2 juillet 2011

The India Experience - 3/ The Pakistan Experience

Premier voyage en Inde, février-mars 2001.

Décollage ici.
Expérience précédente : The Istanbul Experience.


05 février 2001 06 février 2001 : The Pakistan Experience, Karachi (Pakistan) et Lahore (Pakistan).

Aéroport de Karachi, Pakistan. Rebelote : bagages, passeport, change, puis je file aux toilettes. Comme j’ouvre ma braguette pour pisser, le bouton saute et atterrit dans la cuvette, non pas décousu mais cassé en deux morceaux ! Ça commence bien ! Heureusement, mon pantalon tient sans cela. J’ignore encore que, dans quelques heures, cet incident prendra toute sa signification.

Il est peu de choses que je me sente totalement incapable de retranscrire avec des mots. Mais le choc absolu, total, implacablement délicieux de cette première journée sur le sous-continent indien est tel… Décrire tout cela ne peut aboutir qu'à une série d'euphémismes… Mais puisqu’il le faut pourtant, essayons au moins !

À peine ai-je mis un pied en dehors de l’aéroport que je suis littéralement assailli par l’air. L’air tropical de l'Asie du Sud n’a rien à voir avec le nôtre : moite, dense, empli d’odeurs épicées ! Je tombe immédiatement amoureux de ce parfum, de cette canicule-cocon ! Les chauffeurs de taxis et de rickshaws se ruent sur moi mais je décline leurs invitations (quoi que eux savent écrire « taxi » correctement). Il est cinq heures et quart du matin, il fait encore nuit et je n’ai pas l’intention de me livrer aux rues de Karachi avant l’aube. Je reste assis là. Les balayeurs m’observent avec un amusement bienveillant pendant qu'une musique Bollywood s’échappe de quelques haut-parleurs. Un balayeur me dit avec humilité que je suis « très élégant » (ce qui est complètement faux : je suis en tenue de voyage, c'est à dire que je n'ai jamais été aussi peu élégant de ma vie !). Je savoure chaque seconde, chaque détail. Je suis heureux, bouleversé de simplement être . En face de moi, un panneau publicitaire affirme « trust breeze » : je le crois sur parole.

Le soleil se lève doucement à sept heures moins le quart et bien sûr, je n’ai jamais vu un ciel de cette couleur-là. Le petit cirque des gens qui vont et viennent autour de moi m’emplit de satisfaction : il y a quelque chose d’enfantin chez les Indiens, dans leur façon d’être, que je ne peux pas m’expliquer. Certains s’étonneront peut-être de me voir qualifier les Pakistanais d’Indiens. Il faut comprendre que le Pakistan est un état récent, fondé en 1947 sous la pression de la Ligue Musulmane. Celle-ci exigeait la création d'une « Inde islamique » en marge de l'Inde laïque de Gandhi et Nehru. L'idée même d'une nation indienne ne remonte d'ailleurs qu'au dix-neuvième siècle. Elle est la conséquence directe de l'occupation anglaise. Jusque-là, le sous-continent indien se divisait depuis toujours en royaumes et empires aux géographies variables. Historiquement, rien n’avait donc jamais différencié l’Inde de ce qui allait devenir le Pakistan. Aussi, les deux pays (ainsi que le Bangladesh, le Sri Lanka et le Népal) peuvent à bien des égards être considérés comme une seule entité culturelle, un grand pays que les aléas de l'Histoire ont divisé en cinq nations.

Le jour pleinement levé, je me décide finalement à prendre une navette pour le centre ville. Un Pakistanais courtois corrige le chauffeur, qui veut me faire payer cinquante roupies un ticket qui en vaut onze, puis m’indique où descendre pour rejoindre la gare. J’ai en tête de filer directement à Lahore pour passer la frontière, mais je ne peux pas m’empêcher de flâner d’abord quelques heures et on verra bien ensuite.

Les milliers de sans-abri de Karachi s’éveillent : ils sont mon comité d’accueil. Hommes et femmes épuisés de misère, en train de s’étirer et de s’ébrouer sur leur trottoirs de lits. Je m'inquiète un peu de ma présence intrusive, mais à l'exception de quelques regards étonnés, personne ne fait attention à moi. Je marche totalement au hasard pendant une heure, mon sac à dos sur les épaules. Je ne saurais décrire tout ce qui me passe sous les yeux : chaque détail de chaque objet, personne, animal, bâtiment, véhicule, est une expérience inédite. Je reste béât devant les « pigeons » de Karachi : une sorte de faucons, d’une taille impressionnante, qui squattent les câbles électriques. Je fais également la connaissance de la circulation automobile à l’indienne, un déluge incessant de passants, d’animaux errants, de charrues tirées par des ânes ou des bœufs, de vélos, de scooters, de motos, de rickshaws, de voitures, de camions, de tracteurs, de bus multicolores… On dirait que tout ce qui marche et roule en ce bas monde s’est donné rendez-vous à Karachi ! Je pique un fou rire devant le spectacle d’un feu rouge : on se croirait dans la poursuite finale de La panthère rose avec tous ces véhicules disparates, qui attendent côte à côte et démarrent en trombe. Laissés pour compte de cette orgie de vitesse, la charrette et ses ânes y vont tout doux au milieu de la déferlante. L'homme qui les guide remarque mon hilarité et y répond d'un rire sincère. Bientôt c'est tout le trottoir qui se marre en chœur… Des gamins me demandent d'où je viens et où je vais. Ils sont très étonnés que j'aille à Lahore en train. « Pourquoi ne prends-tu pas l'avion ? ». Je réponds que je ne suis pas si riche.

