10 décembre 2016

The China Experience – 45/ An epilogue 2 the China Experience: The Super-Hero Experience

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002

Expérience précédente : The Longest Way Home Experience.
Décollage ici.

27 novembre 2002 – 4 décembre 2002, Lyon (France).

Alors reprenons les choses dans l'ordre.

Nous sommes le mercredi 27 novembre 2002.

Je rentre de trois mois de voyage en Chine, je suis complètement paumé et j'aurais besoin d'une bonne semaine pour me réaccoutumer. Je suis, en outre, dans un état de fatigue nerveuse et physique absolu.

Sauf que...

Je n'ai plus d'appartement.

Je n'ai plus de job.

Je n'ai plus un rond, sinon quatre-cent-cinquante euros sur un PEL à la Caisse d'Épargne, qu'il me faut débloquer d'urgence.

Je dois reconquérir mon amoureuse, qui s'est tirée avec un flûtiste.

J'ai cinq jours pour trouver un endroit où caser ma quarantaine de cartons et tous mes meubles, parce que la fille aux yeux de miel me l'a joué à l'envers et doit rendre les clés de mon ancien appartement le 2 décembre.

Ma régie me réclame deux-mille-cinq-cent euros et je dois trouver un moyen de démontrer qu'ils m'ont arnaqués ou de négocier un échelonnement, sans quoi ils vont tomber sur mon père qui s'est porté caution.

Mon père, qu'ils ont déjà contacté, est tellement fou-furieux qu'il n'est pas loin de me renier.

Et comble du comble, j'apprends qu'un de mes deux chats, laissés chez un ami, s'est tiré dans les rues depuis trois semaines. Je dois le retrouver d'urgence.

Je dispose peu ou prou d'une semaine pour régler tous ces problèmes.

À peine débarqué de l'avion puis du train, j'arrive donc chez ma meilleure amie, où j'avais laissé des affaires. J'ai rendez-vous avec mon Indienne dans trente minutes. Je me précipite sous la douche, me rase, me parfume, me coiffe, enfile mes fringues les plus élégantes. Je suis fin prêt juste à temps. Ma meilleure amie aura plus tard les mots suivants : « Tu m'as épaté ce jour-là : je t'ai vu arriver dans la station de métro, tu étais livide, les traits tirés, les yeux pochés de fatigue, ébouriffé, des fringues crades, à la limite un vrai clochard. Une demi-heure plus tard tu étais tout propre, élégant, tu sentais bon, tu avais retrouvé des couleurs et une mine de jeune dandy clinquant ! ». Il faut ce qu'il faut.

Je sonne à la porte. Elle ouvre. Je suis bouleversé : elle est belle, elle brille dans le noir, elle est ma femme et je suis son homme. Je voudrais la serrer dans mes bras, la couvrir de baisers, la rendre heureuse. Mais je ne peux pas. Du désastre sur pattes que j'étais quelques heures auparavant, il ne reste rien. Je ne sais pas où je trouve la force, mais je suis souriant, serein, calme, posé. Je serais juste parfait pour un entretien d'embauche. Elle aussi a changé : de sa froideur au téléphone il ne reste rien non plus. En face de moi, elle fait moins la mariole, elle est aimable, me sourit, m'offre un thé. Nous nous asseyons et nous entamons les négociations. Elle m'explique ce qui lui est passé par la tête, sa rencontre avec ce type, la façon dont notre échange d'emails à Lijiang l'a poussé dans ses bras (un peu plus et ça va être de ma faute !). Elle me dit qu'elle l'aime, qu'il est mieux pour elle, que je me rendrai compte qu'il y en a d'autres qui sont mieux pour moi, et tout un tas d'ânerie de ce genre que j'avale sans broncher. Ensuite je commence mon plaidoyer. Je tripote ses cordes sensibles. Je déchiffre le moindre signe sur son visage et ajuste mon discours en conséquence. Je fais preuve d'une rhétorique digne de Socrate. Je démonte tous ses arguments. Tout ce qu'elle me dit de sa nouvelle relation est retourné contre elle. Toutes les critiques qu'elle formule sur notre relation est atténué. Je m'excuse encore pour ma vive réaction à son mail incisif à Lijiang. Je lui ré-explique combien ce voyage était nécessaire, combien j'en suis sorti grandi, combien il devrait profiter à notre couple et non pas le détruire. Évidemment elle ne lâche pas prise si facilement : elle est amoureuse de lui, elle n'est plus amoureuse de moi. À chaque fois qu'elle réaffirme sa position, je m'écroule intérieurement. Mais je n'en montre rien, pas une miette. Je porte le masque impassible de l'homme tout à fait sûr de lui alors qu'en fait, j'ai le sentiment d'une cause perdue et je suis mort de peur. Je n'ai même pas besoin de jouer la comédie, je ne fais même pas semblant : c'est une question de vie ou de mort, une affaire de survie. Je m'adapte spontanément à ce que les circonstances exigent de moi pour survivre. Grandir auprès d'une mère ultra-violente vous enseigne ce genre de choses. Il y a un moment décisif. Je suis là, nonchalamment vautré sur son canapé. Je la regarde droit dans les yeux. D'une voix douce mais confiante, je dis : « Mais non. Tu te trompes. Tu vas le quitter et tu vas revenir avec moi. Parce que c'est ainsi que cela doit être. Et tu as beau te raconter des histoires, tu le sais aussi bien que moi ». Comme au téléphone, ce n'est en aucun cas un ordre. C'est l'énoncé d'une évidence. Et elle le prend comme tel. À ce moment précis je sens, pour la première fois, quelque chose flancher dans son regard. Elle n'en montre rien mais elle est ébranlée par ma détermination. Tout ce cirque dure deux heures puis elle doit aller travailler. Elle n'a pas changé d'avis mais elle a changé de posture : elle est prête à réfléchir, et à ce que nous en rediscutions. Rendez-vous est pris pour le surlendemain. Avant de partir, je lui offre les statuettes. Le dragon et le phénix. Je lui explique leur signification. Elle les accepte. Il s'appelle Florent. Je vais l'anéantir.

