13 avril 2013

Quelques photos d'Inde : Hampi Sacré

Photos prises par Nia lors de notre récent séjour à Hampi, Karnataka.
















12 avril 2013

Quelques photos d'Inde : Sacré Hampi !

Photos prises par Nia lors de notre récent séjour à Hampi, Karnataka.















9 avril 2013

Quelques photos d'Inde : Panaji, Goa

Photos prises par Nia lors de notre récent séjour à Panaji, Goa.







6 avril 2013

Dark Vador à la cantine ^^

Juste parce que ça me fait mourir de rire !


(Merci à Christophe)

3 mars 2013

Aphorisme

« Il ne faut pas que les femmes s'étonnent de ce que les hommes font l'amour n'importe comment vu qu'elles les choisissent pour n'importe quoi. »

Christian B., Truculences baroques.

28 février 2013

Un tramway nommé désir





















Le tramway de Lyon ressemble a une énorme chenille, qui avale les passants.

Le seul problème, c'est qu'elle les recrache... :-(

25 février 2013

... (50)

mur dur, fruit mûr
murmure sûr 
soudure aux sourdes oreilles
tolérance
zéro


20 février 2013

... (49)

envie d'être ailleurs
loin, les heures
écoulée la vie
en petits lambeaux 
étiolée


14 février 2013

Quelques photos du Cambodge : marchés

Photos prises par Evelyne en février 2012. La sélection est de Nia.









9 février 2013

... (48)

dans l'inextricable se dessinent
entre l'enfer et les autres
un équilibre introuvable
une volonté réduite
à néant


1 février 2013

De la crispation sur le « mariage pour tous » et des nouvelles technologies

Je discutais ce soir avec un ami de la question du fameux « mariage pour tous » et de son étonnement face à la crispation que l'on constate, alors que cette loi nous apparaît à lui et moi comme une évidence. Moi je ne suis pas surpris parce que, comme je le dis souvent (et c'est impopulaire) « les vieux sont trop vieux, il faut qu'ils meurent ». La question du mariage homo est une « non-question » pour la plupart des gens de ma génération : le simple fait que certains le demandent, associée au fait que de toute évidence, cela ne fait de mal à personne, suffit. La question même de l'adoption nous choque à peine moins : la parentalité est si dissolue aujourd'hui qu'il vaut mieux un couple homo solide qu'un couple hétéro en mode autodestructeur.

Je parlais récemment de tout cela avec deux personnes plus âgées que moi, qui m'ont opposé deux objections.

La première est que si l'on autorise le mariage pour les homosexuels, on autorisera demain les mariages polygames et les mariages avec des animaux. L'argument est ahurissant pourtant je l'ai aussi entendu à la télévision. Sauf que, si je connais un certain nombre de personnes homosexuelles ou bisexuelles, je n'ai encore jamais rencontré de personnes vivant durablement en ménage à trois ou plus et encore moins de personnes revendiquant une relation de couple, avec ses implications sexuelles, avec un animal. Pourtant, je connais vraiment beaucoup de gens, parmi lesquels pas mal de « freaks » ! Ce raisonnement par l'absurde est donc le fruit d'une imagination débordante qui n'a rien à voir avec le réel. Il y a bien entendu la question de la polygamie islamique, mais elle est en telle opposition avec les valeurs laïques qui sont associées au mariage homosexuel que jamais ceux qui défendent celui-ci ne défendront celle-là.

La seconde (objection) est que le mariage homosexuel contribue d'une destruction systématique des valeurs traditionnelles et familiales. À cela j'oppose que si l'on y va par-là, les hétérosexuels s'y sont très bien pris tout seuls pour anéantir les valeurs traditionnelles et familiales et ce depuis cinquante ans. À la limite, les homosexuel(le)s surprennent presque à vouloir se « normaliser » par le mariage, quand ils clamaient encore il n'y a pas si longtemps leur droit à la « différence ». La revendication du mariage homo serait donc, finalement, une revalorisation de la notion traditionnelle du mariage.