Vers midi, je réalise que je n’ai pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures. Je me réfugie quelques instants dans l’arrière cour d’un immeuble, sur un carré d’herbe, pour reprendre mes esprits et prendre quelques notes. Un peu plus tard, je suis abordé par un jeune journaliste. Il a la gentillesse de m’offrir mon premier déjeuner indien, dans un boui-boui. On discute longuement et je découvre à travers lui quelques fragments de la vie pakistanaise. Il me décrit son combat de tous les jours pour la liberté de la presse, sa petite amie qui se refuse à porter le voile, toutes choses possibles dans cette grande ville où dictature et traditions se font un peu moins pesantes… Il me conduit ensuite à la gare, ce qui implique de prendre deux bus, et surtout de sauter dans, et hors, des bus en marche. À Karachi, les transports en commun ne s’arrêtent que si les femmes veulent descendre ou monter. Sans cela, c’est aux hommes de jouer aux acrobates ! La première fois, je saute avec mon lourd sac à dos et je m'étale lamentablement sur le pavé. Du coup, la fois d'après, je jette d'abord le sac, et je me jette ensuite. Les bus, bien entendu, sont compartimentés : les femmes à l'avant, les hommes à l'arrière, les poules où elles veulent (il y en a !), et une grille au milieu…

Parvenu à la gare, je remercie le ciel de m'avoir envoyé le journaliste, parce que non seulement les guichetiers ne comprennent pas l'anglais, mais de surcroît il faut passer par deux guichets ! Au premier, on paie et on hérite d'un ticket, qu’il faut aller échanger au second contre le billet ! Et je ne parle même pas de la cohue ! Ici, nulle file d’attente : on se bouscule et c’est à qui bousculera le mieux ! Autant dire que sans mon ami, j’en avais pour la nuit avant de même comprendre comment acheter ce fichu billet ! Il me conduit ensuite jusqu’à mon wagon, s’assoit quelques minutes en face de moi, me souhaite un beau voyage et s'éclipse avant que le train ne l’embarque lui aussi à Lahore.

C’est là que se produit le second « miracle » (après le coup de la radio). Il faut bien réaliser que je suis assis à la place numérotée qui correspond à mon billet, là où je « dois » être. À peine mon ami parti, je baisse les yeux. Et là, au sol, exactement entre mes deux pieds, je vois… un bouton, du fil et une aiguille ! Le kit complet pour résoudre mon faux problème de pantalon. Je reste bouche bée, ébahi, stupéfait, en contemplation devant ces trois objets qui prennent ici une signification quasi surnaturelle ! Et là encore, j’ai l’impression que Shiva me tape sur l’épaule en rigolant : « Ne crains rien : de quoi que tu aies besoin durant ce voyage, cela te tombera du ciel ! ». Je reste ainsi figé si longtemps que mon voisin finit par se baisser et s’emparer du tout, ce qui ne me fait ni chaud ni froid car le message comptait davantage que les objets en eux-mêmes ! Par la suite, je raconterai souvent cet épisode et celui de la radio, toujours avec la même émotion. Je veux bien croire aux hasard, mais lorsque Dieu se manifeste aussi explicitement, il n’y a plus qu’à s’incliner…

Je demande au vieil homme qui est à ma gauche s'il veut bien m'abandonner son siège, près de la fenêtre : c'est mon premier séjour au Pakistan, et je voudrais bien voir les paysages. Il accepte aimablement. En guise de paysage, je découvre les bidonvilles de Karachi. Des kilomètres de slums misérables, où s'entassent des millions de gens. Les maisons, si l'on peut appeler ça ainsi, sont composées de briques empilées, surplombées de plaques de tôle ondulée ou de bâches en plastique. Des gamins en haillons jouent avec ce qu'ils trouvent aux abords de la voie ferrée. Le spectacle est hallucinant : voir d'aussi près la misère humaine, la voir à si grande échelle, est un choc. C'est un autre monde que j'ai sous les yeux, aux antipodes de tout ce qu'il m'a été donné de connaître jusque-là. Rien ne semble lier ma vie confortable à leurs existences précaires. Ce n'est pas tant attristant que fascinant : je voudrais descendre du train et aller me plonger là-dedans, découvrir cette autre planète de plus près. Et puis la nuit tombe et je ne vois plus rien du tout.

Je parle longuement avec un jeune Pakistanais, un garçon élégant et cultivé, issu d'une famille bourgeoise. Je lui fais part de mes réflexions quant à ces bidonvilles, qui m'ont tant impressionné. Cette sensation d'avoir entraperçu un univers si éloigné du nôtre, de nos orgies de téléphones et d'ordinateurs portables. « Ces gens ignorent même que de telles choses existent, me dit-il, leur vie tout entière consiste à survivre au jour le jour. Manger, conserver leur taudis, s'habiller, trouver de l'eau, gagner quelques roupies s'ils le peuvent… Tout le reste est totalement hors de leur portée… ». Lui-même s'en va visiter ses proches. Il étudie à Karachi, dans une école coûteuse. Ses parents vont bientôt lui trouver une femme, elle-même issue d'une famille aisée. Son avenir est assuré.

Il règne à Lahore le même bordel qu’à Karachi. Je n’ai guère dormi durant les vingt heures de train. Je déambule, hagard devant la gare, en quête d’un moyen de rejoindre la frontière. Un homme me hèle, me promet une navette supposée partir dans une ou deux heures (la précision temporelle, je l’apprendrai vite, est un concept inexistant en Inde). Il m'obtiendra un ticket en échange d'une maigre commission. En attendant, il m’invite à boire un chai dans son arrière boutique. Mon inexpérience du voyage me conduit à rester vigilant, mais je le suis. Nous discutons longuement. Il me raconte le dangereux périple de sa famille, lors de la Partition de 1947. La création simultanée de l'Inde et du Pakistan donna lieu à l'exode le plus massif et le plus bref de l'Histoire. Un trait sur une carte, et en l’espace de trois mois c'est plus de treize millions de personnes qui avaient migré ! Les musulmans se précipitèrent au Pakistan, les hindous et les sikhs en Inde laïque. L'exode était tout à fait volontaire des deux côtés, mais tout le monde s'entretua en chemin. Entre un et deux millions de personnes y laissèrent la vie. Des centaines de milliers de femmes furent violées, kidnappées, vendues, achetées, violées de nouveau… Mon hôte me décrit le carnage, les femmes à qui l’on coupait la main pour leur voler leurs bracelets, le traumatisme de ses parents qui ont tout abandonné derrière eux et frôlé la mort à maintes reprises, son sentiment d’être autant Indien que Pakistanais, de ne pas vraiment comprendre pourquoi il a du grandir de ce côté-ci et non de ce côté-là… Pour lui, la querelle indo-pakistanaise est une aberration organisée par la classe politique des deux pays : « Nous sommes tous Indiens ». On est bien loin de l'occupation allemande, qui avait tant effrayé mes grands-parents : la famille de cet homme n’a pas connu que la peur et le rationnement, elle a traversé des bains de sang et tout perdu en route. Un trait sur une carte…