Après ça je ne sais plus trop. Je vais voir mes chats chez mon ami Fred, et c'est là que j'apprends que Goldie s'est tiré. C'est mon bébé, je suis dévasté, il faut que je le retrouve ! Comme j'expose mon problème d'appartement et d'affaires, Fred me propose de stocker les meubles dans son immense appartement. Mes amis Nico et Chloé, qui par hasard se trouvent là, m'expliquent qu'ils disposent d'une cave vide où que je peux entreposer les cartons. La fille aux yeux de miel est là aussi et il ne lui vient même pas à l'idée de s'excuser pour son plan foireux. Je passe outre, j'ai des problèmes plus urgents à régler. Nous convenons d'un rendez-vous le samedi à treize heures, pour procéder au déménagement. Déjà, une solution à l'un de mes problème est tombée du ciel. J'en remercie Shiva. La fille aux yeux de miel me soumet mon état des lieux de sortie : un tissu de mensonges. Il y a bien quelques trucs qui ont été abîmés, mais je m'attendais à perdre ma caution tout au plus. Pour le reste, ils ont décrété que des tas de choses étaient dégradées qui ne l'étaient pas, ils vont tout bonnement refaire l'appartement sur mon dos ! Soit dit en passant, j'apprends à cette occasion que toutes les putains de Pentes de la Croix-Rousse sont courant de mon infortune avec la princesse, alors que pourtant nous n'avons presque pas d'amis communs, comme quoi ma parano sur la rumeur publique n'en est pas une ! Une de perdue, dix de perdues.

Je décide de m'accorder un peu de répit parce que je suis sur le point de craquer : il sera temps de s'occuper du reste dès le lendemain. Je pleure longuement dans les bras de ma meilleure amie, chez qui je loge. Je retrouve ensuite Chris N., mon autre meilleur ami. Mais le soir je trépigne. De nouveau, je ne supporte pas mon impuissance à reconquérir ma princesse. Il me vient une idée. Je prends un stylo et j'écris la plus longue, la plus passionnée, la plus belle lettre d'amour de ma vie. Zéro argumentation : je me contente de faire la liste des choses pour lesquelles j'aime cette femme. Je n'ai même pas besoin de me creuser la cervelle ni de peser mes mots, j'écris tout ce qui me passe par là tête. Seize pages ! J'y passe deux heures peut-être. Une fois la lettre terminée, j'envisage de la mettre dans sa boite aux lettres. Mais il y a mieux à faire. Je sais en effet que le flûtiste passe la plupart de son temps chez elle. Donc si je glisse la lettre sous la porte aux heures où elle travaille, il va la trouver avant elle. Il saura obligatoirement d'où elle vient. Il pourrait bien entendu ouvrir l'enveloppe (scellée) et la lire, voire la dissimuler. Mais s'il la lit elle le verra, et s'il la dissimule, elle le saura lors de notre prochaine entrevue. Donc, dans tous les cas je suis gagnant parce qu'elle sera furieuse (et de surcroît je garde un double de la lettre au cas où). Ensuite je suis à peu près certain qu'elle va fondre en larmes en lisant la lettre et si elle le fait devant lui, il va badder et je gagne encore des points. Évidement, cette stratégie comporte un risque : il peut contre-attaquer. S'il décide de s'accrocher à elle et fait preuve d'autant de détermination que moi, il vaudrait mieux qu'il ignore, autant que se peut, que je suis entré en guerre contre lui. Je repense alors au peu qu'elle m'a dit à son sujet : il est mou, c'est un fumeur de pétards, il lui obéit en tout, il habite encore chez ses parents. Je pèse longuement le pour et le contre et je décide que c'est une lopette. Il ne réagira pas. Par contre il commencera à flipper, donc à commettre des erreurs. Je prends le risque !

