26 mai 2010

Divination -> exit

levée de boucles liées/ ouverts, les yeux
pensées lascives/ sentiment d’un troisième âge
nuits tombées sans crépuscule
spirale des angoisses/ envies inassouvies
cadavres de célébrités
prétention des ampoules économiques
petits signes
et leçons des anges

athées atterrés/ dur monde
corps qui s’écrasent contre les murs/ traînées de sang
idées blessées
et pourtant
obstination
à sauver des flammes

éclairage des nuées et des foules
acceptation des évidences
l’éternité reflète le vide/ du sommeil aux réincarnations
abnégation
acceptation
divination -> exit

idée de suicide pour diabétiques :
overdose de lait concentré sucré
combien de citernes/ combien de larmes ?
noyades en verres d’eau/ dissolution des armes
la vie : in extremis
samskaras/ loi sur le port de la cicatrice (dans les lieux publics)
en dépit de tout/ en dépit du mal
idée du propre au centre des pissotières

refus de croire
éclatement des sens
dictionnaire d’éponymes
autre chose
que cette triste
planète

baignade sémantique
scepticisme éventré
insignifiantes insignes/ médailles ripailles
quel sari porter pour danser ?
réalisation des nuages
divination -> exit

(une seule chose parvient à m’étonner :
les frissons d’horreur des frères et des sœurs dans leurs cathédrales
lorsque les salives de mara et shiva
dégoulinent
sur leurs prières)

petites annonces : « cherche messie »
guérir plus pour gagner plus
non merci/ jolies groupies
assumer n’est pas jouer/ jouer n’est pas accepter
impossibles anecdotes
tentaculaire vécu
parole exhibée nue
partage des frissons/ exode des frigidités

touche à tout
touche au tout
tout chaud tout/ doute inclus
croyance en l’épreuve
souffre et sourires
au cas où/ ?

éclairage public
enclumage public/ aussi
signalisation des conséquences/ assumée
et la mer qui s’écarte
devant les vacheries sacrées
divination -> exit

23 mai 2010

... (41)

sombres émeutes en clair
éprouvants éclairs zappés
indifférence des yeux devant l’abattoir
post-traumatique
humanité


17 mai 2010

De l'éblouissement...

« La rencontre de l'univers réel des états totalitaires et du « poème » de Kafka gardera toujours quelque chose de mystérieux, et elle témoignera que l'acte du poète, par son essence même, est incalculable ; est paradoxal : l'énorme portée sociale, politique, « prophétique » des romans de Kafka réside justement dans leur « non-engagement », c'est à dire dans leur autonomie totale à l'égard de tous programmes politiques, concepts idéologiques, prognoses futurologiques.
En effet, si, au lieu de rechercher « le poème » caché « quelque part là-derrière », le poète s'engage à servir une vérité connue d'avance (qui s'offre elle-même est qui est « là-devant »), il renonce à la mission propre de la poésie. Et il importe peu que la vérité préconçue s'appelle révolution ou dissidence, foi chrétienne ou athéisme, qu'elle soit plus juste ou moins juste ; le poète au service d'une autre vérité que celle qui est à découvrir (ce qui est éblouissement) est un faux poète »

Milan Kundera, L'art du roman.

7 mai 2010

Harcèlement climatique !!!

Ça s'appelle du harcèlement climatique et ça ne se terminera que lorsqu'il y aura des suicides collectifs devant l'Élysée !!! 12° en mai ? Révolution populaire !!!

Ils ont beau jeu d'invoquer le volcan finlandais pour se couvrir ! Ils savent bien que plus il fera froid et gris plus on votera à droite ! Honte sur le gouvernement : j'appelle à un suicide collectif et populaire devant l'Élysée pour montrer au pouvoir en place qu'on ne tolèrera pas plus longtemps le froid et la grisaille !!! Égorgez vos femmes et vos enfants devant Matignon, posez des bombes dans le métro parisien, explosez les élites polonaises (qui donnent le mauvais exemple) et les élites françaises !!! Quand j'étais petit, il faisait chaud en mai !!! Ça s'appelle du harcèlement climatique et ça ne se terminera que lorsqu'il y aura des suicides collectifs devant l'Élysée !!!

