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3 mars 2013
Aphorisme
« Il ne faut pas que les femmes s'étonnent de ce que les hommes font l'amour n'importe comment vu qu'elles les choisissent pour n'importe quoi. »
Christian B., Truculences baroques.
28 février 2013
25 février 2013
20 février 2013
14 février 2013
9 février 2013
1 février 2013
De la crispation sur le « mariage pour tous » et des nouvelles technologies
Je
discutais ce soir avec un ami de la question du fameux « mariage
pour tous » et de son étonnement face à la crispation que
l'on constate, alors que cette loi nous apparaît à lui et moi comme
une évidence. Moi je ne suis pas surpris parce que, comme je le dis
souvent (et c'est impopulaire) « les vieux sont trop vieux, il
faut qu'ils meurent ». La question du mariage homo est une
« non-question » pour la plupart des gens de ma
génération : le simple fait que certains le demandent,
associée au fait que de toute évidence, cela ne fait de mal à
personne, suffit. La question même de l'adoption nous choque à
peine moins : la parentalité est si dissolue aujourd'hui qu'il
vaut mieux un couple homo solide qu'un couple hétéro en mode
autodestructeur.
Je
parlais récemment de tout cela avec deux personnes plus âgées que
moi, qui m'ont opposé deux objections.
La
première est que si l'on autorise le mariage pour les homosexuels,
on autorisera demain les mariages polygames et les mariages avec des
animaux. L'argument est ahurissant pourtant je l'ai aussi entendu à
la télévision. Sauf que, si je connais un certain nombre de
personnes homosexuelles ou bisexuelles, je n'ai encore jamais
rencontré de personnes vivant durablement en ménage à trois ou
plus et encore moins de personnes revendiquant une
relation de couple, avec ses implications sexuelles, avec un animal.
Pourtant, je connais vraiment beaucoup de gens, parmi lesquels pas
mal de « freaks » ! Ce raisonnement par l'absurde
est donc le fruit d'une imagination débordante qui n'a rien à voir
avec le réel. Il y a bien entendu la question de la polygamie
islamique, mais elle est en telle opposition avec les valeurs
laïques qui sont associées au mariage homosexuel que jamais ceux
qui défendent celui-ci ne défendront celle-là.
La
seconde (objection) est que le mariage homosexuel contribue d'une
destruction systématique des valeurs traditionnelles et familiales.
À cela j'oppose que si l'on y va par-là, les hétérosexuels
s'y sont très bien pris tout seuls pour anéantir les valeurs
traditionnelles et familiales et ce depuis cinquante ans. À la
limite, les homosexuel(le)s surprennent presque à vouloir se
« normaliser » par le mariage, quand ils clamaient encore
il n'y a pas si longtemps leur droit à la « différence ».
La revendication du mariage homo serait donc, finalement, une
revalorisation de la notion traditionnelle du mariage.
Ce
qui m'intéresse ici, plus que de prendre parti pour le mariage
homosexuel (mes lecteurs savent que je n'aime pas prendre parti),
c'est de soulever l'impact qu'a la technologie sur l'être humain.
L'une des deux personnes qui m'ont récemment opposé leur refus du
« mariage pour tous » se trouve être née en 1939
(autant dire au Moyen-Âge, vu l'accélération de l'Histoire). Cette
personne est convaincue que les valeurs et le fonctionnement de la
société occidentale de la fin du dix-neuvième siècle représentent
l'apogée du progrès humain, et qu'il conviendrait de se figer
éternellement sur ceux-ci. Je ne chercherai même pas à débattre
du fait que cela soit souhaitable ou non, simplement parce que cela
est impossible. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, et même
depuis l'enfance d'un Français né en 1939, l'espèce humaine a été
soumise à une série de bonds technologiques sans précédents :
que ce soit au niveau de la médecine, des moyens de transports et de
communication, nous disposons d'outils et de moyens qui dépassent
l'imagination de nos ancêtres et ce n'est que le tout, tout début.
