26 juin 2009

Ouh le menteur !

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy déclarait devant les caméras : « On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d'État n'existe plus ».

Il fallait oser...

Et bien moi j'ose dire que cette déclaration est le plus gros mensonge de la carrière politique de Nicolas Sarkozy.

En osant espérer que le Président de la République a un peu plus de dignité que Mme. Nadine Morano, secrétaire d'État à la famille, qui avait fait convoquer une internaute au commissariat pour avoir écrit « ouh la menteuse » à son propos (mais il est vrai que Nadine Morano a finalement retiré sa plainte).

25 juin 2009

... (24)

l'abstinence est un art héroïque
en ces temps de facilité
réalisable en dépit des appels
elle requiert une stricte discipline
masturbatoire


24 juin 2009

... (23)

orgies décalées de l'enfance
tarie désemparée
par les images accumulées
la mémoire surchargée de mots
shunte


20 juin 2009

Naturel, pas naturel...


Je suis toujours très étonné, en tant que végétarien, de la violence de la réaction de certains omnivores face à un mode de vie certes affiché, mais jamais de façon militante. Régulièrement, des gens à qui je ne demande rien tentent de me démontrer l'absurdité de mes habitudes alimentaires. Les arguments rivalisent alors de mauvaise foi, avec en tête de file cette phrase qui revient sans cesse : « c'est pas naturel ».

Ainsi donc le végétarisme serait « mal » parce que l'homme est naturellement omnivore et qu'il serait « néfaste » de s'éloigner de notre comportement « animal ». Lorsque l'on sait les dégâts causés à l'environnement par l'industrie agroalimentaire, sans parler du fait que cet argument provient de gens qui vivent en ville, portent des vêtements, se chauffent en hiver, conduisent des voitures, utilisent des contraceptifs et ont toutes sortes de comportements qui n'ont pas grand chose de « naturels », j'ai déjà du mal à être réceptif.

Mais cette argument ouvre surtout la porte d'un raisonnement qui, vous le verrez, est une véritable boite de Pandore !

Manger de la viande pour obéir à ses instincts, pourquoi pas ? Mais où s'arrête-t-on ? Parce que, si l'on creuse un peu, on se rend compte que le meurtre et le viol sont également des comportements naturels de l'homo sapiens sapiens en tant qu'espèce. Leur pénalisation serait donc tout aussi anti-naturelle que le végétarisme, et devrait de fait être remise en cause.

Je vous vois déjà pousser des cris et vous dire intérieurement que je raconte n'importe quoi, et pourtant si vous regardez l'espèce humaine du point de vue d'un zoologiste : c'est vrai !

Il existe très peu d'espèces dont les individus tuent les membres de leur propre espèce, mais il en existe (je pense entre autre aux coqs ou à certaines araignées) et l'homme en fait partie. Sans le cadre de la loi, sans le poids de la morale et de l'éducation, sans la peur de la sanction, l'homme peut très facilement céder à ses pulsions meurtrières et l'Histoire comme l'actualité nous montrent chaque jour qu'il ne s'en prive pas, malgré la loi, la morale, l'éducation et les sanctions. Ces choses n'existent pas chez les loups, leur nature leur dicte de ne pas s'entretuer. L'homme, lui, tue l'homme pour un oui ou pour un non (et plus souvent pour satisfaire à une pulsion que pour des raisons idéologiques). Se laisser aller à certains comportements sous prétexte qu'ils sont naturels devrait donc nous conduire à la légalisation du meurtre, que l'on considèrerait alors comme un débordement fâcheux mais acceptable.

Il en va de même du viol : l'acte sexuel imposé par la force existe également chez certaines espèces animales (les guépards, par exemple). Là encore l'Histoire et l'actualité nous montrent que le mâle humain a une propension non négligeable à ce comportement et que le moindre prétexte (de la guerre aux effets de l'alcool en passant par l'espoir de ne pas être pris) est bon à prendre pour abuser sexuellement d'une femme. Donc la soumission de l'être humain à sa nature devrait nous conduire à une légalisation immédiate du viol !

Alors il va de soi que la plupart des êtres humains admettent l'idée que certaines pulsions doivent être réfrénées pour le bien commun, que les comportements énoncés plus hauts sont inacceptables et doivent être combattus. Mais alors on se rend compte que l'argument « ce n'est pas naturel » ne tient pas : tout n'est qu'affaire de choix éthiques. La plupart des individus et des civilisations estiment que la morale nous dicte de ne pas nous entre-tuer, de ne pas abuser sexuellement de nos prochains (ce dernier point étant déjà beaucoup plus flou dans nombre de sociétés, à commencer par la nôtre), mais que la torture et le meurtre de membres d'autres espèces à des fins alimentaires (voire récréatives) est un comportement parfaitement acceptable. C'est un choix moral qui consiste à faire preuve de compassion dans un cas, et à s'en montrer incapable dans l'autre. Je m'interroge d'ailleurs sur le bien fondé de notre compassion dans le cas numéro un : est-ce réellement de la compassion ou simplement le choix d'interdire quelque chose qui pourrait nous arriver à tous (alors que l'on a assez peu de chance d'être mangé par un autre être humain) ?

Cela peut être sujet à discussion, mais la morale et la compassion ne sont - a priori - pas des comportements naturels. Ce sont des comportements induits par des valeurs acquises et un consensus social. Pour ne citer qu'un exemple (mais il y en aurait bien d'autres), l'esclavage des Noirs n'émouvait pas grand monde à une certaine époque. Les Noirs étaient des animaux, ou du moins des sous-hommes, et par conséquent ils n'avaient aucun droit et leur vie n'avait aucune valeur. Des millions de gens de par le monde trouvaient cela parfaitement normal... et naturel.

Alors si vous voulez bouffer de la viande, bouffez de la viande. Testez éventuellement votre compassion et vos choix moraux en regardant des vidéos d'abattoirs (Youtube en regorge) ou en égorgeant vous même un lapin mais si après avoir fait l'un ou l'autre vous considérez toujours que manger les autres est votre droit, ou que votre plaisir à le faire vaut plus que la souffrance de ceux qui sont mangés, alors ma foi faites-le.

Mais ne venez pas m'emmerder avec mon végétarisme, parce qu'il ne s'agit pas de « nature » mais d'éthique. L'éthique des Talibans leur dicte que lapider une femme est naturel. Votre éthique vous dicte que manger de la viande est naturel. Mon éthique me dicte que ne pas en manger est aussi naturel que ne pas égorger mes voisins (et pourtant Dieu sait qu'ils m'emmerdent) !

De ces trois éthiques, laquelle est la plus juste ? Ce n'est qu'une affaire de points de vue et la « nature » s'en contrefiche.

Mais s'il advient que l'Histoire avance dans le sens du progrès moral et de l'égalité des droits, il est vraisemblable que nos lointains descendants seront végétariens. Leur regard sur l'homme du XXIème siècle sera alors aussi sévère que notre regard sur les esclavagistes du XVIème siècle.

17 juin 2009

Le sage et l'apprenti

LE SAGE : Mais ce n'est pas parce qu'un projet n'est pas à la hauteur de ce que tu aurais espéré que - d'une part - il aurait forcément été à la hauteur si tu avais eu tous les pouvoirs de décision et que - d'autre part - il n'a pas influé positivement sur nos vies... Il n'y a jamais de perte de temps : il y a juste le temps qui passe et qui est ce que tu as décidé d'en faire...
L'APPRENTI : Moi je sais, mais elle ne sait pas : elle croit que le temps se « perd » !
LE SAGE : C'est fâcheux, parce que si l'on considère que le temps qu'elle perd ne se retrouve jamais... Elle doit voir sa vie de façon très triste !
L'APPRENTI : C'est le cas. Ça fait des années qu'elle voit sa vie sous cet angle et c'est tragique ! Je veux l'aider à en sortir !
LE SAGE : Heu... tu ne peux pas ! Elle a choisi sa vie... et elle en a quand même pour encore un moment (sauf accident de parcours que je ne lui souhaite pas). Après, peut-être qu'elle devrait envisager de réorganiser cette vie de sorte qu'elle lui convienne... On n'est jamais que le maître du voyage qu'on fait ici bas : si on coule, on ne peut pas tout rapporter à la qualité de la barque.
L'APPRENTI : C'est une lutte éternelle entre sa solitude et ma collectivité...
LE SAGE : C'est donc sans fin pour elle.
L'APPRENTI : Ou pas. C'est sans fin tant qu'elle accepte mes invitations...
LE SAGE : C'est donc à elle de faire des choix. Si elle ne les fait pas, c'est sans fin pour toi...

Merci à Cycy
.

16 juin 2009

Ce s'ra pas toujours moins bien qu'les Ricains !

-M- disait « ce sera toujours moins bien que les Américains » et malheureusement, c'est souvent très vrai. Pourtant, de temps à autre, un artiste français aurait de quoi en remontrer à nos ainés d'outre-Atlantique. C'est le cas de Curieux Dandys, groupe parisien qui fait partie de mes grands coups de cœur de l'année, et qui vient de sortir son premier album, Ixe Reality Show.

Alors comme ils chantent en français on pourrait dire que c'est de la chanson française. Mais si vous aimez la chanson qui vous parle de votre « quotidien », du regard de la boulangère, d'une tasse de thé sur un canapé Ikea ou des parfums nostalgiques de votre village d'enfance, mieux vaut passer votre chemin ! Chez les Curieux Dandys, on est glamour et hédoniste ! Leur quotidien consiste à vivre dans la décadente métropole de Voracity, à passer de chaudes vacances dans la luxueuse station balnéaire d'Alvadora, à chauffer le chauffeur de sa limousine, à se faire belle comme une « cosmetic lover », etc. ! Bref, un univers joyeux et moite, dont le maître mot est une sensualité torride. Et quelle sensualité ! Même la douleur d'une séparation, épisodes peu glorieux de nos existences terrestres, se transforme ici en un requiem à la fois grandiose et ironique. Ce qui n'empêche pas le disque de se terminer sur une note sensible avec une très intimiste ballade au piano, comme quoi ici tout est permis ! Et ne vous laissez pas avoir par mes mots si tout cela vous paraît superficiel : Ixe Reality Show est un magnifique voyage, un album concept bourré de second degré. C'est juste pour le fun !