Et quant à la Gauche qui nous fait chier avec la pauvreté, la crise du logement, le chômage, l'exclusion, le racisme, les reclassements et toutes ces conneries : qu'on commence par le B.A.=ba, c'est à dire la chaleur, et on pourra alors discuter du reste !!!

PRIORITÉ AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE !!! Ne comprenez-vous pas que tout le reste n'est que diversion, qu'on vous prend pour des cons ?!

27 mars 2010

Étanchéité
























étanchéité des conséquences
cartographie perturbée
par des volontés biaisées

appropriation des idéaux
par d’inconséquentes apologies
excuses formatées

étanchéités des corps consumés
livrés aux ivresses
consuméristes

pornographies en lieu & place
d’un dénuement réel
des êtres

étanchéités de la foi
dieu x 2 = 4
aberrations théologiques

promesses de paradis ensanglantés
dégoulinants de déni
larmes divines

étanchéités économiques
morphosyntaxes névrotiques
de riches

crises existentielles en toile de fond
de la faim
diversité des détresses

étanchéité des mots
je dis blanc & tout le monde se vautre
dans le bleu

inégalité des antériorités
infantilismes barbares
des réincarnations juvéniles

étanchéité des douleurs
indifférence chirurgicale
ordination placée du beau

euthanasie du karma
indifférence de l’ordre
serments d’hypocondriaques

étanchéité des drogues
pertes de repères livrées à elles-mêmes
purification des codes

flaques de vomi
innocences violées
puritanisme enflammé

étanchéité des voix
solitude collectivisée
urine dans le bain commun

dyslexie des volontés
baba-cools surdiplômés
prêtres pourpres ignorés

étanchéité des guitares
sans machines pour rythmer
leurs alchimies

préconçus triomphants
génération spontanée
de clones en robes noires

étanchéité des eaux
fœtus incapables de se reconnaître
entre œufs

aveuglement de ceux qui se croisent
sans savoir
qui ils sont

étanchéité des simplicités
étouffement des sages
par peur du meurtre

dépassement de soi condamné
empathie décriée
crimes imaginaires

étanchéité des fatigues syndicales
bicyclettes crashées dans les murs
travailleurs aveuglés

illusions délictorales
impossibilités répétitives
utopies séduisantes

étanchéité des hurlements
entre les immeubles marchent des aveugles
qui font semblant d’être sourds

téléchargement des principes
de révolutions virtuelles
sourire de bouddha

étanchéité du crescendo
jusqu’au chaos fait norme
jusqu’au trop quotidien

triste constat :
dans la mort enfin se dévoile
le silence ou l’errance

22 mars 2010

Obsession

Un monument de non-sens dont je ne parviens pas à me lasser... Accrochez-vous à vos lunettes parce que ça envoie du steak !!! (Et la musique est cool aussi !!!)


Animotion, Obsession, 1984.

19 mars 2010

Du « dérapage » d'Eric Zemmour et de l'identité nationale


Le récent « dérapage » d’Eric Zemmour à propos du fait que les contrôles de police aléatoires visent prioritairement les « Noirs » et les « Arabes » (je cite : « la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes… c’est un fait ») provoque le scandale et j’ai le sentiment qu’une fois de plus, tout le monde passe à côté du vrai problème. Soit dit en passant, je ne trouve pas les propos de Zemmour si choquants que cela, parce que dire que tous les chiens ont quatre pattes ne revient pas à dire que tout ce qui a quatre pattes est un chien. Autrement dit, il ne faudrait pas faire dire à Zemmour ce qu'il n'a pas dit (à savoir que tous les Noirs et tous les Arabes seraient des trafiquants). Pour autant, je reconnais qu'il n'a pas fait preuve d'une grande finesse en tenant de tels propos à la télévision.

On peut néanmoins reconnaître à M. Zemmour une honnêteté dont n’avait pas su faire preuve Nicolas Sarkozy, il y a quelques années. Alors ministre de l’intérieur et n’en étant déjà plus à un mensonge près, Sarkozy avait soutenu mordicus (face à Fogiel, je crois) que « Non non non, bien sûr que non, les personnes issues de l’immigration ne subissent pas davantage de contrôles aléatoires que les autres citoyens, comment pouvez-vous insinuer que notre belle police bla bla bla… ».