Un peu plus tard, me voici finalement à la frontière. Après m’être justifié auprès d'un douanier effaré (« Only one day in Pakistan?! ») dont je ne veux pas froisser l'orgueil patriotique (« I'll spend more time here on my way back. »), je traverse le no man’s land à pieds, en compagnie des coolies surchargés. Au poste frontière indien, un moustachu bedonnant m’annonce qu'il doit aller déjeuner et me plante là deux bonnes heures. Un Français partage mon attente. Il est venu d'Europe en voiture ! À quatorze heures tapantes, on m’accorde sans chichi le précieux tampon. Me voilà enfin admis sur le sol de « la plus grande démocratie du monde » !

Une nouvelle navette m'emporte jusqu’à Amritsar, capitale de l’état du Punjab et fief de la religion sikh. Celle-ci accorde aux touristes le même privilège qu'à ses pèlerins : séjourner et manger gracieusement trois jours et trois nuits au sein de sa « Mecque », le Temple d'Or. Vu mon budget et ma fatigue, trois jours et trois nuits ne seront pas de trop…


Prochaine expérience : The Golden Temple Experience.

30 juin 2011

Le spectre de nos étreintes


























aubépine & ronces plantées
dans le sol vierge de l'exil
entrevues d'idoles
délavées
corps bouillis, peaux rouges
j'attendrai

pris en otage par
vos vulves mortes
romances empaillées
figées griffes dehors
nos cœurs aimants dans des bocaux
pourrissants

les hantises & l'espoir
les aveuglants éclats
de colère
ma chair en vibre encore
voix des sirènes
police de la pensée

épousées
les princesses
envoûtés
les amants
embarqués sur des voiliers
suicidaires

qu'étions-nous ?
parodies d'adultes livrés à eux-mêmes
nuits torrides, aubes froides
orgasmes-appâts dont peu à peu
vous m'empoisonniez
enchaîné sur vos îles désertes

grises vos paupières
lorsque vous dormez (loin de moi, nouvelles vies)
gris
ces éléphants qui s'écroulent
sur le temps
armes de guerre

de quoi sont faites
les trahisons ?
de quels vernis
se recouvrent vos lèvres aujourd'hui ?
je rêve de danseuses & d'indiennes
qui brûlent sur le port de marseille !

je rêve d'eaux claires
je rêve éveillé
je rêve de boire
je rêve de pouvoir
je rêve de styx
j'attendrai (& je compte)

j'énumère vos chorégraphies
dictatoriales (une, deux, trois...)
à ce point illusoires
que les passants s'arrachaient
les petites galettes d'esbroufe
que vous semiez derrière vous

livres ouverts
à tous les fertilisants
de la putréfotèque
épaves de soie
outrancières tentations
j'attendrai

je ramasserai
un par un
mes chaussons égarés
je me réinventerai
jusqu'à noyer vos lèvres
dans l'oubli

oubli du jour où shiva
m'a laissé crever
sur le bord de vos routes
gloire de son murmure
qui me suppliait
de m'écouter

vos mots doux
ce vaudou
pour mieux m'empaler
sur les sexes érigés
de vos féminités viriles
sorcières démentes

toutes ces promesses
petites filles sages
les veines qui s'agitent
dans vos cercueils
lianes sanglantes
agrippées

combien de potentiels
pourront encore ainsi
s'effondrer
avant que les voix des anges
ne s'éteignent ?
silences & mots croisés

alors je m'égare
dans la comptabilité
de tant d'épopées
je cherche l'épée
pour trancher enfin
la corde de vos dictats

au bout du compte, sur le rebord
d'un précipice
je voudrais être encore capable
de ne pas trembler
immortel
& tant pis si je chute !

& toi, là au milieu
promesse en devenir
témoin de mes guerres secrètes
j'essaie de te préserver
j'aurais tant voulu
que tu fus la première...

Pushkar, Inde – décembre 2010

29 juin 2011

Interlude #10 (prélude à l'Apocalypse)

Bangkok, 2006.

« - Sans déconner ? On s'est vraiment tapé toutes les filles du bar ?
- Ben hier il en restait six et à deux ça va vite ! »

27 juin 2011

The India Experience - 2/ The Istanbul Experience

Premier voyage en Inde, février-mars 2001.

Expérience précédente : A prelude 2 the India Experience.


1er février 2001 - 5 février 2001 : The Istanbul Experience, Istanbul (Turquie). 

À quinze heures, l’avion décolle. Il me dépose un peu plus tard à Istanbul. Pour la première fois, je sacrifie à ce rituel auquel je prendrai tant goût : bagages, passeport, change, sauter dans un bus ou un taxi, qui nous conduit on ne sait trop où.