Je
suis convaincu d'une chose : l'automobile, l'aviation, la
télévision, internet, l'informatique, les smartphones, les
transplantations cardiaques, la contraception, la physique quantique
et les fusées spatiales ont un impact décisif sur notre perception
du monde ! J'entends par-là non seulement notre perception
quotidienne mais aussi notre perception métaphysique de
l'existence. Mon interlocuteur m'affirma qu'il était tout-à-fait
possible de vivre à la manière de, et selon l'idéologie des
Européens de la fin du dix-neuvième avec la technologie du
vingt-et-unième. Il faut bien être né en 1939 et refuser de
comprendre le monde moderne, ou être aveugle, pour penser cela. Nous
sommes le fruit de notre environnement, notre environnement influe
inévitablement sur notre perception et nos convictions. Je m'en
rends bien compte pour avoir vécu en Asie ces dernières années !
Je ne serais aucunement l'être que je suis si je n'avais pas grandi
avec six chaînes de télévision et les enfants d'aujourd'hui, qui
grandissent avec deux-cent chaînes et internet, ne peuvent être
tels que moi. Je suis 1.0, ils sont 2.0, ceux d'avant moi sont juste...
0.0 (et ce sans jugement de valeur).
C'est
cela que nombre d'opposants au « mariage pour tous »
refusent d'admettre : le bouleversement sociétal et
métaphysique induit par les nouvelles technologies. Est-ce à dire
qu'il faille accepter n'importe quoi au nom du progrès ? Non,
parce que ce n'est pas nécessairement de « progrès »
que je parle mais de « changement ». Nous changeons,
l'espèce humaine change et nous n'avons aucune idée d'où cela nous
mène, parce qu'internet et l'informatique n'en sont qu'à leurs
débuts, parce que les nanomécaniques et les cellules souches (entre
autres) vont probablement bouleverser nos vies (et notre espérance
de vie) bien plus encore qu'aucune technologie jusque-là. Notre
relation à la famille, à l'espace rural et urbain, à la santé, à
la procréation, à la connaissance, à la géographie, à l'animal
et au végétal, aux notions mêmes de civilisation et d'humanité,
est en constante évolution. La liberté de parole dont nous disposons aujourd'hui grâce à internet (et dont nous mésusons si souvent) n'en est qu'un aspect.
Il
nous faut évidemment rester vigilants, il nous faut de la bioéthique
et de l'éthique en général. Il n'est pas question de renoncer au
concept de « valeurs » mais il faut admettre que les
« valeurs » d'hier ne sont pas nécessairement celles de
demain et que les problématiques qui se posent aujourd'hui dépassent
évidemment les notions de Gauche et de Droite. Il faut admettre qu'à
l'heure où l'on est capable de cloner des espèces préhistoriques
disparues et des êtres humains, les notions de procréation et de
sexualité ne peuvent plus être vues à la lumière d'autrefois. Il
faut aussi admettre que si la famille est un socle de la société
(en admettant qu'elle le soit), la famille est à réinventer car
elle est bien souvent dysfonctionnelle et cause de souffrances (elle
l'a toujours été !).
Ce
qui me ramène à ma position, essentiellement conservatrice en somme
puisque émise par Siddhârtha Gautama il y a
deux-mille-cinq-cents-ans : il faut chercher à éliminer la
souffrance. Je n'ai aucune certitude que les progrès technologiques
et la société qui est la nôtre aillent en ce sens, mais la
spiritualité y a au moins autant sa place (en tant que potentiel en
devenir) que la réduction de la douleur par moyens médicaux. Pour
autant, je ne crois pas que le mariage ou l'adoption homosexuels
puissent en rien augmenter la souffrance de mes concitoyens, ou la
mienne. Par ailleurs, je suis totalement conditionné par la
technologie qui m'entoure depuis ma naissance et, si cela ne m'empêche pas d'avoir du recul par rapport à elle, je suis en paix
avec cette réalité qu'il est plus raisonnable d'accepter. Enfin,
je crois que jamais mon interlocuteur né en 1939 ne pourra éprouver
l'émotion que j'éprouve en visionnant le générique de Drive
et pour cela, je le plains terriblement parce que moi, je puis
éprouver ce que lui éprouve en lisant un roman de Dostoïevski.
Ainsi
donc, il vaut mieux être né en 1976 qu'en 1939, et en 2013 qu'en
1976.
30 janvier 2013
La réhabilitation de Nicolas Sarkozy ?
