de mes yeux !). Les 4x4 sont rarement inquiétés (leurs conducteurs pourraient avoir des relations bien placées) et les contrôles concernent essentiellement les vieilles voitures et les motos. La circulation est certes « faite » mais on se demande comment puisque, à chaque fois que la police se poste à un croisement, les embouteillages redoublent d'intensité.

Concernant les usagers, les codes comportementaux sont assez surprenants : lorsqu'un fou du volant vous percute, la politesse implique généralement de sourire ou de rigoler plutôt que d'insulter le chauffard. Sauf bien sûr si vous êtes mort ou inconscient, auquel cas vous serez poli de toute façon.

D'autre part, personne ne semble pour l'instant songer que la voiture puisse poser le moindre problème en ville. La pollution atmosphérique ? On semble ignorer que les gaz provoquent cancers, asthme et autres. La pollution visuelle et sonore sont, quant à elles, des concepts totalement inexistants en Asie. Ainsi, lorsque je parle à un Khmer du concept de « rue piétonne », celui-ci me regarde effaré : pourquoi diable voudrait-on interdire une rue aux voitures ? Tout est dit.

Mais il y a plus fou encore. En effet, il n'existe pas de transports en commun à Phnom Penh. Pas de métro, pas de tramway, pas même un seul bus : rien ! Je demandais l'autre jour à une collègue si certaines personnes en réclamaient, ou s'il était question d'en créer prochainement. « Oh, mais on a essayé il y a quelques années », me répond-elle. « La municipalité a créé quelques lignes de bus à Phnom Penh, mais il les ont rapidement supprimées car personne ne les empruntait. » À mon tour d'être perplexe : pourquoi les gens refusaient-ils de prendre le bus ? « Et bien, personne ne supportait d'attendre le bus. Les gens voulaient avoir leur propre véhicule ». Et s'ils n'en ont pas les moyens ? « Alors ils préférent prendre un tuc-tuc [sorte de moto-taxi] pour ne pas avoir à attendre. » Ainsi donc, la population de Phnom Penh a dit non au bus. Incroyable mais vrai ! Le peuple Khmer, si soumis d'habitude, a dit non aux transports en commun. Et oui - un oui sans borne - à la Lexus et à la Camri.

Photo : CAAI News Media
Aujourd'hui, disais-je, tout va bien, plus ou moins (dix morts par jour rien qu'en moto, certes). Je suis même assez étonné, compte-tenu du bordel, du faible nombre d'accidents dont j'ai été témoin et de leur peu de gravité (il est vrai que les Khmers roulent assez lentement). Mais au train ou vont les choses (j'ai déjà vu le trafic augmenter considérablement en deux ans), la ville sera invivable dans cinq ans. Les accidents se multiplieront, la pollution deviendra problématique et les embouteillages seront aussi interminables qu’indémêlables. La question du stationnement va également se poser. Nombre de familles, qui ont un logement au rez-de-chaussée, garent la Lexus dans le salon. On les voit de la rue déjeuner devant la télé, assis par terre à côté du colossal 4x4. Ici, cela ne choque personne : la notion d'intérieur est assez récente (le logement n'a souvent d'autre fonction que les plus utilitaires) et par ailleurs la voiture est la plus précieuse possession d'une famille (parce que la plus chère et donc la plus valorisante). Elle a donc sa place au coin du feu. Le problème c'est que tout le monde ne loge pas au rez-de-chaussée et qu'il y a très peu de parkings payants. Par contre on se gare où on veut : nulle régulation à ce sujet. Nombre de rues à deux voies n'en ont déjà plus qu'une à cause de cela. De surcroît, le stationnement se fait souvent en épi, de sorte que le trafic est constamment interrompu par des ânes qui bloquent un boulevard entier, se mettent en travers de la route parce qu'ils ne savent pas, ne veulent pas ou ne peuvent pas manœuvrer. Si vous leur faites remarquer qu'ils pourraient faire un effort (il y a souvent moyen de manœuvrer), on vous regarde comme si vous étiez fou. Il en va de même lorsque quelqu'un roule à contresens (ce qui arrive sans arrêt) : il est déplacé de le faire remarquer ! Là encore, je voudrais bien voir tout ça dans cinq ans ! 