J’ai trois journées complètes à passer à Istanbul, avant de me ré-envoler pour le sous-continent indien. Ma première découverte, c'est que les Turcs n'utilisent pas de taxis : ils prennent le taksi. Je n'ai rien, sur le principe, contre une admission de la Turquie dans l'Union Européenne. Toutefois, bien plus que le respect des droits de l'homme, la reconnaissance du génocide arménien et l'abolition de la peine de mort, il me paraît fondamental qu'ils apprennent à écrire « taxi » correctement. À cette condition, et à cette condition seulement, leur candidature obtiendra mon soutien !

Comme pour me signifier dès le départ que mon séjour ici n'aura rien de romantique, la première personne à m'adresser la parole est une prostituée. Du moins est-ce que je suppose, lorsqu'une jeune femme s'arrête en voiture et m'adresse la parole. Je lui donne entre vingt-cinq et trente ans, elle est assez jolie. Il fait nuit et je cherche désespérément un hôtel indiqué dans le Lonely Planet, qui semble introuvable. Elle parle à peine anglais et me demande où je vais. Je lui montre l'adresse de l'hôtel. « Come, I'll take you there ». Je n'ai rien à perdre, je monte dans le véhicule. J'essaie de discuter mais son anglais est vraiment trop nul. Elle me fait comprendre qu'elle peut m'emmener chez elle si je veux. J'hésite. Elle insiste, semble proposer de m'héberger par bonté d'âme. Je songe que c'est peut-être une bonne samaritaine. Mes amis voyageurs m'ont souvent raconté comment, lorsqu'ils étaient perdus, de bonnes âmes les avaient pris en charge : peut-être ai-je mal interprété et n'est-elle pas du tout prostituée. La voiture est imposante : c'est une grosse berline noire du dernier cri, pas le genre d'une pute. Ses vêtements, élégants, ne sont pas non plus de ce genre-là. Une nymphomane égarée, qui sait ? Après tout, ça m'est déjà arrivé en France, de me faire brancher par une inconnue qui me trouvait à son goût, alors pourquoi pas à Istanbul ? Je songe aussi que peut-être je risque de me faire détrousser par son mac ou son mec. Mais elle m'inspire confiance : je ne ressens chez elle aucune malveillance. De toute façon, je n'ai rien à me faire voler. Presque pas de liquidités, pas de carte bleue (que des travellers cheques), pas d'appareil photo… Je ne risque pas grand chose à accepter, étant donné que ça ne ferait pas de mal à mon portefeuille d'économiser une nuit d'hôtel. J'insiste bien, pour lui faire comprendre que je suis pas un « client », sur le fait que je veux dormir chez elle. Je ne peux pas être trop explicite non plus, par peur de l'insulter si elle n'est pas prostituée. Elle semble comprendre, m'assure qu'il s'agit bien de dormir. Alors je dis « OK », et m'enfourne ainsi dans la première péripétie de mon voyage !

Nous arrivons chez elle. Elle vit dans un petit appartement un peu minable mais propre. La déco fait très « années folles ». Elle m'invite à me mettre à mon aise, puis se jette littéralement sur moi. Elle est très douce dans sa fougue, mais je recule. Certes, elle me plaît. Mais d'une part, je n'ai pas l'habitude de coucher comme ça avec la première venue, sans faire un tant soi peu connaissance auparavant : nous pourrions au moins commencer par boire un verre ! D'autre part, je ne fréquente pas les prostituées : je ne vais pas prendre le risque de coucher avec elle et de me faire réclamer de l'argent ensuite. Comme elle pose ma main sur son décolleté, je la repousse délicatement et lui fait comprendre qu'il y a un problème. Nous finissons, enfin, par dégrossir le malentendu. Elle est bien prostituée et je peux bien dormir là gratuitement, mais pas avant d'avoir payé et baisé. Ça serait tentant, puisque je suis là, puisqu'elle est là, parce qu'elle me plaît, parce qu'elle m'offre l'hospitalité ensuite. Mais je sais bien que j'aurais du mal à me regarder dans un miroir ensuite, alors je décline poliment, exprime mes regrets et le désir de repartir en quête d'un hôtel. Elle semble ennuyée et me branche de nouveau alors, pour en finir, je vide mes poches devant elle. Comme je m'y attendais, mes quelques billets sont bien en dessous de son prix. Elle comprend cette fois-ci. Elle ne semble pas du tout fâchée d'avoir perdu son temps, me signifie qu'elle ira même jusqu'à me conduire à mon hôtel.

En chemin, elle demande sa route à un homme, qui m'interroge en anglais : est-ce que je veux aller à l'hôtel ou chez la femme ? Il me prend pour un client. Je réponds « à l'hôtel », et tente de clarifier la situation en même temps qu'elle lui reparle en turc. L'homme alors me tance d'un ton très agressif : « The lady is speaking to me, be polite ! ». Il en a jusque-là de ces pourris d'Européens qui viennent consommer de la pute turque. Il est prêt à me donner une bonne leçon si besoin. Je m'écrase et il indique la direction à prendre. La jeune femme, que je remercie chaleureusement pour sa patience, m'y dépose avec un sourire. Le propriétaire est un homme élégant, qui parle un français parfait. La chambre est propre et agréable, mais le lit est dur comme du bois.

Je ne m’attarderai guère sur les trois jours qui suivent. Je les passerai seul, à errer sans but sous la pluie battante. Il fait un froid de canard, le ciel est inlassablement gris… Je visite le souk, c'est à peu près le seul endroit charmant que je puisse dégoter. Je m'amuse à me perdre dans les quartiers populaires, au point de devoir rentrer en taksi. Je caresse des dizaines de chats errants en mal d'affection. Je m'attendais à la cité des mille et une nuits, à un peu d'exotisme… Je tombe des nues ! Istanbul est semblable aux métropoles européennes : Britney Spears en PLV dans les vitrines, le dernier Morcheeba qui résonne un peu partout, les mêmes jeunes branchés, les mêmes marques de voitures… Je tombe même sur un disque de mes voisins de paliers, le groupe lyonnais High Tone : c'est dire le dépaysement !