D'abord, je dois redire
que je n'ai jamais été fan de la présidence de Nicolas Sarkozy que
j'ai trouvé « puante » pour l'essentiel ; et que si
j'avais voté l'année dernière, je n'aurais jamais voté pour lui.
Pour autant, derrière la diabolisation ambiante, je me suis toujours
efforcé de ne jamais oublier que cet homme n'est précisément qu'un
homme parmi les hommes, avec ses convictions et ses carences.
J'ajouterai pour le principe que je n'ai jamais non-plus pris
position quant au globi-boulga palestino-israëlien, qui me fatigue
plus qu'autre chose et qui me semble trop complexe pour désigner des
gentils et des méchants (ils sont, en fait, TOUS méchants !).
Ce qui m'intéresse
aujourd'hui, alors que Sarko n'est plus chef d’État, c'est cette
« anecdote » rapportée par les médias, selon laquelle il
a été rémunéré cent-cinquante-mille euros pour une intervention
de quarante-cinq minutes auprès de l'élite juive suisse, et a fait
scandale en critiquant le comportement d'Israël vis-à-vis de la
Palestine. Rappelons que de manière générale, critiquer Israël
est davantage assimilé à une position de Gauche franco-française que de Droite pro-américaine. Pourtant, fort de son salaire
scandaleusement élevé (ça fait frémir : plus de dix ans de
smic pour une demi-journée de travail mais après tout, si des
gens étaient assez cons pour me payer cette somme, je l'accepterais
volontiers et vous aussi !), Nicolas Sarkozy s'en est allé,
« mal rasé » et « de mauvaise humeur »,
prendre position face à la crispation israélienne devant une
assemblée pro-sioniste.
L'ex-président aurait en effet
déclaré que « le gouvernement israélien enferme l’État
hébreux dans les murailles de Jéricho » et que « la
diaspora juive et la communauté internationale doivent faire
pression sur Israël pour l'obliger à reprendre les négociations
avec les Palestiniens », propos qui auraient été fort mal
accueillis par l'assemblée en présence (tu m'étonnes !).
Nicolas Sarkozy, atlantiste par excellence, aurait certainement pu se
priver de cet éclat et encaisser son chèque en tenant langue de
bois. Pourtant, le voilà qui provoque ceux-là mêmes qui l'ont
rémunéré afin d'affirmer une opinion qui donne à
la France – dont il reste représentant au yeux de la communauté
internationale – une position de relative neutralité, en tout cas
non-sioniste, à l'heure où notre pays est engagé dans un conflit
contre les islamistes maliens.
L'air de rien, Sarko assure au
monde musulman que la France, dans son « choix malien »,
ne s'oppose nullement à l'Islam dans sa globalité, se veut
objective et ne saurait de fait être accusée de pro-sionisme
(argument sans cesse repris par les islamistes en manque
d'inspiration). C'est, pour Sarkozy, une manière de protéger la
France d'une opinion publique défavorable dans le monde musulman et
de défendre, de fait, les intérêts français aux dépends de ses
intérêts personnels (qui sera prêt à payer de nouveau
cent-cinquante-mille euros pour se faire humilier en public ?).
Nicolas Sarkozy, encore
jeune, certainement nanti et donc plein d'avenir en dépit de l'échec
cuisant (et à mon avis mérité) qui a été le sien en 2012, commet
peut-être par cet « éclat » le premier pas d'une
réhabilitation. Lui qui a tant été accusé d'être vendu aux
intérêts des uns et des autres (du MEDEF aux États-Unis) et de
monter les uns contre les autres à des fins électorales (il l'a
fait et c'était une honte), détient enfin l'occasion de se racheter
aux yeux des Français en étant ce que les enjeux électoraux ne lui
ont finalement jamais vraiment permis d'être : vraiment,
totalement au service de son pays. Non pour dire qu'il faille à tout
prix être au service de son pays, mais c'est un minimum lorsque l'on
est président ou ancien président !
Alors je n'ai qu'une
chose à dire à ce sujet : continuez, Monsieur Sarkozy, de dire
ce que vous pensez au risque de perdre du fric ! Vous gagnerez
peut-être, ENFIN, l'estime de cette France qui vous a tant méprisé !