Curieux spectacle que celui d'une civilisation qui a bondi d'un coup de la ruralité à l'urbanisation ; d'un peuple qui est, en l'espace d'une génération, passé d'un mode de vie séculaire aux technologies du vingt-et-unième siècle, sans connaître les nombreuses étapes que nous avons traversées pour en arriver là. Je mesure désormais combien ces étapes nous ont - en dépit de nos innombrables erreurs - épargné bien des désastres.

Une question que je me pose, c'est de savoir qui, lorsque la circulation deviendra réellement meurtrière et que les gens passeront leur vie bloqués dans des bouchons, va réagir le premier ? Les pouvoir publics ou la population ? Les premiers, non élus, n'en ont cure. Les seconds glorifient l'automobile. Pourtant, il y a un moment où la situation sera intenable, c'est inéluctable. La question de savoir qui va taper du poing sur la table en premier, et de quelle façon, pourrait bien être un indicateur fort quant à l'avenir du développement cambodgien.

31 octobre 2012

Soirée nanars (acte 3)


En ce bel été 1994, Warner Bros. Records publiait la tant attendue version vidéo de l'album O(+> de Prince And The New Power Generation, sous le titre 3 Chains O' Gold. TANT attendue en fait que personne ne l'attendait plus depuis longtemps : l'album avait paru presque deux ans plus tôt, Prince avait entre temps sorti une multitude d'autres disques, changé son nom en un symbole imprononçable, s'était lancé dans une guerre médiatique contre sa maison de disque... Bref : autant dire qu'au milieu de tout ça, personne n'avait plus rien à foutre de cette compilation de clips obsolètes.

Sauf les fans les plus assidus, dont votre serviteur.

Déjà à l'époque, cette vidéo-cassette m'avait laissé perplexe. À la revoir près de vingt ans plus tard, je tombe littéralement des nues... Précisons que pourtant j'adorais – et adore toujours – l'album dont elle est tirée. Album concept, censé raconter une histoire à laquelle personne n'a jamais rien compris, O(+> est une épopée hallucinée, un acte de bravoure musicale aussi arrogant qu'audacieux. On se disait donc alors que la version vidéo, comprenant les clips de l'album agrémentés d'interludes narratifs, nous permettrait enfin de comprendre pleinement la dramaturgie de ce magistral « opéra funk ».

Oui, heu... alors... Pour commencer, la plupart des chansons sont amputées d'un tiers de leur durée ! Nous savons que pourtant, ces clips existent en version complète et que les VHS (format de l'époque) ne comportent aucune limite de temps (enfin si, mais si longue...). Alors pourquoi, ô pourquoi nous est-il interdit de jouir pleinement de notre achat ? Personne ne l'a jamais su mais je présume que Prince a fait cela pour emmerder Warner. Le problème c'est que présentement, c'est surtout moi que ça emmerde. Je n'y suis pourtant pour rien si Prince s'engueule avec sa maison de disques ! Bref : grosse déception. Et comme si ça ne suffisait pas, cinq titres (sur seize) manquent à l'appel. Si ce fichu album et ce fichu film racontent la même histoire, on a perdu cinq chapitres ! 

Mais c'est quoi, au juste, cette histoire ?

C'est là que ça se corse...

Le récit démarre dans un quelconque pays arabe. Sept types (qui ?) assassinent le père de la princesse Mayte (pourquoi ?). Paniquée, celle-ci se rend à Minneapolis (pourquoi ?) et voit Prince à la télévision, en train d'encourager une violente émeute (pourquoi ?). Elle se précipite alors sur place et confie à Prince – que de toute évidence elle ne connaît pas – la garde de trois précieuses chaînes en or (pourquoi ?). Peu après, Prince fait arrêter et jeter en prison son propre groupe (pourquoi ?), foire une partie de jambes en l'air avec une autre fille parce qu'il pense à Mayte (il vient pourtant de la rencontrer !) et fait finalement libérer son groupe de taule pour... faire un shooting photo (!!!).