Ce qui m'intéresse ici, plus que de prendre parti pour le mariage homosexuel (mes lecteurs savent que je n'aime pas prendre parti), c'est de soulever l'impact qu'a la technologie sur l'être humain. L'une des deux personnes qui m'ont récemment opposé leur refus du « mariage pour tous » se trouve être née en 1939 (autant dire au Moyen-Âge, vu l'accélération de l'Histoire). Cette personne est convaincue que les valeurs et le fonctionnement de la société occidentale de la fin du dix-neuvième siècle représentent l'apogée du progrès humain, et qu'il conviendrait de se figer éternellement sur ceux-ci. Je ne chercherai même pas à débattre du fait que cela soit souhaitable ou non, simplement parce que cela est impossible. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, et même depuis l'enfance d'un Français né en 1939, l'espèce humaine a été soumise à une série de bonds technologiques sans précédents : que ce soit au niveau de la médecine, des moyens de transports et de communication, nous disposons d'outils et de moyens qui dépassent l'imagination de nos ancêtres et ce n'est que le tout, tout début. 

Je suis convaincu d'une chose : l'automobile, l'aviation, la télévision, internet, l'informatique, les smartphones, les transplantations cardiaques, la contraception, la physique quantique et les fusées spatiales ont un impact décisif sur notre perception du monde ! J'entends par-là non seulement notre perception quotidienne mais aussi notre perception métaphysique de l'existence. Mon interlocuteur m'affirma qu'il était tout-à-fait possible de vivre à la manière de, et selon l'idéologie des Européens de la fin du dix-neuvième avec la technologie du vingt-et-unième. Il faut bien être né en 1939 et refuser de comprendre le monde moderne, ou être aveugle, pour penser cela. Nous sommes le fruit de notre environnement, notre environnement influe inévitablement sur notre perception et nos convictions. Je m'en rends bien compte pour avoir vécu en Asie ces dernières années ! Je ne serais aucunement l'être que je suis si je n'avais pas grandi avec six chaînes de télévision et les enfants d'aujourd'hui, qui grandissent avec deux-cent chaînes et internet, ne peuvent être tels que moi. Je suis 1.0, ils sont 2.0, ceux d'avant moi sont juste... 0.0 (et ce sans jugement de valeur).

C'est cela que nombre d'opposants au « mariage pour tous » refusent d'admettre : le bouleversement sociétal et métaphysique induit par les nouvelles technologies. Est-ce à dire qu'il faille accepter n'importe quoi au nom du progrès ? Non, parce que ce n'est pas nécessairement de « progrès » que je parle mais de « changement ». Nous changeons, l'espèce humaine change et nous n'avons aucune idée d'où cela nous mène, parce qu'internet et l'informatique n'en sont qu'à leurs débuts, parce que les nanomécaniques et les cellules souches (entre autres) vont probablement bouleverser nos vies (et notre espérance de vie) bien plus encore qu'aucune technologie jusque-là. Notre relation à la famille, à l'espace rural et urbain, à la santé, à la procréation, à la connaissance, à la géographie, à l'animal et au végétal, aux notions mêmes de civilisation et d'humanité, est en constante évolution. La liberté de parole dont nous disposons aujourd'hui grâce à internet (et dont nous mésusons si souvent) n'en est qu'un aspect. 

Il nous faut évidemment rester vigilants, il nous faut de la bioéthique et de l'éthique en général. Il n'est pas question de renoncer au concept de « valeurs » mais il faut admettre que les « valeurs » d'hier ne sont pas nécessairement celles de demain et que les problématiques qui se posent aujourd'hui dépassent évidemment les notions de Gauche et de Droite. Il faut admettre qu'à l'heure où l'on est capable de cloner des espèces préhistoriques disparues et des êtres humains, les notions de procréation et de sexualité ne peuvent plus être vues à la lumière d'autrefois. Il faut aussi admettre que si la famille est un socle de la société (en admettant qu'elle le soit), la famille est à réinventer car elle est bien souvent dysfonctionnelle et cause de souffrances (elle l'a toujours été !).

Ce qui me ramène à ma position, essentiellement conservatrice en somme puisque émise par Siddhârtha Gautama il y a deux-mille-cinq-cents-ans : il faut chercher à éliminer la souffrance. Je n'ai aucune certitude que les progrès technologiques et la société qui est la nôtre aillent en ce sens, mais la spiritualité y a au moins autant sa place (en tant que potentiel en devenir) que la réduction de la douleur par moyens médicaux. Pour autant, je ne crois pas que le mariage ou l'adoption homosexuels puissent en rien augmenter la souffrance de mes concitoyens, ou la mienne. Par ailleurs, je suis totalement conditionné par la technologie qui m'entoure depuis ma naissance et, si cela ne m'empêche pas d'avoir du recul par rapport à elle, je suis en paix avec cette réalité qu'il est plus raisonnable d'accepter. Enfin, je crois que jamais mon interlocuteur né en 1939 ne pourra éprouver l'émotion que j'éprouve en visionnant le générique de Drive et pour cela, je le plains terriblement parce que moi, je puis éprouver ce que lui éprouve en lisant un roman de Dostoïevski.