Mais il y a une vraie question qu’il faudrait peut-être se poser. Dès lors que l’on admet l’existence de cette discrimination, quels sont ses effets directs et indirects sur la tranche de population concernée. On nous rabâche que les jeunes issus de l’immigration ne « respectent pas les valeurs de la République » mais enfin de quelles valeurs parle-t-on ? Les valeurs d’un état policier où le fait d’être basané justifie des contrôles d’identité, des fouilles au corps, des intimidations, des insultes parfois ? C’est ça, les « valeurs » de la France ?!

Alors je vois déjà certains lecteurs s’insurger : « Mais enfin de quoi parle-t-il ? Demander sa carte d’identité à quelqu’un n’est ni une agression ni une intimidation ! Les policiers de ce pays ne sont pas des brutes ! Tout ça s’effectue dans la plus grande courtoisie ! ».

Alors attendez les gars, on ne me la fera pas à moi. Les contrôles d’identité, les fouilles en règles, j’y ai eu droit plus souvent qu’à mon tour, entre dix-huit et vingt-cinq ans. Ben oui, il y n’y a pas que les Noirs et les Arabes qui sont dans le collimateur des forces de l’ordre : il y a aussi les d’jeun’s. Maintenant que je suis trentenaire et bobo, on me fiche une paix royale. Mais à l’époque où j’avais un look un peu babacool, c’était une autre affaire ! Parce qu’il faut voir comment ils se déroulent, les contrôles en question : dans deux cas sur trois, je me suis retrouvé insulté, humilié, intimidé, parfois menacé par des fous en uniformes, dont l’objectif était clairement de provoquer l’infraction qu’ils cherchaient vainement dans mes poches, à savoir l’outrage à agent. Je me souviens très bien du sentiment d’humiliation et d’injustice que provoquaient en moi ces agressions récurrentes : j’étais suspect, j’étais présumé coupable jusqu’à preuve de mon innocence, j’étais juste bon à me faire traiter comme une merde sans raison valable. Ils s’y sont d’ailleurs tant et si bien pris qu’ils ont fini par l’avoir, leur outrage (une plaisanterie qui me coûta, en 1999, quatorze heures de garde à vue, trois-mille francs d’amende et autant de frais d’avocat !).

Je me souviens encore du juge scandalisé « par le comportement de ces jeunes qui empêchent la police de faire son travail ». Quel travail ? La police nationale n’avait-elle donc rien de mieux à faire que de m’arrêter, me faire les poches et me traiter comme un délinquant avéré juste parce que je marchais dans la rue ? Je finissais par changer de trottoir à la vue d’un groupe de policiers, en ressentant les mêmes craintes que face à un groupe de « racailles » ! Certes, j’ai également été confronté à des fonctionnaires de police beaucoup plus sympathiques (si, si, il y en a aussi de très gentils), mais c’était l’exception davantage que la règle.

Alors puisqu’on nous parle d’identité nationale, j’estime raisonnable de se poser la question : si le jeune caucasien, issu d’une famille bourge, que je suis a pu développer une peur instinctive et une « haine » du gendarme, que peuvent donc ressentir les jeunes issus de l’immigration ? Quel sentiment d’appartenance à la France peut avoir un jeune Maghrébin ou un jeune Noir qui, à vingt ans, a déjà fait l’objet de dizaines de contrôles de police, effectués avec une agressivité avérée ? N’entretient-on pas chez eux le sentiment d’un « nous contre eux » ? Ne les pousse-t-on pas insidieusement au rejet de ces institutions qu’on leur demande par ailleurs de respecter ?

J’irai même plus loin : dans quel pays vivons-nous, que la police a le droit d’arrêter n’importe qui au hasard, de l’interrompre dans sa journée et de lui vider les poches en se montrant désagréable ? Est-ce digne d’une démocratie moderne ? Est-il légitime qu’un citoyen du « pays des droits de l’homme » puisse être ainsi intimidé s’il n’a commis aucun délit au préalable ? Dans un contexte d’insécurité galopante, alors qu’une génération entière de gamins est livrée à elle-même et décérébrée par les « valeurs » que lui enseignent TF1 et M6 (en gros : « fais un max de fric et baise tout ce que tu peux, voilà la clé du bonheur ! »), la police n’a-t-elle pas mieux à faire que de farfouiller dans les poches des passants et de se comporter comme les voyous qu’elle est censée poursuivre ? N’y a-t-il donc en France aucune agression, aucun viol, aucun vol, aucun crime qui ne soit résolu, pour que nos policiers soient à ce point désœuvrés ? Parce qu’il faut les voir errer « en bande » à la recherche d’une « proie », tout cela aux frais du contribuable ! On se demande vraiment dans quel pays on vit ! 