Il faut comprendre que je n'ai rien de personnel contre ce garçon. Il a l'air, à vrai dire, d'être un type bien et je n'éprouve qu'une joie très modérée à l'idée de lui faire du mal. Je n'ai pas pour habitude de piquer la copine des autres. Je l'avais fait étant plus jeune et j'en avais conçu un vif regret par la suite. Mais il s'agit là de sauver ma relation. Ma princesse indienne m'a expliqué qu'elle ne m'avait pas trompé, qu'elle m'avait quitté pour quelqu'un d'autre. J'ai rectifié de suite : jusqu'à mon coup de fil et jusqu'à mon retour si je n'avais pas téléphoné, elle m'avait laissé dans l'ignorance de sa décision. Le monde entier était peut-être au courant mais en ce qui me concernait, jusqu'à-ce que je sache, j'étais avec elle. Je ne pouvais pas faire mon deuil. Je ne pouvais pas m'en aller séduire une petite Chinoise ou une touriste, parce que je lui étais fidèle. Par conséquent elle me trompait. Cet argument l'a laissée sans voix et grommelante que « oui mais bon... ». Bref, ce type n'a eu aucun scrupule quand il s'est s'agit de me chourer ma meuf. La souffrance qui me dévore depuis Yangshuo, il s'en branle ! Le fait que son propre bonheur ait pour prix une souffrance intolérable chez un autre être humain, ça le laisse de marbre ! Alors je ne vais pas m'en aller pleurer sur son sort. Il s'est comporté en connard et il sera traité comme un connard. Parce qu'il s'agit de la femme de ma vie. Parce que c'était écrit. Parce que je suis un agneau pourpre et lui un simple flûtiste. « You're good, but me I'm magic! » (Frank Miller).

Jeudi. Comme je la sais au taf, je vais chez elle. J'entends de la musique : excellent ! Je glisse sans bruit la lettre sous la porte et je file.

Après cela, j'appelle la régie. Ils sont furieux et moi tout autant ! Je parviens tout de même à leur faire admettre que j'ai réglé les deux mois de loyer qu'ils me réclament. Par contre ils ne lâchent rien quant à l'état des lieux. Je leur arrache la promesse de laisser mon père en dehors de tout cela et je file à l'UFC Que Choisir. Ils sont formels : l'état des lieux de sortie fait foi devant un tribunal, il eut fallu le contester sur le moment. La jeune fille aux yeux de miel, bien entendu, l'a signé ! Dépité, je recontacte la régie et leur explique que je suis insolvable mais que je suis d'accord pour payer si nous convenons d'un échelonnement. Ils me disent qu'ils vont voir et de les rappeler lundi.

Ensuite je photocopie l'annonce pour mon chat perdu et commence à en tapisser les pentes de la Croix-Rousse. Je consacrerai une bonne partie des jours qui suivent à faire cela.

Vendredi. Je me décide à appeler mon père. Il est fou furieux. Déjà que mes choix de vie, ma volonté de me consacrer à ma création et d'en vivre, ne lui plaisent pas. Déjà que mes voyages, perte de temps à ses yeux, ne lui plaisent pas non plus. Mais voilà que je ne paie plus mon loyer et qu'on lui réclame deux-mille-cinq-cent euros. Je parviens à le convaincre que les deux mois de loyer sont un malentendu, le rassure quant au fait que je prendrai mes responsabilités, qu'il n'aura pas à débourser un sou. Il s'apaise un peu mais part en récrimination : je n'ai plus d'appartement, je n'ai plus un sou, que vais-je faire de ma vie, etc. Je ne suis pas d'humeur à m'engueuler avec lui alors je prends sur moi et on en reste là. Mais je n'oublierai pas qu'il s'est comporté comme un connard à un moment où je n'avais vraiment, mais alors vraiment pas besoin de ça.