Ainsi donc, il vaut mieux être né en 1976 qu'en 1939, et en 2013 qu'en 1976.

30 janvier 2013

La réhabilitation de Nicolas Sarkozy ?



D'abord, je dois redire que je n'ai jamais été fan de la présidence de Nicolas Sarkozy que j'ai trouvé « puante » pour l'essentiel ; et que si j'avais voté l'année dernière, je n'aurais jamais voté pour lui. Pour autant, derrière la diabolisation ambiante, je me suis toujours efforcé de ne jamais oublier que cet homme n'est précisément qu'un homme parmi les hommes, avec ses convictions et ses carences. J'ajouterai pour le principe que je n'ai jamais non-plus pris position quant au globi-boulga palestino-israëlien, qui me fatigue plus qu'autre chose et qui me semble trop complexe pour désigner des gentils et des méchants (ils sont, en fait, TOUS méchants !).

Ce qui m'intéresse aujourd'hui, alors que Sarko n'est plus chef d’État, c'est cette « anecdote » rapportée par les médias, selon laquelle il a été rémunéré cent-cinquante-mille euros pour une intervention de quarante-cinq minutes auprès de l'élite juive suisse, et a fait scandale en critiquant le comportement d'Israël vis-à-vis de la Palestine. Rappelons que de manière générale, critiquer Israël est davantage assimilé à une position de Gauche franco-française que de Droite pro-américaine. Pourtant, fort de son salaire scandaleusement élevé (ça fait frémir : plus de dix ans de smic pour une demi-journée de travail mais après tout, si des gens étaient assez cons pour me payer cette somme, je l'accepterais volontiers et vous aussi !), Nicolas Sarkozy s'en est allé, « mal rasé » et « de mauvaise humeur », prendre position face à la crispation israélienne devant une assemblée pro-sioniste.

L'ex-président aurait en effet déclaré que « le gouvernement israélien enferme l’État hébreux dans les murailles de Jéricho » et que « la diaspora juive et la communauté internationale doivent faire pression sur Israël pour l'obliger à reprendre les négociations avec les Palestiniens », propos qui auraient été fort mal accueillis par l'assemblée en présence (tu m'étonnes !). Nicolas Sarkozy, atlantiste par excellence, aurait certainement pu se priver de cet éclat et encaisser son chèque en tenant langue de bois. Pourtant, le voilà qui provoque ceux-là mêmes qui l'ont rémunéré afin d'affirmer une opinion qui donne à la France – dont il reste représentant au yeux de la communauté internationale – une position de relative neutralité, en tout cas non-sioniste, à l'heure où notre pays est engagé dans un conflit contre les islamistes maliens.

L'air de rien, Sarko assure au monde musulman que la France, dans son « choix malien », ne s'oppose nullement à l'Islam dans sa globalité, se veut objective et ne saurait de fait être accusée de pro-sionisme (argument sans cesse repris par les islamistes en manque d'inspiration). C'est, pour Sarkozy, une manière de protéger la France d'une opinion publique défavorable dans le monde musulman et de défendre, de fait, les intérêts français aux dépends de ses intérêts personnels (qui sera prêt à payer de nouveau cent-cinquante-mille euros pour se faire humilier en public ?).

Nicolas Sarkozy, encore jeune, certainement nanti et donc plein d'avenir en dépit de l'échec cuisant (et à mon avis mérité) qui a été le sien en 2012, commet peut-être par cet « éclat » le premier pas d'une réhabilitation. Lui qui a tant été accusé d'être vendu aux intérêts des uns et des autres (du MEDEF aux États-Unis) et de monter les uns contre les autres à des fins électorales (il l'a fait et c'était une honte), détient enfin l'occasion de se racheter aux yeux des Français en étant ce que les enjeux électoraux ne lui ont finalement jamais vraiment permis d'être : vraiment, totalement au service de son pays. Non pour dire qu'il faille à tout prix être au service de son pays, mais c'est un minimum lorsque l'on est président ou ancien président !