Alors voilà la question que j’ai envie de poser à M. Besson à propos de l’identité nationale : quel impact ces contrôles d’identité peuvent-ils avoir sur le « sentiment d’appartenance à la République » ?

Et voilà ma réponse : le pire, le plus déplorable. Celui-là même qui entretient un sentiment de « non-identité nationale » et de « loi du plus fort » ! C'est un encouragement à la violence et à la délinquance, ainsi qu'au mépris des institutions. 

Et cela, j’en suis absolument convaincu.

14 mars 2010

Le dimanche après-midi pourri de Shaomi


Par un dimanche après-midi d'ennui

Je me promenais dans une campagne étrange

Lorsque j'ai rencontré un gros lézard

Qui n'aimait pas mon beau pull jaune
Comme je le contemplais d'un regard effaré
On s'est battu et jeté quelques cailloux
Puis, totalement déprimé par cet incident
Je suis rentré chez moi regarder la télé


(Merci à Severine Rouy d'avoir immortalisé en images cet épisode pathétique de mon existence...)

11 mars 2010

Elle est même dans mon funk

Petite chansonnette sans prétention, écrite un soir de février 2001 sur les bords du lac de Pushkar (Inde), et considérée un temps pour les Fragments nocturnes. La même muse inspira aussi Elle me brule les neurones, Trip et Mon nom n'est pas Tantale.

ELLE EST MÊME DANS MON FUNK

lorsque mon regard se perd
sur l'ombre d'un lac sacré
lorsque ma colère s'échoue
contre le bon sens & la vérité
lorsque je succombe aux étoiles
& les supplie tout bas de m'étreindre
elle est dans ma tête
elle est dans ma peau
elle est dans ma voix
elle est même dans mon funk

lorsque ma chanson prend la couleur de l'air
& que mon air se fait un peu trop rare
lorsque j'atteins des sommets de lucidité
& câline mon ego sur un doux canapé
lorsque mes abysses se plissent
au son de son cru murmure
elle est dans mon sang
elle est dans mon ventre
elle est dans mes yeux
elle est même dans mon funk

lorsque je mue ma muse en drogue
fais de sa peau ma partition
lorsque je fuis dans le sens du vent
en attendant qu'enfin il me traverse
lorsque je torture mon âme
pour la laver de tout soupçon
elle est dans mes tripes
elle est dans ma main
elle est dans mon karma
elle est même dans mon funk

elle est là dès l'aube
dans mes rêves matinaux

elle est là à midi
son visage se dessine dans mon assiette

elle est là quand je cours partout
qui me rassure & m'apaise

elle est là lorsque je m'assoupis
ses bras sont la matrice

elle est dans ma télé
elle est dans ma radio
elle est dans mes bouquins
même dans les magazines

elle est dans l'ascenseur
elle est dans le métro
elle est sous le bitume & au-delà des cieux
elle est autour de, avec, & en moi

elle est même…
elle est même…
elle est même dans mon funk

10 mars 2010

... (40)

la compétition est le gouffre
des galeries civilisées
l’ego qui ne peut s'en écarter
doit s'enivrer de trophées jusqu'à
les vomir tous


6 mars 2010

De la cocaïne partout à Lyon ? Chui pas trop sûr, en fait...


Lyon est une ville d'intelligence et de culture, c'est bien connu. La preuve : le magazine Mag2Lyon fait dans le journalisme d'investigation en titrant « Cocaïne partout à Lyon ! (Et on l'a testée...) ».

J'avoue que les mecs ils m'ont bien bluffé ! Parce que comme j'évolue dans les milieux dits « culturels », je suis censé être relativement au fait des drogues « en vogue ». Hors, il ne me semblait pas que les gens consomment davantage de coke que d'habitude...

Rhôôô, mais je suis bien bête !