Il retrouve finalement Mayte et c'est le coup de foudre ! Mais l'idylle est gâchée par les angoisses de la princesse, qui craint les sept assassins de son père. Prince tente alors de la rassurer, affirmant qu'elle peut se détendre car « the max is in control » (c'est quoi, « the max » ?). Ils passent alors quelques jolis moments romantiques et, lorsque Mayte s'endort finalement, elle fait un terrible cauchemar. Comme elle s'agite dans son lit, Prince décide soudainement de la quitter (pourquoi ?) et la plante là au beau milieu de la nuit (!!!). Il prend alors un train pour le Japon (il y aurait donc une voie ferrée qui relie les États-Unis au Japon !) et, une fois sur place, donne un concert (son groupe est miraculeusement parvenu au Japon lui aussi). À la foule, il clame peu ou prou qu'il est le coup du siècle, ce qui le conduit possiblement à baiser Carmen Electra mais de cela nous ne savons rien puisque le rap de la playmate a été coupé au montage (cette chanson est amputée d'un tiers comme les autres). Après donc avoir ou ne pas avoir couché, il réalise qu'il ne parvient pas à oublier Mayte et se précipite de nouveau dans ses bras (elle n'est pas rancunière !). C'est alors que, soudainement, on saute deux morceaux pour se retrouver précipité dans le clip du titre 7. Celui-ci (une fois n'est pas coutume) n'est pas estropié mais (c'est encore mieux) entrecoupé d'interviews des musiciens de Prince, qui nous disent à tour de rôle ce qu'ils pensent de Mayte (sauf que nous on s'en fout : on voudrait juste écouter la chanson !). En même temps, lors de ce même clip, Prince tue miraculeusement les sept assassins, et se tue en même temps sept fois lui-même (symbole de renaissance s'il en est, mais à ce point dépourvu d'explications que cela n'a aucun sens). Et puis Mayte lâche une colombe et tout le monde est content.

Après quoi on zappe sans vergogne les trois derniers titres de l'album – encore que l'un subsiste en toile de fond orchestrale – pour se rendre directement à la séquence finale. Là, Mayte lit une lettre (en fait un communiqué de presse de 1993 - sans rire !) visant à expliquer le changement de nom de Prince. Celui-ci se retrouve quant à lui dans les bureaux d'un label nippon, où il signe d'un symbole son nouveau contrat, devant des producteurs japonais médusés (sortis d'on ne sait où). Là, il faut tout de même préciser que tout cela est absurde, parce que le concept et l'enregistrement de l'album remontent à fin 1991, c'est à dire un an et demi avant que Prince ne s'embrouille avec Warner et ne décide de se renommer O(+>. Cela signifie donc que Prince a abruptement modifié son script de sorte à ce qu'il colle avec les évènements récents, ce qui évidemment amplifie l'opacité d'une dramaturgie déjà obscure (et altère la fin originale, quelle qu'elle ait pu être). Finalement, l'écran affiche un texte qui explique que notre héros traverse une révolution spirituelle sans aucun lien avec le reste et, pour terminer, nous l'apercevons en train d'enterrer les trois chaînes en or de Mayte (pourquoi ?). Des clochent sonnent, aussi, comme à pâques.

Et voilà. C'est tout. C'est terminé. Générique de fin. Merci et encore bravo !

Vous n'avez rien compris ? Moi non plus !

Et voilà comment, à partir d'un disque brillant, on fait un film totalement idiot. Il aurait sans doute mieux valu, finalement, se contenter de ne mettre que les clips (mais en entier). 

