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11 novembre 2016

First We Take Manhattan

Je vous disais l'autre jour que je n'étais pas doué pour les eulogies, aussi je m'abstiendrai cette fois-ci comme les autres et laisserai la parole au défunt. Je suis peu familier de l'oeuvre de Léonard Cohen, que j'ai découvert comme beaucoup de gens de ma génération grâce au (fabuleux) film Pump up the volume en 1990, où le (non moins fabuleux) titre Everybody Knows occupe une place importante. C'est pour ça que je n'ai de Cohen que l'album I'm Your Man de 1988, où figure justement ce morceau. I'm Your Man s'ouvre sur First We Take Manhattan, une sorte d'ego-trip sexy et synthpop totalement inattendu de la part d'un chansonnier folk. Le texte est assez épique et je vous laisserai le découvrir vous-mêmes en dessous de la vidéo. Plus frappant encore, ce que Cohen a déclaré à propos de cette composition : « I think it means exactly what it says. It is a terrorist song. I think it's a response to terrorism. There's something about terrorism that I've always admired. The fact that there are no alibis or no compromises. That position is always very attractive. I don't like it when it's manifested on the physical plane - I don't really enjoy the terrorist activities – but Psychic Terrorism. I remember there was a great poem by Irving Layton that I once read, I'll give you a paraphrase of it. It was ''well, you guys blow up an occasional airline and kill a few children here and there'', he says. ''But our terrorists, Jesus, Freud, Marx, Einstein. The whole world is still quaking.'' ».

Rien à ajouter ^^


They sentenced me to twenty years of boredom 
For trying to change the system from within 
I'm coming now, I'm coming to reward them 
First we take Manhattan, then we take Berlin 
I'm guided by a signal in the heavens 
I'm guided by this birthmark on my skin 
I'm guided by the beauty of our weapons 
First we take Manhattan, then we take Berlin 

I'd really like to live beside you, baby 
I love your body and your spirit and your clothes 
But you see that line there moving through the station? 
I told you, I told you, told you, I was one of those 

Ah you loved me as a loser, but now you're worried that I just might win 
You know the way to stop me, but you don't have the discipline 
How many nights I prayed for this, to let my work begin 
First we take Manhattan, then we take Berlin 

I don't like your fashion business mister 
And I don't like these drugs that keep you thin 
I don't like what happened to my sister 
First we take Manhattan, then we take Berlin 

I'd really like to live beside you, baby 
I love your body and your spirit and your clothes 
But you see that line there moving through the station? 
I told you, I told you, told you, I was one of those 

And I thank you for those items that you sent me 
The monkey and the plywood violin 
I practiced every night, now I'm ready 
First we take Manhattan, then we take Berlin 

Ah remember me, I used to live for music 
Remember me, I brought your groceries in 
Well it's Father's Day and everybody's wounded 
First we take Manhattan, then we take Berlin

26 octobre 2016

Résilience, suite et fin

L'autre jour, je terminais mon article sur Prince en m'interrogeant sur son thème, et concluais qu'il s'agissait de la relation qu'un être humain peut entretenir avec l’œuvre d'un autre être humain. C'était vrai, mais j'ai réalisé ensuite, en partie grâce à vos (nombreuses) réactions, qu'il s'agissait aussi d'un article sur la résilience. Pour conclure sur ces deux thèmes à la fois, je vous parlerai aujourd'hui d'une seule et unique chanson : Oh Father de Madonna, parue sur Like A Prayer en 1989. Si vous ne l'avez pas lu, je vous renvoie à l'article précédent pour comprendre le contexte de celui-ci, parce que je ne vais pas vous refaire toute l'histoire.

Ce qui est assez intéressant c'est que j'ai acheté Like A Prayer en 1990, plus d'un an avant de partir de chez ma mère, et que pendant plus d'un an je ne me suis pas spécialement reconnu dans le texte de cette chanson. C'est seulement à l'automne 1991, une fois tiré d'affaire, que j'ai commencé à contempler réellement la gravité de ce que j'avais vécu pendant trois ans. Alors, Oh Father m'a raconté une histoire : la mienne. Mot pour mot. J'étais en train de vivre, de penser, de ressentir tout ce que Madonna y avait mis. Il suffisait de remplacer « father » par « mother ». Entendre une voix d'adulte formuler, mieux que je n'aurais alors su le faire, tout ce qui me traversait, eut une valeur thérapeutique remarquable en ces tout débuts de rémission.

Mais ce n'est pas de moi que je veux parler, c'est de la chanson. Ce n'est qu'une petite pop song de cinq minutes : trois couplets, un pont et un refrain. Pourtant, tout ce qu'il y a à dire sur la résilience y est exprimé en quelques vers simples et concis. Il paraît que Madonna a un Q.I. de 200 : s'il en est une preuve, c'est l'incroyable justesse de ce texte. Je vous laisse vous y plonger (avec les paroles) puis je reviens pour en parler plus en détails.


« It's funny that way / You can get used to the pain and the tears / What a child will believe / You never loved me ». C'est la première phase de résilience : la prise de conscience de son propre statut de victime. C'est aussi, en même temps, le fait de réaliser que l'on s'était habitué à vivre dans l'aberration et à trouver ça normal. Et surtout, c'est « You never loved me ». Une personne violentée, qu'elle soit enfant, femme battue ou autre chose, est nécessairement manipulée par son bourreau. Il faut, pour être capable d'accepter l'inacceptable, être convaincu que votre bourreau vous aime et veut votre bien, malgré ce qu'il vous fait subir. Reconnaître ce mensonge pour ce qu'il est est une étape préalable à toute guérison. Je me souviens d'avoir été frappé par ce « You never loved me ». Comme une révélation cinglante, comme si j'ouvrais les yeux tout d'un coup !

« Seems like yesterday / I lay down next to your boots and I prayed / For your anger to end / Oh father I have sinned ». Dans la continuité du premier couplet, le dernier vers décrit la culpabilité qu'on a voulu implanter en vous, par suggestion répétée. Cette culpabilité est une stratégie indispensable pour le bourreau, qui pourra alors vous faire ce qu'il veut : c'est votre faute, pas la sienne. J'avais su résister à ça tout du long, c'est un point important que j'ai négligé de mentionner dans mon article précédent, qui pourtant explique bien des choses. Mais peu de victimes ont cette chance. Les trois premiers vers, quant à eux, revisitent les scènes de violence. Aussi douloureux que cela soit, il faut en passer par là : revivre. Revivre pour mesurer la gravité des actes. Revivre pour comprendre ce que l'on a vécu et, de fait, se comprendre soi-même. Revivre pour expulser de soi et, surtout, revivre en racontant. Ce n'est que le jour où l'on est capable d'en parler à d'autres, jusque dans les détails les plus sordides et sans honte, que l'on peut commencer d'en guérir.

« Oh father / You never wanted to live that way / You never wanted to hurt me / Why am I running away? ». Le pont, répété comme un mantra d'autosuggestion, revisite le « You never loved me » du premier couplet et le « I have sinned » du second. Ou de la nécessité de se convaincre en se le répétant encore et encore. Tu ne m'aimais pas. Ce n'était pas ma faute. Tes excuses et ta soi-disant bonne foi n'excusent rien. Cela nous mène directement aux thématiques du troisième couplet : tout le texte est, en fait, résumé dans ce pont.

« Maybe some day / When I look back I'll be able to say / You didn't mean to be cruel / Somebody hurt you too ». Madonna évoque les deux dernières étapes du processus de guérison. La première est de comprendre les mécanismes psychologiques de son bourreau. Ça ne vient que plus tard, parce que ça implique une certaine capacité à prendre de la distance. Il faut une certaine gymnastique intellectuelle, une certaine froideur déjà vis-à-vis des faits, pour être capable de se mettre à la place de l'autre, de cet autre-. Mais c'est nécessaire parce que ça le désacralise. Comprendre qu'il n'était, lui aussi, qu'un être humain en proie à ses faiblesses et à ses démons, c'est une manière de relativiser l'omnipotence qu'il a exercée sur vous. Même lorsque l'on s'est échappé, il reste quelque chose de cette emprise, qu'il faut parvenir à désamorcer. La question qui en découle, en dernier lieu, est celle du pardon. Beaucoup de thérapeutes et de bonnes âmes vous diront qu'il faut pardonner pour trouver la paix. Je ne le crois pas, et ce fut un soulagement immense lorsque ma tante, psychologue, me l'a un jour confirmé. Le pardon est possible mais nullement indispensable. Ne pas parvenir à pardonner, si l'on s'en croit obligé, peut conduire à développer une nouvelle forme de culpabilité, sinon vis-à-vis de son bourreau, vis-à-vis de soi-même (« je crois que j'en ai besoin mais je n'y arrive pas, donc je n'ai pas réussi à guérir, donc je suis une merde »). Le pardon est un choix. Après m'être menti à moi-même pendant des années, j'ai finalement décidé de ne pas pardonner, et je vis très bien avec ça. Il ne s'agit pas d'être consumé par la haine, juste de ne pas pardonner. Je vous conjure d'envoyer chier avec la plus grande fermeté ces apôtres du pardon, qui ne savent pas de quoi ils parlent ! J'ai longtemps cru, d'ailleurs, que Madonna prêchait le pardon avec ce troisième couplet, mais si c'était le cas la chanson se terminerait là-dessus. Et elle se termine sur le refrain.

Le refrain, je l'ai gardé pour la fin car il est ébouriffant de lyrisme (d'autant plus avec la musique) et surtout de vérité.

« You can't hurt me now / I got away from you / I never thought I could / You can't make me cry / You once had the power / I never felt so good about myself ». Il faut peut-être l'avoir vécu pour mesurer l'envolée, le hurlement de joie, l'élan de vie que représentent ces cinq petits mots à eux seuls : You can't hurt me now. Tu ne peux plus me faire de mal. Il faut peut-être l'avoir vécu pour mesurer la libération que représente ce simple constat. Moi, à quinze ans, j'en frissonnais. J'en frissonne encore, parce qu'un sentiment pareil ne s'oublie jamais. Ce refrain, chaque mot savamment pesé de ce refrain, c'est la victoire du bien contre le mal. C'est le début de la vie. C'est la liberté d'être, de penser, de choisir pour et par soi-même. De ne plus vivre quotidiennement dans la peur. Même si les blessures sont vives, même si l'âme est marquée au fer blanc, même si on ignore encore si on s'en remettra un jour, c'est une exultation qui n'a pas de prix.