Ben oui, vous vous souvenez pas ? Cet hiver il a neigé à Lyon ! Et en plus (chose rare) il a neigé plusieurs jours d'affilée, alors la neige elle a tenu !

Et les grands journalistes de Mag2Lyon n'ont bien sûr pas manqué d'en tirer les conclusions qui s'imposaient :
- Oh p'tain les mecs vous avez vu y'a de la coke partout dans Lyon là, c'est délire !
- Ah ouais c'est guedin y'en a même sur les trottoirs ! Vous croyez qu'elle est bonne ?
- Je sais pas mais c'est trop exceptionnel : on tient not' prochaine couv' là, c'est sûr !
- Ouais. Par contre les gars, on est un journal sérieux : on peut pas en parler comme ça sans l'avoir goûtée ! Je veux dire on fait du journalisme d'investigation, nous !
- C'est clair, on n'est pas comme ces bouffons de Lyon Cap' ! Bon, y'a pas photo : faut qu'on la teste !

Et là soudain, je me souviens que durant ces jours de neige, je me demandais qui pouvaient bien être ces cons à quatre pattes dans la rue, en train de sniffer de la neige avec une paille...

Maintenant je sais...

Heureusement qu'il y a désormais un arrêté municipal pour contraindre les gens à ramasser les crottes de leurs clébards, sinon j'imagine déjà la prochaine couv' de Mag2Lyon : « Des barrêtes de shit partout à Lyon ! (Et on les a testées...) »

2 mars 2010

... (39)

l’agneau qui s'écarte des violences du monde
ne pourra fuir indéfiniment
mieux vaut alors accepter leur ombrage
car elles sont intrinsèques à l'internement
terrestre


28 février 2010

Small City

Small City (a.k.a. The Madcapulsize Experience et, plus tard, Grande ville, petites gens) fut un projet de film d’animation expérimental, que souhaitait réaliser mon amie Pulsize, dont j’étais censé écrire le script. Le film ne vit jamais le jour, mais cette expérience aboutit néanmoins pour moi à quelques trucs intéressants.

Il y eut deux versions, très différentes, du projet en lui-même. En septembre 2000, Pulsize m’avait simplement proposé de travailler sur le concept de dépendance, et donné carte blanche. À l’origine, le texte du film se présentait comme une suite de monologues intérieurs et de dialogues. C’est de mes recherches sur ce projet qu’émergea inopinément la Confession publique, qui au départ n’était qu’un exercice de style consistant à appliquer à ma propre personne le type d’introspection que je cherchais à appliquer aux personnages.

Finalement, Pulsize décida qu’elle voulait quelque chose de plus narratif et du coup, j’écrivis début 2002 un véritable scénario de long métrage, dans la même ambiance mais avec d’autres personnages. Le résultat était totalement irréalisable (faute de moyens et de temps) et Pulsize finit par se tourner vers des projets plus raisonnables. Du coup, entre août et octobre 2003, je remaniai le scénario en question dans l'idée d'en faire la base de mon second roman, que j'abandonnai finalement inachevé pour écrire Tabloïde à la place (je publierai sans doute ici, tôt ou tard, les rushes de cette version-ci, qui avait de vrais bons moments).

Pour la petite histoire, Pulsize et moi avons de nouveau collaboré en 2007, sur le scénario d'un clip qu'elle devait réaliser pour le groupe Human E.T Crew. Je ne sais plus si elle a fini par faire le clip ou pas, mais je sais que le groupe n'avait pas retenu la version du scénario sur laquelle nous avions bossé ensemble. Un grand merci à elle en tout cas, parce que même si nous n'avons jamais réussi à aboutir quoi que ce soit ensemble, ses propositions m'ont amené à réaliser plein de trucs cools de mon côté !

Ce que vous lirez aujourd’hui provient des rushes de la version 2000-2001 (les monologues et les dialogues). 95% de ce que j’ai écris à l’époque ne mérite pas d’être publié aujourd’hui, mais j’ai quand même extirpé du lot les deux petits fragments ci-dessous : rien d’extraordinaire mais je les aime bien ^^ Je serais malhonnête de ne pas mentionner que les deux personnages qui parlent ici (il y en avait neuf en tout) étaient librement inspirés de personnages créés quelques mois plus tôt par mes amis Céline Z. et Ben T., dans le cadre du spectacle pluridisciplinaire Rumeur publique, que nous avions écrit et monté ensemble en septembre 2000 (plus de détails sur ce projet-ci ici et ).