Au final, je trouve Istanbul et ses habitants déplaisants au possible. Le type qui m'a incendié le premier soir est, en fait, assez représentatif de ses compatriotes. Les commerçants sont désagréables. Les restaurateurs sont désagréables. Les chauffeurs de taksi sont désagréables. Je m'efforce d'être humble et souriant, mais tout le monde fait preuve à mon égard d'une froideur qui flirte avec l'impolitesse. L'homme turc est exactement à l'opposé de l'homme indien (je serai en mesure de faire la comparaison dans quelques jours). L'homme indien est efféminé, raffiné, doux. Même lorsqu'il est énervé, il paraît tout à fait inoffensif. L'homme turc, à l'inverse, est un homme ultra-viril, un guerrier duquel émane une brutalité inhérente. C'est limite s'ils ne me font pas un peu peur ! Les femmes d'Istanbul, quant à elles, sont pour la plupart repoussantes. Jamais je n'ai vu autant de femmes laides au mètre carré. En cela, elles sont également aux antipodes des femmes indiennes, plus magnifiques et délicates les unes que les autres ! Je ne prétends pas que trois jours à Istanbul m'ont permis de me faire une opinion définitive des Turcs et je n'ai absolument rien contre eux. Mes lecteurs, d'ailleurs, savent que je n'ai pas pour habitude de porter des jugements sur les autres cultures, préférant m'attaquer à la mienne. Mais c'est ainsi que, subjectivement, j'ai vu et vécu les choses à l'époque. Puissent mes lecteurs turcs me pardonner d'en faire le constat dans ces pages.

Ainsi donc cette ville si peu hospitalière, ordinaire, glaciale et pluvieuse, ne m’inspirera rien d’autre que le début de la chanson Vacances (inédite), qui énumère mes galères de voyage. Je trouve quand même quelque joie grâce aux délicieuses et très sucrées pâtisseries locales.

Mais le voyage n’a pas encore vraiment commencé, alors je ne suis pas plus déçu que cela. Mon Inde m'attend, et avant elle le Pakistan. Là-bas, que j'aime ou que je n'aime pas, le dépaysement, la décontextualisation, seront complets !

Ce qui nous amène au 5 février 2001. Un autre avion décolle. Je sais que cette fois-ci c’est le grand saut, le vrai.

Alors je saute.


Prochaine expérience : The Pakistan Experience.

17 juin 2011

The India Experience - 1/ A Prelude 2 the India Expérience

Premier voyage en Inde, février-mars 2001.


Décembre 2000 - janvier 2001 : A Prelude 2 the India Expérience, Lyon (France)

(Ce qui suit est le récit d'un voyage en Inde mais, comme tout récit de voyage digne de ce nom, c'est également le récit d'un voyage intérieur. Ainsi, nous espérons que le lecteur nous pardonnera les nombreuses digressions autobiographiques que comporte ce texte…)

Tout commence au début du mois de décembre de l'an 2000. Je viens de fêter mon vingt-quatrième anniversaire. Depuis quelques mois, mon existence a pris une tournure un tantinet hystérique et j'y ai pris goût. Mais j'y reviendrai, aussi n'évoquerons-nous ici que le strict nécessaire, incontournable préambule…

Ma production artistique, la palette de mes possibles, les champs d'action de mon collectif d'artistes… Tout ceci s'est considérablement enrichi. D'un coup. Très vite. Peut-être un peu trop vite ! Ma vie sociale également, et cela ne me plaît qu'à moitié. Je me débats avec un statut local de personnage public qui me rend la vie impossible. Pour autant, je ne parviens tout à fait à m'empêcher de jeter de l'huile sur le feu. Mon cœur est hanté par une jeune fille aux yeux de miel, qui se pose parfois dans mes bras mais se refuse à s’y installer vraiment. Ma mère, enfin, a arbitrairement décidé de mourir d’un cancer. Je vis tout cela de manière effrénée, je me drogue littéralement à l’extrême de ma propre existence, aux émotions fortes qui me traversent sans cesse. J'adore ça ! La seconde partie de mes Fragments nocturnes témoignera ultérieurement de cette frénésie. Je suis un jeune homme comme les autres, avec une vie ordinaire. Je suis un jeune homme hors du commun, avec une vie extraordinaire.

Quand la jeune fille aux yeux de miel n’est pas là, je dors sur le canapé. Mon grand lit ne m’inspire guère lorsqu'elle ne s’y trouve. C'est précisément sur ce canapé que se produit le déclic, tard dans la nuit. Une nuit d'insomnie, comme j'en connais tant. Je songe soudainement qu’il faut que je trouve quelque chose de nouveau à faire. Un truc complètement dingue. Un truc que je n’ai jamais fait auparavant. La démarche peut sembler absurde mais c’est pourtant exactement de cette manière que cela se produit. Il faut comprendre que je suis pris dans une spirale, une dépendance à l'extrême. Je ne peux que pousser un peu plus loin la démesure. C'est ça ou ne plus me sentir vivre. Comme je m'interroge, la réponse s’impose d'un coup ! Je vais partir en voyage, deux mois, quelque part à l’autre bout du monde, quelque part où il y a un désert. Et je vais me débrouiller pour passer un certain temps seul au milieu du désert. Je songe à l’Australie.

Au cours des jours suivants, la vie trouve les moyens qu’il faut pour le guider où il faut. Ce sera l’Inde, et ce sera très bientôt. Pourquoi l’Inde ? Pourquoi pas à vrai dire ? Peut-être parce que la jeune fille aux yeux de miel s’y était déjà rendue et s’apprête à y retourner. Peut-être aussi parce que mon ami Ivan en a gardé l’un des souvenirs les plus marquants de son tour du monde. À cette époque, rien ne m’attire spécialement vers l'Asie : je suis loin d’imaginer que j'en tomberai amoureux et que je finirai par m'y installer pour de bon. L'Inde présente aussi l'avantage d'offrir un environnement culturel tout à fait différent. Ce point la rend plus attrayante que l'Australie. Lorsque Ivan m'explique qu'il y a un désert en Inde, l'affaire est entendue.