Derrière Curieux Dandys, il y a avant tout 20.100 V-GA, (synthétiseurs, piano, percussions et programmation), auteur compositeur et chef d'orchestre : c'est à lui que l'on doit le concept de cet univers musical surprenant. Il y a ensuite la brillante Clémence Lévy, qui assure le rôle clé de chanteuse lead du groupe. De formation classique (elle a obtenu plusieurs médailles du conservatoire de Paris), elle a l'air bien sage lorsque l'on visite sa page Myspace et celle de son ancien groupe Love Canailles, mais ici elle s'encanaille pour de bon et ça lui va à merveille ! À leurs côtés sévissent la très croquette Elise Nortop aux chœurs, le batteur G-Mo et les guitaristes Vidda et Ju l'Autruche (eux même issus d'un fameux groupe de metal dénommé Psykup). La version live du groupe est en train de se mettre en place et m'est avis que ça va enflammer pas mal de salles de concerts !

La musique des Curieux Dandys est assez difficile à définir : il y a de tout dans ce disque et c'est tant mieux. Pop avant tout, l'ensemble garde un esprit très funk (20.100 V-GA est tout comme moi un inconditionnel de Prince, et il lui rend d'ailleurs un hommage que seuls les initiés percuteront, dans le morceau M. Diva). On y retrouve toutefois une bonne dose d'electro, parsemée d'un peu de synth-pop par-ci et de chanson française par-là, le tout dans un esprit très glam-rock qui n'est pas sans rappeler Goldfrapp, et une démesure poétique qui me fait penser aux frasques folles de Claire Diterzi. Peu importe le « genre » : le résultat est tout simplement épatant ! Des compositions qui allient parfaitement mélodies riches (les habitués de ce blog connaissent mon goût pour la mélodie) et grooves irrésistibles, le tout avec des textes très travaillés, des arrangements raffinés et une originalité unique dans le paysage musical national.Curieux Dandys pourraient bien être à la musique française des années 2010 ce que les Rita Mitsouko furent à celle des années 80 : une bouffée d'oxygène salvatrice et inspirante ! Reste à voir si le succès frappera réellement à leur porte en ces temps concurrentiels. Un remix réalisé pour Lio semble démontrer que leur talent ne passe pas inaperçu et augure de futures collaborations avec d'autres artistes reconnus (mais je n'ai pas le droit d'en dire plus à ce stade). Espérons en tout cas que les producteurs parisiens ne passeront pas à côté d'un tel talent ! Pour finir (et cela démontre une épatante prolixité) 20.100 V-GA travaille déjà au second album, qui devrait s'appeler Série Z et que j'ai très, très hâte d'entendre !

En attendant, le premier est disponible sur iTunes et autres sites de vente en ligne (Fnac, Virgin, etc.) via le myspace du groupe. Alors filez vite écouter ça et si ça vous séduit, faites-les connaître autour de vous ! Ils le méritent !

12 juin 2009

Neweden/Mercure Liquide : fin d'un projet, fin d'une époque...

Ce soir, une aventure culturelle lyonnaise s'est terminée, qui fut probablement l'une des plus singulières de la vie artistique locale de ces quinze dernières années.

La revue Mercure Liquide sortait son dernier numéro, et célébrait de joyeuses funérailles lors d'une ultime soirée. Tous ne le savent pas, mais Mercure Liquide fut en fait l'ultime émanation du collectif Neweden, collectif pluridisciplinaire fondé en 1997 autour du fanzine Scrach, lui même né en 1995. Cette soirée était la dernière, ever.

Co-fondateur et de Scrach, et de Neweden, et de Mercure Liquide, ce n'est pas sans émotion que je vois cette page se tourner, même si j'avais quitté le projet depuis deux ans déjà. Je n'ai pas assisté à la soirée, pour diverses raisons, mais mon cœur était un peu là-bas tout de même.

Il y aurait sans doute une histoire à écrire autour de ces quatorze années, car quand je parle d'aventure je peux vous dire que c'en fut une sacrée ! Deux fanzines, une revue et une maison d'édition ; trois festivals et plus de trente autres événements où se mélangèrent concerts, danse, expositions, lectures, performances, projections et théâtre ; aux alentours de trois-cents artistes et bénévoles impliqués de près ou de loin ; quelques trois ou quatre milliers de spectateurs et lecteurs... Tout ça avec des bouts de ficelle et une foi inébranlable : Neweden aura bien vécu ! Que d'anecdotes et de moments ahurissants, hilarants ou difficiles, que de galères, de joies, de succès, d'engueulades et d'embrassades... Que de travail aussi. Si vous saviez le nombre de souvenirs qui m'assaillent quand je repense à tout ça ! Il y a eu des périodes d'accalmie, mais il faut comprendre que ce n'était pas juste un truc qu'on faisait, c'était un truc qu'on vivait, qui construisait et déconstruisait nos quotidiens, nos priorités, nos fêtes, nos amitiés, nos histoires d'amour parfois même.

Il y a une histoire à écrire, du premier numéro de Scrach, fanzine photocopié, tapé à la machine et tiré à 22 exemplaires jusqu'au dernier numéro de Mercure Liquide, revue classieuse reconnue nationalement, subventionnée et tirée à 500 exemplaires. Il y a une histoire à écrire, de la toute première New Eden Party dans un petit bar obscur jusqu'à nos soirées aux Subsistances ou au Croiseur (en passant par l'épique New Eden Week de juin 2000, un festival homérique, long d'une semaine, qui marqua pas mal d'esprits). Une histoire de projets impossibles et pourtant mis en œuvre, souvent titanesques au regard des moyens financiers et humains dont nous disposions. Une histoire de lieux aussi, ceux qui ont accueillis nos soirées, ceux que nous avons occupés plusieurs mois durant (la Casa Okupada, puis la Friche RVI à ses débuts). Et surtout une histoire humaine, de rencontres, de collaborations, tissée non seulement par une équipe (qui connut tant d'incarnations différentes) mais aussi par de nombreux acteurs de la vie culturelle locale, qui flirtèrent avec nous le temps d'un ou quelques événements.

La liste complète des contributeurs, artistes pour la plupart, est presque impossible à établir mais peut-être avec nos archives y parviendrons-nous un jour. Des tas de noms, de visages, me reviennent en mémoire en plus de tous ceux que je fréquente toujours. Certains étaient plus avancés que nous dans leurs carrières, et nous ont généreusement donné un coup de pouce. D'autres, la majorité, ont fait leurs premières armes à nos côtés. Des tas de gens à qui j'ai envie de dire merci ! Merci d'avoir été là, merci d'avoir fait avec nous, merci d'avoir fait cette légende. Ce n'était peut-être qu'une petite légende lyonnaise, qui sera vite oubliée, mais il n'empêche que régulièrement je croise des gens qui évoquent avec émerveillement et gratitude tels ou tels moments qui les ont marqués, qui leur ont permis d'avancer dans leur vie, leur création ou leur carrière. C'est tellement bon de savoir que tout ça n'a pas servi à rien !

Alors en attendant d'évoquer tout le monde ou presque, de vous raconter un jour tout ça dans les détails, il y a quand même cinq personnes sans lesquelles je n'aurais rien fait du tout, et que je tiens à saluer en ce jour d'enterrement. Plusieurs autres personnes ont apporté des éléments déterminants quant aux directions artistiques du collectif et de ses projet. D'autres encore ont été très impliquées, voire vitales à certaines périodes transitoires. Mais il serait impossible de les nommer sans évoquer une foule de pourquoi et de comment. Aussi me contenterai-je aujourd'hui de vous parler des cinq personnes qui ont été, à mes côtés et à tour de rôle, la colonne vertébrale de Neweden.

Tout d'abord mon ami l'auteur de BD Frédéric Thirion, co-fondateur de Scrach, qui n'eut de cesse pendant deux ans de me tanner pour qu'on monte un fanzine, jusqu'à ce que je craque et accepte, sans imaginer une seconde où tout cela nous mènerait !
Il y a ensuite les deux personnes qui ont formé avec moi le « trio moteur » de la première « grande époque » de Neweden entre 1998 et 2001 : la danseuse et chorégraphe Florence Bordarier et le photographe Fred Grégeois. Nous avons traversé de telles tempêtes ensemble, à cette époque où le collectif comptait une quarantaine de membres ! Nous n'étions que des gamins de vingt ans, avec une immense envie de déplacer des montagnes, et nous les avons déplacées !
Il y a enfin les deux autres membres du second « trio moteur », celui du festival Garden Freaks et des années Mercure Liquide (2003-2008) : le photographe safran et la chargée de projet Marion Blangenois. Nous étions déjà moins jeunes et moins fous, l'équipe était plus réduite mais la tâche toujours aussi ambitieuse, sinon davantage. Grâce à eux, Neweden quitta la sphère de l'underground et mit en œuvre un projet plus mûr, plus abouti, plus cohérent aussi... Nous avions envie de déplacer d'autres montagnes, et de nouveau elles furent déplacées !

Sans tous les autres, nous n'aurions rien pu faire du tout.
Sans ces cinq personnes-là, je n'aurais jamais pu construire un bateau assez solide pour accueillir tous ces autres. À titre personnel, je leur dois beaucoup. À titre collectif, Neweden leur doit énormément.

Alors voilà, Neweden avait bien vécu : trop bien, trop vite et trop intensément pour vivre plus longtemps. C'est à peine une métaphore que de dire que le cœur a lâché... Le moment était venu d'explorer d'autres horizons, de faire chacun notre route. Les deux Fred se sont fait un peu plus discrets depuis quelques années, mais il continuent de faire leurs trucs dans leur coin, toujours avec le même plaisir. Je crois savoir que Marion prépare déjà un autre projet, et je ne doute pas un instant que ce projet sera à la hauteur de son talent d'organisatrice. Quant à Florence, safran et moi, en parallèle de nos projets personnels nous sommes en quelque sorte revenus aux sources, avec les Combustions Spontanées qui regroupent, entre autres, un certain nombre d'anciens membres et collaborateurs de Neweden. Et toujours, partout autour de nous, je vois naître (ou durer) d'autres collectifs, d'autres revues, d'autres talents... Je vois aussi nombre de ceux qui nous ont accompagnés murir, grandir, s'épanouir dans leur création. La scène lyonnaise est si riche !

Un jour je vous raconterai tout, promis ! En attendant, tout ce que je peux vous dire, c'est que c'était un sacré voyage, qui valait vraiment la peine d'être vécu ! Merci encore à tous ceux qui en ont fait partie, et bonne route à tous !

This is the end, my friends...
This is the beginning!