***

SMALL CITY : EXTRAIT DES MONOLOGUES D’ERUTIRCE (décembre 2000)

Perdue…

Je suis… perdue…

Je erre entre les traboules en rasant les murs et parfois, lorsqu’une silhouette m’interpelle, je lui barre le chemin et j’ose lui dire un mot, parfois deux, puis je fuis car je crains ses réponses. Mieux vaut pour moi la laisser sans voix.

Qui… m’écoute ?

Personne, puisque je ne parle pas. Je voudrais bien, mais les mots ne sortent pas, ou alors à l’envers, tordus, confus, mal fichus. Alors je fuis et me contente d’envoyer des sourires, des regards, des phrases impersonnelles : « aujourd’hui j’ai fait ça, je suis allée ici, j’ai vu un truc et découvert un machin ».

Des faits : voilà ma journée, voilà ma vie. Je décris des faits mais ce que je ressens vraiment, je suis incapable de le dire avec des mots.

Et je déteste me sentir obligée de le faire.

« Parle, putain ! »

Mes amis me pressent. Sont-ils mes amis ? Je suis toujours avec des gens, d’appart’ en appart’, de squat en squat. La solitude a quitté mon quotidien. Chez moi n’est plus chez moi. J’y passe et n’y reste jamais.

Chez moi, c’est partout, tant qu’il y a des gens.

Chez moi, c’est nulle part.

J’aime les gens. Pas tous, bien sûr. J’ai besoin d’eux pour avancer, me libérer de ce que j’étais. Plus de petite fille sage et méthodique. Je me préfère en cinémascope, en technicolor… et en muette.

Parfois il y en a un, ou une, qui me presse :

« Mais parle ! »

Quoi, parle ?

« Dis ce que tu ressens, vraiment. »

Comment ferais-je ? Je change, tout change et si vite que je suis incapable de dire le pourquoi et le quoi de moi.

Je vole.

Haut.

J’aime ça.

Et c’est tout.

Je veux juste être là, avec vous, faire avec vous, jouer avec vous, danser avec vous, rire, manger et dormir avec vous.

De temps en temps, comme pour m’excuser de si peu me dévoiler, je fais un petit cadeau.

Et des fois je craque et pleure dans le creux de votre épaule.

Ça c’est déjà beaucoup vous en dire. Pour moi en tout cas c’est beaucoup.

***

SMALL CITY : EXTRAIT DES MONOLOGUES DE R’JKA (décembre 2000)

Je n’en peux plus.

Je n’en peux plus du regard des autres. Je n’en peux plus de mon propre regard sur moi-même. Une pression permanente, ces regards : c’est comme autant de verdicts sans appel, des verdicts sans procès ni preuves, arbitraires et dont nous sommes tous tellement tributaires que nous en venons à n’être plus que des compromis incarnés.

Les gens savent s’y prendre pour vous remettre à votre place. D’ailleurs, c’est quoi cette expression : « remettre à sa place » ? C’est des conneries : on ne se fait pas remettre à sa place, jamais ! On se fait remettre à la place où l’on ne dérange plus personne, qu’importe que ce soit la sienne ou non, tant qu’on passe suffisamment inaperçu pour ne plus gêner le groupe.

Il faudrait peut-être tous se crever les yeux pour avoir la paix, pour en finir avec les regards.

27 février 2010

26 février 2010

... (38)

l'appartenance non choisie à une caste
est un abaissement sans nom
racaille rappeur ou progéniture de dentiste
qui ne cherche pas sa voie propre est un
clone creux


25 février 2010

... (37)

les murmures du ciel sont innombrables
portés par des vents multiples
le croyant se doit d'admettre que le verbe
s'adapte aux sensibilités
terrestres



21 février 2010

Mystique féline : la suite

Tout d'abord, je vous invite à aller lire ceci pour comprendre le quoi du comment (et éventuellement le pourquoi et qui va faire la vaisselle) de l'article qui suit... Ensuite, vous pouvez revenir ici.

