24 février 2009

... (20)

avant les songes, prélude
bercé par l'insondable boucle
tampura qui s'étire à l'infini
il n'est de paix que celle qui naît
dans l'alap


20 février 2009

Cassandre

Après Justin Chien et La malédiction du plombier-garou, voici un troisième texte jeune public écrit, comme les autres, en septembre 2005. Le ton est moins léger que les deux précédents, peut-être à cause d'une certaine dimension autobiographique (encore que, si vous entendiez l'interprétation psychologique d'une amie à propos du plombier-garou !).

CASSANDRE

Cassandre est une petite fille pas vraiment gâtée par la vie…

Parce qu’elle sait des choses que les autres ne savent pas. Parce qu’elle « sent » des choses que les autres ne « sentent » pas.

Ses parents sont des gens très occupés et très attachés aux choses matérielles. Ils n’écoutent jamais leur fille.

Comme ils gagnent beaucoup d’argent, ils ont voulu acheter une grande maison pour impressionner leurs amis.

Cassandre leur a bien dit que cette maison était mauvaise. Mais comme ils la trouvaient jolie, ses parents s’y sont installés quand même…

Depuis, ils n’arrivent pas à dormir, et la mère de Cassandre a toujours mal à la tête. Mais ils ne comprennent pas que c’est à cause de la maison.

Lorsqu’ils invitent des amis à dîner, Cassandre est toujours très mal à l’aise.

Mais lorsqu’elle tente de leur expliquer que leurs amis sont des gens pas très clairs, ils ricanent en disant qu’elle ne sait pas ce qu’elle raconte.

Parfois, ils apprennent que leurs « amis » disent du mal d’eux dans leur dos, mais ils font semblant de ne rien savoir. Et ils continuent d’inviter ces gens.

En fait, la seule personne qui comprenne Cassandre dans cette famille, c’est le chat Socrate. Et Cassandre est la seule à comprendre que Socrate n’est pas qu’un objet animé, mais un être vivant comme nous.

A l’école, ce n’est pas beaucoup mieux. Mademoiselle Top, la maîtresse, déteste Cassandre alors que celle-ci travaille bien.

La vraie raison, c’est que Cassandre est plus intelligente que Mlle. Top. Mlle. Top le sait, et elle ne peut pas supporter qu’un enfant comprenne mieux les choses qu’elle.

Quant aux autres enfants, ils passent leur temps être ce qu’on leur a dit qu’ils devaient être : les filles sautent à la corde, les garçons jouent au foot. Cassandre ne comprend pas pourquoi une fille ne pourrait pas jouer au foot ou un garçon sauter à la corde.

Et puis, Cassandre se pose beaucoup de questions sur la nature humaine et la manière dont les choses arrivent, sujets qui intéressent guère les autres enfants. Tout ça ne lui attire pas beaucoup d’amis.

Finalement, Cassandre se sent seule au monde. Bien sûr il y a Socrate, mais Socrate ne peut pas non plus comprendre tout ce que lui dit Cassandre.

Elle aimerait bien pouvoir expliquer à quelqu’un que quand elle voit les gens, elle sait tout de suite qui ils sont vraiment derrière les apparences.

Elle aimerait bien pouvoir expliquer aux gens méchants qu’ils sont méchants parce qu’ils ont peur des autres, ou parce qu’ils ne s’aiment pas assez eux-même.

Elle aimerait bien pouvoir expliquer aux gens que des fois, elle sait que les choses vont arriver avant qu’elles n’arrivent.

Mais comme à chaque fois qu’elle a essayé, on s’est moqué d’elle ou on l’a grondée, elle ne parle plus de tout ça qu’à Socrate, qui ne peut répondre que par son tendre amour de chat.

Cassandre est donc une petite fille très seule, et très incomprise. C’est dur de ne pas être comme les autres.

Un jour, un nouveau petit garçon arrive dans la classe de Cassandre. Un petit garçon tout rond et timide. Il s’appelle Ben.

Des rumeurs courent dans toute la ville, et les parents de Cassandre lui disent qu’il ne faut pas parler à ce garçon : il aurait été renvoyé de son école parce qu’il avait dit à sa maîtresse qu’elle allait avoir un accident grave.

Ce qui a fait courir la rumeur, c’est que la maîtresse a en effet eu un terrible accident de voiture quelques jours après. Mais le garçon avait déjà été renvoyé.

Evidemment, tout ça intrigue beaucoup Cassandre, et elle se met à observer Ben sans en avoir l’air.

Le pauvre Ben n’a pas beaucoup plus de chance qu’elle : les autres enfants se moquent de lui à cause de son poids, et Mlle. Top l’aime encore moins que Cassandre. Officiellement, c’est parce qu’il a du mal avec les maths.

Mais Cassandre sent bien que c’est parce que Ben fait peur à Mlle. Top, à cause de ce qui s’est passé avec son autre maîtresse.

Cassandre aimerait bien parler à Ben. Mais il est bien taciturne, Ben, et ça impressionne un peu Cassandre. Et puis il y a autre chose qui la trouble : elle n’arrive pas à lire en lui comme dans les autres gens.

Un jour qu’elle rentre de l’école, c’est finalement Ben qui vient lui parler sur le trottoir.

« Tu es comme moi », dit-il.
« Je sais pas, pourquoi tu demandes ça ? » répond Cassandre.
« Je ne te posais pas une question. Tu ES comme moi. »
« Et c’est quoi, comme toi ? »

Ils vont s’asseoir dans un parc, et Ben parle longtemps à Cassandre. Il lui explique que comme elle il « sait » ce que ressentent et sont les gens, et les choses qui vont arriver, et aussi les endroits… Cassandre est ébahie.

Ben parle et parle et raconte toute son histoire à Cassandre qui reconnaît la sienne : le rejet des autres qui tantôt se moquent tantôt ont peur, le sentiment de solitude. Mais la nuit est tombée et Cassandre doit vraiment rentrer.

Une fois à la maison, elle se fait gronder, parce qu’elle est rentrée tard et que ses parents n’avaient pas de temps à perdre à s’inquiéter pour elle !