30 octobre 2012

Vous bouffez vraiment n'importe quoi !

La coquille Saint-Jacques a des yeux !

Une centaine.

Putain !

C'est dégueulasse !






26 octobre 2012

... (46)

les privilèges de tes larmes blanches
me sont interdits
satisfaire tes besoins arbitraires
s'oppose à toute forme
de sommeil


20 octobre 2012

Main

Main fut composé au printemps 1998, la même semaine que Un ange passe et Aura 2 moi (dans cet ordre, un texte menant à l'autre en vue d'exprimer une seule et même idée, plus ou moins). Un an plus tard, Cette nuit surtout fut composé dans l'idée de s'enchaîner avec les trois textes susnommés (en vue d'un EP qui ne vit finalement pas le jour), ce qui explique que le dernier vers de Cette nuit surtout soit également le premier vers de Main. Le texte fut longtemps inclus au sommaire de Fragments nocturnes, mais finalement écarté au profit de La Québécoise. Il n'est toutefois pas tout à fait inédit, puisque mis en musique et interprété lors des concerts de Shoona Sassi, entre 2002 et 2005.

C'est un texte que j'aime beaucoup malgré ses maladresses parce que - par essence adolescent, kitch et désespéré - il incarne assez bien ce que Prince, à propos de la voix d'Esthero, qualifia un jour de sentiment d'urgence


MAIN

obsession lente d’une fascination annoncée
acte d’amour manqué, préconçu, prémédité
ton visage effacé hante en nocturne mon mental
sache à présent, présent, que je suis un hôpital
sans y penser vraiment, je te prie & je me mens
sous ma peau retournée se cache un océan
sans offense, ma mie, voudrais-tu être ma prêtresse ?
ce n’est pas que j'aie trop le choix, je vais à ta messe
un slap par battement résonne au creux de mes veines
je me suis couronné roi & je cherche ma reine

chaque seconde qui passe ne me convainc que trop
du fait indubitable qu’à chaque sanglot

je voudrais être ta main
chaque matin te purifier dans ton bain
je voudrais être ta main
chaque soir pouvoir t’aimer dans tes câlins
laisse-moi être ta main
laisse-moi devenir chaque partie de toi

j’aurais du me douter quand je me suis engagé
dans cette idée fixe, qu’elle me dépasserait
dehors la nuit m’observe avec un amusement
qui n’a d’égal que mon volontaire entêtement
le temps s’écoule & je ne sais comment croire en lui
à travers ces nuits illicites & ce bel ennui
chaque minute que je perds m’expose au danger
qu’un autre prédateur ne vienne s'interposer
la course de mon sang me dit qu’à chaque détour
je risque fort de prolonger mon séjour

chaque seconde qui passe ne m’effraie que trop
je dois baisser la tête ou oser en faire trop 

je voudrais être ta main
chaque matin te purifier dans ton bain
je voudrais être ta main
chaque soir pouvoir t’aimer dans tes câlins
laisse-moi être ta main
laisse-moi devenir chaque partie de toi

tout cela dépasse bien sûr mon entendement
l'idée fixe a planté dans ma chair ses crocs blancs
un puzzle s’est présenté devant moi récemment
très poli, voulant que je devienne son amant
mais une pièce me manquant, tout devint vite absurde
& si jamais je devais m'éclipser vers le sud
je voudrais t’enlacer avant de m’évaporer
je voudrais t’explorer avant de m’introspecter
avoir la certitude que ta douce expression
se fasse plénitude, grâce à ma dévotion

chaque seconde à t'attendre en silence est de trop
chaque seconde écoulée me fait hurler tout haut

je voudrais être ta main
chaque matin te purifier dans ton bain
je voudrais être ta main
chaque soir pouvoir t’aimer dans tes câlins
laisse-moi être ta main
laisse-moi devenir chaque partie de toi

laisse-moi être ta main...

laisse-moi être ta main...

laisse-moi être...

