1 octobre 2008

La menace fantôme

La personne avec laquelle j’ai eu une récente altercation par email - oui je sais c'était stupide de réagir comme ça mais à la fois ça fait dix ans que ces gens m'emmerdent et que j'opte pour le silence et j'ai décidé qu'à partir de maintenant ça suffit ! - cette personne, donc, m’a averti qu’il n’était pas dans mon intérêt de « me faire un ennemi supplémentaire ». Très gentil conseil qui me laisse toutefois perplexe : j’aurais des ennemis, moi ? Outre que ce concept d’ennemi me semble peu ou prou sorti d’une cour de récréation d’école primaire, je m’interroge. Parce que pour autant que je le sache, tous les gens qui me connaissent un tant soit peu n’ont peu ou prou que des choses gentilles à dire à mon sujet (la personne concernée n’a qu’à faire son petit sondage si elle tient à le vérifier, je ne fais même pas acte de présomption en affirmant cela !). Ah ben oui, mais ça, ce sont les gens qui me connaissent. Il y a aussi les gens qui ne me connaissent pas. Enfin ceux qui me connaissent de vue, de nom, de réputation, ceux qui ne m’ont jamais adressé la parole, ou au mieux deux minutes, bourrés, lors d’une soirée il y a huit ans. C’est parmi ces gens-là, qui ne me connaissent pas que se sont toujours trouvé mes supposés ennemis. Incroyable, non ?

Il se trouve en effet que, si l’on remonte à l’époque (révolue) à laquelle j’étais un acteur relativement important de la scène culturelle lyonnaise, j’ai appris qu’un certain nombre de gens, tous ou presque inconnus au bataillon, ne m’aimaient pas. J’entendais des rumeurs, des amis m’avertissaient que tel ou tel daubait sur ma gueule et l’on me rapportait des propos totalement ahurissants à mon égard, qui ne manquaient jamais de me choquer et de choquer mes proches. Et puis les années ont passé, j’ai pris du recul et j’aurais bien aimé oublier tout ça mais de temps en temps je croise quelqu’un que je ne connais pas, où bien on me contacte via Myspace, et j’ai droit à des sous-entendus malveillants, des remarques ambivalentes, voire carrément à des « insultes polies » comme ce fut le cas de la part du destinataire du mail évoqué ci-dessus, qui s’étonne que je réagisse grossièrement à ses propos si courtois. Je lui ai quand même présenté mes excuses pour mon vocabulaire, puisque elle me l’a demandé… Mais nous savons elle et moi ce qui a été dit et par qui !

J’ai quand même observé quelque chose : ces gens qui ne m’aiment pas, ces ennemis inconnus avec lesquels je n’ai jamais eu l’honneur de discuter, je sais quand même à peu près qui ils sont. Et ils appartiennent systématiquement à l’un ou l’autre de ces deux milieux : les gauchistes anarchistes ou les artistes vraiment underground. Pourtant, on peut difficilement me reprocher d’être un ultralibéral ou un fasciste dans l’âme, et j’ai assez fait dans l’artistique underground pour partager les galères de la deuxième catégorie. Alors quoi ? Et bien, j’ai fini par comprendre : ces deux milieux socioculturels (si j’ose dire) ne supportent pas la joie de vivre. Les premiers parce qu’il est indécent d’être heureux dans un monde gouverné par les méchants, les seconds parce qu’il est indécent de ne pas être dépressif quand on est un vrai artiste et que si l’on a le culot de s’amuser, l’on ne peut être qu’un imposteur. Ou alors il faut être cynique, ne rire qu’à travers l’ironie la plus grinçante. Enfin je dis ça, je peux me tromper : mais j’ai assez fréquenté ces deux milieux pour ne trouver aucune autre explication. Ah oui, il y a aussi le fait que dans ces deux milieux il faut absolument être humble. Pas humble vis-à-vis des autres car il est de bon ton de les critiquer et de leur signifier son mépris, mais humble dans le sens de s’habiller en noir avec des fringues bien usées, de faire semblant de ne pas s’aimer soi-même pour justifier son manque d’amour pour les autres, de raser les murs, de baisser la tête en marchant, de ne surtout jamais se la ramener. En tout cas jamais d’une manière glamour, mais toujours en douce, avec cynisme et froideur. Et puis il y a aussi le crime suprême, qui est de se vouloir fédérateur, d’organiser du culturel, parce que ça c’est forcément vouloir être au centre de tout, tout ramener à soi et essayer de faire de la récupération. Enfin ça dépend du degré d’underground de la programmation, bien sûr. Si l’on ne fait que dans l’underground glauque (suivez mon regard), c’est différent, c’est pas pareil. Il y a le bon chasseur et le mauvais chasseur, vous connaissez la chanson…