A partir de ce jour-là, Cassandre et Ben passent leurs récréations à discuter. Cassandre a un peu peur que Mlle. Top n’en parle à ses parents, mais celle-ci se sent comme débarrassée de ces deux-là depuis qu’ils s’occupent l’un l’autre, alors elle ne s’intéresse plus à eux.

Un jour, Cassandre et Ben décident qu’ils en ont assez de vivre au milieu des railleries et de la dureté des autres, que ce soit chez eux ou à l’école. Alors ils montent un grand projet : ils vont partir et faire le tour du monde, tous les deux. Enfin tous les trois : car ils emmènent Socrate.

Un matin, ils remplissent leurs cartables de nourriture et de vêtements de rechange et, au lieu d’aller à l’école, ils quittent la ville. Quand arrive le soir, ils se disent qu’il va falloir trouver un endroit où dormir, et ils vont se cacher dans une étable.

Mais une vieille dame qui habite la ferme à coté les voit y entrer, et va leur parler. Ils ont d’abord peur de la femme, mais son rire attendri finit par les rassurer. Alors ils acceptent de venir dîner avec elle.

La dame les écoute attentivement raconter leur histoire, et tout du long elle ne cesse de rire gentiment. Lorsque Cassandre finit par lui demander pourquoi, la dame lui répond qu’elle rit parce qu’elle a vécu tout ce qu’ils vivent, quand elle était petite.

Ben et Cassandre sont un peu sceptiques au début, mais la femme leur demande de décrire qui elle est au-delà des apparences. Ben et Cassandre se regardent, et s’aperçoivent qu’ils n’y arrivent pas : la vieille dame est comme eux.

Finalement, la vieille dame leur explique qu’ils ne sont pas différents sans raison : « Il est dur d’être un enfant quand on est comme vous et moi, dit-elle, parce que les adultes ne s’intéressent pas à ce que pensent les enfants. Mais lorsque vous serez plus grands, vous prendrez votre destin en main. »

« Ce jour-là, vous vous rendrez compte que les gens viendront tout le temps vous demander des conseils, et que vous pourrez contribuer à faire du monde un endroit un peu moins cruel, en aidant les autres à écouter leur voix intérieure. Ce qui fait qu’on vous rejette pour le moment fera qu’on vous aimera demain. »

Puis la vieille dame leur raconte son histoire à elle. Comment son don lui a permis non seulement d’aider les autres et d’être aimée d’eux, mais aussi de s’éviter tout un tas d’ennuis en repérant tout de suite les gens qui lui voulaient du mal. Ou en suivant des intuitions, qui la conduisaient à d’agréables surprises.

« Fiez-vous toujours à vos intuitions et à vos perceptions, conclut la vieille dame. Un jour, vous remercierez la vie d’être ce que vous êtes. Et un jour sans doute, le moment viendra pour vous de faire le tour du monde. Mais pour le moment vous devez vivre vos vies d’enfants et retourner chez vous. »

Confiants, Cassandre et Ben laissèrent la femme téléphoner à leurs parents pour qu’ils viennent les chercher.

Bien sûr ils se firent tous deux beaucoup gronder. Quand on leur demanda pourquoi ils avaient fugué, ils dirent que c’était parce qu’on ne les écoutait jamais. Bien sûr, on ne les écouta pas, et ils furent punis.

Mais le lendemain, à l’école, ils se regardèrent d’un air complice : tous deux savaient à présent qu’il leur fallait être patients, mais que la vie leur sourirait un jour. C’est ça qui est dur quand on est petit et que tout ne va pas comme on voudrait : on croit que les choses ne changeront jamais. Mais comme Ben et Cassandre l’ont compris, la vie est longue, et vient un jour où l’on est maître de son destin. Alors, les choses peuvent changer, et la vie peut devenir douce.

Cassandre et Ben ne souffrent plus des moqueries des autres, ni de l’indifférence des adultes. Ils ont leur amitié pour les aider à patienter. Et la vie devant eux.

Quant à Socrate… il a fait un beau voyage à la campagne !

18 février 2009

Dogme

« Après avoir été autrefois un hérétique du catholicisme, me voici donc sur la route de l’hérésie bouddhique ! Sauf qu’il n’y a pas d’hérésie chez Siddartha, puisqu’il répète jusqu’à la fatigue que seule l’expérience doit être écoutée, seule l’expérience mérite d’être suivie : "Il n’y a pas de maîtres spirituels, pas de rites, pas de textes sacrés : il n’y a que ce dont tu fais toi-même l’expérience, après l’avoir toi-même vérifié." »

Michel Benoît, Bienvenue en Inde - une escale en enfer.

13 février 2009

Les femmes viennent de vénus...

ELLE : Ce serait quand même bien que tu sois un peu plus baraqué tu sais, et puis aussi fais gaffe je trouve que tu prends un peu de brioche.
LUI : Est-ce que je te fais chier avec ta culotte de cheval ?
ELLE : Ah non mais ça n'a rien à voir ! Je suis une femme et une femme ça a des formes !

(Vécu avec deux femmes différentes, qui ne s'étaient pas concertées, comme quoi la mauvaise foi féminine est un don universel, lol !)

12 février 2009

Bienvenue chez les Ch'tis...

Alors que, suite aux déclarations de Didier Beauvais, la polémique sur la réputation des Ch'tis reprend, et en repensant à la fameuse affaire de la banderole il y a un an, je persiste à me demander comment il se fait que personne, dans le Nord, n'a encore songé à faire un procès à Ch'ti DJ pour avoir osé diffuser cette abomination (allume le son de ton ordinateur et cherche une corde pour te pendre) :



Ce clip, et la chanson qui va avec, donnent pourtant des Ch'tis une image autrement plus dégradante que toutes les accusations de chômage, consanguinité, pédophilie et alcoolisme réunies !!!