19 octobre 2012

Les Khmers Rouges avaient-ils le funk ?


Bon, vous je ne sais pas mais personnellement j'aime beaucoup le funk, comme genre musical je veux dire. Ce que je ne savais pas c'est qu'avant d'assassiner un ou deux millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979, les Khmers Rouges (période 70-75) étaient une armée très funky. Ensuite, en 1976, ils ont rien moins qu'anéanti le genre, en même temps d'ailleurs que tout le reste. 

D'une part je dispose d'une pochette de disque (ci-dessus) pour le prouver mais surtout, le fait est attesté par Wikipedia ! Quelques extraits de la page concernée :
« Les Khmers rouges (...) constituant le gros des forces armées du FUNK. »
« De 1970 à 1975, les troupes du FUNK combattirent contre les forces républicaines. »
« Après la chute de Phnom Penh, le 17 avril 1975, le FUNK tomba rapidement sous le contrôle des Khmers rouges. » 
« (...) en avril 1976 (...) le FUNK cesse donc d'exister. »

Ce qu'ils ne disent pas sur Wikipedia, c'est si les Khmers Rouges se sont ensuite mis au disco ou s'ils sont passés directement à la phase post-punk...

(Je sens que je vais me prendre une volée de bois vert sur ce coup-là mais tant pis, j'assume...)

18 octobre 2012

Les moustiques ne voudront pas écrire

Sur le mur de ma classe, il y a un shoutometer (« hurlomètre »), qui se remplit peu à peu au fur et à mesure que les enfants crient exagérément. Lorsque le shoutometer est plein, tous doivent écrire dix fois « I will not shout like a maniac! » durant la récréation.

Bon... On fait comme on peut : la discipline n'est pas mon meilleur atout en tant qu'enseignant... N'empêche ça marche...

Ce matin, plusieurs élèves se sont plaints d'avoir été piqués par des moustiques, aussi ai-je déclaré qu'ils devaient non pas tuer les moustiques qui volaient dans la salle de classe, mais les capturer et les conserver prisonniers de leurs poings fermés jusqu'à la récré. Alors, les insectes seraient tenus d'écrire dix fois « Je ne piquerai pas les enfants ! ».

Et là, avec le plus grand sérieux du monde, Billy, quatre ans, m'a regardé de ses grands yeux désolés et m'a annoncé : « Mais... teacher... les moustiques ne voudront pas écrire : lorsqu'on ouvrira nos poings, ils s'envoleront ».

Ah...

Bon...

Tant pis...


Billy (photo de Nia)

17 octobre 2012

Je me sens si chelou d'un coup...

Les Khmers, ceux qui du moins sont amenés à me voir régulièrement sans me connaître vraiment, me contemplent souvent avec des yeux effarés, me donnant l'impression d'être un extra-terrestre, une créature mythologique faite chair ou quelque autre chose de cet ordre. Mes voisins regardent – dissèquent presque – le contenu de mes sacs plastiques, lorsque je rentre chargé de courses, avec une curiosité stupéfaite, comme si je ramenais de quelque temple secret des vivres et des objets aux significations inconnues, aux usages improbables. Tout, de ce que je mange à l'heure à laquelle je mange ; du fait que j'ai pu boire régulièrement de la bière à une période et que je n'en boive plus désormais ; de mon usage de la bicyclette comme moyen de transport au lieu d'un véhicule motorisé ; de mes habitudes ou du moins de ce qu'ils en perçoivent ; jusqu'aux menus détails de mon habillement, semble être à leurs yeux un très, très grand mystère. Lorsque je réponds aux questions d'un Khmer, ou que je tente de lui expliquer quelque chose, je lis dans son regard qu'il a le sentiment que ce que je lui raconte appartient à une autre réalité, abstraite et inaccessible. Il en va de même, dans une moindre mesure, pour mes collègues de travail : on sent que nos rapports de bonne amitié sont limités par le gouffre de ce qui nous sépare, par l’aberrante étrangeté de ma nature même.