11 juin 2009

Contresens
















aube empourprée
pourquoi toujours heure temps ?
éclats d'argile
immuable immédiat
quand le seul lieu est rencontre
un corps qui n'a de sens
d'importance
de beauté
que lorsque extatique
le reste
déjà
souvenir
à peine consumé
mes mots - fruits de plaisirs à peine écartés
voile - écarté
nom ombre
(ou du moins ce serait mieux ainsi)
(ne) recherche (plus) ange
(blanc)
pour dépasser la béatitude
se fondre dans la croisée
es-tu là ?
es-tu là ?
je suis là
quand tout semble renaître
surtout ce qui vit (encore) déjà
complétude presque (là)
au dessus des nuages (là)
je t'observe d'en haut, à mille lieues du sol
& pour autant
je dois encore
lever
les yeux
la magie n'a d'égale que la plénitude
(plénicertitude)
ce serait drôle que les sphères soient en
apesanteur
tout ça comme
au lieu de rouler, de tomber dans les trous
oublier chacun des éphémères
devant l'évidence
d'un océan d'idées sauvages
(la sagesse est tellement sauvage)
vagues
gouttes
facettes
réalité senteur
couleur
de ton
deep space nine
ou quelque chose comme ça...
te goûter était un mythe
le mythe est consumé

(Remix d'un inédit de l'automne 2000, qui dit aujourd'hui le contraire de ce qu'il disait alors...)

7 juin 2009

Lyon, capitale européenne du puritanisme ?

Lyon n'a peut-être pas été capitale européenne de la culture (et c'est bien dommage) mais la ville s'annonce bien classée pour être capitale européenne du puritanisme !

Le premier arrondissement de Lyon est en train de muter et à bien des égards c'est tant mieux. Les habitants de la rue Sainte Catherine, où j'habite depuis un an, se sont mobilisés pour que cesse le chaos qui régnait depuis des années dans cette rue (les lyonnais qui lisent ce blog savent de quoi je parle) et il faut reconnaître que moi même, qui n'ai jamais cru en la validité du concept de « tapage nocturne » (voir à ce sujet le récit de mon dernier voyage en Inde), j'en avais jusque là de l'ambiance glauquasse de la rue après vingt-deux heures : bruits de bagarres, insultes, hurlements, bouteilles cassées et poubelles renversées, les copines pas rassurées lorsqu'elles quittaient mon appartement en fin de soirée, etc. Que les gens fassent la fête, très bien. Malheureusement la « fête » ressemble trop souvent ici à une beuverie violente.

Alors les autorités ont - enfin - réagi. Les bars de la rue Sainte Catherine qui, d'après certaines rumeurs, avaient jusque là obtenu le droit de faire tout et n'importe quoi à coups de pots de vin et de copinage politique, ont été contraints de maîtriser leur clientèle et de fermer plus tôt. Il faut admettre que cela n'est que justice quand on sait l'hécatombe des café-concerts et autres lieux culturels associatifs qui a suivi l'élection de M. Gérard Collomb, maire de gauche certes mais pas trop tout de même. Un nombre ahurissant de ces espaces, malgré tous leurs efforts, ont été fermés souvent à cause des plaintes d'un seul voisin, alors que les antres d'ivrognerie de la rue Sainte Catherine passaient allègrement à travers les mailles du filet et emmerdaient tout le monde au passage.

Malheureusement, l'espèce humaine est incapable d'agir avec modération et c'est ainsi que je constate avec effarement un changement d'attitude radical de la part des riverains. Fiers de cette petite victoire, les « croquantes et les croquants » (comme disait l'autre) se précipitent pour faire régner l'ordre et le silence. Ainsi, dans mon immeuble, il a fallu du jour au lendemain virer tous les vélos, cordes à linges et autres choses qui pouvaient « encombrer » les allées. De même, les petites gens bien pensants ont-ils décidé de ne plus tolérer le moindre pet de lapin après vingt-deux heures. Avec l'agressivité sans borne dont savent faire preuve les gens qui ruminent leur amertume de se lever le matin pour aller faire un boulot de merde, j'entends maintenant hurler la nuit non seulement les ivrognes, mais aussi ceux qui ne supportent pas que tel ou tel de leur voisin passe une petite soirée entre amis sans fermer ses fenêtres (et je ne parle pas là de « fêtes » mais bien de « petites soirées » à trois ou quatre). J'observe et j'écoute l'air de rien : il se créé des alliances, des clans, ça cancanne dans les allées et l'ambiance n'est pas sans me rappeler le passage du voyage vers l'Afrique de Voyage au bout de la nuit, quand les bien-pensants s'allient pour montrer du doigt le supposé fauteur de trouble.

Mais l'aspect le plus honteux, le plus lamentable, de cette « épuration » est le décret préfectoral qui interdit désormais aux épiciers de vendre de l'alcool après vingt-deux heures. Nous sommes dans la seconde métropole de France, une ville qui se veut « capitale européenne » et il n'est même plus possible de s'acheter une bouteille de bière ou de vin le soir si l'on a décidé de finir entre amis à la maison. Enfin si : c'est encore possible. Mais cela oblige à faire appel aux sociétés de livraison d'alcool à domicile, pour des prix démesurés. Ce décret tout d'abord ramène Lyon au niveau d'une petite bourgade de province alors que pouvoir trouver à boire (ou à manger) à toute heure fait tout de même partie des avantages d'une ville comme la nôtre ! Ce décret ensuite punit les (nombreux) braves gens dont la vie ne s'arrête pas à vingt-deux heures, tous ceux qui, sans être des poivrots, sans foutre le bordel dans les rues, aiment bien pouvoir décider de façon impromptue de poursuivre la soirée chez eux avec une bouteille. Pour une poignée de fauteurs de troubles, c'est la majorité silencieuse des bons-vivants qui est « punie » par les très actifs puritains (et une lettre du conseil de quartier vient de remercier très chaleureusement M. le Préfet pour ce décret). Ce sont, enfin et encore et toujours, les riches qui sont favorisés, puisque ceux qui ne peuvent s'acheter qu'une bouteille de vin à quatre euros ne pourront pas forcément payer leur bouteille douze euros aux sociétés de livraison nocturne.

Mais bon, ainsi va le monde, ainsi va Lyon. Les lieux nocturnes associatifs, innombrables il y a dix ans, sont désormais quasiment inexistants. Les fêtards sont désormais décentralisés vers le Ninkasi et les péniches, entreprises lucratives. Les habitants des immeubles seront désormais priés de vivre enfermés chez eux dans le plus grand silence et sans qu'un seul objet ne dépasse de leur porte d'entrée.

Moi aussi je voulais que ça se calme rue Sainte Catherine. Mais pas comme ça, pas dans cette ambiance, et pas au prix de ma liberté d'acheter une bouteille de vin à une heure du matin si le cœur m'en dit !

6 juin 2009

Journée mondiale de l'environnement, fête des mères, tout ça...

Image : Daphne Todd
Aujourd'hui c'était la journée mondiale de l'environnement...

Oui, bon...

Le truc c'est que le réchauffement de la planète, moi je suis POUR !!! D'abord je trouve qu'il fait beaucoup trop froid en France. Et puis voir la Bretagne et Marseille (surtout Marseille) engloutis sous les flots, ben si ça permet d'avoir la mer à Lyon moi je dis au bout du compte c'est pas une si mauvaise affaire. ^^

Heureusement dimanche c'est la fête des mères et là je remercie le ciel parce que que ça fait maintenant huit ans que je suis débarrassé de cette innommable corvée ! Bon courage à tous ceux qui ont encore une maman.

En tout cas l'acteur David Carradine a célébré tout ça avec humour puisqu'il semble bien qu'il soit décédé d'un accident masturbatoire, ce qui n'est pas donné à tout le monde ! Moi je dis : la classe jusqu'au bout le mec, et paix à son âme !

Ben quoi ? Là depuis minuit on est le 6 juin. C'est pas le 6 juin la journée mondiale de la mauvaise foi ? Ah, bon...

4 juin 2009

Ah... c'était le bon temps !

On dira ce qu'on veut sur les années 80, elles furent au moins autant la décennie des romantiques que celle du matérialisme. Les pop-songs d'alors avaient un sens de la mélodie implacable et témoignaient d'une dévotion sans borne au sentiments les plus rose-bonbon. Tout ça s'est perdu depuis et je me demande bien à quoi peuvent rêver les ados d'aujourd'hui avec ce que crachent les radios (à être des stars du porno peut-être ?). En fait j'aurais beaucoup à dire sur la magie de ces années-là, sur ma joie d'avoir grandi dans cette atmosphère culturelle mais ce sera le sujet d'un autre article, un jour.

Bref, mon trip du moment c'est la B.O. du film Electric Dreams (1984), un des premiers films de la génération MTV, dont la bande son contient quelques-uns des titres les plus romantiques de l'époque. On commence avec la kitschissime (et irrésistible) Together In Electric Dreams de Philip Oakley et Giorgio Moroder, suivie de la délicieuse Video de Jeff Lynne et de la toute douce Love Is Love de Culture Club.

Bon trip nostalgie à ceux qui ont connu 1984, en espérant que les plus jeunes comprendront ^^





14 mai 2009

Le long Halloween

Ralentissement d'activité sur ce blog ces derniers temps. Non pas que l'inspiration me manque (bien au contraire) mais votre agneau préféré croule sous le travail et n'a guère de temps à accorder à son blog. Et encore, heureusement que je me suis acheté un esclave syrien au marché pour faire le ménage (les esclaves syriens étaient réputés, en Égypte Antique, comme étant les plus robustes, alors je me fie à la sagesse des anciens ^^) ! En tout cas, toutes mes excuses à mes fidèles lecteurs, puisqu'il semble que fidèles lecteurs il y a, pour ce ralentissement d'activité à durée indéterminée.

En attendant d'autres frasques, voici une quatrième histoire pour enfants, écrite comme les trois précédentes à l'automne 2005. Avec le recul, je trouve que le style est un peu trop littéraire et sérieux pour un jeune public, mais je continue d'aimer l'idée de base : et si, un lendemain d'Halloween, tout le monde se réveillait transformé en ce en quoi il était déguisé la veille ? Quoi que les deux histoires n'aient rien en commun, le titre est directement emprunté à la merveilleuse bande dessinée Batman : un long halloween, de Jeph Loeb et Tim Sale.


LE LONG HALLOWEEN

Il y a très longtemps, quand j’étais petit garçon, il fut un halloween très spécial dans notre ville. On s’en souvint sous le nom de « long halloween »… car il dura un an.