9 février 2009

Angoulême et Bret Easton Ellis

Pour répondre aux nombreuses personnes qui m'ont interrogé à ce propos, Angoulême s'est plutôt bien passé : quelques belles rencontres éditoriales et quelques belles perspectives pour mes projets BD. Mais n'oublions pas cet ancien proverbe turc : « il ne faut pas vendre la peau de l'éditeur avant de l'avoir tué ». Je vous tiendrai au courant.

L'expérience du festival, toute épuisante qu'elle soit, reste pour moi un agréable rendez-vous annuel dans le petit univers de la bande dessinée. Pendant quelques jours, Angoulême est un peu hors du monde, comme (oserai-je l'écrire ?) dans une bulle. Un peu mondain, un peu festif, toujours riche en belles rencontres humaines : je le kiffe bien, ce festoche !

Retour content, donc, mais dans la hâte de voir les choses se concrétiser. Je réalise à présent que depuis la fin de la rédaction de Tabloïde il y a bientôt trois ans, je consacre mes forces presque exclusivement à la bande dessinée. Trois années à élaborer des synopsis, à en discuter avec des dessinateurs et des éditeurs, à penser et repenser des concepts, écrire et réécrire des planches... Je me rends compte aujourd'hui que je fatigue et ce qui me fatigue n'est pas ce que l'on pourrait penser. Les refus d'éditeurs, l'argent investi sans retour, le fait de n'être pas publié, tout ça n'est que très secondaire. Ce qui commence à être épuisant, c'est de ne jamais pouvoir terminer mes histoires.

Tout le monde ne le sait pas, mais il est rarissime d'écrire un scénario dans son intégralité avant de le soumettre aux éditeurs. On travaille d'abord à un synopsis détaillé (la tâche la plus difficile, en réalité), on écrit les premières planches (des fois davantage, certes) et au bout de quelques semaines, parfois quelques mois, on obtient un dossier présentable. Si donc le squelette dramatique de chaque histoire, ses personnages, sa « couleur », sont tout trouvés, l'histoire en elle même reste embryonnaire. Et quand bien même le scénario est-il écrit dans sa globalité, il n'a pas tout à fait terminé de se raconter tant qu'il n'a pas été intégralement mis en images, chose qui ne peut advenir sans un dessinateur rémunéré, donc sans le soutien d'un éditeur.

Ainsi donc, depuis des années, et exclusivement depuis trois ans, je construis des histoires mais je ne les raconte pas vraiment. J'aurais peut-être pu consacrer ces milliers d'heures à autre chose, à l'écriture de romans et de nouvelles que j'aurais pu concevoir sans contrainte et mettre en ligne une fois achevés. L'envie de terminer mes histoires me mordille à présent les tripes, c'est juste un besoin irrationnel, quelque chose qui doit être fait. Car chaque histoire que j'abandonne en cours de route est une orpheline qui me reproche son abandon. Certaines, certes, ne méritent pas d'être terminées, c'est l'inévitable sélection naturelle du processus d'écriture. Mais d'autres, plusieurs autres, exigent de moi que je les mène à terme, d'une manière ou d'une autre. C'est pour cela qu'il serait temps que la BD marche pour moi, pour faire taire les cris insatisfaits de ces récits inachevés.

Chaque festival d'Angoulême est aussi l'occasion de dévorer deux romans : un à l'aller et un au retour (puisqu'il faut sept heures de train pour faire Lyon-Angoulême). L'an dernier, je découvrais Bret Easton Ellis avec Glamorama, un chef d'œuvre déjanté, une littérature sous amphétamines qui s'obstine à déconstruire toutes les règles de la dramaturgie pour entraîner le lecteur dans un récit toujours plus flou, où fiction et réalité se perdent en miroirs répétitifs, le tout à travers une satire impitoyable de la jet-set.

Cette année, j'ai dévoré dans le train le dernier ouvrage d'Ellis : Lunar park, le roman le plus captivant que j'ai lu depuis bien longtemps ! Bret Easton Ellis continue sa plongée dans un trouble identitaire et cognitif. Son univers n'est pas si éloigné de celui de David Lynch en ce sens que le réel n'a plus de prise sur le rêve. Comme chez Lynch, le « je pense donc je suis » de Descartes est anéanti : vous pourriez tout aussi bien vous réveiller demain et être quelqu'un d'autre.

Fausse autofiction, Lunar park nous présente un Bret Easton Ellis imaginaire, semblable à ses personnages antérieurs : un toxicomane passif qui se laisse porter par les événements sans parvenir à les dompter. Enfin presque, parce que ce roman-là est écrit au passé (une première chez Ellis) et parce que son personnage finit par tenter de maîtriser les situations irréelles qui s'imposent à lui.

Lunar park fait aussi preuve d'une dramaturgie bien plus structurée que d'habitude : l'histoire a un début, un milieu et une fin, avec des enjeux définis. Ce roman se veut un hommage assumé à la littérature fantastique (c'est une histoire de fantômes) et l'auteur a donc adopté un certain nombre de codes littéraires du genre. Un certain nombre seulement, car là ou Lunar Park aurait pu n'être qu'un passionnant thriller horrifique à la Stephen King, Ellis injecte une psychologie, une analyse sociologique, un humour grinçant et une poésie qui font de Lunar park un roman riche, jubilatoire et captivant. Un vrai, grand roman !

À l'aller, c'était Que notre règne arrive, de J.G. Ballard qui, même s'il m'a fait une impression moins forte que Lunar park, reste une lecture agréable et une réflexion des plus audacieuses sur la société de consommation, le populisme et l'influence croissante des hypermarchés sur la vie des familles de banlieues.

Et de vous quitter sur cette délicieuse citation de Lunar park, qui me rappelle tant (trop ?) ma propre vie : « Dans un effort désespéré, Jayne a suggéré qu'il y avait école le lendemain pour moi aussi, et que j'emploierais mieux mon temps à travailler plutôt qu'à organiser une fête. Mais Jayne ne comprendrait jamais que la Fête avait été mon lieu de travail. C'était mon marché à terme, mon champ de bataille, c'était là que les amitiés se nouaient, que les amants se rencontraient, que les affaires se faisaient. Les fêtes semblaient informe, mais elles étaient en fait des événements aux dimensions intriquées et hautement chorégraphiés. Dans le monde où je suis devenu adulte, la fête était la surface sur laquelle la vie quotidienne venait s'inscrire ». Ellis ne se trompe pas, la fête est pour l'écrivain un théâtre du réel fascinant à observer et à décrire, et pour les artistes en général un lieu de travail quasi-inévitable pour se tisser un réseau. Pour le meilleur... ou pour le pire.