Le 20 décembre, j'écris ceci : « Je me demande vraiment ce que je vais y trouver de si important, que ma voix intérieure m’y pousse si violemment ». Je relis ces mots, dix ans après les avoir écrits, et je souris parce que maintenant je sais.

Le 3 janvier 2001, ma mère meurt. Je suis à ses côtés au moment précis où elle part. L’extrême, encore…

À partir de là, tout va très vite ! Je me fixe un budget épouvantablement drastique, bien inférieur à ce que je peux me permettre. Marre d’être fils de riches ! J'ai envie de me mettre un peu à l'épreuve. Pour ne pas tricher, je laisserai à Lyon ma carte visa. Le budget drastique comprenant le prix du billet d'avion, je panique lorsque l'agence de voyage m'annonce le prix des vols pour l'Inde. On me suggère, en lieu et place, de prendre un aller-retour – bien moins coûteux – pour le Pakistan voisin. La prestation étant fournie par Turkish Airlines, elle implique deux longues haltes à Istanbul. Je me laisse porter par ce vent étrange.

Le 23 janvier 2001, je consigne le fait que la phrase « tout est son contraire » m'obsède depuis plusieurs jours. Quelques heures plus tard, je tombe sur une citation de Saint-Augustin à propos « du genre d’antithèse qui confère sa beauté à un poème ». Dans la foulée, je prends note de ceci : « Ce voyage, pendant lequel il va me falloir être attentif au monde qui m’entoure, tout en regardant à l’intérieur de moi ».

Quelques jours avant mon départ, je colle sur les murs de Lyon cent exemplaires de ma Confession publique, gifle assumée à mes détracteurs. Je filerai en douce avant qu’ils n’aient le temps de réagir.

1er février 2001. Saut dans le grand vide. Je me réveille contrarié par un rêve idiot et il faut bien avouer que je flippe un peu. Je peux bien me le permettre, ceci dit. Je m’apprête à me jeter dans un inconnu plus inconnu que tous les inconnus qui l’ont précédé. Tout le monde m’a répété durant des semaines d’être prudent, de faire attention. Quand on ne m’a pas carrément dit que je commettais une folie dont je pourrais bien ne pas revenir vivant. Je n’ai que vingt-quatre ans. On pense que je me prends pour Dieu sait quoi, mais je sais bien que je suis encore un peu un enfant. La veille, au téléphone, mon père qui n’a jamais voyagé m'annonce que « Ça va être beaucoup moins facile que tu ne l’imagines ». Sauf que je n’imagine pas que ça sera facile… D’ailleurs, je n’imagine rien du tout. Je sais juste que je n’ai pas le choix. Je l'ignore encore mais à mon retour, je lui dirai simplement : « Ça a été beaucoup plus facile que je ne l’imaginais ».

Hier, je me suis rasé le crâne à blanc, j'ai organisé chez moi une farewell party, je me suis couché tard et un peu ivre. Pourtant, je n'ai jamais été aussi réveillé que ce matin. Je bois mon café en écoutant un quelconque CD, lorsqu’une intuition violente me monte à la tête. Je dois mettre la radio, là-tout-de-suite-maintenant ! La radio, je ne l’écoute jamais, absolument jamais, mais le poste est resté réglé sur Couleur 3. Souvenir d’une époque déjà révolue, quand la station helvétique diffusait l’avant-garde des musiques électroniques. Une chanson, deux chansons, lorsque soudain une voix féminine se fait entendre. Son monologue est au départ incompréhensible. Elle évoque des odeurs, des sons, des couleurs, des images nouvelles et tourbillonnantes, une expérience sensorielle enivrante… Au bout de deux ou trois minutes, elle s’explique enfin. Elle est en voyage, dans un pays inconnu ! Ce qu’elle décrit est exactement ce que je connaîtrai bientôt, mais ça je ne peux pas encore le savoir. Ce que je sais, c’est qu’une intuition m’a poussé à allumer la radio exactement à ce moment-là, pour que j’entende exactement ce discours-là. C’est à peu près comme si Shiva en personne était apparu dans mon salon pour me parler : « Ne t’inquiète pas. Tout va bien se passer ! ». Je fonds en larmes, évidemment… Mon amie Céline R. débarque et je lui pleure dans les bras en racontant ce qui vient d'arriver. Comme toujours, elle sourit. C’est une petite fleur et une petite sœur, son sourire ne cessera jamais de me réchauffer le cœur. D’autres amis la rejoignent bientôt. Comité d’adieu. On m’encourage et on me souhaite bonne chance, puis on me conduit à l'aéroport.

L'aventure commence !


Prochaine expérience : The Istanbul Experience.

13 juin 2011

Un pas en avant...

Petit état des lieux avant reprise des négociations...

Dix mois de cyber-silence (mis à part mes petits interludes) : un peu plus que le temps d'une gestation. Gestation d'une nouvelle existence, loin là-bas, car comme certains d'entre vous le savent déjà, j'ai quitté la France en septembre dernier : quatre mois en Inde, deux semaines en Thaïlande et me voici installé depuis février à Phnom Penh, capitale du Cambodge. Cette fois-ci, ce n'est pas le voyage mais l'exil, et il faut bien dix mois de gestation pour accoucher d'une vie nouvelle. De cet exil vous aurez des bribes et des échos, c'est inévitable, et pour le reste ce blog devrait être ce qu'il a toujours été : un fourre-tout.

Il y aurait bien des choses à raconter mais je ne sais trop par où commencer. Puisqu'il s'agit avant tout d'écriture, commençons par l'écriture... Le grand changement est que j'ai fait mes adieux à la bande dessinée. Ce fut une décision difficile mais j'en suis à présent tout à fait satisfait.