Alors voilà. J'aime beaucoup de choses dans l’œuvre de Madonna mais ce morceau-là, c'est un petit bout de moi. Et je pense que beaucoup, beaucoup de gens s'y sont reconnus. Et pour ça, à elle aussi, je voulais lui rendre hommage.

J'allais conclure en disant que « ça commence à bien faire de parler de choses horribles » mais non, je ne peux pas dire ça : la résilience est une chose magnifique. Mais comme ça commence à bien faire de parler de résilience, je vais vous quitter sur une note disons plus gaie : Cherish, paru sur le même album en 89. Il faut avoir été amoureux pour comprendre cette chanson-là. Enfin je ne sais pas ce que vous, vous ressentez quand vous êtes amoureux, mais moi je me sens exactement comme ça :

24 octobre 2016

Un jour, mon prince viendra...


Le 21 avril 2016, un des plus grands artistes de notre temps s'est éteint. Chacun sait la relation passionnée que j'entretiens, depuis vingt-sept ans, avec la musique de Prince. Sa mort m'a pris de court, comme elle a pris de court tant d'autres fans que je connais. Une aventure extraordinaire, pour nous tous, touchait à sa fin. Je n'ai rien écrit alors et je ne comptais rien écrire ensuite, car je ne suis pas très doué pour les eulogies. Et puis il y a quelque chose de très intime, pour moi, dans le processus de deuil, quelque chose de difficile à partager, sinon avec ceux qui le vivent eux-mêmes. C'est ainsi que ce week-end-là, je l'ai passé cloîtré chez moi, à chatter avec d'autres fans sur internet, qui partageaient mon émotion, et à revisiter l’œuvre de notre héros musical. Musical, et textuel. On l'oublie trop souvent, tant ses talents de compositeur et de musicien étaient immenses, mais Prince était également un auteur. Comme l'a pertinemment illustré le dernier Prix Nobel, il y a de la poésie dans la chanson, et Prince était un remarquable poète : il est probable qu'avec le temps, on redécouvrira ses textes, de même qu'on redécouvrira la seconde partie de sa carrière, trop souvent occultée par la première.

Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler.

Récemment, j'ai fait la rencontre d'un homme, un Français en Chine comme moi, que l'on peut qualifier sans exagérer de brisé par l'existence. Un bonhomme qui, la trentaine passée, vous affirme sans sourciller qu'il n’accédera jamais au bonheur, qu'il est dépressif à vie, qu'il n'a jamais su ce que c’était de s'amuser ni de « lâcher prise », et qu'il n'a nulle ambition de jamais le savoir. Si vous essayez de lui suggérer que, peut-être, il peut guérir de ses blessures, se réinventer, accéder à une certaine joie peut-être, il vous envoie bouler avec détermination. C'est violent, de se retrouver face à quelqu'un d'aussi affirmatif dans la damnation. On est tenté de se dire que c'est une posture, mais si c'en est une c'est une posture intérieure, pour lui-même, car il ne s'agit pas de l'image que cet homme souhaite donner aux autres mais bel et bien de l'image qu'il a de lui-même. Cet homme, que nous appellerons Georges afin de préserver son anonymat, se méprise lui-même, se pense nul en tout.

Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé dans la vie de Georges pour qu'il soit ainsi ? Et c'est là que ça devient intéressant, pour moi du moins. Georges a été passé au broyeur dès l'enfance. Je n'en connais pas tous les détails, mais son histoire n'est pas sans résonances avec la mienne. Georges a connu la violence physique et le harcèlement psychologique, de la part de ses proches. Georges a connu les attouchements sexuels. Georges a connu la loi du silence, celle du monde des adultes qui se refusait à le sauver, ou même à lui reconnaître son statut de victime. Georges a connu l'inadéquation sociale, à l'école, que connaît un enfant chez qui il se passe des choses si anormales qu'il lui est impossible de se sentir en phase avec les autres enfants, qui à leur tour lui font bien sentir qu'il n'est pas des leurs. Georges a connu la dépression à un âge où les enfants se préoccupent de dessins animés et d'albums Panini. Georges a développé une personnalité solitaire, ultrasensible et passablement somatique. Et puis Georges est devenu adulte. Hanté par ses monstres, si mal armé pour affronter la société des hommes et le monde du travail, il a pourtant dû faire son chemin cahin-caha, chemin qui l'a finalement conduit en Chine, où il n'est d'ailleurs pas rare de rencontrer des individus « inadaptés » reconvertis en profs de langue.

Ce qui est intéressant pour moi chez Georges, en tant que cas d'école, c'est que d'un point de départ relativement commun – une enfance dévastée – nous sommes parvenus à un point d'arrivée radicalement différent. Nous sommes tous deux des survivants. Nous avons vu, vécu, subi des choses à faire frémir. Nous avions toutes les raisons de nous suicider et nous n'en sommes pas passés très loin. Nous avions toutes les raisons de devenir fous à lier et nous n'en sommes pas passés très loin non plus. Mais en dépit des démons qui me hantaient, je n'ai jamais renoncé à rechercher le bonheur. C'était même pour moi une sorte de Saint Graal, quand j'étais plus jeune. Je n'ai jamais renoncé à m'amuser et à lâcher prise, parce que c'était une condition nécessaire à ma survie. Je n'ai jamais admis la dépression, cette épée de Damoclès qui me menace régulièrement, comme une composante de moi qu'il me faudrait accepter, et non m'efforcer de tenir à distance. J'aime mettre de la musique joyeuse fort le matin, j'aime les pop songs romantiques, j'aime aller danser sur de la house music et j'aime flirter avec les princesses, même si je n'ai pas nécessairement envie de les ramener chez moi ensuite – c'est juste pour le jeu. Et surtout : je m'aime. Je peux parfois me taper sur les nerfs mais cela n'enlève rien au fait que je suis fou amoureux de moi-même, d'un amour inconditionnel. Oh, j'ai mes démons, mes zones d'ombres, bien sûr ! J'ai mes limites, aussi : ce n'est pas par caprice mais par sens des réalités que je ne veux pas avoir d'enfants. J'ai mes problèmes aussi : tenir la dépression à distance, et ces insomnies qui me rendent la vie impossible. À vrai dire je ne saurai jamais qui je serais si je n'avais pas vécu les horreurs que j'ai vécues. Mais peut-être que je ne saurais pas m'amuser parce que je ne saurais pas la préciosité du bonheur. Peut-être que j'aurais quand même des problèmes de dépression et de sommeil, et que je serais de toute façon trop individualiste pour vouloir fonder une famille. Qui saura ? Sans doute n'aurais-je pas cette violence, cette colère en moi qu'il me faut dompter. Mais peut-être que, parce que je n'aurais pas à faire tant d'efforts pour être doux et gentil, je serais un sale con. On ne sait jamais, en bout de course, ce que les épreuves nous ont apporté de bon et de mauvais.

Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler.

Ce qui m'a frappé, en rencontrant Georges, c'est une question simple : pourquoi, avec un parcours similaire, suis-je devenu ceci et lui cela ? Pourquoi m'en suis-je sorti, avec des cicatrices certes mais sorti, et lui pas ? C'est la question de la résilience, et c'est une vraie question. Et là, quand je me suis posé cette question, la première chose qui m'a sauté au cerveau c'est : « Prince ». Prince est entré dans ma vie quand j'avais douze ans, et pas dans la sienne ! Sans doute, ça vous fait sourire, et pourtant...

D'abord, soyons clairs : il y a une multiplicité de facteurs. On estime par exemple que la résilience se développe chez les enfants victimes de traumatismes lorsqu'ils ont eu, préalablement, le temps de se construire une personnalité, des bases saines et solides, dans un environnement sain. Ça m'a frappé le jour où j'ai découvert ça, car j'avais toujours mis sur le compte de mes six premières années, exemplaires de bonheur, ma capacité à survivre aux années de cauchemar qui ont suivi. J'avais connu autre chose, autre chose était donc possible, et je pouvais m'accrocher à l'espoir de retrouver cet autre chose. Comme une princesse déchue dans son donjon, je pouvais m'autoriser à rêver de jours meilleurs. Un jour, mon prince viendra. J'ignore ce qu'il en est pour Georges, peut-être a-t-il connu l'horreur dès sa plus tendre enfance. Il y a aussi, sans doute, des facteurs de personnalité, des trucs génétiques : tout petit, j'étais un enfant confiant, communicatif, arrogant même parfois. Je n'ai découvert la timidité qu'ensuite, une fois brisé. Peut-être Georges était-il héréditairement prédestiné à une personnalité fragile. On ne saura pas. Je ne vais pas me lancer dans une vaine énumération de ce qui, de notre naissance à aujourd'hui, aurait pu faire que j'ai évolué dans un sens et lui dans l'autre : cet exercice hypothétique n'aurait guère d'intérêt. Contentons-nous d'admettre que les fondements d'une personnalité sont le fruit d'une multitude de facteurs. Mais quand même, une chose est sûre : il y a eu Prince.

Pour comprendre ce que je veux dire par là, il faut évoquer la teneur de la musique et des textes de Prince, et surtout la manière dont ses œuvres sont entrées dans ma vie, à un âge précoce. Il faut mesurer l'impact colossal que peut avoir l’œuvre d'un artiste sur un adolescent fragile, influençable, un être en formation. Il faut revenir en juillet 1989.