29 janvier 2013
13 janvier 2013
11 décembre 2012
Et si on allait en Thaïlande ? (suite)
Dans une file d'attente à la frontière birmane, un homme de nationalité floue (asiatique en tout cas) s'adresse à une jeune Russe, sur un ton badin :
- How are you tomorrow?
La Russe, visiblement exaspérée :
- I don't know.
Et l'Asiatique, candide, de s'étonner :
- You don't know?
Non, elle ne savait pas...
Il y a dans ma chambre cinq ampoules au plafond. Un gros spot central et quatre petits spots, un à chaque coin. Sans surprise, l'interrupteur des quatre petits spots n'en allume que trois, quand l'interrupteur du gros spot central allume celui-ci et... le quatrième petit spot.
Un certain nombre de Thaïs mettent leur clignotant pour indiquer qu'ils vont... suivre la route ! Ainsi, si la route fait un coude à droite, on met le clignotant à droite et si c'est un coude à gauche, on met le clignotant à gauche. Peut-on présumer qu'il arrive aux Thaïs de ne pas suivre la route et d'aller tout droit dans le fossé, auquel cas ils n'activent pas leur clignotant ?
Et puis comme les attardés mentaux et autres frustrés (politiques ou sexuels) ont désormais le droit de se pourvoir d'une connexion internet et de s'exprimer librement sur les réseaux sociaux, la France vient parfois m'assommer de sa bêtise jusqu'en Asie. Ainsi, après s'être énervé tout seul sur un com que j'avais déposé sur le statut d'une @mie, et m'avoir asséné ce qu'il fallait d'insultes et de grossièretés (c'est apparemment comme cela que l'on ouvre un débat de nos jours, du clash et du buzz), un inconnu conclut par ces mots édifiants : « Décidément il existe un monde dont tu n'as pas conscience ». J'en suis resté si ébahi que je me suis même abstenu de répondre, tiens !
Alors voilà...
5 décembre 2012
Et si on allait en Thaïlande ?
J'aurai bientôt l'occasion de
revenir sur le Cambodge, en mots et en images, mais puisque désormais je suis en Thaïlande...
Pour commencer, j'ai vu
un gros Russe en scooter se jeter tout seul dans le fossé ! Le
logo des restaurants Two Chefs est résolument gay-friendly (cf.
ci-dessous). Et il y a ce bar à l'attention des touristes
(donc anglophones) qui a choisi le doux nom de « Rat Coffee
Shop ». Par ailleurs, « Porn » est un prénom féminin assez répandu en Thaïlande. Tout cela laisse rêveur...
Pour autant, les Thaïs
savent faire preuve d'une immense précision et c'est appréciable.
Ainsi, l'opticien Charoen Optical de Kata affiche-t-il, en gros sur
la vitrine, des « soldes » avec « 51,8647% de
réduction ». Épatant !
En parlant de précision,
il faut que je vous raconte ce qui s'est passé devant le centre de plongée de mon ami Manu.
Un beau jour d'octobre,
le proprio se pointe et annonce qu'il va casser la dalle en béton
devant la boutique, pour faire un truc mieux. La dalle de béton doit
faire, à vue de nez, dans les huit mètres sur quatre. Il explique donc qu'il
faudra garer les motos ailleurs à compter du lendemain à dix-sept
heures pétantes, heure à laquelle débarqueront les ouvriers. Déjà,
lorsque l'on est habitué à l'Asie, une telle précision horaire
semble fort suspecte. Évidemment, personne ne vient le lendemain, ni à
dix-sept heures ni ensuite. Le surlendemain, personne non plus et pas
davantage le jour d'après. Finalement le quatrième jour, deux
ouvriers débarquent avec... un marteau et une pioche !
Et ils tapent.
Et ils tapent.
En trois heures, trois
longues et pénibles heures, ils parviennent à casser un mètre
carré de béton (ce qui est déjà spectaculaire, compte-tenu de
leur équipement).
Et puis la pioche se casse.
Alors, ils partent. Personne ne les a jamais revus, ça
fait plus d'un mois déjà. Et la dalle est restée comme ça, telle quelle,
avec son mètre carré de gravats sur le côté. Il ne se passera
probablement rien de plus.
Les Thaïs sont bien
comme les Khmers, va !