C'est troublant. C'est troublant parce que ce regard d'étonnement je l'ai retrouvé partout en Asie, de l'Inde à la Chine en passant par le Pakistan et la Mongolie, mais jamais de cette manière-là. Ailleurs, l'étranger est évidemment objet de curiosité - une curiosité souvent amusée d'ailleurs - mais non d'un ahurissement si intense qu'il provoque le malaise. L'étranger intrigue certes, mais parce qu'il apporte quelque chose de nouveau, de différent, d'exotique ; parce qu'il est l'occasion d'élargir ses horizons en somme. À Phnom Penh, c'est comme si l'étranger était si bizarre, si excentrique qu'il est impensable d'élargir ses horizons par son intermédiaire. Ce qu'il dit ou fait est source d'émerveillement et d'horreur tout à la fois (les Khmers semblent hésiter, en fait) mais par trop étrange pour en apprendre quelque chose de valable. Davantage que d'essayer de comprendre l'étranger, le Khmer affiche la certitude qu'au fond, il ne comprendra jamais rien et que, à l'inverse, l'étranger ne comprendra jamais rien non plus au Cambodge. De fait la curiosité est une curiosité sans curiosité : on voudrait bien savoir mais on a renoncé à comprendre. Parce que les aliments que je ramène du supermarché, jusqu'aux choix des légumes, pour mes voisins c'est un peu comme si je mangeais du plastique. Et celui qui mange du plastique n'est pas un homme aux mœurs différentes : c'est un fou. On l'observe avec attention, certes, mais on ne cherche pas de logique là où il n'y en a pas. 

Cela ne concerne pas tous les Khmers, bien entendu : il y en a beaucoup qui, par habitude du contact avec les étrangers ou simplement parce qu'ils ont l'esprit vif, n'affichent pas cette stupéfaction. Mais ils sont un certain nombre, et l'indifférence polie d'une majorité de commerçants semble dissimuler cette même conviction qu'un gouffre infranchissable nous sépare. À quoi cela est-il du ? Je l'ignore tout à fait. Ce que je constate, qui m'a été confirmé par quelques personnes qui sont plus proches des Khmers que je ne le suis, et parlent leur langue, c'est que c'est un peuple très refermé sur lui-même. C'est troublant : après l'occupation française puis vietnamienne, avec ses traditions d'origine indiennes (qui le lient à plusieurs de ses voisins) et une immigration chinoise intensive, on pourrait imaginer le Cambodge ouvert aux cultures du monde, sinon d'Asie. Mais pas tant que cela. Ignorant l'immensité territoriale des cultures indiennes ou chinoises, diverses en leurs propres seins ; trop souvent opprimé par les puissances voisines pour jamais se sentir autre chose que leur éternelle tête de Turc, le Cambodge s'est contenté de se refermer sur ses singularités, sa propre identité et sa propre culture (aujourd'hui réduite à sa forme la plus rurale et la plus populaire, les élites intellectuelles du pays ayant été exterminées ou chassées par le règne sanglant des Khmers Rouges). Et ainsi, l'étranger est devenu non plus un être humain différent, parfois étrange, mais un être de nature excentrique, anormale et inconcevable.

Évidemment, tout cela n'est que conjoncture, mes réflexions sur le Cambodge n'étant ni exhaustives, ni le fruit d'une étude anthropologique, mais davantage une perception instinctive – vraie ou fausse – des choses dont je suis témoin. Mon départ de ce pays approchant à grand pas, il est probable que je vous livrerai, peu à peu, davantage de pensées à ce sujet. Prenez-les pour ce qu'elles sont : les divagations d'un écrivain, et gardez en tête qu'elles sont, et resteront, sujettes à débats.

16 octobre 2012

Quelques photos du Cambodge : Phnom Penh

Photos prises par Nia et Evelyne, printemps 2011 et février 2012. La sélection est de Nia.




