31 août 2015

The China Experience – 15/ The Lijiang Experience (Pt. 4)

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002.

Décollage ici.
Expérience précédente : The Lijiang Experience (Pt. 3).


07 octobre 2002 – 02 novembre 2002 : The Lijiang Experience, Lijiang (Yunnan).

Quatrième jour. Enfin, je me sens reposé. Je m'en vais, c'est décidé, découvrir ce que mon Lonely Planet annonce être les deux « institutions » de Lijiang : le Sakura Café et le Prague Café. Le premier me laisse complètement indifférent, mais le Prague Café ! Situé au bord d'un canal, à côté d'un adorable pont, le Prague Café est un lieu clair, chaleureux et intimiste. Je m'y sens tout de suite chez moi. Tout est en boiseries, les murs recouverts d'étagères chargées de livres en anglais et en chinois. Il y a bien sûr un bar américain, lui aussi en bois, et six tables, ni plus ni moins : deux grandes et quatre petites. Derrière le bar, d'autres étagères avec toutes sortes de bocaux et de bouteilles. La devanture est quant à elle une baie vitrée, flanquée d'une porte coulissante à la mode japonaise. Le lieu est animé par trois serveuses chinoises, auxquelles s'ajoutent un cuisinier naxi, une femme de ménage, deux chiens (un grand et un petit) et deux chats (la mère et son bébé). Tout comme j'étais loin d'imaginer, en venant à Lijiang, l'histoire d'amour que je vivrai avec cette ville, je suis encore loin d'imaginer celle que je vivrai avec le Prague Café… Je note pourtant que « je crois avoir trouvé l'endroit paisible que je cherchais, où passer mes soirées à écrire » et comme pour me conforter dans cette idée, la serveuse met l'album Ten Summoner's Tales de Sting, que j'affectionne tout particulièrement. J'écris quatre heures d'affilée et termine le scénario d'Épeira (je le réécrirai je ne sais combien de fois par la suite). Une musique incantatoire démarre alors, me titille peu à peu les oreilles. Au bout de quelques titres, je me demande quel peut être ce disque, qui exprime avec exactitude le spleen de l'écrivain qui se laisse aller, un verre de vin rouge à la main, à la solitude nocturne au cœur d'une grande ville endormie. Et c'est ainsi que je tombe amoureux de la bande originale de The Million Dollar Hotel de Wim Wenders, qui deviendra l'un de mes disques de chevet. Á minuit et demi, le bar ferme et je me retrouve à la porte de ma guesthouse : c'est tout honteux que je dois réveiller la maîtresse de maison afin qu'elle m'ouvre la porte (l'incident se reproduira à quelques reprises). Avant de m'assoupir, j'écris les paroles de la chanson Kazz (inédite) et je continue de revisiter les dix-sept mois qui ont séparé l'Inde de la Chine.

Photo : Dr. Ma Pingke


L'été 2001 avait été doux comme un entre-deux. Comme chaque été, je m'étais mis en retrait pour faire le point. La Québécoise était entrée dans ma vie aux derniers jours de juin pour en ressortir aux premiers jours de septembre. Amourette d'été sans incidence, sur fond de la jeune fille aux yeux de miel qui hantait toujours mon cœur en dépit du bon sens. Il y eut quelques escapades, notamment au festival d'Aurillac où j'écrivis Expérience du Désert avec six mois de retard, ainsi que deux courts séjours à Marseille. Ce fut l'occasion de jeter les cendres de ma mère dans la Méditerranée, puisque c'était ce qu'elle souhaitait. Le vent manqua de peu de transformer la scène en remake de The Big Lebowski, mais je me repris juste à temps et évitai le désastre. La jeune fille aux yeux de miel était là, elle m'avait accompagné. Je dis adieu à ma mère et pleurai dans ses bras. L'extrême de notre brève histoire d'amour avait été mêlé de si près à celui de la mort de ma mère qu'il était logique de clôturer les deux récits de la sorte. En effet, la jeune fille aux yeux de miel était bel et bien passée à autres choses, au pluriel, et elle me contait par le menu ces escapades sexuelles. De retour à Lyon, je me résolus enfin à admettre que je n'étais pas encore capable d'être ce genre-là de confident, et qu'il valait mieux prendre mes distances quelque temps. J'écrivis Mon nom n'est pas Tantale afin de graver cette décision dans le marbre. Découvrant ce texte, mon amie Caroline eRre dira « c'est mortel ! » (ça l'était) puis, après une pause, « tu veux c'que tu veux pas ». Tout était dit.


Prochaine expérience : The Lijiang Experience (Pt. 5).

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