En juillet 1989, j'ai douze ans. Je vis seul avec une femme ultra-violente, incestueuse et manipulatrice, qui fait de ma vie quotidienne un enfer. Au cours des six années précédentes, j'ai vu tout ce qui constituait mon univers s'écrouler – que dis-je, être mis en pièces à coups de massue. Ma famille, en ruines. Mes parents, divorcés. Mon père, absent. Ma mère, folle. Mes chats, morts. Mes copains d'école, perdus chaque année ou presque, d'un déménagement à l'autre. Le statut social, à reconquérir à grand-peine dans chaque nouvelle école. L'argent, il n'y a plus que mes grands-parents pour m'en donner, mes parents ayant descendu l’ascenseur social à vitesse grand V. Les filles, elles ne me regardent même pas. Mon psychisme, en miettes, aux confins de la folie et de la morbidité. Ça, c'est moi à douze ans, et ça fait à peu près déjà six ans que ça dure. Que ça empire d'année en année, à vrai dire. Et je ne sais pas quand ça va s'arrêter. Juste qu'un jour je serai adulte et capable de reconstruire ma vie, mais je me demande si, d'ici-là, il en restera assez pour reconstruire quoi que ce soit. Je ne raconte pas tout ça pour me faire plaindre. Je n'ai pas envie qu'on me plaigne : j'en suis revenu et j'en suis super fier ! C'est juste pour poser le contexte. Sans doute le contexte de Georges, à douze ans, n'était-il pas si différent. Ce qui me sauve, au milieu de tout ça, c'est mon imaginaire. J'ai la chance, c'est déjà ça, d'être né dans une famille cultivée, et même au milieu du marasme on continue de m'exposer à la littérature, au cinéma, à la musique, à la bande dessinée... Je trouve un exutoire dans les comics de super-héros américains, dans les romans de SF, les films d'horreur et, de plus en plus, dans la musique à laquelle je commence à m'intéresser. Une chose mène à l'autre : fan de comics, dans un monde en pleine batmania grâce au film-événement de Tim Burton, je me risque à acheter la B.O. de Batman. Il se trouve que c'est aussi un album de Prince, et ce sera mon premier. Tout du long de ma cinquième, ce disque s'impose peu à peu comme un disque de chevet. Les textes, dans un anglais que je comprends encore mal, me fascinent de par leur sensualité et leurs ambivalences. La musique, quant à elle, me transporte : j'y trouve une énergie que je ne trouve nulle part ailleurs (mon univers musical est encore très limité), une sorte de trépidation, d'intensité où se mêlent en permanence la noirceur et la joie. Ce constat, je le ferai de nouveau en août 1990, lorsque je me déciderai à acheter deux autres albums de Prince, Graffiti Bridge et Purple Rain. Ce dernier, tout particulièrement, me sidère par l'intensité qui s'en dégage. J'ai treize ans et je me prends comme une tornade en pleine gueule les hurlements désespérés de The Beautiful Ones et Darling Nikki ; les beats hystériques, hyper-dansants, de Let's Go Crazy, Computer Blue et Baby, I'm A Star ; les paroles introspectives de When Doves Cry et Purple Rain ; le délire messianique de I Would Die 4 U ; la joie débordante de Take Me With U et, encore elle, Baby, I'm A Star... Je suis à ce point sidéré que je décide d'acheter, aussi vite que possible, tous les autres albums de Prince et, entre septembre 1990 et juin 1991, j'ingurgite neuf disques supplémentaires, tous plus fous, tous plus atypiques les uns que les autres. J'écoute tout ça à fond dans ma chambre, au casque dans mon lit (insomniaque, déjà), avec mon walkman sur le chemin du collège, à chaque fois que cela est possible. Je dévore les lyrics, sur les pochettes, avec avidité (et améliore considérablement mon anglais au passage). J'élargis mes horizons : confronté à des titres comme Housequake, dont la structure ne correspond pour moi à rien de connu, je me dis que je ne comprends pas cette musique et, refusant de m'avouer vaincu, je décide que je vais comprendre, et apprendre à apprécier. À quatorze ans, c'est pas mal comme réflexion. Et je réalise que j'ai trouvé là un artiste dont le travail me bouleverse, me parle, comme nul autre avant lui.

Il faut, disais-je, pour comprendre l'impact qu'a eu la musique de Prince sur cet adolescent, en comprendre la nature. Une particularité de l’œuvre de Prince, qui peut-être me correspondait – et me correspond toujours – particulièrement est que les ténèbres se logent en permanence au cœur de la lumière. La musique de Prince, telle qu'on la perçoit généralement, est plutôt dynamique : joyeuse, dansante et sexy. Ce qui est intéressant, c'est qu'au milieu de toutes ces bonnes vibes, il y a toujours comme une dissonance cachée quelque part. Ça peut être un vers dans le texte, généralement c'est un petit passage musical qui, vers la fin du morceau, le fait soudainement basculer dans une grille harmonique quelque peu tragique. Et l'inverse est vrai : il y a toujours, dans les morceaux les plus tristes, glissée au milieu d'un déferlement de violence affective ou de désespoir, une sorte d'élan de vie çà ou là, fut-ce parfois sous la forme d'un trait d'humour noir (car il y a aussi beaucoup d'humour et d'auto-dérision, chez Prince).

Et il y a l'intensité. Il y a, chez Prince, et peut-être encore plus chez le jeune Prince que je découvre alors, une intensité constante : tout est démesurément passionné. L'amour est, selon que ça se passe bien ou mal, overromantique ou hyperdramatique. Le sexe est transmué en art, voire en porte d'accès à la spiritualité. La frustration est un appel à la révolution. La foi religieuse est une transe métaphysique. Toute critique de la société se mue immédiatement en pamphlet hippie ou en rebuffade post-punk. La danse est un marathon. Les arrangements sont une sorte de surenchère de pistes et de micro-événements musicaux, comme si le silence était dangereux (on pense au reproche de Salieri à Mozart : « il y a trop de notes »). Ce n'est pas par hasard qu'une génération de jeunes Américains s'est reconnue en Prince avec Purple Rain : le Prince de ces dix premières années incarnait à la perfection la fougue et les excès de l'adolescence, ses incertitudes affectives et son idéalisme refoulé. Prince incarnait aussi la contradiction qui fut celle de la pop culture des années 80 : la survivance des idéaux hippies de nos parents y coexistait avec l'amertume post-punk de nos grands frères déçus. Grandir dans ce bain culturel-là, c'était quelque chose d'assez intéressant pour ma génération.

Moi, à quatorze ans, mon film de chevet c'est Pump up the volume : j'ai envie de tout foutre en l'air. Et j'ai toutes les raisons de. Les adultes m'ont promis le paradis puis plongé en enfer et tout le monde s'en fout, même les voisins qui entendent pourtant les hurlements jusqu'à l'aube. Même la principale du collège dont mes voisins sont, incidemment, les beaux-parents (cette pute de principale, qui m'engeule quand je sèche les cours bien contre mon gré, parce que ma mère décuve et ne m'a pas réveillé, après une nuit d'épouvante). On me dit de bien travailler à l'école, pour assurer mon avenir, mais je me demande si ma mère ne m'aura pas tué avant mes quinze ans, ou si je ne me serai pas suicidé pour lui couper l'herbe sous les pieds. Prince arrive comme une aubaine au milieu de tout ça : l'intensité émotionnelle que véhicule sa musique me renvoie à la mienne et en même temps la joie, l'espoir qui s'y expriment sans cesse me rattachent à mon rêve, à mon Saint Graal : être de nouveau heureux un jour.

Les mois, les années passent, et ma relation à l’œuvre de Prince se complexifie à mesure que ma réflexion s'étoffe. En août 1991, j'échappe finalement à ma mère, retourne vivre avec mon père. Un long processus de guérison s'entame, qui doit transmuer le fantôme que je suis – littéralement – devenu en un adolescent sinon normal, du moins fonctionnel. En 1991 et 1992, Prince sort Diamonds And Pearls puis O(+>, deux disques dont le thème principal est l'estime de soi, pour ne pas dire l'ego-trip parce que, comme ce qui a précédé, tout y est exprimé en termes excessifs. Ce n'est pas un ego-trip de rappeur, visant à rouler des mécaniques. C'est un ego-trip de séducteur, qui vise à faire mouiller les minettes en faisant preuve de respect à leur égard, et de raffinement. C'est aussi l'ego-trip d'un artiste Noir, qui affirme sa fierté de s'être élevé au-dessus de ses pairs en termes d'audace et de créativité. Je vais sur mes seize ans : les filles sont évidemment au cœur de mes préoccupations, et l'art également, car j'ai décidé de devenir auteur et musicien. Les textes les plus osés de Prince font mon éducation sexuelle, me donnent une longueur d'avance sur les garçons de mon âge. Et l'idée d'un art audacieux fait son chemin dans ma tête. Mais plus encore, peut-être : l'idée d'un amour-propre qui non seulement ne serait pas à honnir, mais à proclamer fièrement, dans cette société française qui pose la fausse modestie en valeur suprême, m'aide à me reconstruire. J'ai été victime, je ne suis pas coupable. J'ai été enlaidi, j'ai le devoir de m'embellir. Pas seulement physiquement, mais aussi spirituellement, car les textes de Prince sont teintés d'un humanisme omniprésent. C'est d'ailleurs grâce à Prince que, pour la première fois de ma vie, je me pose la question de Dieu, de l'intérêt d'avoir une spiritualité. Une spiritualité dénuée de bigoterie : Prince a beau être croyant, ça ne l'empêche pas de prôner une sexualité libérée. Et en même temps, je découvre la multitude de side-projects, ces albums entiers composés pour d'autres ou parus sous des pseudonymes, et les concerts en vidéo, et les clips, et les faces B et remixes disséminés sur les singles, et les titres offerts çà et là à d'autres artistes, et les bootlegs avec leurs tonnes d'inédits et de concerts piratés... C'est un jeu de cache-cache qui commence pour moi, comme pour tant d'autres fans avant moi : des heures à farfouiller dans les bacs des disquaires en quête d'une perle rare, la chasse au trésor pour dénicher l'existence de tel ou tel titre caché, parfois non crédité, sur l'album d'un autre. Il y a, pour tout fan de Prince, une fascination immanente pour le gigantisme de l’œuvre. Ce n'est pas comme s'il suffisait d'acheter une douzaine d'albums pour en avoir fait le tour : les quinze ans de carrière de Prince qui s'offrent à moi, d'un coup, sont une source de découvertes et de plaisirs constamment renouvelés, des centaines de compositions : une véritable aventure !