26 janvier 2009

Homo superior

Après Les nymphes cannibales, voici les six premières planches du second projet que je m'apprête à démarcher auprès des éditeurs : Homo superior.

Là encore, je ne vous révèlerai rien de l'histoire pour le moment...

Les dessins sont de l'artiste argentin German Ponce. Les bulles et le lettrage ont été réalisées avec l'aide de mon ami, le graphiste safran.

Bonne lecture.








24 janvier 2009

Les nymphes cannibales

Voici les huit premières planches d'un des deux projets que je m'en vais démarcher à Angoulême la semaine prochaine : Les nymphes cannibales.

Le dessin et les couleurs sont de l'artiste argentin Danilo Guida (son site et son blog).

Pour le moment, je ne vous dirai rien de plus sur l'histoire : je vous laisse y entrer par vous-mêmes :











23 janvier 2009

Objets de consommation sexuelle


Mon article Metrosexuality, mon poème Femme qui devrait courir avec les loups et diverses conversations sur ce sujet au cours des derniers mois (voire des dernières années), ont suscité des réactions qui me donnent envie de préciser quelque peu mon propos. En réalité, je travaille depuis plus d'un an un an sur le sujet (l’évolution des rapports humains, principalement sur les plans sexuels & affectif, dans la société occidentale), dans le cadre d’un projet de BD (et possiblement de roman), projet qui ne sera probablement pas terminé de sitôt, vu l’ampleur du propos.

Parce que, les amis, je crois qu’il y a un malentendu…

On m’a parfois reproché des positions quasiment réactionnaires quant à l’évolution des mœurs sexuels en Occident. « Mais enfin, qu’est-ce qui te gène là-dedans ? Au contraire, tous ces plans cul, c’est super assumé, c’est hyper sain. Enfin l’être humain peut se faire plaisir après des siècles d’oppression, tout le monde est consentant, où est le mal ? ».

Il n’y a pas de « mal » : mes objections ne se situent pas dans le domaine de la morale. À vingt ans, j’étais comme qui dirait un idéaliste baba-cool : mon idéal sexuel était en effet une société dans laquelle on pourrait tous ensemble faire l’amour, avec légèreté et sensualité, dans une communion à la fois spirituelle et charnelle. Je partage toujours cet idéal avec ceux qui ont été à l’origine de la Révolution Sexuelle des années 60. Malheureusement, comme je l’ai déjà dit, « la Révolution Sexuelle, c’est comme le communisme : sur le papier, ça a l’air génial ; en pratique, c’est une catastrophe ! ». J’ajouterai que je nie toute notion de « décadence » : je pense que l’époque que nous vivons, au regard de l’Histoire et dans les pays riches, est probablement l'une des plus clémentes que l’humanité ait jamais connue. Cela veut-il dire qu’elle est parfaite ? Non. Mais soyons clairs, que ce soit au niveau des mœurs, des « valeurs » ou de la sexualité (sans même évoquer le confort matériel), NON, ça n’était pas mieux avant !

Je ne peux ensuite que partir des deux paradigmes énoncés par Michel Houellebecq. Quoi que l’on puisse dire à son propos, je pense que Houellebecq sera un jour reconnu comme un visionnaire : un immense écrivain mais surtout un grand sociologue, peut-être l'un des plus pertinents de notre époque. Libre à vous de ne pas être d’accord mais pour autant, qu’un auteur à ce point décrié ait paradoxalement un tel succès n’est pas anodin. Et surtout, tout ce que Houellebecq énonçait dès 1994 (parution de Extension du domaine de la lutte), est en train de se produire de façon de plus en plus évidente. Et ça, c’est une réalité objective.

Le premier paradigme de Michel Houellebecq, le plus lucide et le plus décrié, est que la sexualité est un nouveau mode de hiérarchisation sociale. Nous vivons aujourd’hui dans une société qui met le sexe en exergue au delà de toute autre valeur. Il n’y a qu’à allumer la télévision ou regarder les gros titres des magazines (« peut-on être une femme bien sans être une femme chaude ? » en couverture d'un magazine féminin très connu, « gagne ton photo-shoot avec une star du X » dans Max, etc.) pour s’en rendre compte : de nos jours il FAUT baiser ! Tout le temps, tout le monde, de manière performante, de préférence des gens jeunes, beaux et riches. La performance sexuelle (j’entends par là le quantitatif autant que le qualitatif) est devenue – et pour la première fois dans l’Histoire, autant pour les femmes que pour les hommes - une manière de se distinguer, de briller en société, au même titre que l’argent. Et c’est là que l’on entre dans la thèse du libéralisme sexuel, qui implique le second paradigme : il n’y a pas de communisme sexuel. Autrement dit : même chez les hippies, les anars et les nudistes, la consommation effrénée de relations sexuelles est réservée en priorité a une élite, consentie à une classe moyenne, et refusée à un prolétariat (et tout ceci relativement indépendamment de la situation économique des individus : on peut être pauvre économiquement et riche sexuellement, ou l'inverse). L’overdose de sexe est accessible à une élite de préférence jeune, belle, branchée et confiante. La plupart des gens ont accès à une sexualité disons normale, c’est à dire régulière, avec un nombre de partenaires sexuels modéré. Et beaucoup d’autres (nous en connaissons tous), sont complètement à côté de la plaque : moches, gros, timides, frustrés… Ces individus subissent donc une sorte de supplice de Tantale : le sexe est mis en exergue comme étant la panacée, le top, le must de notre société ; les corps sont exhibées nus sur les panneaux publicitaires dans la rue et partout ailleurs, mais eux n'y ont pas droit. Ces mêmes individus qui autrefois étaient mariés de toute façon (pour le meilleur mais certes souvent pour le pire) se retrouvent aujourd’hui complètement sur la sellette puisqu’ils ne dépendent plus d’un système codifié, prémâché, mais de leur propre capacité à séduire pour accéder à la sexualité. Mais il est vrai que vous faites probablement comme moi partie des « nantis » ou de la « classe moyenne » (je ne sais trop où me situer entre les deux), et que le sort de ces pauvres bougres est censé nous laisser indifférents. Demandons-nous toutefois une seconde ce qui se passera lorsque la cocotte minute explosera…

Bref, passons au cœur de mon propos : qu’est-ce qui me dérange dans le baisodrome qu’est en train de devenir la société occidentale ?