Comme nous l'avions découvert en août 2008, les chats ont une religion : ils vénèrent le Chien Unique. Cette révélation m'a poussé à enquêter sur le terrain des mois durant, interrogeant nombre de chats sur leur foi et sur les textes sacrés de leur religion.

Il existe encore des zones d'ombres sur l'histoire de Long John, Long Johnson et Don Piano aussi n'aborderai-je pas le sujet aujourd'hui. Par contre je peux désormais répondre à ces deux questions fondamentales :
- Pourquoi les chats vénèrent-ils le Chien Unique alors qu'ils sont connus pour détester cordialement les chiens terrestres ?
- Pourquoi le Chien Unique se nomme-t-il ainsi, alors qu'il y a des millions de chiens sur terre ?

Il y a bien longtemps, le Chien Unique créa les chats pour peupler le monde. Les chats vénéraient le Chien Unique et le Chien Unique protégeait les chats. En ce temps il n'y avait nul chien sur la terre, aussi les textes sacrés des chats disaient « Il n'y a qu'un seul Chien » (« There is only one Dog »). Il est à noter que ceci fut une nette progression dans l'histoire de la civilisation : jusque-là, la plupart des espèces animales étaient polythéistes, alors que de nos jours, et ce grâce aux chats, seuls les arthropodes croient encore à tout un panthéon de divinités.

Puis vint l'être humain, une espèce bipède qui vénérait elle aussi un seul dieu, du nom de Jéhovah. L'homme écrivit alors un bouquin nommé « La Genèse » pour expliquer ses origines aux enfants. Il est écrit dans ce texte que « Dieu créa l'homme à son image ».

Le Chien Unique, curieux de cette nouvelle espèce et de son étrange religion, se procura un exemplaire de la Genèse et fut très étonné par cette affirmation ! Il regarda son canin reflet dans un miroir et ensuite il regarda les chats et il constata qu'il n'avait pas du tout créé ceux-ci à son image.

L'espèce humaine était en plein développement, et faisait des choses étonnantes comme de construire des maisons et autres trucs que les chats ne faisaient pas... Le Chien Unique, soucieux d'être « dans le coup », se dit qu'il valait peut-être mieux suivre la tendance et que si le dieu des hommes obtenait pareils résultats, peut-être le Chien Unique aurait tout intérêt à créer une nouvelle espèce qui soit « à son image ».

Ainsi arriva ce que les chroniqueurs de ces temps éloignés nommèrent « la Multiplication des Chiens ».

Le Chien Unique créa un chien, puis il le dédoubla, le tripla, le quadrupla... jusqu'à peupler le monde de millions de chiens ! Puis il annonça aux chats que désormais, le « peuple élu » serait le peuple canin et non plus le peuple félin. Vous imaginerez sans peine que les chats entrèrent dans une rage folle : non seulement ils perdaient leurs privilèges mais en plus tous ces chiens enlevaient son « unicité » au Chien Unique !

Les chats et les chiens se livrèrent alors une grande guerre sur la terre entière, qui dura 103 ans et 103 jours. Le conflit prit de telles proportions qu'il s'étendit jusqu'au Paradis ! Nombre de chiens et de chats s'y étaient rendus pour parler au Chien Unique et l'implorer de favoriser son camp, et ceux-là se livrèrent bataille par delà les nuages. Les corps des défunts tombaient du ciel et s'écrasaient sur la terre et c'est à cette époque qu'est née l'expression anglaise « it's raining cats and dogs » (« il pleut des chiens et des chats », équivalent anglo-saxon de notre « il tombe des cordes »).

Finalement, une trêve fut signée entre les deux camps, qui convinrent de se partager la planète. Mais, en dépit des siècles, les deux espèces continuent de se haïr cordialement. Les chats, quant à eux, vénèrent toujours leur créateur, le Chien Unique, malgré sa « trahison »...

Amis du bon goût, merci de votre attention, et puisse le Chien Unique veiller sur vous.

19 février 2010

... (36)

lorsque l'ironie du sort fait preuve
de réserves d'imagination
au-delà du bon sens
le juste compliment est de s’emplir
d'humour



17 février 2010

Ombres sur papier

Lorsque ma grand-mère maternelle nous quitta, en octobre 2005, c'est à ma tante et à moi qu'incomba la tâche de trier ses affaires. Dans la cave, bien enfouies dans des cartons qui avaient été enterrés là vingt-cinq ans plus tôt, nous trouvâmes de vieilles photographies. À vue de nez, des portraits pris entre 1890 et 1910. Des hommes tout en moustaches et en costumes noirs, et des femmes et des enfants qui sans doute étaient les leurs, tous capturés dans la non-expression des poses de l'époque.