En 1993, j'ai seize ans, je suis en seconde et je commence, doucement, à aller mieux. La reconstruction de mon psychisme est en bonne voie et, aubaine, un concours de circonstances trop long à expliquer ici fait que je me retrouve, en cours d'année, à vivre seul. Seul. Libre. Je ne pars pas en couilles : je continue d'aller en cours, je ne me défonce pas, je fais mes devoirs et je jouis de la liberté de, enfin, prendre mon existence en main ! Je mange et dors à l'heure qui me convient. J'invite qui je veux quand je veux, je sors et rentre quand je veux et, surtout, je dispose d'une quantité de solitude quasi-illimitée pour prendre le temps de faire un retour sur moi. Je suis libre, et je me pose. C'est à cette époque que je décide de changer de nom, sinon légalement – c'est impossible en France – du moins socialement. Frédéric Henry devient Madcap Ecstasy (que je styliserai plus tard en madcap xtc). Ce changement de nom n'est pas un caprice d'adolescent, c'est une redéfinition nécessaire à ma guérison. Le nom que l'on m'a donné correspond, pour moi, à un être à ce point brisé qu'il m'est impossible de guérir sans le tuer, pour renaître ensuite. Le nom que l'on m'a donné, je ne peux pas l'associer à la phrase « je m'appelle », car je ne peux pas m'appeler du nom de cet enfant pathétique, écrasé par l'existence, que j'étais peu avant. J'aurais pu choisir de m'appeler Alexandre Duplessy ou Robert Dupont. Mais comme je suis depuis longtemps habitué à l'excentricité, et que je ne puis me redéfinir qu'à travers elle, je choisis Madcap Ecstasy. Un heureux hasard veut qu'à la même époque, Prince entre en guerre avec sa maison de disque, avec l'establishment qui, pourtant, a fait de lui la star qu'il est. Pour marquer le coup, il change son nom en un symbole imprononçable. Cette annonce, faite en juin 1993, arrive deux ou trois mois après que j'aie décidé de changer mon nom, moi aussi pour une bizarrerie. La coïncidence est troublante. À compter de ce moment-là, le destin de Prince et le mien commencent à se jouer – dans ma tête, du moins – comme deux histoires parallèles. L'année suivante, Prince sort le titre Endorphinmachine. Il comporte un vers qui fait écho à notre double résurrection et qui, depuis, n'a jamais cessé d'habiter mes choix : « But every now and then there comes a time u must defend your right 2 die and live again, live again, live again ». Se réinventer, toujours !

Je pourrais d'ailleurs, mais ce serait fastidieux, énumérer les dizaines de vers ou de textes de Prince qui, de ce jour à aujourd'hui, se sont gravés dans mon psychisme. Il y en a une multitude : j'en ai tiré des perles de sagesse, des idées qui résonnaient en moi à un moment donné et, bien souvent, apportaient des réponses aux questions que je me posais.

En même temps que je découvre l'immensité de son œuvre, je me documente et en apprends davantage sur la carrière passée de mon sensei : sa passion pour le DIY, son rejet des conventions, sa rébellion face aux majors du disque, son besoin irrépressible de liberté et d'indépendance, son sens du détail, sa féminité, son féminisme, son végétarisme, son refus des drogues, son questionnement métaphysique incessant, son souci de protéger sa vie privée du regard indécent des médias... Même dans le monde excentrique des artistes et des stars, Prince apparaît comme un excentrique. Parvenu à la vingtaine, je suis imprégné de cette philosophie, convaincu de la nécessité de faire les choses autrement, que ce soit en termes de création ou de choix de carrière.

En tout cas, les années passent et chaque année il sort un, deux, cinq ou six albums de Prince. Moi, je me lance dans cette aventure un peu hasardeuse mais toujours audacieuse qu'est ma vie. La mienne. Celle qu'on m'a volée et que j'ai reprise. Prince avait dix-huit ans de plus que moi, mais nous mûrirons en quelque sorte en parallèle. Au fur et à mesure que sa rage s'apaisera, qu'il s'assagira, ma rage s'apaisera et je m'assagirai. Au fur et à mesure que son travail perdra un peu de sa fougue pour gagner en maturité, il en ira de même du mien. Régulièrement, il sortira une chanson dont les paroles, étrangement, feront écho à une situation que je suis en train de vivre. Lorsque je me tourne avidement vers Bill Laswell et les musiques expérimentales, en 2003, Prince publie N.E.W.S., son album le plus atypique. Ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres. Ce qui est certain c'est que la musique de Prince – avec bien d'autres disques de bien d'autres artistes, certes, mais il y a une constance avec Prince – devient la bande originale de ma vie. À chaque époque de mon existence, depuis vingt-sept ans, il y a un nouveau disque de Prince qui tourne en boucle. À chaque moment important, à chaque tournant, il y a un disque de Prince en background. Mes souvenirs sont imprégnés non seulement de cette bande sonore, mais de la philosophie des textes qui l'accompagnent. Alors aujourd'hui, c'est un sentiment étrange de penser que je vais devoir continuer sans lui. Des centaines de titres inédits vont être publiés, tirés de ses mythiques archives, mais son parcours – humain et artistique – s'est arrêté abruptement en avril dernier. Le mien, pourtant, doit se poursuivre. Je dispose, heureusement, d'une mine inépuisable de musique, de textes et de souvenirs princiers pour me rappeler à l'ordre, quand cela sera nécessaire.

Mais ce n'est pas de ça que je voulais parler.

Ce dont je voulais parler, pour en revenir à Georges : c'est de ce qui nous différencie dans notre résilience. Et ce qui nous différencie, c'est que j'ai eu la chance inouïe, précieuse, de rencontrer l’œuvre de Prince à l'âge de douze ans. Quelle aurait été ma vie sans cela ? Je ne puis pas plus le dire que je ne puis dire quelle aurait été ma vie sans l'enfance qui a été la mienne. Ce que je peux, en revanche, affirmer sans exagérer, c'est que je ne serais pas l'homme que je suis si Prince n'était pas entré dans ma vie. Ma sexualité serait différente. Mon rapport à ma propre identité et à la société qui m'entoure seraient différents. Mon travail artistique serait différent. Ma conception de l'art serait différente. Ma spiritualité serait différente. Mon enthousiasme serait différent. Ce n'est pas exagérer que de me demander si je serais, adolescent, parvenu à remonter la pente colossale qu'il m'a fallu remonter sans l’œuvre de Prince pour me redonner le goût de la vie, l'amour-propre et l'ambition du bonheur. Parce que si je devais résumer tout cela, je dirais que, de For You en 1978 à Hitnrun Phase Two en 2015, s'il fallait condenser l’œuvre de Prince en un seul mot, ce serait « vitalité ». La musique de Prince, et ses textes de même, débordent d'une vitalité trépidante, « frétillante » comme disait ma meilleure amie. Une vitalité à l'image de cet homme qui dormait quatre heures par nuit, faisait l'amour quatre fois par jour et faisait de la musique sans s'arrêter le reste du temps. Le genre de vitalité qui témoigne d'une passion sans borne pour la vie, et pour soi-même. Le genre de vitalité qui ne peut être que le fruit d'un psychisme complexe car, pour jouir à ce point du simple fait d'être en vie, il faut avoir connu la souffrance, et Prince l'avait connue. « I've got 2 sides, and they're both friends » (My Name Is Prince, 1992).

Cet article n'est pas un article sur Prince. Ce n'est pas non plus un article sur moi. Et ce n'est pas un article sur « Georges ». Faute de meilleure définition, je crois que c'est un article sur la relation qu'un être humain peut entretenir avec l’œuvre artistique d'un autre être humain, et sur la manière dont celle-ci peut être salvatrice. Parce que parmi les choses qui ont manqué à Georges, qui ne m'ont pas manqué à moi, il y avait Prince. Parce que Prince m'a peut-être sauvé la vie. Et c'est une vie qui méritait d'être sauvée. Et pour cela, je lui rendrai éternellement hommage.

« For all time I am with u, and u are with me » (Adore, 1987).

J'espère que Georges aussi, un jour, son prince viendra.


17 juin 2016

Nous, les vivants

Née en 1905, Ayn Rand fuit l'URSS en 1926, pour les États-Unis. Elle y deviendra l'un des auteurs les plus importants de la littérature américaine du vingtième siècle, grâce à ses romans La source vive et La grève. Ces deux best-sellers furent longtemps, bizarrement, ignorés par les éditeurs français, probablement à cause du positionnement ultralibéral de leur auteur.

Bref, je vous raconte ça parce que c'est important de mettre les deux citations ci-dessous dans leur contexte. Nous, les vivants, le premier roman d'Ayn Rand, parut aux USA en 1936. C'est un livre important sur le plan historique, parce que c'est la première œuvre de fiction jamais publiée à décrire la vie quotidienne des Russes après 1917, et de fait à mettre en perspective les abus du régime soviétique. La tragédie humanitaire soviétique nous est aujourd'hui familière mais il faut se souvenir qu'à l'époque, l'Occident savait peu de choses de ce qui se passait réellement en URSS (ou plus tard en Chine, d'où la délirante fièvre maoïste des années 60-70). Même aux USA, Ayn Rand eut les plus grandes difficultés à publier son livre, de nombreux éditeurs ayant des sympathies communistes.

De l'aveu d'Ayn Rand elle-même, Nous, les vivants n'est pas un livre sur le communisme. C'est un livre sur les régimes totalitaires, quels qu'ils soient : Rand exécrait le nazisme, le fascisme, la monarchie absolue et toute autre forme de totalitarisme autant qu'elle exécrait le communisme. Les passages ci-dessous m'ont profondément touché, parce qu'ils mettent en avant quelque chose d'essentiel, dans le contexte d'un régime qui prétendait systématiquement sacrifier l'individuel au collectif, et faisait peu de cas de la vie humaine. Je les publie tels que je les ai lus, en anglais.

Le premier passage est prononcé par une femme sur le point d'être déportée au goulag pour dix ans, consciente du fait qu'elle n'en reviendra probablement pas :
There's something I would like to understand. And I don't think anyone can explain it... There's your life. You begin it, feeling that it's something so precious and rare, so beautiful that it's like a sacred treasure. Now it's over and it doesn't make any difference to anyone, and it isn't that they are indifferent, it's just that they don't know, they don't know what it means, that treasure of mine, and there's something about it that they should understand. I don't understand it myself, but there's something about it that should be understood by all of us. Only what is it? What?”