La disparition de l’humain, tout simplement. Ou plutôt, le fait que l’humain lui-même devienne objet de consommation. Parce que l’on baise comme on bouffe un cheeseburger : vite consommé, vite apprécié, vite oublié. Des ex d'une nuit, me retrouvant des années après, étaient effarées que je me souvienne d'elles (!). Je ne dis pas que cela soit entièrement nouveau : ça a toujours existé. Ce qui m’effraie c’est que ce mode relationnel, tout à fait superficiel, est en train de devenir le paradigme adopté par la société dans son ensemble. C’est comme ça que ça se passe, c’est la norme, c’est cool et c’est totalement ringard de faire autrement. Nous sommes loin de l’idéal hippie des années soixante, où il convenait (idéalement) d’explorer la sensualité et la spiritualité dans un véritable échange entre êtres humains. L’amour est ringard. Le romantisme est has-been. La rencontre réelle entre deux individus est inutile. La fidélité est catho. Le couple est chiant. L’introduction de concepts spirituels dans la sexualité est quant à elle totalement ridicule (dommage). On baise quelqu’un comme on se branle : les corps s’entrechoquent sans que les personnes qui sont à l’intérieur ne se rencontrent jamais, et c’est tellement cool ! On ne donne pas du plaisir à l’autre par générosité d’âme, mais parce qu’il est important que cet(te) autre aille clamer sur tous les toits que l’on est un « bon coup » et exhibe notre photo à ses ami(e)s comme un trophée sur son téléphone portable. C’est l’émancipation de l’être humain, le plaisir enfin atteint, la plénitude totale…

Mais de quelle émancipation parle-t-on ? Qui s’émancipe ? Les femmes ? Quelle blague ! La soi-disant « libération sexuelle » est selon moi l'ultime forme, pernicieuse et subtile, d’asservissement de la femme par l'homme : la femme rendue enfin, ENFIN consentante, prête à coucher sans condition, sans concession, avec n’importe qui pour peu qu’il ait une belle gueule et une attitude. Je ne connais pratiquement pas une fille qui ne m'ait pas avoué avoir regretté certains « plans culs », réalisés par manque affectif, abus d'alcool ou désœuvrement. Certaines m'ont raconté avoir couché avec des types qui ne les attiraient pas du tout juste parce qu'elles avaient envie de tendresse et qu'elles ne pouvaient l'obtenir qu'en échange de sexe. D'autres juste parce qu'elles avaient besoin de se sentir « jolies » et « désirables ». Au final je ne compte plus les récits d'espèces de semi-viols, consentis pour de mauvaises raisons à des brutes qui n'avaient pas idée du fonctionnement du corps d'une femme. Ce genre d'expériences semble désormais admis comme faisant partie du parcours « normal » des femmes, qui l'acceptent avec un fatalisme absolu. Belle victoire féministe ! Plusieurs ami(e)s qui travaillent dans des lycées m'ont confiés que des gamines de quinze ans venaient les voir et leur disait (mot pour mot) qu'elle ne comprenaient pas, parce qu'elles avaient un nouveau copain depuis deux jours et qu'ils ne les avaient pas encore « sautées », et que ce phénomène les amenait à se demander si le mec avait un problème ou s'il elles étaient repoussantes ou quoi... Belle victoire féministe !

Émancipation de l’individu en général, indépendamment de son sexe ? Définir son intimité (ou plutôt renoncer au concept même d’intimité) en fonction d’une tendance, d’une mode, est-il une émancipation ? Remplacer les carcans sociaux d'autrefois par un libéralisme sexuelle effrénée, où l'intimité devient un objet de glorification sociale, est-ce une émancipation ? Et le pire est que la pudeur, l’envie de ne pas avoir de vie sexuelle avec n’importe qui ni à n’importe quel prix, le refus de participer au baisodrome sont aujourd’hui le top de la nullité : cela signifie être au mieux bizarre ou ringard, au pire un(e) frustré(e) qui théorise pour justifier sa frustration (on l’a assez reproché à Houellebecq !). Je me souviens des années 80 : des artistes tels que Gainsbourg, Prince ou Madonna étaient rebelles justement parce qu’ils exhibaient leur sexualité (ou du moins leur désir de sexualité assumée) au grand jour. Alors, il y avait encore des tabous à briser. De nos jours, être rebelle ce serait plutôt refuser de coucher avec n’importe qui n’importe comment (les textes récents de Prince et Madonna vont d'ailleurs en ce sens) : en vingt ans la tendance s’est totalement inversée, retournée, absurdée. En 2008, la provocation est de parler d’amour et de tendresse. Parler de chasteté serait quant à soit l’ultime outrage, la pire des provocations ! Baiser, tirer son coup, sont devenus une obligation sociale ! Ne pas le faire est une déviance, une anomalie scandaleuse ! Quant à l’influence (déterminante) d’internet : parlons-en ! Oui : les gens se lâchent sur Meetic et autres sites de rencontre (où l'on clique sur les profils et remplit son panier comme sur Pixmania) parce que c’est si facile devant un écran. Pour certains, les timides, ça aide. Pour la plupart des adolescents, ça ouvre la porte du réel. Quand j’avais quatorze ans, il fallait se bouger le cul pour aborder une garçon ou une fille. Aujourd’hui, l’adolescent(e) de seize ans et le (la) trentenaire qui s’y est mis(e) sont tellement habitué(e)s à ces rapports directs qu’ils finissent par oser les appliquer dans la vraie vie, et cela donne ce que les femmes ont toujours reproché aux hommes et que tou(te)s font aujourd’hui : « Tu es beau (belle), je ne sais pas qui tu es et je m’en tape, ça te dis de baiser ? ». Je ne l’invente pas : je l’ai vu et entendu, et vous aussi. De plus en plus. Chaque année de plus en plus…