Je suis désolé les mecs mais il se trouve que oui, il y a des gens qui s’amusent dans la vie (ce qui ne les empêche pas d’avoir leurs bonnes phases dépressives comme tout-un-chacun, d’ailleurs) et oui, il y a des gens qui aiment la vie et d’ailleurs elle n'est pas si moche que ça ! Et oui, il y a des gens qui aiment les entreprises fédératrices et qui trouvent en toute spontanéité que c’est chouette de faire des trucs ensemble entre artistes (seulement il faut bien que quelqu’un les organise, ces trucs ensemble). Il se trouve aussi, c’est vrai, que certaines personnes aiment parader en soirée, être la plus belle pour aller danser parce que, pris comme un jeu, l’ego-trip a quelque chose de délicieux en terme de mise en scène. À condition que cela ne reste qu’un jeu et ça n’a jamais été autre chose pour moi. Mais il est vrai que si j’étais un gothique ou un punk, et que j’arrivais en soirée avec des piercings et des colliers à pointe ou un nain en laisse, ce serait parfaitement acceptable pour ces gens-là. Je préfère le pourpre, je n’y peux rien si je suis disco dans l’âme et si j’écoute du funk. Je suis une star dans ma salle de bain, baby !

Et puis au bout du compte, peut-être que cela se limite à une inversion de valeur : si les gens pourris daubent sur les gens qui s’efforcent d’être bienveillants et respectueux, c’est peut-être parce qu’ils espèrent faire croire que, si les gens biens sont pourris, eux sont les vrais gens biens. Raisonnement pervers s’il en est mais l’humanité ne manque pas de perversités de ce type et je crois bien qu’il s’agit beaucoup de cela. Mais peut-être que j’exagère, peut-être que c’est juste la légèreté, la désinvolture, qui exaspèrent ceux qui sont plein de morgue et de sérieux. De tout temps, la désinvolture et la légèreté ont toujours attisé la suspicion la plus vive. Avant c’était les bons cathos qui les détestaient parce que Dieu avait dit qu’il fallait souffrir. Maintenant, c’est les anars et les underground qui font ce sale boulot pour le compte d’un Dieu indéterminé mais, c’est certain, païen.

Alors quoi, on daube sur moi dans les soirées branchouilles artistrucs ? Ça tombe bien parce que ça fait des années que je ne les fréquente plus, ces soirées-là ! Alors quoi, j’aurais des ennemis ? Vu que ce sont des gens que je ne connais pas, avec lesquels je n’ai jamais eu la moindre interaction, qu’y puis-je si eux n’ont rien de mieux à faire que de me faire des procès d’intention. Qu’ils daubent sur moi entre eux si ça les amuse : maintenant je sais pourquoi j’ai un acouphène lol ! Mais de grâce, que dorénavant ils me foutent la paix ! Je n’ai qu’une chose à leur dire : Il est tellement dommage que les gens qui dansent exaspèrent les gens qui sont assis !

Qu’ils restent assis s’ils aiment ça mais en ce qui me concerne, je n’ai pas fini de danser !

Et je ne suis pas seul sur la piste. Ou comme dirait Yelle : « Tu es bien plus forte que moi mais nous sommes nombreux » !

2 commentaires:

Jeronimo a dit…

Y'a pas d'ennemis de Shaomi-madcap-xtc...Y'a que des amis refoulés !

"Deux choses sont infinies: la bêtise humaine et l'univers, mais pour l'univers, on en est pas sûr."
John Dryden, «Cymon and Iphigenia».

etienne a dit…

Sympa
Je te rejoins completement sur l'ego-trip : c'est jouissif si on ne se prend pas au sérieux
Ca me fait penser a la chanson "les gens raisonables" de Mickey 3D
http://www.deezer.com/track/13630
Ces gens qui se créent un legalisme frustrant et en veulent a ceux qui sont libres et y en a dans tous les milieux

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