Certains se souviendront pourtant que, en septembre 2009, j'avais annoncé la signature d'un contrat avec les éditions Ankama et la parution prochaine de la bande dessinée Homo Superior. Comme j'étais heureux ! Les choses ne se sont pas passées comme prévu et, en mars 2010, Ankama a choisi de rompre notre contrat. Je n'entrerai pas aujourd'hui dans les détails de cette débâcle et de la manière dont on « travaille » chez mon ex-éditeur (il y a un temps pour tout). En lieu et place, je me contenterai de citer cet extrait d'une interview de Run, directeur éditorial d'Ankama et décisionnaire en matière de ruptures de contrats, qui s'exprimait en ces termes à propos d'un autre projet : « [L'auteur] Maliki, qui voulait sortir son album chez un éditeur pas très recommandable... (rires)... qui le faisait poireauter, tu vois, c’est horrible de faire cela, signer un projet, et finalement, dire, "ben non, on ne le sort pas" ». Ce sont les mots de Run, pas les miens : je vous laisse donc tirer toutes les conclusions qui s'imposent à propos des décisions « horribles » de certains éditeurs « pas très recommandables ». Je clôturerai le sujet en remerciant chaleureusement le coloriste German Nobile et l'assistant éditorial Richard Robin, qui se sont battus avec moi pour essayer de sauver un projet condamné d'avance.

Cet échec fut très douloureux pour tous ceux qui s'étaient investis sur Homo Superior. Il m'a personnellement fallu un certain temps pour avaler la pilule. Ce genre de choses n'arrive pas sans impliquer son lot de doutes et de remise en question... Mais comme, après cela, aucun des projets proposés aux éditeurs à Angoulême 2010 n'a trouvé preneur, il m'est apparu l'été dernier qu'à la veille de mon exil en Asie, il était temps de jeter l'éponge et de revenir à mon premier amour, à savoir la littérature.

La plupart des gens l'ignorent, mais il est pratiquement impossible pour un scénariste de réaliser une bande dessinée sans l'appui d'un éditeur, pour la bonne raison qu'aucun dessinateur digne de ce nom n'acceptera de travailler gratuitement (sinon, à la rigueur, sur son propre scénario). Inversement, le romancier n'a besoin de personne : il est en mesure d'assurer seul la création de son œuvre, sans avoir besoin ni de partenaires ni d'argent. Et puis il faut bien admettre que la littérature me manquait. Dieu sait que l'écriture d'un scénario de BD est une aventure passionnante, qui a des plaisirs bien à elle et qui me manquera parfois, mais le roman est un art sauvage : le romancier ne connaît de limites que celles qu'il s'impose, que ce soit sur le nombre de pages ou sur le contenu du livre lui-même. Pas de limites techniques, pas de comptes à rendre, pas de contraintes liées au format, pas de concessions. Le roman est une aventure majeure.

J'avais aussi perdu quelques illusions en chemin. Celle, par exemple, qui consiste à penser qu'être publié à compte d'éditeur est la preuve d'un quelconque talent. Il faut bien se l'avouer : être un « auteur publié » a quelque chose de très valorisant, j'ai pu l'expérimenter durant les neuf mois qui ont séparé la signature de mon contrat de sa mise à mort. Pourtant, lorsque l'on traine comme je l'ai fait dans les coulisses de l'industrie de l'édition, on comprend que le choix des livres publiés ne repose pas que sur la qualité de leur contenu. Les facteurs sont multiples et les choix des éditeurs sont à peu près aussi aléatoires que les résultats du loto !

Une autre illusion consiste à penser qu'un auteur publié à compte d'éditeur est plus lu qu'un cyber-auteur. Ma bande dessinée avec Ankama devait être tirée à trois-mille exemplaires et basta. La plupart des romans publiés par les (très courageux) petits éditeurs sont tirés à cinq-cent ou mille exemplaires. Mon site internet, lorsque j'en assure la promotion, a plus de mille visiteurs uniques par mois. Et je ne fais pas le quart de ce que je pourrais faire pour le faire connaître ! Faites vos maths.

Notez que mon propos n'est pas de cracher sur les éditeurs : la plupart de ceux que j'ai rencontré sont des gens profondément humains et compétents, et pour en avoir été un moi-même (du temps de Neweden), je serais bien mal placé ! Mais le monde de l'édition, tout comme celui de la musique, est en pleine mutation : il est désormais possible de se passer d'intermédiaires. L'avènement des i-Pad et autres Kindle marque le début d'une nouvelle ère : celle du livre numérique. Dès-lors, the sky is the limit !

Reste bien entendu la question de l'argent, le nerf de la guerre. Disons que je suis en mesure de pouvoir me passer des revenus de l'édition, et pour autant me permettre de consacrer presque autant de temps à l'écriture que quelqu'un qui gagne sa vie avec. C'est mon luxe et ma chance... 

Il y a enfin la question d'être lu ou non. Les années passant, je vois moins d'intérêt qu'autrefois à être « lu ». Séduisante est parfois l'idée d'écrire pour écrire et de tout garder pour moi. J'ai hésité à disparaître pour de bon de la blogosphère, mais une personne qui m'est chère a su trouver les mots pour me convaincre de continuer à partager mon travail, alors me revoilà... Cette fois, vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous a pas prévenus !

Alors, pour conclure : sans regrets ces adieux à la bande dessinée ? Si, bien sûr que si : on ne se consacre pas pendant si longtemps à une forme d'art sans éprouver une sorte de nostalgie. Des regrets, mais nulle amertume. Et face aux regrets, il y a une liberté nouvelle, qui est bien douce. Et c'est pour la conserver que j'ai décidé d'auto-publier mes romans en ligne, plutôt que d'aller encore m'emmerder à les soumettre aux éditeurs (procédure très coûteuse puisqu'il faut tout imprimer et tout poster, et d'autant plus complexe à mettre en place si l'on vit à l'autre bout du monde !).