Les gens, lorsque tout commença, s’étaient comme il convient déguisés en toutes sortes de monstres et créatures surnaturelles. En ce temps-là, halloween était si populaire que même les adultes se déguisaient. Il y avait des Loups-garous, des Vampires, des Goules, des Dragons, des Squelettes, des Sorcières, et j’en passe…

Je n’avais moi-même pas pu me déguiser, car mes parents m’avaient puni pour quelque bêtise. Je devais donc rester dans ma chambre au lieu d’aller collecter des bonbons avec mes camarades d’école. Alors j’ai regardé la télé. Aux informations, ils disaient qu’une drôle de vieille dame était apparue à une réunion de la mairie. Elle avait déclaré que les gens de notre ville s’étaient fort mal comporté cette année : ils ne s’aimaient pas entre eux, et ils se disputaient pour n’importe quoi.

Le maire avait rit au nez de la dame, lui expliquant que c’était ainsi et qu’elle n’y changerait rien. Elle était partie, furieuse, en criant que puisque nous agissions en monstres, c’est ce que nous deviendrions. Les hommes politiques de la ville ne firent que rire davantage !

Lorsque je me levais le lendemain matin pour aller en classe, j’eus le pressentiment que quelque chose de pas normal était arrivé pendant la nuit. J’entendis Papa et Maman pousser des cris dans leur chambre et courir dans la maison : mon pressentiment était fondé !

J’allais à leur recherche et trouvais Papa caché derrière le canapé. Il avait l’air vraiment bizarre avec ses bandelettes ! Il me dit qu’il y avait une Sorcière dans son lit quand il s’était réveillé. Quand je lui répondis qu’il n’était pas tout à fait lui-même, il fit mine de ne pas comprendre.

Je trouvais ensuite Maman cachée dans un placard (à balais, bien sûr), et elle me dit en tremblant qu’à la place de Papa, il y avait une Momie dans son lit. Je lui expliquais que la Momie, c’était Papa. Et qu’elle avait bien changé, elle aussi.

Le petit déjeuner ne fut pas très gai. Papa et Maman n’arrêtaient pas de pleurer en se demandant ce qui s’était passé. Finalement, on est parti, moi pour l’école, eux pour leur travail. Dans la rue, c’était un sacré capharnaüm !

Il y avait des monstres en train de gémir ou de crier à tous les coins de rues. Il semblait que tout le monde se fut transformé en ce en quoi il s’était déguisé la veille. Tout le monde sans exception.

J’arrivais à l’école, et c’était un chahut sans nom ! La maîtresse était devenue une Chauve-souris Géante… Déjà qu’elle n’était pas belle avant ! Les élèves se moquaient tous d’elle et elle était furieuse. Il faut dire qu’ils n’avaient pas de quoi faire les fiers : vous auriez vu l’allure de ma classe !

Je me retrouvais assis entre la Créature du Marais et le Monstre de Frankenstein, pour écouter une Chauve-souris Géante nous expliquer des mathématiques…

Le soir, on a regardé les informations avec Papa et Maman : partout dans la ville, les gens s’étaient métamorphosés. Seules les rares personnes qui ne s’étaient pas déguisées avaient gardé leur apparence normale. Le Maire (qui était devenu un Clown), fit un long discours selon lequel il promettait de trouver une solution. Bien sûr, personne ne le crut.

Au début j’étais tout content de ne pas être un monstre, mais très vite je commençais à me sentir un peu seul. On me regardait dans la rue, et je n’aimais pas trop ça. A la maison ce n’était guère mieux : Papa n’arrêtait pas de se prendre les pieds dans ses bandelettes. Et Maman jetait des sorts sans le vouloir, ce qui provoquait plein de catastrophes dans la maison.

Et c’était compliqué partout : le voisin, par exemple, était un Bonhomme de Neige, et comme il fondait dès qu’il était près d’un radiateur, il dut se construire une cabane dans le jardin. En effet : il ne pouvait pas couper le chauffage, car sa femme était devenue un Robot, et ne supportait pas le froid qui coinçait ses articulations mécaniques.

Bref, la situation posait toutes sortes de problèmes à plein de gens, et chacun dut apprendre à s’adapter à sa nouvelle condition et à celle des autres. Les choses étaient d’autant plus difficile que le Président de la République avait décidé d’isoler la ville du reste du pays. A chaque fois que quelqu’un allait dans une autre ville, il créait une panique. Les gens voyaient débarquer un monstre et avaient peur.

Plus personne n’eut donc le droit de sortir de la ville. Nous nous retrouvions livrés à nous-même. La situation était très difficile, et les gens commencèrent à être encore plus méchants qu’avant. Ils se réunirent par genres de monstres, et firent des alliances : les Vampires cherchaient chamaille aux Loups-garous, les Goules s’alliaient contre les Gargouilles, etc… C’était absolument n’importe quoi !

Voilà qui ne me plaisait guère. Mais que faire ? Je ne pouvais pas obliger les gens à être gentils ! Je finis donc par sympathiser avec les rares autres enfants qui n’avaient pas été transformés, et nous nous demandions souvent ce que nous pouvions trouver comme solution.

Les mois passèrent et la ville sombra toujours plus dans la folie. Le clan des Vampires, en particulier, était particulièrement pénible. Comme ils ne pouvaient plus sortir que la nuit, ils essayèrent de construire au-dessus de la ville un énorme toit, pour qu’il fasse toujours nuit. Personne n’était d’accord et il s’ensuivit une terrible bagarre.

Le clan des Clowns, mené par le Maire, tenta ensuite de faire mettre en prison tous les King-Kongs, car un King-Kong avait contesté une loi votée par le Maire. Mais comme les Sorcières étaient les alliées des King-Kongs, cela déclencha encore des bagarres. Finalement, les Sorcières jetèrent un sort qui déclencha une terrible tornade. La tornade démolit bien des maisons et inonda la moitié de la ville.

Un soir, Papa nous expliqua fièrement que le clan des Momies avait mis le feu au supermarché, qui n’employait désormais plus que des Zombies. Mais le clan des Sorcières était allié à celui des Zombies, et cela provoqua une terrible dispute entre Papa et Maman. Finalement, Papa partit en claquant la porte, déclarant qu’il allait vivre avec les autres Momies.

Avec mes nouveaux amis, nous avons décidé que cela ne pouvait plus durer : en six mois, la moitié de la ville était déjà en ruines. Plein de familles s’étaient brouillées parce que leurs membres appartenaient à différents clans. Il fallait que tout le monde redevienne humain, car même si avant les gens se disputaient, cela n’allait jamais aussi loin.

Nous commençâmes donc à aller à la rencontre des gens, pour leur expliquer que nous ne pouvions plus vivre dans ces conditions. Mais personne ne nous écouta. Les adultes qui étaient resté humains organisèrent une grande réunion, demandant à tous de se concentrer pour trouver une solution, afin de redevenir tous normaux.

A notre grande surprise, les monstres de tous genres se mirent à protester qu’ils étaient très bien comme ils étaient ! Les Sorcières dirent qu’elles étaient ravies de pouvoir jeter des sorts, et les Vampires de boire du sang, et les Monstres de Frankenstein d’être très forts, etc… Plus personne ne voulait redevenir humain !

Les mois continuèrent de passer, et les non-monstres finirent par vivre entre eux, dans un immeuble avec un grand jardin. Nous avons commencé à cultiver nos légumes, et organisé entre nous un mode de vie paisible, sans disputes ni conflits. Au dehors, le chaos continuait.

Un an était presque passé, et nous approchions du nouvel halloween. Autant dire que dans le clan des Humains, personne n’avait envie de le fêter. Nous avions vu notre monde s’écrouler, et nos familles se disperser. C’est à ce moment-là que je me souvint de la vieille dame qui avait protesté contre la mesquinerie des gens. Il semblait que ce fut elle qui nous avait jeté un sort. Mais cela n’avait fait qu’empirer les choses.

Cette nuit-là, je vis la femme en rêve, elle était devenue très jeune et très belle. Elle me dit que moi seul pouvait résoudre la situation, mais que je devais me dépêcher : après la prochaine nuit d’halloween, la métamorphose serait définitive. Rien ne pourrait retransformer les monstres en les gens qu’ils étaient autrefois ! Je lui demandais quoi faire, et elle me répondit de chercher la solution au fond de moi, car c’était là qu’elle se trouvait.

Je passais de longues journées à me creuser la tête en vain. Rien n’y faisait. Puis, l’avant-veille d’halloween, quelqu’un fit une blague : « Dites, vous croyez qu’ils vont se déguiser en gens normaux pour halloween, les monstres là-dehors ? » « Eurêka ! » criais-je. « C’est ça qu’il faut faire !!! » Et j’expliquais mon plan : si les monstres se déguisaient en Humains, la transformation s’inverserait !

S’ils savaient que l’idée venait des Humains, les monstres ne feraient rien. Nous nous sommes donc déguisés en monstres pour passer inaperçus, et avons fait le tour de la ville en collant des affiches : « Monstres de tous poils, c’est bientôt Halloween ! Célébrons la fête qui a fait de nous ce que nous sommes, et moquons-nous ensemble des humains que nous étions jadis. Que chacun se déguise en la personne qu’il était avant ! »

Les monstres accueillirent la proposition avec enthousiasme. Il semblait que l’idée leur plaisait. Nous n’avions plus qu’à attendre et à prier pour que tous sans exception se déguisent. Je ne vous cache pas que la nuit fut longue. Très longue.

Le lendemain matin, nous sommes sorti voir ce qui s’était passé. Nous étions épuisés : le suspense était si grand que personne n’avait dormi. Dans la ville en ruine, les gens erraient, le regard perdu… Ils étaient redevenus eux-même !!! Nous avons passé la journée à les réunir dans notre grand jardin. Tous étaient complètement hagards, comme s’ils se réveillaient d’un long rêve. Je me jetais au cou de Papa et Maman, tellement heureux de les voir redevenus normaux !

Il fallut deux ou trois jours pour que tout le monde reprenne ses esprits. Les gens virent l’état de la ville, se souvinrent de la façon dont ils s’étaient fait la guerre pour des raisons absurdes ! Ils avaient terriblement honte, et ceux qui étaient restés humains pendant l’année les réconfortèrent : tout était pardonné. Il fallait à présent reconstruire la ville, et apprendre à vivre paisiblement.