Le second passage est prononcé par Kira, l'héroïne du roman, qui essaie désespérément de sauver la vie de son compagnion, malade :
'Comrade Commissar, you see, I love him. And he is sick. You know what sickness is? It’s something strange that happens in your body and then you can’t stop it. And then he dies. And now his life—it depends on some words and a piece of paper—and it’s so simple when you just look at it as it is—it’s only something made by us, ourselves, and perhaps we’re right, and perhaps we’re wrong, but the chance we’re taking on it is frightful, isn’t it? They won’t send him to a sanatorium because they didn’t write his name on a piece of paper with many other names and call it a membership in a Trade Union. It’s only ink, you know, and paper, and something we think. You can write it and tear it up, and write it again. But the other—that which happens in one’s body—you can’t stop that. You don’t ask questions about that. Comrade Commissar, I know they are important, those things, money, and the Unions, and those papers, and all. And if one has to sacrifice and suffer for them, I don’t mind. I don’t mind if I have to work every hour of the day. I don’t mind if my dress is old—like this—don’t look at my dress, Comrade Commissar, I know it’s ugly, but I don’t mind. Perhaps, I haven’t always understood you, and all those things, but I can be obedient and learn. Only—only when it comes to life itself, Comrade Commissar, then we have to be serious, don’t we? We can’t let those things take life. One signature of your hand—and he can go to a sanatorium, and he doesn’t have to die. Comrade Commissar, if we just think of things, calmly and simply—as they are—do you know what death is? Do you know that death is—nothing at all, not at all, never again, never, no matter what we do? Don’t you see why he can’t die? I love him. We all have to suffer. We all have things we want, which are taken away from us. It’s all right. But—because we are living beings—there’s something in each of us, something like the very heart of life condensed—and that should not be touched. You understand, don’t you? Well, he is that to me, and you can’t take him from me, because you can’t let me stand here, and look at you, and talk, and breathe, and move, and then tell me you’ll take him—we’re not insane, both of us, are we, Comrade Commissar?'
The Comrade Commissar said: 'One hundred thousand workers died in the civil war. Whyin the face of the Union of Socialist Soviet Republics—can't one aristocrat die?'

25 mai 2015

Les enfants de minuit

« (…) when you go deep inside someone's head, they can feel you in there. »

« They can't stop us, man! We can bewitch, and fly, and read minds, and turn them into frogs, and make gold and fishes, and they will fall in love with us, and we can vanish through mirrors and change our sex... how will they be able to fight ? »

Salman Rushdie, Les enfants de minuit

28 février 2015

Les films et séries de super-héros pour les nuls : 2/ Marvel Comics

En l'espace d'une décennie, les films de super-héros se sont imposés comme LE genre dominant à Hollywood et à en croire les annonces des différents studios, l'invasion ne fait que commencer ! J'ai toujours été branché comics donc je m'y retrouve sans mal mais du coup, il est assez fréquent que des amis me disent qu'ils sont un peu perdus, qu'ils ont du mal à comprendre quels films fonctionnent ensemble ou pas, pourquoi tel super-héros ne rencontre jamais tel autre, pourquoi deux versions d'un même personnage apparaissent dans deux films différents, etc. Du coup je me suis dit que ça pourrait être pas mal de pondre un petit résumé de l'histoire des principaux super-héros au cinéma et à la télévision. Un petit guide à l'attention des néophytes, en somme.

MARVEL ET DC, C'EST QUOI ?
Deux éditeurs se partagent 80% du marché de la BD américaine : Marvel Comics et DC Comics. Je me concentrerai sur les films tirés des publications de ces deux éditeurs. Sur le papier, la plupart des personnages de chaque éditeur évoluent dans un univers et une continuité partagés (les bien nommés Marvel Universe et DC Universe) et sont amenés à se croiser régulièrement. Par contre, les personnages de Marvel n'ont pas vocation à rencontrer ceux de DC et vice versa, ce qui explique que, par exemple, vous ne verrez jamais un film mettant en scène Superman et Spider-Man. Ceci dit, la plupart des adaptations ciné et télé de ces personnages fonctionnent de manière autonome, constituant généralement une « continuité » à part entière. Cela est généralement dû à des raisons de simplicité narrative, au fait que les personnages sont régulièrement rebootés (repris de zéros) et aussi parfois à des questions de droits d'exploitation. Par exemple, DC Comics appartient à Warner Bros, aussi Warner a tous les droits d'exploitation du catalogue DC. Marvel, de son côté, appartient depuis 2009 à Disney, qui supervise les productions de Marvel Studios. Mais avant le rachat, Marvel avait délivré la licence de certains personnages à d'autres studios (X-Men et Fantastic Four à Fox, Spider-Man à Sony...), ce qui explique que tout le monde ne se retrouve pas gaiement dans The Avengers.

MARVEL, DONC...
Après un premier article consacré à l'historique des personnages DC, nous poursuivons aujourd'hui avec les personnages Marvel. Marvel Comics fut créé en 1939, ce qui nous ramène loin en arrière. Si vous ne vous intéressez qu'aux productions actuelles, il vous suffit de vous précipiter à la fin de cet article : les « continuités » vous sont présentées dans l'ordre chronologique, des plus anciennes aux plus récentes. On compte actuellement trois franchises en cours : X-Men/Wolverine (lancée en 2000), Marvel Cinematic Universe (lancée en 2008) et The Fantastic Four (qui sera lancée en 2015). Pour que vous vous y retrouviez facilement, chaque paragraphe du texte ci-dessous correspond à une « continuité » spécifique. Nombre de « continuités » sont contenues en un seul film ou une seule série mais, comme vous le verrez, il y a parfois des spin-offs et des séquelles et c'est là que cet article vous sera utile. Le pompon de la complexité arrivant avec le Marvel Cinematic Universe, lancé en 2008 avec Iron Man.

J'ai aussi, pour plus de simplicité, exclu de cette liste toutes les adaptations en dessin animé (y compris Big Hero 6, sorti en salles), ainsi que les adaptations de séries publiées par Marvel Comics dont les droits n'appartiennent pas à l'éditeur mais aux auteurs de la BD concernée (la trilogie Men in Black, les deux Kick-Ass et Kingsman: The Secret Service). Cet article sera régulièrement mis à jour, au fil des sorties.


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 1940
Dans les années 40, les Américains étaient friands de serials, l'ancêtre des séries télé sur grand écran, qui sortaient au rythme d'un épisode par semaine et duraient plusieurs mois. C'est sous ce format que parut Captain America, la première adaptation d'un comic Marvel au cinéma.

CAPTAIN AMERICA (1944)
- Captain America (serial, 1944)
Créé en 1941 par Joe Simon et Jack Kirby, Captain America était à l'origine un pur produit de la Seconde Guerre Mondiale. Ce serial a en fait été tourné à partir du scénario d'un autre serial de super-héros qui avait capoté. Ce Captain America-là n'avait donc en commun avec l'original que le nom et le costume : son identité était radicalement différente, il ne combattait pas les Nazis mais un vulgaire super-vilain, était dépourvu de super-pouvoirs et armé d'un bon vieux flingue en lieu et place du traditionnel bouclier. Le serial n'en fut pas moins un succès, et reste jusqu'à aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs de l'époque.


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 1970
Il aura fallu trente ans pour qu'un personnage Marvel ne parvienne à investir de nouveau les écrans ! Dans les années 70, la télévision fit montre d'un intérêt croissant pour les comics et toutes sortes d'adaptations furent tentées avec plus ou moins de succès et beaucoup de kitsch : pas moins de trois séries différentes consacrées à Spider-Man (dont une au Japon !) et quelques téléfilms consacrés à Captain America et Dr. Strange. La mythique série The Incredible Hulk dura quant à elle cinq saisons et marqua toute une génération, mais Hollywood continua de bouder Marvel.

SPIDEY SUPER STORIES (1974–1977)
- Spidey Super Stories, saisons 1-3 (série, 1974–1977)
Créé en 1962 par Stan Lee et Steve Dikto, Spider-Man n'a plus besoin d'être présenté. Le tisseur avait déjà fait l'objet d'une série animée dès 1967, mais il fallut attendre 1974 pour sa première apparition en live action. Spider Super Stories est en fait une série de mini-épisodes de cinq minutes, destinés aux tout petits et diffusés dans le cadre du légendaire programme pour enfants The Electric Company. C'est assez mignon mais c'est vraiment pour les bébés. On ne sait même plus, aujourd'hui, combien d'épisodes exactement furent tournés.

THE AMAZING SPIDER-MAN (1977–1979)
- The Amazing Spider-Man, saisons 1-2 (série, 1977–1979)
Très mal reçue par les fans et désavouée par Stan Lee, cette série cheap connut néanmoins un certain succès à l'époque. Les effets spéciaux étaient évidemment très rudimentaires et Spider-Man n'y affrontait que des criminels ordinaires. Trois téléfilms furent également remontés à partir d'épisodes de la série : Spider-Man (1977, qui sortit en salles en France et fit tout de même sept-cent-mille entrées !), suivi de Spider-Man Strikes Back (1978, également sorti en salles en France) et Spider-Man: The Dragon's Challenge (1979).

THE INCREDIBLE HULK (1977–1990)
- The Incredible Hulk, saisons 1-5 (série, 1977–1982)
- The Incredible Hulk Returns (téléfilm, 1988)
- The Trial of the Incredible Hulk(téléfilm, 1989)
- The Death of the Incredible Hulk (téléfilm, 1990)
Créé en 1962 par Stan Lee et Jack Kirby, le titan vert n'a guère, lui non plus, besoin d'être présenté. La série lancée en 1977 connut un succès phénoménal et restera éternellement associée à la pop culture de l'époque. De manière notable, aucun autre personnage de la BD n'apparut jamais dans le show, qui se voulait très réaliste. Cela changea lorsque, six ans après la fin de la série, les producteurs tentèrent un come back avec trois téléfilms cheap. The Incredible Hulk Returns introduisit une version totalement ridicule de Thor et The Trial of the Incredible Hulk une version à peine plus crédible de Daredevil. Le personnage trouva finalement la mort dans le bien nommé The Death of the Incredible Hulk en 1990, et ce fut la fin d'une époque... Trois téléfilms furent également remontés à partir d'épisodes de la série : The Incredible Hulk (1977, sorti en salles en France), Return of the Incredible Hulk (1977) et The Incredible Hulk Married (1978, également sorti en salles en France).