Ma grand-mère savait-elle qui étaient tous ces gens ? Du haut de ses quatre-vingt-treize ans, elle eut sans doute été capable d'en nommer quelques-uns, et il est probable qu'elle eut été la dernière personne en ce monde à pouvoir le faire. Toutes ces photos ont fini à la benne : liquidation totale...

Ces gens, les hommes surtout, semblaient si fiers, débordants d'un sentiment d'importance. Étaient-ils médecins, avocats, instituteurs, notables de leur temps ? Étaient-ils simplement agriculteurs, artisans, commerçants endimanchés pour la photo ? Nous ne le saurons jamais, mais la façon dont ils toisaient l'objectif avec autant de rigueur qu'ils le pouvaient m'apparut totalement dérisoire... parce que quoi que ces hommes aient accomplis dans leurs modestes vies, il n'existe pas un être humain vivant sur cette terre qui serait capable de mettre un nom, une histoire, sur leurs visages fermés. Pourquoi alors ces photos ? Quel intérêt, quel sens avaient-elles si personne ne pouvait les contextualiser ?

Je ne connais pas ces gens, peut-être, sans doute, étaient-ils de braves hommes. Leur apparente arrogance n'était sans doute que le fruit d'une mode qui voulait l'homme austère et grave, mais cette apparente arrogance, combien semblait-elle soudain ridicule, dans l’abîme sans fond de leur anonymat...

Peu après, je voyais le film Dogville de Lars von Trier, et le générique de fin me plongea dans une grande mélancolie : une succession de portraits en noir et blanc, âme d'une Amérique profonde qui avait souffert, s'était contentée de peu. Nombre de visages étaient ici souriants et humbles, mais ils m'inspiraient la même sensation de vertige : des visages sans nom, sans histoire, des visages d'hommes et de femmes qui ont traversé des océans de misère, mais dont nul ne se souvient aujourd'hui...

C'est ce paradoxe de la photographie, du cinéma, de la vidéo... Ils figent une infinité de visages, pour l'éternité, mais contrairement aux témoignages écrits ils ne nous disent rien (ou si peu) sur la vie personnelle des gens qu'ils capturent. Durant des siècles, l'image se fondait dans le néant avec l'homme. Seuls les peintres (mystérieuses Joconde et Jeune fille à la perle...) nous laissaient la trace d'inconnus sans le mode d'emploi, mais ces quelques portraits abandonnés à l'histoire n'étaient pas les centaines de millions de portraits enfantés par la photographie...

Au fond, ces photos m'ont fichu froid dans le dos, parce que je voudrais bien pouvoir dire à ces gens que je sais qui ils sont, que quelqu'un sait qui ils sont. Mais personne ne sait ni ne saura plus jamais. Rien de ce qu'ils ont fait ou dit ne sera jamais plus évoqué par personne.

Mon père me reprocha par la suite d'avoir « bazardé » ces clichés, comme si j'avais commis un sacrilège à la mémoire de ces gens, de ma propre histoire familiale, de mon hérédité et éventuellement de la société occidentale tout entière. En fait, en envoyant tout ça à la benne, en offrant enfin la crémation à ces âmes mortes, j'ai eu le sentiment de leur rendre leur honneur, leur dignité. Enfin allaient-ils cesser d'être des visages sans identité. Puisque la mémoire de leurs descendants les avait trahis, mieux valait qu'ils retournent complètement au néant. Ainsi, la dérisoire vanité de leurs regards fiers, l'humiliation que leur infligeaient mon regard et celui de mes contemporains, notre insolente ignorance quant à leurs joies, leurs passions, leurs douleurs, leurs actes de bravoures, le son de leurs rires... tout cela a péri dans les flammes.

Qu'ils soient réincarnés ça ou là ou qu'ils ne soient plus du tout, ils ne méritaient pas de rester là, emprisonnés sur du papier, incompris pour l'éternité.
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