Où cela nous mène-t-il ? Je n’en ai aucune idée. Les totalitarismes religieux et politiques d’autrefois n’étaient certainement pas meilleurs. Mais la transformation de l’individu en objet sexuel de consommation est-il une solution pour la société occidentale ? Probablement pas. Au bout de deux-cent-cinquante-mille ans d’enfance, l’espèce humaine est entrée depuis quarante ans dans son adolescence : enfin elle a le droit de faire n’importe quoi ! Et comme tout adolescent, elle considère que ce n’importe quoi est une bonne chose. Comme tout adolescent, elle considère que ce n’importe quoi est à la fois un devoir et une norme… Soit ! Mais ne me demandez pas de fermer ma gueule, de trouver ça cool et encore moins de faire comme tout le monde, parce que, pour passer à l’âge adulte, il faut atteindre un minimum de lucidité et de maturité. Ce sera notre grand défi, pas qu’au niveau relationnel et sexuel, mais en partie. Parce que cela touche à notre intimité la plus profonde. Parce que quoi qu’en disent la télé, les magazines et les gens que je rencontre en soirées mondaines, nous sommes un esprit ET un corps. Et que mettre son sexe ou sa langue dans le sexe ou la bouche d’une femme, accueillir le sexe d’un homme dans son sexe ou dans sa bouche, ne sont pas des chose totalement anodines et insignifiantes !

C’est cela que nous sommes en train d’oublier.

Cet oubli fait de l''être humain un objet de consommation de plus, et c'est ça qui m’effraie.

22 janvier 2009

... (19)

en ces instants où les mots sombrent
sous le poids des équations prononcée
ils ne reste plus qu’à faire silence
sourire &
être


16 janvier 2009

Question de rythme...

Alors que je suis en train de peaufiner mes projets de bandes dessinés pour le prochain festival d'Angoulême, je réalise que je m'en vais démarcher un projet de 86 pages, un autre de 144 pages et un dernier que j'essaie péniblement de faire tenir en 128 pages. Comme d'habitude, les éditeurs que je vais rencontrer vont me demander pourquoi des formats si longs, craignant que le « jeune auteur » que je suis ne s'étale inutilement, par inexpérience ou bavardage. Il est vrai que - même si cela a tendance à changer - la norme en France est de 46 pages pour un album, en raison d'un album par an en cas de série.

Question de rythme, question de culture…

Je suis un fervent lecteur de comics américain, éventuellement de mangas et très rarement de bandes dessinées franco-belges. Mes préférences tiennent essentiellement à cette question de rythme. Tout d'abord le rythme de parution : se contenter de 46 pages et devoir attendre un an pour lire la suite, non merci !

Mais mon problème avec la bande dessinée franco-belge est surtout lié à une question de rythme et de densité narratifs. A chaque fois ou presque que je me suis risqué à lire une bande dessinée franco-belge, je suis arrivé à la fin de l'album avec le sentiment d'avoir été arnaqué parce qu'on ne m'avait rien raconté du tout… et en plus, ce « rien » m'avait été raconté dans une précipitation frénétique !

D'une part, je trouve que raconter un récit satisfaisant en 46 pages, même s'il n'est qu'un épisode d’une longue série, frôle l'impossibilité. Contrairement à la littérature, la BD comporte des contraintes narratives énormes : une case ne peut contenir qu'un certain nombre de mots et d'informations visuelles, une page ne peut contenir qu'un certain nombre de cases...

D'autre part, habitué que je suis du rythme américain (un récit dure de nos jours, en moyenne, entre 6 et 12 épisodes mensuels de 22 pages, soit 132 à 264 pages), j'aime que le scénariste prenne le temps de poser l'ambiance, de me laisser pénétrer dans l'âme de ses personnages au lieu de les jeter systématiquement dans l'action (pourtant omniprésente dans la BD américaine, BD de genre par excellence). La plupart des albums franco-belges que j'ai lus obéissent à une nécessité d'économie inhérente à leur format, nécessité qui contraint le scénariste à condenser l'action au maximum, et ce souvent aux dépends de l'atmosphère et des personnages. Dans ce contexte, la personnalité des héros se résume à quelques caractéristiques et tics de langages et ils sont en permanence plongés dans le mouvement, sans un moment de répit. S'il est vrai qu'il est primordial qu'un personnage soit clairement « posé » dès les premières répliques de sa première scène, il me paraît vital de lui accorder des moments d'intériorité, de réflexion, d'illustrer son développement non seulement à travers l'action mais aussi à travers des accalmies qui contribuent à le définir et à définir ses relations avec les autres personnages et la réalité qui les entoure.

La bande dessinée franco-belge, qui s'est toujours voulue plus « intellectuelle » et « artistique » que ses contreparties américaines et japonaises, a finalement réussi à devenir tout le contraire de ce qu'elle prétend être. Elle est généralement superficielle, balançant dramaturgie et dialogues à un rythme qui frôle l'hystérie, souvent sans densité, le tout pour aboutir à une impression de superficialité totale pour le lecteur habitué aux longues sagas américaines et japonaises.