Alors je n'ai qu'une chose à dire à ce sujet : continuez, Monsieur Sarkozy, de dire ce que vous pensez au risque de perdre du fric ! Vous gagnerez peut-être, ENFIN, l'estime de cette France qui vous a tant méprisé !

29 janvier 2013

... (47)

élagage entamé par le centre
de la procession vers le spécimen
en une ronde in(dé)terminée
le potentiel
se profile




13 janvier 2013

La chaise à bascule










Je ne sais pas qui a fait ça ni pourquoi, mais je suis rudement admiratif !

11 décembre 2012

Et si on allait en Thaïlande ? (suite)

Dans une file d'attente à la frontière birmane, un homme de nationalité floue (asiatique en tout cas) s'adresse à une jeune Russe, sur un ton badin :
- How are you tomorrow?
La Russe, visiblement exaspérée :
- I don't know.
Et l'Asiatique, candide, de s'étonner :
- You don't know?
Non, elle ne savait pas...

Il y a dans ma chambre cinq ampoules au plafond. Un gros spot central et quatre petits spots, un à chaque coin. Sans surprise, l'interrupteur des quatre petits spots n'en allume que trois, quand l'interrupteur du gros spot central allume celui-ci et... le quatrième petit spot. 

Un certain nombre de Thaïs mettent leur clignotant pour indiquer qu'ils vont... suivre la route ! Ainsi, si la route fait un coude à droite, on met le clignotant à droite et si c'est un coude à gauche, on met le clignotant à gauche. Peut-on présumer qu'il arrive aux Thaïs de ne pas suivre la route et d'aller tout droit dans le fossé, auquel cas ils n'activent pas leur clignotant ?

Et puis comme les attardés mentaux et autres frustrés (politiques ou sexuels) ont désormais le droit de se pourvoir d'une connexion internet et de s'exprimer librement sur les réseaux sociaux, la France vient parfois m'assommer de sa bêtise jusqu'en Asie. Ainsi, après s'être énervé tout seul sur un com que j'avais déposé sur le statut d'une @mie, et m'avoir asséné ce qu'il fallait d'insultes et de grossièretés (c'est apparemment comme cela que l'on ouvre un débat de nos jours, du clash et du buzz), un inconnu conclut par ces mots édifiants : « Décidément il existe un monde dont tu n'as pas conscience ». J'en suis resté si ébahi que je me suis même abstenu de répondre, tiens !

Alors voilà...

5 décembre 2012

Et si on allait en Thaïlande ?

J'aurai bientôt l'occasion de revenir sur le Cambodge, en mots et en images, mais puisque désormais je suis en Thaïlande...

Pour commencer, j'ai vu un gros Russe en scooter se jeter tout seul dans le fossé ! Le logo des restaurants Two Chefs est résolument gay-friendly (cf. ci-dessous). Et il y a ce bar à l'attention des touristes (donc anglophones) qui a choisi le doux nom de « Rat Coffee Shop ». Par ailleurs, « Porn » est un prénom féminin assez répandu en Thaïlande. Tout cela laisse rêveur...


Pour autant, les Thaïs savent faire preuve d'une immense précision et c'est appréciable. Ainsi, l'opticien Charoen Optical de Kata affiche-t-il, en gros sur la vitrine, des « soldes » avec « 51,8647% de réduction ». Épatant !



En parlant de précision, il faut que je vous raconte ce qui s'est passé devant le centre de plongée de mon ami Manu.

Un beau jour d'octobre, le proprio se pointe et annonce qu'il va casser la dalle en béton devant la boutique, pour faire un truc mieux. La dalle de béton doit faire, à vue de nez, dans les huit mètres sur quatre. Il explique donc qu'il faudra garer les motos ailleurs à compter du lendemain à dix-sept heures pétantes, heure à laquelle débarqueront les ouvriers. Déjà, lorsque l'on est habitué à l'Asie, une telle précision horaire semble fort suspecte. Évidemment, personne ne vient le lendemain, ni à dix-sept heures ni ensuite. Le surlendemain, personne non plus et pas davantage le jour d'après. Finalement le quatrième jour, deux ouvriers débarquent avec... un marteau et une pioche !