3 novembre 2012
Traffic jam
![]() |
| Photo : Fusion08 |
Je
me souviens que lorsque j'étais petit, les embouteillages étaient
un véritable phénomène de société : en ville comme sur
l'autoroute, on passait régulièrement des heures bloqués dans les
bouchons. De nombreuses œuvres d'arts des années 70 et du début
des années 80 attestent de cette frénésie automobile, du
développement urbain sauvage et des désastres esthétiques et
humains qu'il engendrait. C'était un phénomène assez fascinant
parce que nouveau et apparemment incontrôlable. Peu à peu (très
vite, en fait), notre rapport à l'urbanisme et à l'environnement a
changé : les villes ont rendu une partie de leur territoire aux
piétons, ont tiré gloire de leur fleurissement et de leurs espaces
verts ; les notions de pollution (visuelle, sonore et
atmosphérique) ont conduit au développement des transports en
commun, à la responsabilisation des usagers, etc. Il est aujourd'hui
mal perçu de jeter un emballage plastique dans la rue ou de prendre
sa voiture pour faire deux-cent mètres : j'ai connu l'époque
où cela ne choquait personne. On est encore loin du compte mais en
trente ans, la plupart des villes européennes sont devenues plus
belles et plus agréables à vivre. Et la question des
embouteillages, sans avoir totalement disparue, s'est relativement
estompée de nos préoccupations quotidiennes, sociologiques et
artistiques.
Les
choses sont bien différentes à Phnom Penh. Alors que les autres
capitales d'Asie se réveillent peu à peu d'un cauchemar urbain
total (les métropoles indiennes se dotent de métros aériens,
Bangkok se modernise considérablement, les grandes villes chinoises
aménagent des zones piétonnes commerçantes et font la promotion
des scooters électriques, etc.), Phnom Penh se développe à
retardement, envahi d'un coup ou presque par les 4x4 et les
mobylettes alors que les rues étaient presque vides il y a encore
dix ans. Pour le moment, les choses restent vivables, quoi que les
heures de pointe soient déjà pénibles. Ce qui frappe, c'est que le
nombre de véhicules augmente constamment, mais que les
infrastructure et les mentalités ne s'adaptent – pour le moment –
pas du tout.
D'une
part, la capitale du Cambodge manque cruellement de feux de
circulation, de panneaux et, à vrai dire, d'un code de la route.
Nombre de croisements sont laissés à l'état sauvage, dépendants
du bon vouloir des automobilistes qui n'ont d'autre choix que de
faire ce qu'ils peuvent, c'est à dire n'importe quoi. La police,
quant à elle, n'a guère d'autre fonction que d'asseoir le pouvoir
en place. Elle occupe donc l'essentiel de son temps à racketter la
population, sur les routes et ailleurs. Cela implique d'ailleurs
parfois de provoquer des accidents, puisqu'on n'hésite pas à se
précipiter au milieu d'un boulevard surchargé pour intercepter un
véhicule, ou à tenter de renverser un motocycliste qui refuse de
s'arrêter (je l'ai vu de mes yeux !). Les 4x4 sont rarement
inquiétés (leurs conducteurs pourraient avoir des relations bien
placées) et les contrôles concernent essentiellement les vieilles
voitures et les motos. La circulation est certes « faite »
mais on se demande comment puisque, à chaque fois que la police se
poste à un croisement, les embouteillages redoublent d'intensité.
Concernant
les usagers, les codes comportementaux sont assez surprenants :
lorsqu'un fou du volant vous percute, la politesse implique
généralement de sourire ou de rigoler plutôt que d'insulter le
chauffard. Sauf bien sûr si vous êtes mort ou inconscient, auquel
cas vous serez poli de toute façon.
D'autre
part, personne ne semble pour l'instant songer que la voiture puisse
poser le moindre problème en ville. La pollution atmosphérique ?
On semble ignorer que les gaz provoquent cancers, asthme et autres.
La pollution visuelle et sonore sont, quant à elles, des concepts
totalement inexistants en Asie. Ainsi, lorsque je parle à un Khmer
du concept de « rue piétonne », celui-ci me regarde
effaré : pourquoi
diable voudrait-on
interdire une rue aux voitures ? Tout est dit.