Les éditeurs « traditionnels », avec le respect que je leur dois, ne sont pas exempts de toute responsabilité dans cette affaire. Hantés par le souci de rentabilité, ils veulent que les auteurs condensent tout le temps tout. Une splash page (une page composée d'une seule grande case) est généralement refusée de façon systématique par l'éditeur français, alors que cette pratique est courante à l’étranger. Une scène qui prend le temps d’établir une atmosphère sur, disons, 4 pages, avec des cases muettes et des techniques narratives empruntées au cinéma, scandalisera l'éditeur qui expliquera à l'auteur que deux pages suffisent amplement à ladite scène (alors que non, des fois non !). Si Alan Moore avait proposé Watchmen à un éditeur français, surtout à l'époque, il aurait sans doute été contraint d'amputer son récit de toutes les scènes de flash-back, de toutes les scènes « parallèles » à l'histoire (je pense aux scènes du kiosque à journaux et de la BD de pirates) et de toutes les scènes de dialogues non liées à l'intrigue principale. Watchmen eut alors été un récit creux de 100 pages au lieu d'être le chef d'œuvre littéraire que l'on connait (ou, plus probablement lorsque l'on connait Alan Moore, il aurait insulté son éditeur et serait allé publier sa BD ailleurs).

Il faut ajouter à cela la responsabilité des dessinateurs français, qui ont vis à vis de leurs scénaristes une exigence que leurs collègues étrangers n'ont pas (et je m'en rends bien compte en travaillant en ce moment avec plusieurs dessinateurs argentins) : il ne leur faut pas trop de cases par pages (genre six cases c'est bien) ! Heu... Oui, sauf que… Si un album de 46 pages comporte 276 cases au lieu de 368… Croyez-moi : ces 92 cases de différence coûtent cher au récit (c'est un quart d'informations en moins) ! Vous aurez beau rappeler à votre collaborateur que (pour rester sur cette référence incontournable) Dave Gibbons a réalisé Watchmen avec une moyenne de neuf cases par planches (au format comics de surcroît) et que le résultat est magistral, ils vous soutiendra qu’il ne peut pas réaliser une « belle » BD autrement qu’avec de grandes cases ! Par ailleurs, alors que les auteurs américains produisent sans mal un épisode de 22 pages chaque mois (plus encore au Japon), la plupart des auteurs français que j'ai rencontré pleurnichent qu'il leur est très difficile de réaliser… 46 pages par an ! Il faut les comprendre : ce sont des artistes, ils ont besoin de temps pour mûrir leur travail… Je ne suis pas là pour pourrir mes collègues mais tout de même, je les trouve parfois bien douillets…

Heureusement, tout cela est en train de changer. Des portes immenses ont été ouvertes par la « nouvelle BD française », souvent proche du roman graphique. Certains éditeurs à peine plus âgés que moi ont également grandi avec les comics et les mangas et comprennent donc le souci de densité. Il n'est plus si rare de voir un éditeur franco-belge publier une BD de 150 ou 200 pages. D'une manière générale, la BD franco-belge s'efforce d'être enfin à la hauteur de ce qu'elle prétend être : une véritable bande dessinée d'auteurs, libérée des formatages arbitraires d'antan.

Il n'empêche qu'ils vont me demander pourquoi mes BD sont si longues… J’en mettrais ma main à couper !

15 janvier 2009

La phrase qui tue !

« 16 heures ! Dire qu’il faut que je range ma chambre depuis trois ans… »

Mon cousin Sylvère (en discutant sur MSN).

12 janvier 2009

Les sentiers de la gloire

Je me google de temps en temps juste pour vérifier que mon site est toujours en première page et ce soir je tombe sur « Pour ne plus rien manquer concernant Shaomi, recevez gratuitement son actualité dans votre boîte mail : ses passages à la télé, au cinéma, en spectacle ou en concert ».

Ben peuchère, je passe à la télé et au cinéma et je le savais même pas. Je me jette tout de suite ou plus tard ?

10 janvier 2009

Voyages autour du monde...

« Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croît qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »
Nicolas Bouvier, L'usage du monde.

Alors que j'offre ce livre à mon amie Tif, qui s'en va dans quelques jours entamer son grand voyage autour du monde (que je vous invite à suivre ici), je réalise qu'il y a tout juste un an, je revenais de mon dernier voyage de deux mois en Inde (dont je vous invite à lire le récit). Tout ça me donne envie de fouiner dans mes vieux cahiers de voyages et de voir quels récits je pourrais tirer des précédents (un blog peut être rétroactif, non ?).

Un an depuis le dernier retour, un peu plus d'un an avant le prochain départ... En attendant, bon voyage Tif ;-)

9 janvier 2009

Je vis dans un quartier de stars !

On aura beau me répéter que le 1er arrondissement de Lyon n'est plus ce qu'il était (c'est un peu vrai certes, mais bon...), il reste que nous sommes le seul quartier de France à pouvoir se vanter d'avoir :
- la crêperie Gérard Philippe.
- la boulangerie Alain Prost.
- la pharmacie Christophe Lambert.
- le prothésiste dentaire Claude François !

(Vous ne me croyez pas ? Les pages jaunes sont vos amies !)

8 janvier 2009

... (18)

le bonheur est une solitude
une excentrique étrangeté
qui contemple la souffrance commune
est quelque peu décalé, il cherche
ses semblables



7 janvier 2009

Non mais j'halluciiiiiiiiiiiiiiine !

Au bout du compte, des mois plus tard, j'apprends finalement que derrière les procès d'intention, les accusations de narcissisme et autres félonies imputées à ma personne, la véritable raison pour laquelle un certain individu (parait-il pas très sexy et pas très populaire auprès de la gente féminine, mais enfin ne l’ayant jamais vu je ne peux rien en dire que ce qu'on m'en a dit) me hait, c’est parce que j’ai couché avec la Québécoise et lui pas !!!

En 2001 !

Tout ça pour ça ?!

Putain mais c’que les gens sont petits !

3 janvier 2009

Règle et exception

« L’esprit troublé – après un mensonge, un coup interdit -, Yudishsthira ne savait que répondre. Etait-ce donc cela, l’oubli passager du Dharma ? Mais comment décider ? Comment choisir l’occasion juste ? Comment ne pas faire, de cet oubli, la règle triomphante ? »

Jean-Claude Carrière, Le Mahabharata.