Les ex-monstres étaient si reconnaissants envers nous de les avoir libérés de la malédiction, et de ne pas leur en vouloir pour la vie qu’ils nous avaient faite pendant un an, qu’ils promirent de se comporter bien à l’avenir. Puis, tout le monde se mit au travail : il y en avait, des choses à rebâtir !

Peu après, le Président leva l’isolement qui pesait sur la ville, et depuis ce jour, les gens se comportent avec respect les uns envers les autres. Chacun ici se souvient à quel point les discordes inutiles peuvent gâcher la vie. Tout le monde se souvient également de la bêtise qui était derrière l’idée des « clans » de monstres. Ainsi, chacun se garde désormais de juger autrui sur ses différences.

Le Long Halloween avait été une dure épreuve pour tout le monde, mais tous en étaient sortis grandi. Au bout de quelques années, la « ville des monstres » était devenue pour tout le pays « la ville où il fait bon vivre. » On nous prit en exemple, car nous avions à cœur de résoudre tous nos désaccords en parlant, sans nous disputer ni nous battre !

Quant à moi, je fus remercié d’avoir rétabli la paix avec mon idée, et chacun me fit un cadeau. Tout le monde était tellement heureux d’être redevenu normal ! Enfin, presque tout le monde…

Le Maire avait refusé de se déguiser en lui-même, fier qu’il était d’être un Clown. Au fond, c’est ce qu’il avait toujours été, et c’est ce qu’il serait toujours.

Heureusement, une certaine vieille dame, qui vivait au fond des bois et pratiquait la magie, accepta de l’embaucher comme jardinier… s’il promettait d’écouter ses enseignements.

23 avril 2009

Les adultes sont des cons !


Nous étions jeunes, nous avions vingt ans et tous nous avions décidé de faire de la création artistique notre vie.

La création artistique, nous en savions encore peu de choses, nous la découvrions à peine. Mais s'il y a une chose que nous savions, malgré notre (immense) arrogance, malgré notre (immense) naïveté, c'est qu'elle nous coûterait cher, qu'elle exigerait de nous bien des sacrifices.

Nous étions jeunes et tous paumés mais tous autant que nous étions, nous savions bien que c'était là notre vocation, qu'il n'y avait pas d'alternative possible, comme un destin qui ne nous demandait pas notre avis. C'était quelque chose d'irraisonné et de déraisonnable et ça le serait toute notre vie. C'était tout simplement plus fort que nous.

Il y avait quelque chose à chercher, une magie, une vérité peut-être, et nous devions chercher jusqu'au tombeau s'il le fallait (et il le faudra).

Nous étions jeunes mais aussi très vulnérables. Sortis du lycée ou à peine, découvrant la vie mais la sachant déjà difficile. Et nous aurions alors tant eu besoin du soutien de nos aînés.

Les adultes, nos parents, leurs amis, nos professeurs parfois : tous ou presque s'étaient passé le mot : il fallait nous décourager. Et ainsi ils nous apprirent (premier mensonge) que dans l'art il n'existait que deux alternatives, sans rien au milieu : le succès (la richesse et la célébrité) ou l'échec (une misère noire, absolue). Ils nous apprirent ensuite (second mensonge) que la première de ces options nous était inaccessible car nous n'étions pas assez doués et que seule la seconde, dans toute son horreur, nous attendait. Ils nous apprirent enfin (troisième mensonge) que nous étions en train de foutre toute notre vie en l'air et que (quatrième mensonge) nous le regretterions ensuite, avant d'ajouter (ultime et affreux mensonge) que nous pourrions faire autre chose, renoncer à créer, faire des études « normales » et aller ensuite au bureau tous les matins sagement, sans regrets, pendant que d'autres cherchaient ce que nous avions renoncé à chercher. Et être parfaitement heureux comme ça.

Certains d'entre nous ont en effet renoncé en cours de route. Ceux-là se sont rendus compte que la sécurité était une condition essentielle à leur bien-être (et qui peut les en blâmer ?) et que « chercher » n'était finalement pas si important. La plupart de ces gens étaient sincères dans leur désir de création, mais ça n'était pas si essentiel pour eux. D'autres ne cherchaient que la gloire et eurent vite fait de comprendre que la gloire, dans ce métier, est une notion toute relative et très coûteuse. Eux aussi renoncèrent vite.

Mais beaucoup d'autres sont toujours là. Ceux qui ne pouvaient pas faire autrement. Qui ne peuvent toujours pas. Il arrive que l'on soit tant dégoutté des concessions qu'il faut sans cesse faire au monde afin de pouvoir faire ce qu'on a à faire que nous en sommes quelques temps improductifs, mais ça revient toujours et nous replongeons de plus belle. Mais ce qui arrive surtout c'est qu'au bout du compte on ne galère plus tant que ça. On a trouvé nos voies de subsistance, nos heureux compromis, nos moyens de vivre correctement tout en restant artistes. On n'est pas millionnaires mais enfin ! Combien de gens gagnent-ils le smic en souffrant trente-cinq heures par semaine dans un bureau, dans une usine, sur un chantier ? Nos trente-cinq heures (parfois dix heures, parfois soixante-dix heures, ça dépend des semaines) ont au moins du sens ! Nous ne sommes ni riches ni célèbres, mais ce n'est pas non plus cette misère atroce qu'on nous avait annoncée.

Mais durant toutes ces années, combien d'angoisses, combien de douleurs, combien de peurs ? Combien aussi de moments de découragement ? Combien de cris ou, au contraire, d'actes désespérés pour obtenir la reconnaissance de nos aînés en dépit de nos choix de vie ? Ces choix dont nous savions qu'ils n'en étaient pas, qu'ils étaient plus forts que nous mais, contrairement à la drogue ou au crime, productifs, générateurs de rêves sinon d'humanité.

Les adultes sont des cons parce qu'à cause d'eux nous avons vécu ces années avec de la douleur et un sentiment d'échec injustifié. Parce que nous avons cultivé parfois les graines de l'échec qu'ils avaient semées en nous et que parfois nous avons peut-être échoué à cause de cela (ah, pouvoir de l'inconscient !). Ceux-là même qui prétendaient vouloir notre bonheur causaient notre malheur. Ils nous perturbaient et nous torturaient de leurs interminables, répétitives, redondantes et vaines remontrances. Nous avons plus de trente ans à présent, alors nous savons que l'erreur était leur et pas nôtre. Nous sommes heureux d'être là où nous sommes et de faire ce que nous faisons. Cette quête du beau et du sens qui nous anime est une chose merveilleuse. Y renoncer eut été folie. Mais combien de nuits blanches avant d'en arriver là ?

Les adultes sont des cons, mais maintenant c'est nous les adultes. Ne faisons pas subir cela à nos enfants.

17 avril 2009

On a décidément beaucoup à apprendre des enfants !

Et bien oui, voilà une petite fille qui pourrait m'en remontrer sur le plan de la dramaturgie :



(Merci à .R.僕は神ですレヤンとういいます^^ qui m'a fait découvrir cette vidéo.)

(Oui je sais, j'ai des amis qui ont des noms bizarres. À la fois... je suis fan d'un type qui s'est fait appeler O(+> pendant six ans alors je suis plus à ça près ^^)

16 avril 2009

L'histoire de ma vie (à part que j'ai jamais été peintre)...

« J'ai été un peintre, un écrivain... J'ai flirté avec la politique. Je me suis fait quelques ennemis... Mais, hé ! Ils se sont tous volatilisés en poussière et je suis toujours là. Alors je suppose que ça veut dire que j'ai gagné. »

Peter David, Fallen Angel.

14 avril 2009

Saturation

Meeeeeeeeeeeeeerde !!!

Nous y revoilà : j'ai encore dépassé le nombre de Dunbar !!! Ce n'est pas la première fois et le résultat est toujours le même : mon néocortex est en train d'exploser et je ne me souviens plus de rien ni de personne :-(

J'arrête de sortir pendant quelques temps, vous ne m'en voudrez pas, hein ?

7 avril 2009

J'ai déterré un ÉNORME os à moelle !

Le texte ci-dessous est constitué d'extraits de Mémoires d'un jeune garçon dérangé, en l’occurrence ma première tentative de roman, en 1991-92 (j'avais quatorze-quinze ans). J'avais été marqué par La nausée de Jean-Paul Sartre, roman sur l'ennui dont le protagoniste ressasse sans cesse les mêmes idées noires. Il y avait aussi un petit peu de Marcel Proust : j'avais essayé de lire et abandonné au bout de cinquante pages Du côté de chez Swann, mort d'ennui devant ce que je percevais alors comme d'interminables lamentations de l'auteur sur son enfance. Étrangement, ce livre m'influença néanmoins. Je crois aussi que le roman Cripure de Louis Guilloux m'avait quelque peu influencé mais je ne puis l'affirmer (le souvenir de ce roman est très flou pour moi). Le titre, enfin, était une allusion non voilée aux Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. Frédéric Beigbeder - dont j'ignorais alors l'existence - eut la même idée que moi avec à peine une longueur d'avance, publiant ses Mémoires d'un jeune homme dérangé en 1990. Comme quoi les grands esprits se retrouvent ^^.

Mémoires d'un jeune garçon dérangé était bâti sous la forme d'un roman épistolaire, à la première personne et à sens unique (on n'avait jamais les réponses, si tant est que réponses il y eut) : le « héros », âgé de seize ans et élève de seconde, écrit tous les deux ou trois jours à son meilleur ami, qui a quitté la ville avec sa famille. Chaque paragraphe correspond donc à une lettre - j'ai signalé les coupes dans le texte par des (...) mais très souvent, il manque aussi le début et/ou la fin du paragraphe, ce qui n'est pas indiqué. Le narrateur, non-nommé, vit avec son père, sa mère et sa sœur (tout aussi anonymes - les autres personnages ne sont d'ailleurs désignés que par leurs initiales). Leur famille, bourgeoise, a subi les effets d'une crise économique et a vu son niveau de vie baisser considérablement. Le protagoniste était en réalité un anti-héros : tout était mis en œuvre pour le rendre antipathique, prétentieux, amer, délirant et au bout du compte détestable. À travers ce personnage torturé et cette famille névrosée, c'est toute l'amertume de mon adolescence qui s'exprimait, avec rage et violence.