SPIDER-MAN (1978-1979)
- Spider-Man, saison 1, épisodes #1-10 (série, 1978-1979)
- Spider-Man, (film, 1978)
- Spider-Man, saison 1, épisodes 11-41 (série, 1978-1979)
Les Japonais ne font décidément rien comme tout le monde ! En 1978, le légendaire studio Toei acheta les droits d'exploitation de Spidey pour une série exclusivement destinée au public nippon. Cette incarnation du personnage s'inscrivait dans le genre super sentai (super-héros aux commandes de robots géants vs. grands monstres) et n'avait rien à voir avec le matériel source à l'exception du nom et du costume. Louée par les rares fans qui l'ont vue, cette série fait donc figure d'ovni parmi les adaptations Marvel.

DR. STRANGE (1978)
- Dr. Strange (téléfilm, 1978)
Créé en 1963 par Steve Dikto, Dr. Strange est le « maître des arts mystiques » du Marvel Universe. Ce téléfilm assez étonnant commence comme un véritable film d'horreur de série B, avec une ambiance super-glauque et tout, puis se transforme peu à peu en serial kitsch façon Mandrake le Magicien. Le film devait servir de pilote à une série, mais l'audimat fut faible et la chaîne décida d'en rester là. Dr. Strange n'est pas une œuvre mémorable, mais c'est un peu une curiosité.

CAPTAIN AMERICA (1979)
- Captain America (téléfilm, 1979)
- Captain America II: Death too Soon (téléfilm, 1979)
Cette seconde adaptation de Captain America est presque aussi éloignée de la version comics que le serial de 1944, sinon que le héros y a au moins son bouclier et ses pouvoirs (il porte aussi, en permanence, un casque de moto ridicule !). Ces deux téléfilms, ennuyeux à mourir, ne sont même pas assez kitsch pour être drôles (mise à part cette scène d'anthologie). Sauf à vouloir perdre trois heures de votre existence ou à être un nostalgique hardcore des séries à chier de votre enfance, mieux vaut regarder autre chose. Incroyable mais vrai : Death too Soon trouva pourtant son chemin jusqu'aux salles françaises !


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 1980
Malgré le succès des films consacrés à Superman et une explosion des ventes de comics aux USA, Hollywood n'embrassa guère le genre dans les années 80 (la faute aux effets spéciaux, encore limités). Outre la série The Incredible Hulk qui se poursuivit jusqu'en 1982 et engendra deux téléfilms en 88 et 89, il n'y eut que deux adaptations médiocres de personnages de second rang : le film Howard the Duck et le téléfilm The Punisher.

HOWARD THE DUCK (1986)
- Howard the Duck (film, 1986)
Créé en 1973 par Steve Gerber et Val Mayerik, Howard est un canard anthropomorphique qui se retrouve par accident téléporté de son monde (où tout le monde est comme lui) au nôtre. George Lucas se prit d'affection pour la BD, une satire intelligente et débordante d'humour, et décida de porter le personnage à l'écran. Cette bonne idée eut tôt fait d'en devenir une mauvaise : le film de Willard Huick se cherche du début à la fin, déchiré entre son envie de conserver le cynisme adulte du comic et celle de réaliser un film d'aventures destiné aux enfants. Classé parmi les « plus mauvais films de tous les temps » (j'ai vu bien pire, pourtant), Howard the Duck fit un bide historique. Il a néanmoins son charme, à condition d'avoir une tendresse nostalgique pour les séries B des années 80. Et si vous vous demandiez qui pouvait bien être ce canard parlant dans la scène post-générique de Guardians of the Galaxy, et bien justement : c'est Howard !

THE PUNISHER (1989)
- The Punisher (téléfilm, 1989, sorti en salles en France)
Créé en 1974 par Gerry Conway, Ross Andru et John Romita, le Punisher est un tueur psychopathe en guerre contre le crime organisé. Très critiqué à sa sortie, ce téléfilm misait sur le succès des films d'action big guns, alors popularisés par Stallone et Schwarzenegger. Cette adaptation, assez fidèle à l'esprit du comic, est plutôt sombre et pas trop cheap pour l'époque. Il faut dire qu'elle était destinée au cinéma, mais les producteurs se dégonflèrent au dernier moment. Du coup, The Punisher fut projeté à peu près partout sauf aux USA, où il connut une sortie direct-to-video. Perso, je trouve que ça a plutôt bien vieilli : ce n'est pas Piège de cristal mais si vous aviez treize ans en 1989, ça vous replongera dans les cheap thrills de votre préadolescence.


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 1990
Dans les années 90, le monde n'avait d'yeux que pour les mangas japonais et Marvel dut se contenter d'accumuler des téléfilms plus anecdotiques les uns que les autres : un ultime soubresaut de la série The Incredible Hulk, une nouvelle incarnation de Captain America et quelques personnages secondaires avec Power Pack, Generation X et Nick Fury: Agent of S.H.I.E.L.D. Côté séries, il n'y eut que l'obscur Night Man. Pourtant, en 1998, un seul film allait tout changer, pour toujours ! Blade, film à gros budget avec la star Wesley Snipes, connut un succès retentissant et démontra pour la première fois à Hollywood que, pour peu d'y mettre les moyens, le catalogue Marvel avait un potentiel commercial. Ce fut, pour l'éditeur, le début de la gloire !

CAPTAIN AMERICA (1990)
- Captain America (téléfilm, 1990)
Censée commémorer le cinquantième anniversaire du personnage, cette troisième adaptation eut au moins le mérite de lui être plus fidèle que les précédentes. Ce fut, à vrai dire, son seul mérite. L'absence de budget se fit cruellement sentir et le réalisateur affirma par la suite que c'était l'unique raison pour laquelle son téléfilm était mauvais. Je pense, pourtant, que l'incompétence des scénaristes et le jeu épouvantable des acteurs y est peut-être aussi pour quelque chose ! Comme The Punisher, Captain America devait sortir en salles (ce fut d'ailleurs le cas en Angleterre), mais les producteurs pressentirent le bide et, après deux ans d'hésitations, reléguèrent finalement leur navet à une sortie direct-to-video en 1992. Le rejet fut évidemment planétaire. Captain America n'a même pas vraiment le charme typique des films d'action de son époque, c'est plutôt un truc hors du temps, une bizarrerie qui ne séduira que les geeks les plus acharnés.

POWER PACK (1991)
- Power Pack (téléfilm, 1991)
Créés en 1984 par Louise Simonson et June Brigman, Power Pack sont quatre enfants, frères et sœurs, dotés de pouvoirs extraordinaires. Contre toute attente, le comic abordait au départ des thèmes plutôt adultes, mais il était assez logique de songer à en faire un programme pour enfants. Ce pilote, typique des productions destinées aux plus jeunes du début des 90's, ne fut pas développé en série mais rediffusé régulièrement aux USA. Il servit essentiellement à présenter les personnages, leur environnement et un méchant sorcier tout droit sorti de Scooby-Doo. Vous serez probablement séduit si vous avez moins de dix ans, mais sinon ça n'a évidemment pas grand intérêt.

GENERATION X (1996)
- Generation X (téléfilm, 1996)
Créé en 1994 par Scott Lobdell et Chris Bachalo, ce spin-off des X-Men est un groupe de jeunes mutants grunges et rebelles. Le comic faisait partie de ces œuvres qui parviennent à capter l'air du temps : il exprimait à merveille l'insolence désenchantée de ma génération. Ce fut un hit immédiat et l'idée d'en faire une série pour ados coulait, donc, de source. On testa le concept avec ce téléfilm, qui ne se montra malheureusement pas à la hauteur du matériel source. Les personnages y sont bien des ados confus et en colère mais leurs personnalités sont à peine effleurées, les effets spéciaux sont réduits au minimum syndical et l'intrigue ne tient tout simplement pas debout. Il aurait fallu confier ça à Kevin Smith... Faute de pertinence, le téléfilm ne rencontra pas le succès escompté et on en resta là.

NIGHT MAN (1997-1999)
- Night Man, saisons 1-2 (série, 1997-1999)
Créé en 1993 par Steve Englehart et Darick Robertson, Night Man est un justicier insomniaque et télépathe. Le personnage était à l'origine publié par l'éditeur Malibu Comics, dont le catalogue fut acquis par Marvel (et intégré au Marvel Universe) en 1994. La série, apparemment trop kitsch pour les années 90, fut appréciée par certains pour son insouciance (on la compara au Batman de 1966) et dénoncée par d'autres pour son manque d'originalité. Un téléfilm fut également réalisé à partir d'épisodes remontés : Nightman: World Premiere (1997).

NICK FURY: AGENT OF S.H.I.E.L.D. (1998)
- Nick Fury: Agent of S.H.I.E.L.D. (téléfilm, 1998)
Créé en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby, Nick Fury est le directeur du S.H.I.E.L.D., l'agence de contre-espionnage du Marvel Universe. En dépit d'un budget respectable, le téléfilm hérita d'un scénario banal (une variante du script de Captain America: Death Too Soon : il faut sauver les USA d'un attentat au super-virus) et fut vivement critiqué pour son manque d'ambition.

BLADE (1998-2006)
- Blade (film, 1998)
- Blade II (film, 2002)
- Blade: Trinity (film, 2004)
- Blade: The Series, saison 1 (série, 2006)
Créé en 1973 par Marv Wolfman et Gene Colan, Blade est un chasseur de vampire qui a sur Buffy l'avantage d'être lui-même un hybride humain-vampire, ce qui lui confère certains pouvoirs. Le succès du film de Stephen Norrington prit tout le monde par surprise, et conféra soudain à Marvel une crédibilité inédite à Hollywood. Les deux suites, réalisées respectivement par Guillermo del Toro et David S. Goyer, connurent une popularité comparable. La série, quant à elle, eut moins de chance et ne dura qu'une seule saison. Les critiques furent, dans l'ensemble, moyennement séduits par la franchise et je dois avouer que je peine moi-même à comprendre son succès : ce n'est à mes yeux qu'une suite de films d'action plus crétins les uns que les autres, destinés à des ados en manque de testostérone. Un téléfilm fut également réalisé à partir du pilote de la série, augmenté et non-censuré : Blade: House of Chton (2006).