12 octobre 2012

Soirée nanars (suite)


Puisqu'on est dans les nanars jusqu'au cou, je vais en profiter pour vous avouer l'un de mes secrets les plus honteux : je RÊVE de voir les soixante-douze épisodes de la série télévisée Swamp Thing: The Series. Notez que je n'en ai jamais vu un seul (si l'on excepte les deux films qui ont précédé la série) mais franchement, quand on voit les quatre courts extraits ci-dessous, ça fait très, très envie.





Et tant qu'on y est, dans la série tellement nul que c'en est hilarant, je vous conseille l'époustouflant The Video Dead de Robert Scott (1987). Quelqu'un a eu la bonne idée de le mettre en entier sur Youtube, alors voilà :

11 octobre 2012

Soirée nanars

Il y a des fois où l'on n'a pas vraiment la tête à voir un bon film, où l'on est un peu raplapla... Bref : l'occasion idéale pour enchaîner quelques nanars de SF et d'horreur. Au menu ce soir : Les survivants de la fin du monde de Jack Smight (1977) et Hurlements 3 de Philippe Mora (1987).

Je ne serais pas très gentil de vous conseiller Les survivants de la fin du monde, encore qu'il vaut son pesant d'or en matière d'absurdités. Commençons par la bande annonce, ça donne le ton :


Vous aurez sans doute compris l'essentiel : dans un monde post-apocalyptique, un petit groupe de survivants part en quête d'autres survivants, sur un sol désertique et sous un ciel phosphorescent. Derrière l'apparente simplicité de ce scénario se cache en fait un paquet de mystères assez complexes... Pourquoi, si la vie humaine est si rare, rencontrent-ils des gens à chaque fois qu'ils s'arrêtent ? On l'ignore. Pourquoi faut-il moins de trois minutes à une tripotée de cafards minuscules pour tuer l'un des héros ? On l'ignore. Pourquoi trouvent-ils une fille si elle ne doit jamais embrasser le jeune premier ? On l'ignore. Pourquoi se produit-il un raz-de-marée au milieu du désert, et d'où vient l'eau ? On l'ignore. Et pourquoi finissent-ils dans une bourgade entourée de vertes prairies, surplombée d'un ciel bleu, aménagée de routes et de clôtures flambantes neuves, si la terre entière est un champ de ruines ? On l'ignore encore. En fait il n'y a pas grand chose de crédible ou de compréhensible dans ce film, dont les cinéphiles se souviennent essentiellement à cause d'une anecdote : les cadres de la Fox étaient convaincus de tenir là un succès, qui écraserait au box-office leur autre film SF de l'année, un machin pas très prometteur nommé... Star Wars ! On connait la suite ^^ Il n'empêche que Les survivants de la fin du monde se laisse regarder, pour peu que l'on s'arme d'une bonne dose de scepticisme et d'un sourire aux lèvres.

Hurlements 3, par contre, est une perle rare. Bande annonce :


Alors quand je dis perle rare, n'allez pas imaginer qu'en dépit de cette atroce bande annonce, il puisse s'agir d'un bon film. Ouh la la non, c'est tout sauf un bon film ! Mais c'est ce que l'on pourrait qualifier de nanar exquis. D'abord parce que c'est une bizarrerie, y compris au sein de la série des Hurlements. Les loups-garous (oui, il s'agit de loups-garous, il faut suivre !) sont ici une espèce de marsupiaux (avec la poche sur le ventre et tout !), qui vivent en marge des autres espèces de loups-garous (ceux que l'on connait, les bons vieux loups-garous européens) et des hommes, cachés au fond du bush australien. Découverts, ils sont évidemment pourchassés et très vite, on ne sait plus trop qui, des monstres ou des hommes, est le vrai méchant du film. Le réalisateur semble parfaitement conscient du fait qu'il est en train de tourner une merde, et il prend le parti d'en rire. H3 est donc bourré de clins d'oeil humoristiques, semés en vrac au milieu d'une histoire qui par ailleurs se prend très au sérieux. Les acteurs, quant à eux, jouent tellement second degré qu'on a l'impression que les personnages sont conscients de n'être que des personnages de navet, ce qui donne un certain charme à la (nullissime) interprétation. J'avais vu cet ovni à l'âge de treize ans et j'en avais gardé un souvenir perplexe et fasciné. Mon impression, vingt ans plus tard, reste à peu près la même ! C'est bourré d’incohérences, la mise en scène est plus que hasardeuse, le récit est aussi creux que kitch, mais en même temps on sort des sentiers battus et c'est toujours une joie pour le cinéphile que de se retrouver en territoire inexploré. On est quelque part entre le conte pour enfants, le film d'horreur et le film d'auteur pop-art. Décalé, déroutant et délicieux ! Une autre chose n'a pas changé depuis mes treize ans : je suis toujours irrésistiblement, implacablement, désespérément amoureux de l'actrice Imogen Annesley, et je mets n'importe qui au défi de ne pas l'être aussi !