Mais
il y a plus fou encore. En effet, il n'existe pas de transports en
commun à Phnom Penh. Pas de métro, pas de tramway, pas même un
seul bus : rien ! Je demandais l'autre jour à une collègue
si certaines personnes en réclamaient, ou s'il était question d'en
créer prochainement. « Oh, mais on a essayé il y a quelques
années », me répond-elle. « La municipalité a créé
quelques lignes de bus à Phnom Penh, mais il les ont rapidement
supprimées car personne ne les empruntait. » À mon tour
d'être perplexe : pourquoi les gens refusaient-ils de prendre
le bus ? « Et bien, personne
ne supportait d'attendre
le bus. Les gens
voulaient avoir leur propre véhicule ». Et s'ils n'en ont pas
les moyens ? « Alors ils préférent prendre un tuc-tuc
[sorte de moto-taxi] pour ne pas avoir à attendre. » Ainsi
donc, la population de Phnom Penh a dit non au bus. Incroyable mais
vrai ! Le peuple Khmer, si soumis d'habitude, a dit non aux
transports en commun. Et oui - un oui sans borne - à la Lexus et à
la Camri.
![]() |
| Photo : CAAI News Media |
Aujourd'hui,
disais-je, tout va bien, plus ou moins (dix morts par jour rien qu'en
moto, certes). Je suis même assez étonné, compte-tenu du bordel,
du faible nombre d'accidents dont j'ai été témoin et de leur peu
de gravité (il est vrai que les Khmers roulent assez lentement).
Mais au train ou vont les choses (j'ai déjà vu le trafic augmenter
considérablement en deux ans), la ville sera invivable dans cinq
ans. Les accidents se multiplieront, la pollution deviendra
problématique et les embouteillages seront aussi interminables
qu’indémêlables. La question du stationnement va également se
poser. Nombre de familles, qui ont un logement au rez-de-chaussée,
garent la Lexus dans
le salon. On les
voit de la rue déjeuner devant la télé, assis par terre à côté
du colossal 4x4. Ici, cela ne choque personne : la notion
d'intérieur
est assez récente (le logement n'a souvent d'autre fonction que les
plus utilitaires) et par ailleurs la voiture est la plus précieuse
possession d'une famille (parce que la plus chère et donc la plus
valorisante). Elle a donc sa place au coin du feu. Le problème c'est
que tout le monde ne loge pas au rez-de-chaussée et qu'il y a très
peu de parkings payants. Par contre on se gare où on veut : nulle régulation à ce sujet. Nombre de rues à deux voies n'en ont déjà plus qu'une à cause de cela. De surcroît, le stationnement se fait
souvent en épi, de sorte que le trafic est constamment interrompu
par des ânes qui bloquent un boulevard entier, se mettent en travers
de la route parce qu'ils ne savent pas, ne veulent pas ou ne peuvent
pas manœuvrer. Si vous leur faites remarquer qu'ils pourraient faire
un effort (il y a souvent moyen de manœuvrer), on vous regarde comme
si vous étiez fou. Il en va de même lorsque quelqu'un roule à contresens (ce qui arrive sans arrêt) : il est déplacé de le faire remarquer ! Là encore, je voudrais bien voir tout ça dans cinq
ans !
Curieux
spectacle que celui d'une civilisation qui a bondi d'un coup de la
ruralité à l'urbanisation ; d'un peuple qui est, en l'espace
d'une génération, passé d'un mode de vie séculaire aux
technologies du vingt-et-unième siècle, sans connaître les
nombreuses étapes que nous avons traversées pour en arriver là. Je
mesure désormais combien ces étapes nous ont - en dépit de nos
innombrables erreurs - épargné bien des désastres.
Une
question que je me pose, c'est de savoir qui,
lorsque la circulation deviendra réellement meurtrière et que les
gens passeront leur vie bloqués dans des bouchons, va réagir le
premier ? Les pouvoir publics ou la population ? Les
premiers, non élus, n'en ont cure. Les seconds glorifient
l'automobile. Pourtant, il y a un moment où la situation sera
intenable, c'est inéluctable. La question de savoir qui va taper du
poing sur la table en premier, et de quelle façon, pourrait bien
être un indicateur fort quant à l'avenir du développement
cambodgien.