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 2000
La première décennie du vingt-et-unième siècle est celle qui a tout changé : les effets spéciaux permettant désormais de faire tout ce qu'on voulait, les super-héros entamèrent leur invasion d'Hollywood et Marvel fut en tête de file. Tout démarra avec le succès de Blade et ses deux séquelles, mais c'est le X-Men de Bryan Singer (2000) et le Spider-Man de Sam Raimi (2002) qui démontrèrent vraiment que les super-héros Marvel étaient capables d'attirer les foules et de rapporter des centaines de millions de dollars ! Outre les suites et spin-offs, très lucratifs, de ces deux films (deux Spider-Man, deux X-Men et un Wolverine), une foule de films Marvel s'abattit sur les écrans avec plus ou moins de succès critique et commercial : Hulk, Ghost Rider, pas moins de deux versions différentes de The Punisher, Daredevil et son spin-off Elektra, Fantastic Four et sa suite... Mais un nouveau tournant eut lieu en 2008, lorsque Marvel commença de produire ses propres films avec Iron Man et une nouvelle incarnation de The Incredible Hulk. L'univers partagé qui se dessinait là, le Marvel Cinematic Universe, allait conduire des pontes d'Hollywood à multiplier ce genre de franchises basées sur le principe du crossover. Concentré sur le cinéma, Marvel fut plutôt timide à la télé avec seulement deux séries (Mutant X et une suite aux aventures de Blade) et un téléfilm (Man-Thing).

X-MEN / WOLVERINE (2000-en cours)
- X-Men (film, 2000)
- X2 (film, 2003)
- X-Men: The Last Stand (film, 2006)
- X-Men Origins: Wolverine (film, 2009)
- X-Men: First Class (film, 2011)
- The Wolverine (film, 2013)
- X-Men: Days of Future Past (film, 2014)
Annoncés :
- Deadpool (film, 2016)
- X-Men: Apocalypse (film, 2016)
- Wolverine 3 (film, 2017)
Crées en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby, les X-Men n'ont plus besoin d'être présentés. La superproduction de Bryan Singer consolida en 2000 la crédibilité de Marvel auprès des studios, et lança une franchise qui se poursuit encore aujourd'hui. La saga, qui connaît un immense succès, s'est jusque-là constituée en trilogies. X-MenX2 (Singer) et The Last Stand (Brett Ratner) décrivent le combat pour la survie des mutants. First Class (Matthew Vaughn), Days of Future Past et bientôt Apocalypse (de nouveau Singer) nous présentent leurs origines, des années soixante aux années quatre-vingts. Mon chouchou absolu est X2, qui allie un script particulièrement intelligent à une mise en scène magistrale, mais je vous conseillerai sans hésiter de tout voir.
Créé en 1974 par Roy Thomas, Len Wein et John Romita, Wolverine est de loin le plus célèbre des X-Men : il était donc logique d'en tirer un spin-off. Le premier film dépeint la genèse du personnage et le second se déroule au Japon. Je ne trouverai jamais assez de mots pour exprimer le dégoût que m'inspire le X-Men Origins: Wolverine du cancre Gavin Wood ! Le « scénario » (si j'ose dire) de cette sombre merde n'existe que pour justifier d'ennuyeuses et interminables scènes de combats. The Wolverine, de James Mangold, est plus présentable mais ne m'a pas vraiment passionné. Les critiques partagèrent dans l'ensemble mon scepticisme mais le public, lui, fut au rendez-vous.
Il faut tout de même noter un certain nombre d'incohérences de continuité entre les sept films, qui se contredisent allègrement à l'occasion. Days of Future Past était censé tout expliquer (vous savez, comme dans Star Trek : le coup des voyages dans le temps qui changent le passé et justifient l'incompétence des scénaristes) mais n'a finalement fait que compliquer les choses. Bon, il vaut mieux parfois ne pas trop réfléchir à ces trucs-là. Trois nouveaux films sont annoncés d'ici à 2017.

MUTANT X (2001-2004)
- Mutant X, saisons 1-3 (série, 2001-2004)
Créé en 2001 par Avi Arad, Mutant X est une équipe de mutants (tiens donc) qui, comme les X-Men, luttent pour protéger leurs semblables de l'intolérance des uns et de l'exploitation de leurs pouvoirs par d'autres. Mutant X a la particularité de n'avoir été adaptée d'aucun comic, mais développée directement pour la télévision par Marvel. À la différence des X-Men, dont les pouvoirs sont le fait d'une évolution naturelle, ces mutants-ci ont fait l'objet de manipulations génétiques. La série se distance également du genre super-héroïque par une absence de noms de code et de costumes. Le show trouva son public en dépit de son manque d'originalité, mais fut abandonné après trois saisons, lorsque l'un des studios qui produisait fit faillite.

SPIDER-MAN (2002-2007)
- Spider-Man (film, 2002)
- Spider-Man 2 (film, 2004)
- Spider-Man 3 (film, 2007)
En 2002, Spider-Man termina de convaincre les studios de la rentabilité des super-héros, et fut sans doute aussi le premier film du genre à séduire le public féminin (ce qui n'est pas négligeable : le succès actuel des adaptations de comics n'est possible que parce que les filles ont fini par s'y mettre). La trilogie de Sam Raimi, acclamée à juste titre, se voulut très proche du matériel source, mettant en scène un Peter Parker sensible dont la vie privée comptait autant que les aventures de son alter-ego. Comme X-Men et The Dark Knight Trilogy, la série atteignit son crescendo avec le second film, inoubliable. Le troisième opus en déçut certains mais, malgré ses vilains peu convaincants, clôtura honorablement la saga. Je ne vous cache pas mon affection pour ces films, qui font honneur au personnage grâce auquel je suis tombé amoureux des comics à l'âge de neuf ans.

DAREDEVIL / ELEKTRA (2003-2005)
- Daredevil (film, 2003)
- Elektra (film, 2005)
Créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett, Daredevil est un justicier aveugle dont les autres sens se sont développés bien au-delà de la normale. Le film eut un franc succès au box office mais fut éreinté par les critiques, de manière à mon sens un peu injuste. Il vaut mieux, certes, voir le director's cut, qui approfondit le scénario et réhabilita d'ailleurs le long-métrage aux yeux de certains. Daredevil comporte des failles indéniables mais Mark Steven Johnson, qui l'a écrit et réalisé, s'est réellement investi dans ce projet et l'a envisagé, quoi que parfois maladroitement, comme un film d'auteur. Le bât blesse en fait surtout de par la présence de scènes légères, qui vont à l'encontre de l'ambiance sombre de la BD, ainsi que par des personnages inégaux : le Bullseye de Colin Farrell est fabuleux, mais la bisounours Elektra n'a rien à voir avec l'anti-héroïne des comics. Elektra, justement, fit l'objet d'un spin-off deux ans plus tard. Créée en 1981 par Frank Miller, c'est à l'origine une tueuse à gage impitoyable. Le nanar aseptisé de Rob Bowman, conspué par la terre entière, est une sorte de film d'action pour enfants : plutôt mignon mais sans grand intérêt.

HULK (2003)
- Hulk (film, 2003)
Ang Lee fit le pari risqué de réaliser un film d'auteur et fit, en conséquence, des choix esthétiques très marqués (dominantes vertes et violettes omniprésentes, technique du split screen en hommage aux années 60/70, un Hulk absolument gigantesque, etc.). Adulé par les uns, honni par les autres, Hulk attisa les passions d'une manière peu commune pour un film de super-héros. Après une première réaction plutôt négative, c'est un long-métrage que j'ai appris à apprécier pour ses qualités artistiques. Je vous conseille particulièrement de le voir dans un état second, de préférence un cocktail alcool + cannabis : Hulk se transmue alors en trip psychédélique et c'est assez cool.

THE PUNISHER (2004)
- The Punisher (film, 2004)
Cette seconde adaptation du Punisher, réalisée par Jonathan Hensleigh, déçut tout autant que la précédente et, de surcroît, s'égara totalement. D'une part, le héros cherche à venger sa famille au lieu de, simplement, prendre un plaisir malsain à dézinguer du criminel. D'autre part, ce Punisher-là est beaucoup trop gentil : la déchirure psychologique qui transforme un bon père de famille en tueur sanguinaire est complètement éludée ! Un nanar d'action impersonnel à éviter.

MAN-THING (2005)
- Man-Thing (téléfilm, 2005)
Créé en 1971 par Stan Lee, Roy Thomas, Gerry Conway et Gray Morrow, Man-Thing est un homme qui, suite à un accident tragique, se retrouve métamorphosé en créature végétale (ça vous rappelle quelque chose ?). Ce téléfilm d'horreur minable dévia totalement du matériel source et fit de Man-Thing une sorte de démon amérindien environnementaliste. Les producteurs envisagèrent un temps une sortie ciné puis se ravisèrent : vu l'accueil plus que glacial suscité par Man-Thing, ils furent bien inspirés de le réserver au petit écran.

FANTASTIC FOUR (2005-2007)
- Fantastic Four (film, 2005)
- Fantastic Four: Rise of the Silver Surfer (film, 2007)
Créés en 1961 par Stan Lee et Jack Kirby, les Fantastic Four ont acquis leurs pouvoirs à la suite d'une exposition accidentelle à des rayons cosmiques. Ce sont des personnages importants, car leur série BD servit de point de départ au Marvel Universe tel qu'on le connaît aujourd'hui. Plus qu'une équipe, les FF ont également la particularité de former une famille. On était donc en droit d'attendre beaucoup des deux films de Tim Story et la déception fut quasi-universelle en dépit d'un bon score au box-office. Ce n'est pas que ces adaptations soient complètement ratées mais il leur manque, si j'ose dire, un supplément d'âme. Les FF, leur allié le Silver Surfer et leurs adversaires Dr. Doom et Galactus sont des personnages touchants, complexes, aux psychologies tourmentées. Les comics mêlent, adroitement, des scènes de leurs vies quotidiennes à des aventures d'une démesure cosmique. Il ne reste pas grand-chose de tout cela dans les films...