Le roman, jamais achevé, manquait cruellement d'une direction, d'une structure et d'une dramaturgie définie. C'était tout ce qu'on peut attendre d'un adolescent de quatorze ans qui fait ses premières armes : un charabia laborieux. Pourtant, en le relisant, je lui ai découvert une vertu totalement involontaire : je me suis retrouvé plié de rire à la lecture de nombreux passages. Il faut mesurer que j'ai écrit tout ce qui suit avec le plus grand sérieux. À la relecture, j'étais hilare comme je ne l'ai pas été depuis longtemps. Paradoxalement, j'ai aussi trouvé ça triste, trash et terriblement sombre ! Alors je sais pas... Peut-être que, comme moi dix-huit ans après les faits, vous vous en paierez une bonne tranche (je vous le souhaite en tout cas). 

J'en appelle également à votre indulgence : je ne prétends pas que ce qui suit ait la moindre qualité littéraire, c'est juste un témoignage intéressant de mon parcours artistique, qui m'a suffisamment amusé pour me donner envie d'en partager quelques extraits. C'est aussi une redécouverte, parce que je n'avais jamais relu ça et que je ne m'attendais pas du tout, mais alors pas du tout à rire autant (voire à rire tout court). Et je ne me souvenais pas non plus que c'était si acide, si noir, ni d'une telle démesure. 

Une dernière chose : j'ai vraiment fait des coupes sombres (Il doit rester 10% du texte) alors ne vous prenez pas la tête avec les informations qui vous manquent : prenez les extraits comme ils viennent, c'est amplement suffisant....


MÉMOIRES D'UN JEUNE GARÇON DÉRANGÉ :

« Je méprise presque tout le monde car les gens à la fois intelligents et sages sont rares et les autres ne sont pour moi que des êtres insignifiants et des vermines humaines ! »

« Le drame survint deux jours après, le 16 novembre 1990, autour de 12h45 : C., R. et D. se moquèrent de moi alors que S. était à côté. De la haine que j'eus pour eux, je compris que je l'aimais d'un amour absolu et qu'elle serait la seule dans ma vie. Trois jours plus tard, après avoir dans ma rage tabassé onze mecs qui me cherchaient des noises, dont une bande d'élèves de sixième (...), dont l'un d'entre eux que je tuai presque (leur chef), je décidai de me suicider si S. ne voulait pas de moi. »

« Enfin, je lui parlai pour le première fois :
- Je suppose que tu es au courant de tout ?
- Oui.
- Et alors, qu'est-ce que t'en penses ?
- Rien.
Et elle partit. Autant te dire que j'étais anéanti, aussi je décidai de ne plus attendre et de me suicider le samedi suivant. »

« À la fin de l'année, j'ai tout fait pour tomber amoureux d'une fille : L.B., mignonne, sympa, etc. Rien à faire !!! »

« En 1999, comme l'a annoncé Nostradamus, un autre Envoyé va arriver (…) Il provoquera une guerre nucléaire qui décimera plus de 95% de la population. Or il fallait quelqu'un pour s'occuper des survivants et les amener enfin sur la voie de la sagesse. S. et moi devions procréer et créer une nouvelle race. Inutile de te dire que c'est nous et nos enfants qui aurions du guider les survivants. (…) Nous nous sommes rencontrés trop tôt. »

« Nous reverrons les C. dimanche (si tu savais comme je m'en fous !) »

« Hier soir, avant de me coucher, j'ai tenté de me trancher les veines. Non pas pour mourir, comme les deux dernières fois, mais pour boire mon sang. Ceci dit, je ne suis pas arrivé à m'entailler suffisamment alors que lors de ma dernière tentative de suicide, le sang a fait une vraie flaque. C'est étrange. »

« Par ailleurs, je n'ai pas cessé d'emmerder Père aujourd'hui, je ne sais trop pourquoi. »

« Mère a piqué sa crise parce que je suis parti avec le peu d'eau minérale qui restait. Père est venu la récupérer et j'ai refusé de partager ce qui restait : j'ai tout rendu, quitte à boire de l'eau du robinet et puisque c'est comme ça je ne boirai plus jamais de leur eau, j'en achèterai moi-même et comme ça ils n'auront plus qu'à fermer leurs gueules ! Mais qu'ils ne viennent pas m'en mendier s'ils en manquent : ils n'en auront pas une goutte !!! «

« Avant de passer à mes réflexions d'aujourd'hui je vais faire suite à l'affaire de la bouteille d'hier soir. Père m'a dit que Mère lui avait fait la gueule toute la journée parce que (primo) il aurait fallu qu'il râle quand j'ai pris la bouteille et pas un quart d'heure après et (secundo), connaissant mon mépris envers les gens qui perdent leur sang froid, Mère craignait que je ne la prenne pour une conne. Aussi, étant donné (primo) que Mère était innocente et (secundo) que Père avait raisonnablement été humilié par sa faute et (tertio) que Père m'avait lavé de toute culpabilité et (quarto) que Mère me l'a demandé : j'ai considéré que je pouvais leur prendre de l'eau – ce que j'ai fait – sans entacher mon honneur »

« J'ai également pu voir le rectangle de mousse sur lequel je dormirai : ma pièce n'est pas assez grande pour y mettre un vrai lit. (…) Sœur et moi avons pris la décision d'adopter un hamster. »

« Ce soir je vais tester mon nouveau « lit ». (…) Sinon, rien de particulier. C'est vendredi soir qu'on va chez B. et cette triple-buse de Père a comme toujours fait le contraire de ce qu'on voudrait en émettant quelques contestations quant au fait que l'on voie les A. dans onze jours (quel âne !) Heureusement, Mère - qui est plus futée - a rattrapé le coup en plaidant en ma faveur. Bien qu'elle n'ait sans doute pas deviné ce que Mme. A. représente pour moi, elle a bien compris que je l'aimais bien et qu'elle pouvait m'aider. »

« Ensuite j'ai loué douze cassettes vidéo et on est rentré. (…) Je m'étais couché lorsque j'ai vu une lumière intense passer à travers mes volets puis ça s'est arrêté. (…) Il s'est avéré que Père a déclaré que je racontais des histoires abracadabrantes et que Mère et moi avons chacun de notre côté pensé à un ovni. (…) Va savoir... Ovni ou non, c'est quand même bizarre ! »

« Ah oui ! Pour finir : l'eau de toilette de la comptable de Père sent la bave d'escargot ! On aura tout vu !!! »

« En cours de sport, mes camarades faisaient les cons alors que j'étais calme dans mon coin et la prof m'a demandé si je ne les trouvais pas tarés. J'ai répondu (je cite) : Non, je le suis aussi et puis vous savez, j'ai été comme eux dans le temps. »

« Rien de neuf sur rien aujourd'hui, sinon que j'ai promené Pyrame en ville et on a vu un bébé lévrier nommé Gaston (Pyrame est le lévrier de Mère). »

« Ça y est, c'est fini... et c'est terrible ! C'était le dernier épisode. Je me suis battu pour ce feuilleton : j'ai fui de chez moi pour me réfugier chez Grand-mère, j'ai gâché ma dernière soirée à Nice et un repas dans une crêperie à Dijon, j'ai même utilisé la télé de B. ! Tout ça pour que ça soit... fini ! Et de quelle manière ? C. possédé par B. : c'est MONSTRUEUX ! Et tout le reste, cette fin... On ne sait rien de la suite : B. épousera-t-il S. ? B.H. est-il mort ? Que va-t-il advenir de D. et de sa famille ? Que vont faire N. et E. maintenant que N. a retrouvé la mémoire ? J. reviendra-t-il ? A, P. et A. ont-ils péri dans l'explosion ? L. s'en sortira-t-il ? A. et L. auront-ils leur enfant ? Tant de questions sans réponses ! (...) C'est trop affreux. Et C., le héros, finir ainsi... Si encore il était mort mais ça !!! On était sûr d'un happy-end, ça ne pouvait être autrement... mais non... le vide... C'est comme être marié avec quelqu'un ou élever un enfant puis ne plus rien savoir de lui, du jour au lendemain. On se sent mort, vidé, sans raison de vivre... J'en ai pleuré, de cette fin si horrible, du simple fait que ce soit la fin. Tout est fini, et moi je crois l'être aussi. »

« Sœur a dit LA chose à ne pas dire au cours d'une querelle entre nous. Elle l'a dit. LA chose. (…) Mère s'est empressée de clore l'affaire d'un « Fille, je te prie de garder tes réflexions pour toi ». Et pan, dans les dents ! De toute façon, Sœur a dit ce qu'il ne fallait pas et ça se paiera... Peut-être de son vivant et en tout cas les Tourments Éternels après sa mort ! Elle y coupera pas la sale petite garce ! Une bonne nouvelle, tout de même : Père serait enfin décidé à voir les A., dans quinze jours. »

« Quant à Père, il doit appeler les A. demain. Ce monstre a osé dire une obscénité sur Mme. A., c'est immonde ! (…) Ça se paiera ! »

« J'ai été seul tout l'après-midi. Seul. Père, lui, doit appeler les A. aujourd'hui et sinon je ne crois pas qu'il y ait autre chose à signaler. »

« F. m'a demandé si j'étais allé chez le coiffeur, ce à quoi j'ai répondu que non, que je m'étais juste coiffé à l'arrache. (…) Mère a donné à Pyrame un os qui puait comme j'ai jamais rien senti : l'horreur ! Aussi ai-je dit à Mère de le foutre en l'air, ce qu'elle a fait. Par contre, Sœur ne semblait guère disposée à me permettre de voir le Top 50 (elle est tout le temps collée devant la télé) : ça ne va pas se passer comme ça !!! Père n'a TOUJOURS pas appelé les A. !!! Je vais craquer ! »

« J'ai réalisé quelque chose de terrible : je vis maintenant une existence normale. Un père à peu près normal, une mère normale, une sœur, un chien et (cerise sur le gâteau) un hamster ! (…) Je m'ennuie !!! J'ai perdu mon inspiration (temporairement j'espère), mes orgasmes ne sont plus ce qu'ils étaient, je n'ai aucun sujet de préoccupation et du coup la vie a un goût de fiel. (…) Père a appelé les A. qui ne savent pas encore si ils seront libres. Pourvu que oui ! »

« Dans trois mois c'est noël et je vais très bien. Il a plu aujourd'hui. (…) Père n'est pas rentré ce soir, de sorte que je ne suis pas plus avancé en ce qui concerne les A. On verra demain. »

« L'époux A. doit rappeler Père demain matin. À part ça, le directeur de mon lycée a téléphoné à Père pour lui dire qu'il y avait enfin des places libres à la cantine mais c'est trop tard alors j'ai refusé !»