Ce qui nous ramène au présent : quoi de neuf en perspective ? Je suis en train de m'échiner à convertir mes deux premiers livres, Fragments nocturnes et Tabloïde, au formats PDF et EPUB. Fragments nocturnes peut déjà être téléchargé (ici) et Tabloïde devrait l'être bientôt, si je parviens à résoudre quelques problèmes techniques. Ils seront aussi bientôt disponibles sur Feedbooks.com et des éditions papiers devraient suivre, à prix coûtant, sur Lulu.com ou Thebookedition.com (je dois encore faire mon choix).

Du côté des nouveautés, ces quelques mois de liberté m'ont permis de rédiger déjà deux livres. Le premier raconte, d'après les cahiers d'époque, mon premier voyage en Inde en 2001 et mon premier voyage en Chine en 2002. Il sera publié sur ce blog, en feuilleton hebdomadaire et à partir de cette semaine, alors restez dans les parages. Le second est un roman, L'ami imaginaire (adapté du projet de bande dessinée du même nom). J'ai terminé un premier jet mais il y a encore beaucoup de travail, et j'ai décidé de le laisser reposer un peu et de m'attaquer bientôt à un autre projet. Les exigences de la littérature sont assez terrifiantes, même après vingt ans de pratique (peut-être devrais-je dire « surtout après vingt ans de pratique » !). En attendant d'être parvenu à terminer tout à fait quelque chose, je vous livrerai quelques extraits des chantiers en cours sur ce blog. Il me reste aussi un gros paquet d'archives à exhumer de mon disque dur, que je publierai petit à petit. Et pour le reste ce sera le même bordel qu'avant, le même mélange d'articles, de poèmes, de contes, de coups de gueule et autres combustions spontanées...

Alors voilà, c'était mon petit état des lieux avant reprise des négociations. Ce blog n'a pas vraiment vocation à parler de ma vie personnelle, mais comme je sais qu'il y en a qui se posent la question, la réponse est « oui ». Oui, je suis rudement content d'être parti ! Il n'y a pas un jour où je ne me réjouis pas d'être ici en Asie. Nous en reparlerons sans doute... ou pas...

Alors voilà...

10 juin 2011

Deux citations (en guise de come-back)

« Rien de ce que tu pourras faire ne pourra m'empêcher de t'aimer. »
Shiva.

« Mais surtout ne crie pas ! »
Marie.

(Ce sera tout pour le moment... La vie est longue...)

(C'est un début... La vie est courte...)

27 mai 2011

Interlude #9 (prélude à l'Apocalypse)

Zurich, 1978.

« Chérie, tu aurais pu aller chercher les enfants à l'école... Cela fait bientôt vingt ans, et ils me manquent encore... »

17 mai 2011

Interlude #8 (prélude à l'Apocalypse)



All you can eat...

$3.99 for all you can eat?
Well, I'm a stuff my face to a funky beat!
We're gonna walk inside, and guess what's up
Put some food in my plate, and some coke in my cup
Give me some chicken, franks, and fries
And you can pass me a lettuce. I'm a pass it by
So keep shoveling onto my plate
Give me some sweets and lots of cake
Give me some hot macaroni and cheese!
Give me, some more food PLEASE!!!!
Give me some buloni, salami, and ham
Toast with butter and strawberry jam
I love it whether the food is cold or hot
Put a burger on the plate, and it'll hit the spot
We'll eat everything, an incredible feat
$3.99 for all you can eat!

All you can eat...
I'm hungry!

Yo, Buff, man! We ain't got all night
So home boy, tell 'em what you like
Give me a...
And some...
I want a...
And give me...
And on the side...
I wanna, I wanna...
And in the front...
And in the back...
I wanna... 



All you can eat...

10 mai 2011

Interlude #7 (prélude à l'Apocalypse)

Le pisteur s'était absenté plusieurs jours, en quête de troupeaux pour nourrir la tribu. Il s'en revenait signaler ses découvertes, afin que l'on procède à la chasse. En ces temps anciens, les hommes vénéraient encore les animaux, les arbres et les étoiles...

À son arrivée, le pisteur trouva la tribu réunie autour d'un immense tas d'excréments. Tous étaient à quatre pattes, couvraient de louanges ce curieux monument. Scandalisé, le pisteur s'en alla voir le sorcier.
« Quelle est cette comédie ? Pourquoi la tribu s'est-elle mise à vénérer cette... chose ? », s'écria-t-il.
« Cette chose, comme tu l'appelles, nous dictera désormais comment nous devons vivre ! Nous y trouverons des réponses à nos questions et des lois à respecter. Nous saurons grâce à elle ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est juste et ce qui est faux ! »
« Mais ça n'a aucun sens ! Ce n'est... Ce n'est qu'un gros tas de merde !!! »
Le sorcier se pencha alors vers le pisteur, un sourire coquin aux lèvres, et lui chuchota :
« Mon jeune ami, c'est l'avenir du monde ! »

Le sorcier se prénommait Isme, et nous savons désormais que l'Histoire lui a donné raison.

4 mai 2011

Interlude #6 (prélude à l'Apocalypse)






You'll hear tales
Of all the great pretenders
Then it comes to you...

You'll spend hours
Practicing your smile
Then it comes to you...

You'll be do deceived by
The peaceful life
But you'll spend all your worth
Trying to be an angel
And then it comes to you...

They don't feel the way you feel
They don't know that they hurt you
And when you forgive them for what they do
You get nothing

You will dream
All there is to dream
Then it comes to you...

You will lose your mind
Trying to be the nice guy
Then it comes to you...

And when you're overwhelmed by
How apathetic we are
You'll feel powerless
As you crucify your patience
And then it comes to you...

They don't feel the way you feel
They don't know that they hurt you
And when you forgive them for what they do
You get nothing

And I'm not afraid 
I'm not afraid...
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