17 août 2015

The China Experience – 13/ The Lijiang Experience (Pt. 2)

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002.

Décollage ici.
Expérience précédente : The Lijiang Experience (Pt. 1).


07 octobre 2002 – 02 novembre 2002 : The Lijiang Experience, Lijiang (Yunnan).

Le second jour, M. Ma toque à ma porte à sept heures du matin et m'annonce que les tenanciers souhaitent me changer de chambre. Dans les choux, je réponds « Oui mais là je veux dormir ». Par la suite on ne me demandera plus rien. Officiellement, ma chambre est en fait un dortoir de trois lits, que j'espère conserver pour moi seul. Personne, heureusement, ne viendra jamais y troubler ma solitude. J'explore un peu la vieille ville et m'achète une petite sacoche en bandoulière, pour transporter mon cahier et ma bouteille d'eau. Quelques heures plus tard, la bandoulière craque sans crier gare. Je la fais recoudre pour trois yuans (environ quarante centimes d'euros), ce qui me vaut d'être sermonné par Caro et Olivier, deux Français pingres qui passent par là et qui sont convaincus que je me suis fait arnaquer (eux n'auraient payé que un yuan). Je passe une petite heure en leur compagnie, puis m'assure que ma connexion internet avec la France est bien réactivée.

Á l'heure du dîner, je découvre les bals naxis. Comme je mange, une musique chinoise envoûtante vient taquiner mes oreilles. Je me dépêche de terminer mon plat afin d'aller voir ça de plus près et j'atterris sur une petite place. La musique jaillit d'une grosse paire d'enceintes et sept ou huit femmes dansent, toutes vêtues du costume traditionnel naxi. Peu à peu, des Chinois de tous âges se joignent à leur ronde. Ils sont bientôt une cinquantaine. Les morceaux de musique durent entre dix et vingt minutes, constitués chacun de boucles d'environ deux minutes, certaines instrumentales et d'autres vocales. Á chaque partie correspond une chorégraphie particulière (sans jamais rompre la ronde), que chacun semble plus ou moins connaître. Autour des danseurs, une foule regarde, régulièrement sollicitée pour se joindre à la danse. Je refuse à une ou deux reprises, préférant me délecter passivement du spectacle. Á vrai dire, je suis assez bouleversé. De même que cette musique m'a irrésistiblement attiré, cette ronde m'émeut presque aux larmes : j'ai la certitude d'avoir déjà vu ça quelque part. Je sais pourtant que je n'ai jamais assisté à pareil spectacle. Pourtant, je ressens quelque chose qui s'éveille, comme surgi de mes profondeurs les plus secrètes. Comme à plusieurs reprises depuis mon arrivée en Chine, mais plus fortement cette fois-ci, j'ai le sentiment de retrouver quelque chose et je suis peu à peu submergé par l'émotion. Ce sentiment de familiarité, qui fait écho à l'épisode des baguettes, est décidément troublant. La sensation est si forte que je refuse d'autant plus fermement les invitations des danseurs : si regarder me met déjà dans un tel état, alors participer

Photo : Dr. Ma Pingke


Je reste là longtemps, puis je finis par partir, traversant deux autres bals similaires en chemin (j'apprendrai que c'est une pratique quasi-quotidienne ici, qui perdure d'ailleurs encore aujourd'hui). Je m'arrête finalement au Photo Café (sic), qui donne sur une charmante petite placette. Là, je reconstitue progressivement l'agenda de ma boite email et je dévore une assiette de légumes tout en méditant sur l'épisode de la ronde, qui m'a laissé tout ému. J'écoute d'une oreille la conversation qui a lieue sur la table voisine, où un quatuor d'étudiants français et chinois s'expriment dans un dialecte étonnant, mélangeant leurs deux langues natales en plus de l'anglais. Je suis encore épuisé par la Long Way South Experience et je commence à avoir froid, alors je rentre. Le climat du Yunnan est quasi-tropical, mais Lijiang étant en altitude (on est à la frontière de l'Himalaya), l'air y est beaucoup plus frais, de sorte qu'il convient de mettre un léger pull en soirée.

Une fois regagnée ma chambre, je suis confronté à un problème logistique assez embarrassant. Il se trouve que ma guesthouse possède une douche, mais pas de toilettes. Il faut donc se rendre, à dix mètres de là, aux toilettes publiques. Jusque-là tout va bien, sinon que chaque soir, la porte du bâtiment se trouve fermée à clés, aux alentours de minuit. Et je ne suis bien évidemment jamais couché à cette heure-ci : je passe une bonne partie de mes nuits à lire et à écouter des cassettes d'instrus de mon collègue DaBoostemp, en quête d'idées de nouvelles chansons pour notre groupe Shoona Sassi. Impossible, donc, d'aller pisser où que ce soit (ma chambre n'a pas même un lavabo) ! Je suis donc contraint d'élaborer une stratégie de survie, qui consistera pendant deux semaines à uriner chaque soir dans des petites bouteilles en plastiques, que j'évacuerai discrètement chaque matin.


Prochaine expérience : The Lijiang Experience (Pt. 3).

1 commentaire:

Jean-sully Ledermann a dit…

C'était quand ce voyage ?

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