« F. m'a demandé si je pouvais lui donner 50 francs pour s'acheter un portefeuille Chevignon et je lui ai demandé ce qu'elle me donnait en échange. Elle ne savait pas et B. m'a suggéré de lui demander de sortir avec moi en contrepartie des 50 francs. J'y avais bien pensé mais je n'osais le tenter. Finalement je me suis jeté à l'eau. Elle a hésité car elle a un copain depuis cinq mois, un certain R. qui a 25 ans et qui est néo-nazi : elle hésite à le larguer. Elle n'a pas encore pris de décision mais j'espère qu'elle dira oui. Le seul problème est que, d'après B., le R. en question serait un colosse. (…) Autre problème : F. a tenté de me dissuader. Ne lui plairais-je pas ? Me suis-je illusionné ? »

« Rien sur les A. Revenons à F. : en cours d'espagnol, elle m'a dit que c'était non pour sortir avec moi, même si je gardais les 50 francs. Du coup, je lui ai proposé de les lui donner si elle me vendait son âme. Mais après avoir hésité, elle a refusé aussi. (…) Quoi qu'il en soit elle a fini par les obtenir car j'ai accepté « pour lui faire plaisir », en échange de quoi elle me sera redevable d'une dette d'honneur. Tout est donc rentré dans l'ordre et nous restons bons amis. »

« F. est d'accord pour me vendre son âme 200 francs. Grand-père est mort ce soir, à 20h30. (…) J'ai l'impression que tout est un décor, que le lycée s'écroulera à la moindre pichenette et que F. et les autres tomberont en morceaux, comme des mannequins. (…) Ces funérailles à la con, je m'en balance ! (…) Matériellement, par contre, ça me pose bien des problèmes. (…) Je ne sais pas si j'aurai autant d'argent de poche, etc. Lui a peut-être de la chance d'être mort mais merci pour ceux qui restent ! (…) Je tombe de sommeil : c'est les emmerdes qui font ça. Bonne nuit ! »

« F. est passée à 350 francs et il y a plein d'autres mecs que ça intéresse. J'ai discuté avec elle et je lui ai demandé pourquoi elle était si bizarre (c'est sa nature, dit-elle) et pourquoi elle me parlait plus que les autres (elle est sociable dit-elle). Tout malentendu est donc réglé. (…) Grand-père se fera incinérer lundi à 9 heures du matin : je te raconterai. »

« On est arrivé à 17 heures et on s'est d'abord occupé de vider les tiroirs du bureau de Grand-père. On est ensuite allé au restaurant. (…) Après on a commencé à regarder un ou deux trucs à récupérer et on s'est de plus en plus marré jusqu'à délirer complètement. (…) Je vais récupérer une loupe, un quotidien de 1930, un crocodile empaillé, une sculpture de sapin en cristal et quelques autres trucs. Le partage est équitable. (…) La sœur de Grand-mère arrive demain matin. Elle est sympa mais ce n'est pas le moment de l'avoir dans les pattes. Père et Grand-mère ont tout fait pour essayer de la dissuader mais rien à faire. »

« Je suis allé avec Père voir le corps de Grand-père. On voyait bien que c'était un mort. On le sentait aussi. (…) Il y a eu une messe complètement ridicule et tout le monde est rentré chez soi. »

« Vendredi et samedi j'ai acheté les best-of de Phil Collins, d'Elton John et des Carpenters. J'ai également acheté ma première âme : c'est C.P., un mec de ma classe, qui m'a vendu la sienne pour 50 francs. Il a signé le contrat et j'ai payé cash. Je ne sais encore pas trop ce que j'en ferai mais ça peut toujours servir. (…) Il est vrai que malgré son intelligence relativement limitée, Sœur a de forts bons goûts musicaux. C'est étrange. (…) Idem avec Mère, peut-être - sûrement, même - pourrait-on aiguiser sa réceptivité avec de l'entrainement, et une écoute parfaite. (…) Les A. ne se sont plus manifestés auprès de Père. Je sais que l'époux ne m'apprécie guère et je pense qu'il veut éviter de me voir avec Mme. A. Je sens bien qu'il est jaloux. »

« J'ai plusieurs personnes intéressées pour la vente d'âmes. (…) Si Père mourait, je ne crois même pas que je serais très triste. Un peu quand même, c'est sûr, il m'a tout de même élevé. Mais d'un autre côté, il est ma source principale d'ennuis. (…) Je vis, je ne sais pas trop jusqu'à quand ni pourquoi je continue de le faire. Bah... »

« Je suis de plus en plus nul en maths et en espagnol et c'est inquiétant. (…) Je ne saurais redoubler une deuxième fois. Je serais obligé de me suicider sans quoi je serais déshonoré. Si ça devait arriver, je pense que je ferais ça un jeudi après-midi (je n'ai pas cours le jeudi après-midi). »

« J'ai revu Le loup-garou de Washington avec Mère et Sœur. J'ai trouvé le film mieux que la première fois mais Sœur parlait régulièrement et perforait des feuilles pour faire des confettis, ce qui faisait un raffut monstre. Bien-sûr, Mère prenait son parti et elle aussi foutait un bordel monstre en faisant entrer et sortir Pyrame de la pièce. Puisque c'est comme ça et qu'il n'y a pas moyen de regarder un film en paix, je demanderai à Père de les enregistrer et je les regarderai la nuit, seul. Quel affront pour Mère et cette idiote de Sœur ! À propos d'affront, un certain Y.A. m'en a fait un sacré au lycée. Cette vermine (…) s'est jeté sur moi et m'a touché avec de grands mouvements, or ça me rend malade quand on me tripote ! (…) J'en suis malade ! Fais-moi penser de te parler des âmes. »

« Ce matin, en cours de sport, j'ai discuté un peu avec J.S. (…) Il m'a dit qu'il avait déjà trois tentatives de suicide à son actif et il a ajouté qu'il comptait se passer aux somnifères ce soir. »

« Ah... passé luxuriant, où donc es-tu ? »

« Peut-être vais-je me suicider à la fin de l'année, selon si je passe ou non en première. D'ici là, au cas où, j'ai dit à Mère qu'en cas de décès elle devrait accomplir mes dernières volontés. (…) Je ne désire plus rien de nouveau, ni amis ni filles. Juste le temps de rêver à mon passé... (…) Je voudrais vivre et mourir à la fois, c'est peu pratique. Vivement noël, c'est dans deux mois. (…) Tant-pis si je redouble, j'attendrai et au diable mon honneur. Je suis sur-intelligent et ça me suffit, les autres peuvent crever ! »

« Mère a tout de même refusé de jurer sur la tête de Sœur que j'étais normal. Elle ne peut être sûre à 100%. »

« Mère m'a donné une carte postale représentant un mec et une fille et censée faire allusion à moi et S. Moi ça ne m'a pas inspiré grand chose mais bon, si ça peut lui faire plaisir. (…) Tiens, pendant que j'y suis, je vais t'expliquer la nature exacte des âmes par rapport à nous. (…) Ce que n'importe quel scientifique te confirmera. (…) Celui qui meurt gâteux retrouve sa fraîcheur d'antan, celui qui meurt amnésique retrouve la mémoire, l'idiot devient intelligent. (…) L'après-monde est tout simplement une « autre dimension » dont les ondes électro-statiques, magnétiques et énergétiques coïncident avec celles des âmes et les attirent par des « portes » inter-dimensionnelles. (…) Il va de soi que les animaux ont également une âme. Voilà, tu sais tout. »

« Il m'arrive de me demander si je reverrai Mme. A. un jour, pas toi ? »

« F. m'a demandé pourquoi je serrais les mains des filles au lieu de les embrasser. Je lui ai expliqué que je n'aimais pas trop les contacts physiques et que je ne voyais pas l'intérêt d'embrasser les gens sur les joues. »

« Commençons par Mère et Père : leur vie sexuelle est aberrante ! Il y a un an je trouvais un vibro par hasard dans leur chambre. Il y a trois mois, Père me disait qu'il n'avait jamais pu jouir en même temps que Mère, ni même la faire jouir en la pénétrant. Il y a une autre méthode mais il refuse de ma la dire. Quelques jours après je tombe sur un AUTRE gode ! Le premier coup, j'avais cru à une fantaisie mais là j'ai pigé. Mère carbure au vibro ! En deux mots : Père se masturbe avec le corps de Mère et Mère se masturbe au vibro. C'est dingue, non ? Il faut dire qu'à ce que m'en a dit Père, le premier mari de Mère ne couchait avec elle qu'une fois par mois environ et elle était obligée de se caresser et de se doigter régulièrement pour se contenter. Penser qu'au 20ème siècle il y a encore des gens qui en sont là ! En plus, après le sexe, Père et mère vont se laver. Moi je m'en fous mais je trouve ça mieux de tout laisser sécher et de s'endormir là-dessus (…). Enfin, à chacun ses habitudes, hein ? (…) Mère râle après moi parce que je ne me trouve pas beau. (…) Pour l'instant en tout cas je n'ai pas la moindre envie d'être beau. »

« D'ici cinquante ans, l'Envoyé de 1999 aura peut-être annihilé la civilisation : qui sait si la télé existera encore ? (…) Ça ne m'intéresse plus de grandir. Mon esprit a déjà atteint son évolution maximum et je me fiche de mon corps. Tu penses que je devrais voir un psy ? En tout cas je ne pense pas que cela soit utile. »

« Père et Mère sont absents ce soir. (…) Je leur ai laissé un mot : Je ne vous ai pas attendu, non pas parce que j'avais sommeil mais parce que le sommeil est préférable à l'ennui, ennui qui amène finalement la déprime. Demain, je commence à 8 heures, comme d'habitude. Ne me souhaitez pas mon anniversaire demain matin : vu les circonstances ce serait ironiser avec ma vie et mes problèmes et c'est un droit que je me réserve. Bonne nuit. »

« Avant-hier soir, dans Nulle Part Ailleurs (sur Canal +), l'invité était un surdoué et hier matin, ceux de ma classe m'ont dit que j'étais aussi intelligent que lui. Je l'ai nié car bien que possédant un Q.I. très supérieur à la moyenne, je n'ai sûrement pas celui du gars de la télé (…) Penser que ça fait plus d'un an que C., T. et R. sont venus chez moi pour mes 16 ans, qu'on est allé au magasin de farces et attrapes et qu'on a aspergé M. de boules puantes. (…) Je suis déprimé à mort et Mère le déplore. Je suis dans le même état que l'année dernière pendant ma dépression nerveuse. »