Alors voilà. La prochaine fois je pense que je vais mater Zone Troopers, House 2 et Dolls. Ben ouais, ça serait dommage de s'arrêter en si bon chemin !



(Note : je n'ai pas du tout regardé ça ce soir : en fait cet article date d'avril 2011 et j'avais tout simplement... oublié de le poster ! Depuis, j'ai bien évidemment vu Zone Troopers, House 2 et Dolls, trois autres perles rares soit dit en passant XD XD XD). 

7 octobre 2012

Les pubs ensanglantées de Myspace

Je ne sais pas si c'est parce que la fin du monde approche ou quoi, mais la morbidité est de rigueur cette année ! Après les bébés tuberculeux de Canal +, c'est au tour de Myspace d'afficher des publicités d'un goût douteux. Censée promouvoir un lifting ou quelque autre opération d'ordre esthétique, la publicité qui sévit en ce moment sur le site communautaire ne fait pas vraiment envie. Le slogan nous promet une méthode performante, qui permettrait à une femme de 53 ans de ressembler à une femme de 27 ans. Ce que le texte ne dit pas mais que la photo nous montre sans ambivalence, c'est qu'il s'agit de ressembler à une femme de 27 ans après accident de moto

Reste à savoir quelles femmes, après avoir vu ça, vont cliquer sur le lien et recourir au service proposé, tout excitées à l'idée de ressembler à un cadavre...


5 octobre 2012

Quelques photos du Cambodge : Kampong Cham

Photos prises par Nia lors de notre voyage à Kampong Cham, novembre 2011.






29 septembre 2012

Terrifiante planète

J'adore ce montage entre le morceau Blood And Snow, du compositeur japonais Susumu Yokota et le film La planète sauvage, du réalisateur français René Laloux. Le résultat est très, très angoissant, évoque pour moi l'idée d'un monde cruel et incompréhensible, dans lequel le vivant est une chose fragile en proie à des menaces incessantes et absurdes.

L'ignorance et la vulnérabilité sont communes à chacun d'entre nous, riches ou pauvres, éduqués ou non, mais le Cambodge en reste une illustration intéressante : on y croise beaucoup d'hommes et de femmes sans éducation (par là, je veux dire au point d'ignorer que la terre tourne autour du soleil), sans fortune, sans assurance maladie ni allocations chômages, vulnérables aux coups du sort. Ils contemplent le monde avec des yeux effarés. Leur regards craintifs, parfois, me font froid dans le dos. 

Le regard du simple d'esprit n'est pas un regard de quiétude, c'est un regard de peur et d'incompréhension... 

20 septembre 2012

Quelques photos du Cambodge : animaux domestiques

Photos prises par Nia... à la maison, ou quelques-uns des individus étranges avec lesquels nous cohabitons.

Notez la présence, exclusive au Cambodge, de sectes de fourmis satanistes (ci-dessous l'un de leurs rituels démoniaques).



















 










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