GHOST RIDER (2007-2012)
- Ghost Rider (film, 2007)
- Ghost Rider: Spirit of Vengeance (film, 2012)
Créé en 1972 par Gary Friedrich, Roy Thomas et Mike Ploog, Ghost Rider est un cascadeur qui se retrouve possédé par un démon et, logiquement, métamorphosé en « motard fantôme » (les anti-héros fantaisistes étaient chose courante dans les années 70). Si le réalisateur Mark Steven Johnson s'était investi dans Daredevil, il ne s'est guère piqué d'intérêt pour Ghost Rider : le premier film est un navet fade, ennuyeux à mourir. La suite, que l'on doit à Mark Neveldine et Brian Taylor, eut au moins le mérite de ne pas se prendre au sérieux : Nicolas Cage, loin du pathos de sa première interprétation du rôle, y incarne un Ghost Rider complètement déjanté. Ne vous y trompez pas : malgré ces améliorations, Spirit of Vengeance reste très décevant. Les deux films furent épinglés par les critiques mais, de manière un peu étrange, remplirent les salles.

MARVEL CINEMATIC UNIVERSE (2008-en cours)
- Iron Man (film, 2008)
- The Incredible Hulk (film, 2008)
- Iron Man 2 (film, 2010)
- Thor (film, 2011)
- Captain America: The First Avenger (film, 2011)
- The Consultant (court-métrage, 2011)
- Something Funny Happened on the Way to Thor's Hammer (court-métrage, 2011)
- The Avengers (film, 2012)
- Item 47 (court-métrage, 2012)
- Iron Man 3 (film, 2013)
- Agent Carter (court-métrage, 2013)
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 1, épisodes 1-7 (série, 2013-présent)
- Thor: The Dark World (film, 2013)
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 1, épisodes #8-12 (série, 2013-présent)
- All Hail the King (court-métrage, 2014)
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 1, épisodes #13-16 (série, 2013-présent)
- Captain America: The Winter Soldier (film, 2014)
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 1, épisodes #17-22 (série, 2013-présent)
- Guardians of the Galaxy (film, 2014)
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 2, épisodes #1-10 (série, 2013-présent)
- Agent Carter, saison 1 (série, 2015)
Annoncés :
- Agents of S.H.I.E.L.D., saison 2, épisodes #11-23 (série, 2013-présent)
- Avengers: Age of Ultron (film, 2015)
- Daredevil, saison 1 (série, 2015)
- Ant-Man (film, 2015)
- A.K.A. Jessica Jones, saison 1 (série, 2015)
- Captain America: Civil War (film, 2016)
- Iron Fist, saison 1 (série, 2016)
- Doctor Strange (film, 2016)
- Luke Cage, saison 1 (série, 2016)
The Defenders, saison 1 (série, 2017)
- Guardians of the Galaxy 2 (film, 2017)
- Spider-Man (film, 2017)
- Thor: Ragnarok (film, 2017)
- Black Panther (film, 2018)
- Avengers: Infinity War Part 1 (film, 2018)
- Captain Marvel (film, 2018)
- Avengers: Infinity War Part 2 (film, 2019)
Inhumans (film, 2019)
(La liste ci-dessus vous présente toutes les productions qui se déroulent dans le Marvel Cinematic Universe, dans leur ordre chronologique de sorties.)
Marvel fit l'événement en 2008, d'une part en commençant de produire ses propres films, mais surtout en faisant évoluer ses personnages dans un univers partagé comparable à celui des comics : le Marvel Cinematic Universe (MCU). Depuis, l'aventure Marvel Studios est une incroyable success story : triomphe commercial et critique total, la franchise est en passe de devenir un phénomène culturel comparable à Star Wars ! En plus des neuf films produits à ce jour, le MCU a déjà fait l'objet de deux séries et cinq courts-métrages. Et ce n'est que le début, puisqu'au moins douze films et cinq séries supplémentaires sont annoncés d'ici à 2019 ! Pour moi comme pour de nombreux fans, c'est un rêve devenu réalité, et ce malgré la regrettable absence des Fantastic Four et des X-Men. En tout cas, je ne peux que m'associer à l'enthousiasme général : les films m'ont tous conquis et seule la série Agent of S.H.I.E.L.D., sympathique mais bien trop cheap, a échoué à me convaincre vraiment. Voici, donc, un petit tour d'horizon des principales « sous-franchises » de cet univers déjà très riche :
Iron Man : créé en 1963 par Stan Lee, Larry Lieber, Don Heck et Jack Kirby, le playboy en armure a su séduire le monde entier grâce au flamboyant Robert Downey, Jr. Star d'Iron Man (Jon Favreau, 2008), Iron Man 2 (Favreau, 2010) et Iron Man 3 (Shane Black, 2013), le super-héros est également présent dans The Incredible Hulk et The Avengers.
Hulk : Cette nouvelle incarnation du titan vert n'a, pour l'instant, fait l'objet que d'un seul long-métrage : The Incredible Hulk (Louis Leterrier, 2008). On l'a toutefois retrouvée dans The Avengers et Iron Man 3.
Thor : créé en 1962 par Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby, le dieu nordique est à l'affiche de Thor (Kenneth Branagh, 2011) et The Dark World (Alan Taylor, 2013). On le retrouve également dans The Avengers.
Captain America : il aura fallu s'y reprendre à quatre fois mais Cap aura finalement eu droit à une adaptation digne de ce nom grâce à The First Avenger (Joe Johnston, 2011) et The Winter Soldier (Anthony Russo et Joe Russo, 2014). On le retrouve également dans The Avengers.
Avengers : créée en 1963 par Stan Lee et Jack Kirby, l'équipe réunit Iron Man, Hulk, Thor, Captain America et plusieurs autres dans The Avengers (Joss Whedon, 2012). Ce film, dont le succès fut comparable à Titanic et Avatar, a bouleversé la donne à Hollywood et terminé, si besoin était, d'imposer le genre super-héroïque.
S.H.I.E.L.D. : créée en 1965 par Stan Lee et Jack Kirby, l'agence de super-espionnage du MCU est, depuis 2013, à l'affiche de la série Agents of S.H.I.E.L.D. On la retrouve également dans tous les films, à l'exception de Guardians of the Galaxy. Bizarrement, le succès critique de la série (très mal reçue au départ) augmente proportionnellement à sa perte de parts d'audimat (au départ excellentes).
Guardians of the Galaxy : cette bande hétéroclite d'aventuriers cosmiques, composée de Star-Lord, Rocket Rackoon, Groot, Gamora et Drax, fut créée en 2008 par Dan Abnett et Andy Lanning. Guardians of the Galaxy (James Gunn, 2014) était un pari risqué, puisque mettant en scène des personnages inconnus du grand public et plutôt éloignés du reste du MCU. Son succès encouragea Marvel à porter davantage de personnages obscurs à l'écran dans les années à venir.
Agent Carter : créée en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby, la super-espionne est à l'affiche de la mini-série éponyme. Elle apparaît également dans The First Avenger, The Winter Soldier et Agents of S.H.I.E.L.D.
Au fil des productions, on rencontre également de nombreuses autres « stars » du catalogue Marvel, parmi lesquelles Nick Fury, Howard the Duck, War Machine/Iron Patriot, Doc Samson, Black Widow, Hawkeye, Bucky/Winter Soldier, The Howling Commandos, Deathlok, Falcon, Quicksilver, Scarlet Witch et Mockingbird...

PUNISHER: WAR ZONE (2008)
- Punisher: War Zone (film, 2008)
Plutôt que de donner une suite au film de 2004, on préféra rebooter encore la franchise. Le réalisateur Lexi Alexander jura ses grands dieux que, écœuré par la version bisounours de 2004, il rendrait toute sa noirceur au personnage. Résultat des courses : le toujours très gentil Punisher protège... une petite fille ! Sans déconner ?! Le film fit un bide encore plus spectaculaire que son prédécesseur, et tout cela me conduit à penser qu'il faudrait confier le prochain reboot à Abel Ferrara. Un Punisher réalisé sur le ton de L'ange de la vengeance : voilà qui ferait, enfin, honneur au matériel source !


CONTINUITÉS LANCÉES DANS LES ANNÉES 2010
C'est l'explosion ! Alors que Fox continue d'exploiter les franchises X-Men et Fantastic Four (deux nouveaux X-Men, un second Wolverine et plusieurs autres films en cours de production), Sony celle de Spider-Man (rebooté en 2012, re-rebooté en 2016) et Columbia celle de Ghost Rider (une suite), Marvel multiplie ses propres productions, accumulant les succès et enracinant son concept d'univers partagé à travers une série de films (deux nouveaux Iron Man, deux Thor, deux Captain America, The Avengers, Guardians of the Galaxy), de séries (Agents of S.H.I.E.L.D., Agent Carter) et de courts métrages exclusifs en DVD. En tout, au moins quinze films et cinq nouvelles séries sont prévus d'ici à 2019 et Marvel, longtemps snobé par les studios, règne désormais en maître incontesté sur Hollywood !

THE AMAZING SPIDER-MAN (2012-2014)
- The Amazing Spider-Man (film, 2012)
- The Amazing Spider-Man 2 (film, 2014)
Lorsque Sam Raimi quitta le navire, Sony choisit de rebooter la franchise avec Marc Webb aux commandes. Succéder à la trilogie de Raimi n'était pas un défi simple mais Webb s'en tira avec les honneurs : le premier film, qui offre une lecture un peu plus sombre et contemporaine du personnage, suscita un enthousiasme planétaire que je partage entièrement. Le second volet mobilisa le public mais fit l'objet de nombreuses critiques, que je partage également : les vilains sont « plus-cliché-que-moi-tu-meurs » et, comme Man of Steel, The Amazing Spider-Man 2 est un feu d'artifice de scènes d'action qui ne laisse aucune place au développement psychologique des personnages. plusieurs suites et spin-offs devaient voir le jour, mais cette version du personnage sera finalement abandonnée au profit d'un nouveau reboot, intégré au Marvel Cinematic Universe.

- THE FANTASTIC FOUR (2015-en cours)
Annoncés :
- The Fantastic Four (film, 2015)
- The Fantastic Four 2 (film, 2017)
On ne sait pas encore grand-chose de ce reboot prévu pour août 2015, sinon qu'une suite lui a déjà été programmée. Espérons qu'il fera, cette-fois-ci, honneur aux majestueux Fantastic Four.
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