« Je suis plus déprimé que depuis longtemps. Mère râle pour ça, pourtant je ne vois pas de quoi elle se plaint : je suis morne, silencieux (…) et pourtant elle râle de me voir triste, je ne comprendrai jamais ces humains ! »

« Pour ce qui est de Mme. A., je ne sais pas trop quand je la reverrai. Mère cherche un moyen mais l'époux ne va surement pas nous faciliter la tâche. »

« Je me sens si supérieur, si divin. Je suis un dieu vivant, je suis différent des mortels qui m'entourent, je suis sensitif, d'une intelligence hautement supérieure, j'ai le savoir de tous les secrets, contrairement à vous les humains je ne suis pas né par hasard. (…) Et si j'étais fou ? (…) Mais si c'était le cas, aurais-je des doutes ? Ne serais-je pas aveuglé par ma démence ? »

« Je suis fatigué ce soir. J'ai dormi avec Pyrame hier soir. »

« Pourquoi crois-tu que je dors avec Pyrame chaque nuit ? (…) Il n'y a qu'auprès des animaux que je peux encore trouver cet amour qui me fait tant défaut. »

« Mon amitié avec N. est menacée. (…) J'ai oublié chez lui la cassette no. 35. (…) N. l'a perdue ! Je lui ai dit que s'il ne l'avait pas retrouvée d'ici lundi, je ne voulais plus entendre parler de lui. Il a tenté de me dissuader mais rien à faire : la no. 35 est sacrée ! (…) Je me soulerais bien la gueule avec un peu de lait, en fait. Mais Père va encore me tomber dessus. Alors je vais rester assis sur cette chaise et attendre... attendre... attendre... »

« N. n'aurait toujours pas trouvé la no. 35. »

« Mais maintenant je suis seul. Personne à qui me confier. Seul, exilé. (…) Et N. qui n'a toujours pas retrouvé la #35 ! Je sais ce qui m'horrifie ici : c'est ce vide, cette fatalité. Je sais toujours ce que sera demain. (…) Mon monde est sans substance, il me semble que je vais éclater. (…) Je me vois pris entre les quatre murs de ce cagibi qui me sert de chambre, je me vois incapable de quoi que ce soit (…) Il m'est impossible de faire quoi que ce soit d'important. (…) Et demain il va falloir retourner dans cet affreux lycée. (…) Peut-être que je ne vais pas me coucher et passer ma septième nuit blanche, on verra. »

« Avant tout il faut que je te raconte le truc dément qui m'est arrivé ce matin. Quand je suis sorti du cours d'espagnol j'ai vu un slip sale au pied de ma table, autant te dire que j'étais plutôt déconcerté. Et puis j'ai compris : ce matin, en changeant de slip, le sale a du s'accrocher au cartable d'un élève, de sorte qu'il a traversé toute la ville avec un slip sale dans le dos, et arrivé au cours, le slip sera tombé au sol. C'est la seule explication que j'aie pu trouver à la présence d'un slip au pied de ma table. (…) Il n'est pas très courant de voir des slips sales dans des salles de classe. »

« La prof de sport m'a dit que j'étais bizarre. (…) C'est noël dans une semaine, n'est-ce pas sublime ? »

« J'ai ENFIN acheté son âme à S. Cette petite fantaisie m'aura quand même coûté 350 francs mais bon... (…) C'est un vieux rêve que j'ai depuis des années et je suis très satisfait de l'avoir fait, malgré ces 350F »

« Le surveillant général, Monsieur L., m'a convoqué dans son bureau pour me demander si je ne faisais pas des achats au lycée. J'ai tout de suite compris qu'il s'agissait des âmes mais j'ai nié jusqu'au bout. J'appris plus tard que les parents de P. avaient rendu les 50 francs à Monsieur L. À la récré, F. fut convoquée à son tour mais nia avoir vendu la sienne et fut crue. Je fus moi-même re-convoqué et je crachai le morceau (sauf pour F.) (…) Il étudia alors avec moi le côté philosophique de la chose et nous tombâmes d'accord sur certains points. Ce sur quoi il me fit signer un papier affirmant l'annulation de l'affaire. Vendredi, je récupérerai mes cinquante francs et délivrerai le contrat que P. m'a signé en échange. L'affaire est donc close. »

« Et en plus Mère et Père n'arrêtent pas de faire chier, de me miner... Merde, à la fin !!! Comme si je n'étais pas assez mal comme ça, il faut qu'ils en rajoutent ! Quand je pense qu'il y a un an nous étions un mercredi ! »

« Combien de fois n'ai-je pas aimé des mortes ? Qui sera tombé sous le charme de M.A., matricide qui se suicida dans sa cellule en 89 ? »

« On ne devrait pas dire « faire l'amour », c'est un terme tellement erroné. On ne fais pas l'amour en s'accouplant. On fait du plaisir et des gosses. »

« Ce soir, Mère m'a enfin dit ce qu'elle avait après moi : elle me reproche de ne pas lui proposer mon aide pour la vaisselle et les conneries comme ça. Elle croyait que j'y pensais mais que je m'en foutais. Pas du tout, l'idée ne m'effleurait même pas ! Maintenant je lui proposerai ce qu'elle voudra et comme ça j'aurai la paix. Elle m'a aussi dit que j'étais invivable, que tout autre qu'elle ne m'aurait pas supporté si longtemps. Ça pourrait paraître bouleversant, ennuyeux. Pour moi ça ne l'est pas. (…) Il n'y a qu'une chose qui m'a un peu fait mal : elle et Père m'avaient déjà dit qu'ils déploraient que je me tire à la fin des repas. Moi, je croyais que c'était parce qu'ils avaient envie de me voir, de me parler, que j'avais un quelconque intérêt pour eux. Mais NON ! De moi ils n'en ont rien à foutre, s'ils voulaient que je reste c'était pour les aider à ranger la table. Ils me l'ont dit noir sur blanc !!! Ça c'est quand même dur à avaler. Enfin, j'ai l'habitude... »

« En biologie, on a appris qu'un bonhomme contient cinq à six litres de sang. Donc avec un mec on pourrait faire une vingtaine de cannettes de sang de 25 centilitres. Et, le lycée contenant environ 965 élèves, on pourrait obtenir 19300 cannettes de sang. Bonjour le commerce : $. »

« Je pense sérieusement au pouvoir divin. Peut-être qu'avec le Nécronomicon ??? »

« Père, Mère et Sœur me semblent de plus en plus tarés. Normal. »

« J'en suis réduit à dormir avec le chien pour combler un peu ce vide qui m'entoure. »

« À part ça, on a eu droit à une piqûre au lycée. Je ne crains pas les piqûres. Qu'est-ce qu'une piqûre pour quelqu'un qui a l'habitude de se trancher les veines ?! »

« J'ai balancé mon carnet d'adresses dans la gueule de Père, ce après quoi je me suis senti soulagé, très bien en tout cas. »

« Alors voyons... Pour commencer j'ai découvert que toutes les autres filles de ma classe étaient néo-nazies. Cela s'accorde avec mes prévisions : ma génération élèvera des enfants de la génération de l'Envoyé de 1999. D'ici 2030 à 2050 la Troisième Guerre Mondiale sera déclarée. »

« Une bonne nouvelle tout de même : Père a réservé pour les vacances mais je n'aurai PAS de baignoire, (…) je ne pourrai même pas profiter des vacances pour me trancher les veines. Pas très pratique, tout ça. (…) Je vais essayer de baratiner Père pour avoir une baignoire, quitte à lui rembourser la différence. Tu imagines ? Pas de baignoire, pas de douche, pas de WC, pas de frigo, pas de lavabo ou d'évier : RIEN !!! Bonjour les conditions d'hygiènes. Il n'est pas dit que j'accepterai de passer quinze jours dans des conditions pareilles ! À la limite il y a de quoi me gâcher mes vacances. Je suis outragé et je me battrai pour mon confort ! Mais laissons là ces sentiments de colère et d'indignation et voyons ce que je puis te dire d'autre, c'est à dire pas grand chose, en fait. »

« D'abord, une nouvelle plus qu'inattendue : on serait invités chez les A. dimanche ! Ce serait donc enfin cette occasion tant attendue de revoir Mme. A. (…) Si je la revois car Père m'a dit : « si tu viens, c'est SANS tes lunettes noires ! » (…) Il s'agit de mon seul moyen de me protéger du regard des autres ! Bien sûr, ce n'est pas maintenant que Père va commencer à me donner des ordres mais ce serait m'abaisser que de le quereller pour si faible cause. J'ai peur (…) que l'époux n'ai monté la tête de Mme. A. contre moi. Après tout, il est son mari, et je ne suis que le fils de leur huissier : les forces en présences ne sont guère équitables. »

« Par ailleurs, Mère ne tourne pas au vibro (Père a fini par cracher le morceau). C'est (je cite) un doigt devant, un doigt derrière, la langue en renfort et tout ça en même temps. C'est la seule façon de la faire jouir. Mais ce qu'elle préfère c'est la masturbation qu'elle pratique toujours assidument. »

« Logiquement, je ne verrai pas Mme. A. dimanche, c'est dommage. »

« Un chien hurle au loin. J'aimerais bien le tuer. »

« Les jeux sont faits et les dés jetés. Mais le voile me cache encore les résultats. Qu'importe le temps. Un jour Je SAURAI, c'est inévitable et inéluctable. Il me faut la réponse. Il me la faut maintenant ! Mais comment pourrais-je jamais connaître la réponse si j'ignore la question ? Il me la faudrait tout d'abord si je veux pouvoir trouver la réponse. Mais je ne peux me permettre de chercher la question. Trop peu de temps. Pas de temps. Alors je cherche directement la réponse. Et qu'importe la question. L'aurai-je jamais avant que son intérêt ne s'efface ? L'aurai-je jamais ? »

« Demain encore mes lunettes noires me protégeront du Mal. Et demain encore je serai invulnérable. »

« Mère a quitté mon cagibi en claquant la porte, hurlant à Père que je n'étais qu'une petite ordure imbue d'elle-même, un petit salopard qu'il conviendrait de jeter à la rue sans délai. Père est resté muet, et moi je ne trouve là qu'une preuve supplémentaire de l'absence d'amour qui règne dans cette famille. Ce n'est pourtant pas ma faute si je leur suis supérieur en tout, et si je ne peux parfois m'empêcher de le leur rappeler ! »
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