Pour des raisons déjà évoquées, je ne suis pas certain de savoir quoi penser du projet de loi sur le port de la burq... heu... du niqab (et ce sans parler des conséquences sur le corps de métier des ninjas). Je suis par contre assez étonné de la polémique relative au fait que Laurence Ferrari ait interviewé Mahmoud Ahmadinejad voilée (c'est à dire non pas visage masqué mais les cheveux recouverts d'un voile).
J'ai bien entendu les arguments selon lesquels tout ceci est une insulte décourageante envers le combat des femmes iraniennes, une soumission au régime d'un dictateur fondamentaliste, etc.
Certes...
Il y a dans le monde occidental une idée selon laquelle l'humanisme à la sauce « Siècle des Lumières » est une vérité universelle et, à vrai dire, j'aurais tendance à être assez d'accord avec cette idée. Après, il y a ce qu'on en fait et de ce point de vue-là, que ce soit économiquement ou en terme de dignité de la femme (lien et lien), je crois qu'on est encore loin du compte (donc mal placé pour faire la morale)...
Ce qui est certain, pour en revenir à nos moutons voilés, c'est que l'opinion iranienne n'avait pas manqué de nous épingler lorsque nous avons interdit le port du voile (pardon, le port de « symboles religieux ostentatoires ») à l'école il y a quelques années. Si ma mémoire est bonne, il y avait alors eu dans l'ensemble du monde arabe des manifestations concernant « l'oppression » des musulmans en France. Evidemment, nous savions alors que nous « n'opprimions » personnes (en tout cas pas au sens de « persécuter » qui, pour le coup, peut être le sens commun dans certains pays), mais les citoyens iraniens, eux, ne le savaient nullement...
Depuis il y a eu cet absurde débat sur l'identité nationale (qui a coûté de l'argent au contribuable et servi à... quoi ?) et à présent il s'agit d'interdire le port de la burq... du niqab, dans une démocratie où chacun était jusqu'alors supposé pouvoir se vêtir comme il le souhaite (certes).
Du point de vue « Siècle des Lumières », porter un voile sur les cheveux est une oppression de la femme. Du point de vue de l'Iranien(ne) moyen(ne), ceci est assez naturel. Il est après tout illégal de se rouler des pelles dans la rue en Inde et pareille interdiction nous semble scandaleuse mais enfin bon... Pour nous c'est une liberté individuelle, pour les Indiens c'est obscène. Si demain, ici, vous voyiez un couple en train de copuler sur la voie publique, vous seriez assez choqués que l'on impose un tel spectacle à vos enfants et vous appelleriez la police, alors que d'un point de vue « Lumières », personne n'est à même de décréter que faire l'amour en public n'est pas un progrès social et une progression des droits de l'homme et de la femme.
Par contre, il n'existe (encore) aucune loi en Inde qui stigmatise le tapage nocturne car là-bas, on considère comme un « droit » le fait que chacun fasse ce qu'il veut chez lui, alors que les combattants des droits de l'homme et de la femme seront les premiers à appeler la police en cas de tapage (au nom de leur « droit au silence », qui est en fait un déni du « droit de faire ce qui me plait chez moi » de leurs voisins). Que diraient nos Lumières si on leur demandait leur avis quant au fait que le Bon Sauvage copule en public et fasse du bruit dans sa hutte la nuit ?
Désapprouver le régime iranien est une chose (je le désapprouve). Désapprouver que les femmes soient contraintes de se voiler la face en est une autre (je le désapprouve aussi si elles sont effectivement contraintes). Mais par contre, respecter les coutumes d'un pays, n'est-ce pas exactement ce que nous demandons aux musulmanes françaises qui, de leur propre gré (il semble y en avoir), se voilent ? Et au delà de ça, les « Lumières » ne nous ont-elles pas rappelé ce que les philosophes Grecs nous avaient enseigné avant eux, à savoir que toute vérité est relative et qu'il convient de faire preuve de la plus grande prudence avant de poser un jugement ?
Autrement dit : il faudrait ici légiférer au nom du respect des valeurs de notre République mais par contre mépriser les lois des autres Républiques. Il faudrait s'en aller gaiement en Iran, interviewer le président iranien en mini-jupe ? Que dirions-nous si une journaliste iranienne venait interviewer Nicolas Sarkozy en portant la burq... le niqab ? Ne le prendrions-nous pas comme une provocation ?
Il y a les partisans d'un choc des civilisations, les personnes d'extrême droite qui voient en tout ceci une guerre interminable entre la tradition chrétienne et la tradition musulmane.
Il y a ceux qui croient au progrès en tant que valeur universelle.
Aux premiers, je dirai : vous êtes en train de creuser notre tombeau car on trouve toujours plus fort que soi.
Au seconds, je dirai : patience. Ce que nos ancêtres rêvaient, ils nous a fallu plus de deux siècles pour commencer à peine à le mettre en oeuvre : ne demandez pas au monde entier de se plier d'un coup à nos utopies : le monde y viendra bien à temps.
Quant à Laurence Ferrari... Foutez-lui un peu la paix sur ce coup-là !
Ce qui me ramène à tout un tas de réflexions quant à la politique du gouvernement chinois, politique que l'on regarde d'un autre oeil lorsque l'on commence à comprendre les problématiques et la réalité historique de ce pays. Mais ceci étant lié à mon dernier voyage en Chine, ça sera l'objet d'un autre article, plus tard.
NB : Cet article est un peu décousu et plein de raccourcis mais à la fois il est quatre heures et demi du matin, j'ai bu du vin rouge et de toute façon je ne suis pas journaliste, donc je m'en branle !