Et ils tapent.

Et ils tapent.

En trois heures, trois longues et pénibles heures, ils parviennent à casser un mètre carré de béton (ce qui est déjà spectaculaire, compte-tenu de leur équipement). 

Et puis la pioche se casse. 

Alors, ils partent. Personne ne les a jamais revus, ça fait plus d'un mois déjà. Et la dalle est restée comme ça, telle quelle, avec son mètre carré de gravats sur le côté. Il ne se passera probablement rien de plus.

Les Thaïs sont bien comme les Khmers, va !

3 novembre 2012

Traffic jam

Photo : Fusion08
Je me souviens que lorsque j'étais petit, les embouteillages étaient un véritable phénomène de société : en ville comme sur l'autoroute, on passait régulièrement des heures bloqués dans les bouchons. De nombreuses œuvres d'arts des années 70 et du début des années 80 attestent de cette frénésie automobile, du développement urbain sauvage et des désastres esthétiques et humains qu'il engendrait. C'était un phénomène assez fascinant parce que nouveau et apparemment incontrôlable. Peu à peu (très vite, en fait), notre rapport à l'urbanisme et à l'environnement a changé : les villes ont rendu une partie de leur territoire aux piétons, ont tiré gloire de leur fleurissement et de leurs espaces verts ; les notions de pollution (visuelle, sonore et atmosphérique) ont conduit au développement des transports en commun, à la responsabilisation des usagers, etc. Il est aujourd'hui mal perçu de jeter un emballage plastique dans la rue ou de prendre sa voiture pour faire deux-cent mètres : j'ai connu l'époque où cela ne choquait personne. On est encore loin du compte mais en trente ans, la plupart des villes européennes sont devenues plus belles et plus agréables à vivre. Et la question des embouteillages, sans avoir totalement disparue, s'est relativement estompée de nos préoccupations quotidiennes, sociologiques et artistiques.

Les choses sont bien différentes à Phnom Penh. Alors que les autres capitales d'Asie se réveillent peu à peu d'un cauchemar urbain total (les métropoles indiennes se dotent de métros aériens, Bangkok se modernise considérablement, les grandes villes chinoises aménagent des zones piétonnes commerçantes et font la promotion des scooters électriques, etc.), Phnom Penh se développe à retardement, envahi d'un coup ou presque par les 4x4 et les mobylettes alors que les rues étaient presque vides il y a encore dix ans. Pour le moment, les choses restent vivables, quoi que les heures de pointe soient déjà pénibles. Ce qui frappe, c'est que le nombre de véhicules augmente constamment, mais que les infrastructure et les mentalités ne s'adaptent – pour le moment – pas du tout.

D'une part, la capitale du Cambodge manque cruellement de feux de circulation, de panneaux et, à vrai dire, d'un code de la route. Nombre de croisements sont laissés à l'état sauvage, dépendants du bon vouloir des automobilistes qui n'ont d'autre choix que de faire ce qu'ils peuvent, c'est à dire n'importe quoi. La police, quant à elle, n'a guère d'autre fonction que d'asseoir le pouvoir en place. Elle occupe donc l'essentiel de son temps à racketter la population, sur les routes et ailleurs. Cela implique d'ailleurs parfois de provoquer des accidents, puisqu'on n'hésite pas à se précipiter au milieu d'un boulevard surchargé pour intercepter un véhicule, ou à tenter de renverser un motocycliste qui refuse de s'arrêter (je l'ai vu de mes yeux !). Les 4x4 sont rarement inquiétés (leurs conducteurs pourraient avoir des relations bien placées) et les contrôles concernent essentiellement les vieilles voitures et les motos. La circulation est certes « faite » mais on se demande comment puisque, à chaque fois que la police se poste à un croisement, les embouteillages redoublent d'intensité.

Concernant les usagers, les codes comportementaux sont assez surprenants : lorsqu'un fou du volant vous percute, la politesse implique généralement de sourire ou de rigoler plutôt que d'insulter le chauffard. Sauf bien sûr si vous êtes mort ou inconscient, auquel cas vous serez poli de toute façon.