2 janvier 2009

De la véritable nature des conflits

« Chez Homère, chez Tolstoï, la guerre possédait un sens tout à fait intelligible : on se battait pour la belle Hélène ou pour la Russie. (…) Mais quel est donc le moteur d’une guerre si ce n’est ni Hélène ni la patrie ? La simple force voulant s’affirmer comme force ? Cette « volonté de volonté » dont parlera plus tard Heidegger ? Pourtant, n’a-t-elle pas été derrière toutes les guerres depuis toujours ? Si, bien entendu. (…) Pourquoi l’Allemagne hier, la Russie aujourd’hui veulent-elles dominer le monde ? Pour être plus riches ? Plus heureuses ? Non. L’agressivité de la force est parfaitement désintéressée ; immotivée ; elle ne veut que son vouloir ; elle est le pur irrationnel. »

Milan Kundera, L’art du roman.

Ramenée d’un niveau global, politique, à un niveau personnel, cette citation de Milan Kundera me semble illustrer parfaitement la nature des conflits entre individus : familiaux, en couple, entre collègues, entre voisins ou entre ivrognes dans les ruelles sombres. Rétroactivement il m’apparaît qu’il ne se cachait pas autre chose derrière tous les conflits dont j’ai, au cours de ma vie, été acteur ou témoin. À bien y réfléchir alors, derrière toutes les raisons, les excuses que l’on s’invente pour déclencher une engueulade, il convient de se souvenir qu’il ne s’agit en fait que d’un désir de domination, de démonstration de force et donc d’ego. Garder cela en tête peut être un moyen d’éviter de se laisser entraîner dans la spirale de la discorde. Car sans toutes les bonnes raisons que l’on se trouve pour justifier l’agression et/ou la réponse à l’agression, ne se sentirait-on pas ridicule, bête, vain, si l’on admettait qu’il ne s’agit en fait que d’affirmer sa volonté sur celle de l’autre ? Sans raison. Par pur principe. Par pur désir d’être « le plus fort. » Nous sommes, en fait, infantiles et risibles à chaque fois que nous nous laissons entraîner dans un conflit.

Bonne année à tous !

27 décembre 2008

Ganesh, version 2

Chose promise, chose due : après les planches de la version 1 (que je vous invite à consulter si vous les avez ratées, ne serait-ce que pour saisir la teneur du projet, et puis j'ai rajouté des croquis en bonus !), voici celles de la seconde version du projet de bande dessinée Ganesh, qui furent réalisées par le même Jérôme Dupré La Tour, cette fois-ci en 2006.

Mais reprenons les choses où je les avais laissées la dernière fois : suite aux premiers retours de l'éditrice Corinne Bertrand, Jérôme eut envie de s'investir davantage dans le projet et me proposa de le repenser à deux. Heureux d'une première collaboration scénaristique avec le dessinateur 2080, en 2004, j'acceptai. Nous passâmes donc 48 heures enfermés à nous brainstormer en long, en large et en travers pour repenser l'histoire ensemble. Premier constat : Corinne et Jérôme étaient bien plus séduits par l'aspect « chronique sociale » du récit que par son côté « comics » : exit donc toute l'intrigue liée à Râvana, et place à une BD plus mordante, plus adulte aussi. La question de la divinité de Ganesh, assumée dans la version 1, restait ici en suspens. Je vous passe les détails de ce remake mais nous aboutîmes à un récit de 94 pages, découpé en deux albums. Le premier fut écrit dans les moindres détails (je restais dialoguiste pour l'essentiel) et le deuxième découpé scène par scène. Quelques mois plus tard, cette version fut présentée à deux éditeurs seulement, qui la refusèrent tous deux, puis Jérôme et moi nous rendîmes compte que notre collaboration atteignait ses limites. D'une part, Jérôme s'affirmait en tant qu'artiste : il commençait à avoir une idée plus précise de ce qu'il voulait faire, des directions artistiques qu'il souhaitait prendre. Je continuais quant à moi de m'engager dans des directions diamétralement opposées, que j'avais prises depuis assez longtemps d'ailleurs. Il nous parut évident que cette seconde version de Ganesh en souffrait. Elle était plus riche, plus incisive, plus mûre que la première, c'est vrai. Mais contrairement à la première, elle manquait d'une cohérence interne réelle, d'une détermination dans le ton et le propos que son aînée  en dépit de ses nombreux défauts, possédait. Cela venait du fait que Jérôme et moi tirions cette BD chacun d'un côté, sans parvenir à trouver un compromis satisfaisant. Nous décidâmes alors, en toute amitié, qu'il était temps pour chacun de voler de ses propres ailes. Temps aussi pour Jérôme d'assumer pleinement son envie de devenir son propre scénariste (ce qu'il fait très bien depuis), et pour moi d'assumer à nouveau mon désir de rester metteur en scène. Peut-être un jour referons-nous quelque chose ensemble, nous évoquions cette idée l'autre jour. Mais ce sera dans longtemps, lorsque nous aurons fait suffisamment de chemin l'un et l'autre. En attendant, voici donc la seconde version de Ganesh. Si les couleurs sont encore au stade de la recherche sur ces planches (d'où le manque de cohésion qui va vous sauter au yeux), notez le bond spectaculaire qu'avait fait le dessin de Jérôme entre la version 1 et la version 2. Son travail était bon en 2005, il était devenu exceptionnel en 2006 ! Pour la petite histoire, une troisième version du scénario existe, qui fut écrite en 2007 et qui dort depuis dans mes tiroirs. C'était en quelque sorte une synthèse des deux premières versions : j'avais essayé de prendre ce qu'il y avait de meilleur dans les deux et d'écrire l'histoire telle que je la voulais réellement. Il est question que quelqu'un se mette à travailler dessus très prochainement mais... chut ! 



Pages 1 à 4 : 


































































































Jérôme avait ensuite réalisé les crayonnés des pages 24 à 28. Contrairement à la version 1, Ganesh rencontrait Patricia avant Ayanna. 
































































































































Quelques recherches sur les personnages, à présent : 





















































































































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