D'autre part, personne ne semble pour l'instant songer que la voiture puisse poser le moindre problème en ville. La pollution atmosphérique ? On semble ignorer que les gaz provoquent cancers, asthme et autres. La pollution visuelle et sonore sont, quant à elles, des concepts totalement inexistants en Asie. Ainsi, lorsque je parle à un Khmer du concept de « rue piétonne », celui-ci me regarde effaré : pourquoi diable voudrait-on interdire une rue aux voitures ? Tout est dit.

Mais il y a plus fou encore. En effet, il n'existe pas de transports en commun à Phnom Penh. Pas de métro, pas de tramway, pas même un seul bus : rien ! Je demandais l'autre jour à une collègue si certaines personnes en réclamaient, ou s'il était question d'en créer prochainement. « Oh, mais on a essayé il y a quelques années », me répond-elle. « La municipalité a créé quelques lignes de bus à Phnom Penh, mais il les ont rapidement supprimées car personne ne les empruntait. » À mon tour d'être perplexe : pourquoi les gens refusaient-ils de prendre le bus ? « Et bien, personne ne supportait d'attendre le bus. Les gens voulaient avoir leur propre véhicule ». Et s'ils n'en ont pas les moyens ? « Alors ils préférent prendre un tuc-tuc [sorte de moto-taxi] pour ne pas avoir à attendre. » Ainsi donc, la population de Phnom Penh a dit non au bus. Incroyable mais vrai ! Le peuple Khmer, si soumis d'habitude, a dit non aux transports en commun. Et oui - un oui sans borne - à la Lexus et à la Camri.

Photo : CAAI News Media
Aujourd'hui, disais-je, tout va bien, plus ou moins (dix morts par jour rien qu'en moto, certes). Je suis même assez étonné, compte-tenu du bordel, du faible nombre d'accidents dont j'ai été témoin et de leur peu de gravité (il est vrai que les Khmers roulent assez lentement). Mais au train ou vont les choses (j'ai déjà vu le trafic augmenter considérablement en deux ans), la ville sera invivable dans cinq ans. Les accidents se multiplieront, la pollution deviendra problématique et les embouteillages seront aussi interminables qu’indémêlables. La question du stationnement va également se poser. Nombre de familles, qui ont un logement au rez-de-chaussée, garent la Lexus dans le salon. On les voit de la rue déjeuner devant la télé, assis par terre à côté du colossal 4x4. Ici, cela ne choque personne : la notion d'intérieur est assez récente (le logement n'a souvent d'autre fonction que les plus utilitaires) et par ailleurs la voiture est la plus précieuse possession d'une famille (parce que la plus chère et donc la plus valorisante). Elle a donc sa place au coin du feu. Le problème c'est que tout le monde ne loge pas au rez-de-chaussée et qu'il y a très peu de parkings payants. Par contre on se gare où on veut : nulle régulation à ce sujet. Nombre de rues à deux voies n'en ont déjà plus qu'une à cause de cela. De surcroît, le stationnement se fait souvent en épi, de sorte que le trafic est constamment interrompu par des ânes qui bloquent un boulevard entier, se mettent en travers de la route parce qu'ils ne savent pas, ne veulent pas ou ne peuvent pas manœuvrer. Si vous leur faites remarquer qu'ils pourraient faire un effort (il y a souvent moyen de manœuvrer), on vous regarde comme si vous étiez fou. Il en va de même lorsque quelqu'un roule à contresens (ce qui arrive sans arrêt) : il est déplacé de le faire remarquer ! Là encore, je voudrais bien voir tout ça dans cinq ans ! 

Curieux spectacle que celui d'une civilisation qui a bondi d'un coup de la ruralité à l'urbanisation ; d'un peuple qui est, en l'espace d'une génération, passé d'un mode de vie séculaire aux technologies du vingt-et-unième siècle, sans connaître les nombreuses étapes que nous avons traversées pour en arriver là. Je mesure désormais combien ces étapes nous ont - en dépit de nos innombrables erreurs - épargné bien des désastres.

Une question que je me pose, c'est de savoir qui, lorsque la circulation deviendra réellement meurtrière et que les gens passeront leur vie bloqués dans des bouchons, va réagir le premier ? Les pouvoir publics ou la population ? Les premiers, non élus, n'en ont cure. Les seconds glorifient l'automobile. Pourtant, il y a un moment où la situation sera intenable, c'est inéluctable. La question de savoir qui va taper du poing sur la table en premier, et de quelle façon, pourrait bien être un indicateur fort quant à l'avenir du développement cambodgien.
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