Je vais aussi à la Caisse d'Épargne pour liquider mon LEP. Je retire de quoi survivre et combler mon découvert à la Société Générale.

Je marche longuement sur les berges du Rhône. Là, j'ai un long dialogue avec moi-même. Je fais l'inventaire de mes peurs, de mes espoirs, je me soumets à la volonté du ciel en priant pour qu'elle me soit favorable. Je me réjouis toute de même, reconnaissant, de ma vie incroyable qui, faute d'être toujours facile, est au moins passionnante. Plus dure ce monologue-prière intérieur, plus je me sens raffermi, renforcé, encouragé, aimé et porté.

C'est fort de cet élan que je retrouve ma princesse indienne. Je me sens revivre en sa présence. Ma lettre l'a bouleversée. Elle a pleuré. Elle a pleuré devant le flûtiste. Il s'en est trouvé très mal à l'aise. Il est resté totalement passif. J'ai gagné mon pari : c'est une lopette. Nous reparlons de la situation, elle m'avoue qu'elle commence à se poser des questions. Je continue évidemment de plaider notre cause mais j'évite soigneusement de ne parler que de cela. Elle me raconte sa thérapie et sa vie depuis trois mois. Je lui raconte les moments forts de mon voyage. Il faut que nous retrouvions la complicité détendue que nous partagions auparavant. Par conséquent, il faut évacuer la pression liée au choix que je lui demande de faire. Nous passons un bon moment, c'est smooth. Lorsque je la quitte, elle réaffirme que pour le moment elle reste avec lui, mais qu'elle ne peut faire abstraction de mon retour. Elle va réfléchir. Je lui demande quand je vais la revoir. Elle me dit de passer boire le thé le lendemain à midi, avant mon déménagement.

Le soir, je monte à la campagne, chez la mère de mon ami Chris. Nous passons la soirée avec nos potes et ceux de son petit frère. C'est un peu une famille d'adoption que, depuis l'âge de treize ans, j'ai là-bas. Tout ceci me redonne un peu de courage.

Samedi. Chris me dépose devant la porte de ma princesse. Je n'ai qu'une heure devant moi. Je la sens fléchir de plus en plus et je tente le tout pour le tout. Je sais que si je parviens à la toucher, j'ai gagné ! Je l'effleure. Elle se laisse faire. Je l'embrasse. Elle répond à mon baiser. Nous faisons l'amour et c'est merveilleux. Une nouvelle victoire contre le flûtiste ! À quatorze heures, je dois vraiment partir : j'ai une heure de retard à mon propre déménagement ! Elle me dit que c'était magique (sic), qu'elle a profondément aimé ce moment avec moi mais que pour autant elle n'a encore rien décidé. Je lui dis de prendre son temps, que je serai là pour elle quel que soit le temps qu'elle mette à me revenir. J'hésite à lui demander de ne rien dire au flûtiste : cela pourrait être la goutte d'eau qui le fera réagir. Mais je décide de faire confiance à la vie et ne dis rien : elle fera bien comme elle voudra. Elle me donne rendez-vous lundi.

Fred et la jeune fille aux yeux de miel me maudissent pour mon retard. Je leur présente mes excuses et leur explique que je n'avais pas vraiment le choix mais ils sont grognons. Nous passons la journée à évacuer mes meubles d'un côté et mes cartons de l'autre et tout le monde est énervé. Par mégarde, la jeune fille aux yeux de miel bazarde mes taies de coussin de Jaisalmer à la benne. Tout un symbole.

Le soir, je fais le point avec ma meilleure amie. Je suis loin d'avoir remporté la victoire : mon Indienne est têtue comme une Indienne (et elles le sont) ! Mais j'ai tout de même réussi à inverser la tendance : j'étais cocu, c'est à présent le flûtiste qui est cocu. Reste à savoir s'il le saura, et comment il réagira le cas échéant.

Dimanche, je cherche mon chat.

Lundi. La régie m'apprend qu'ils ont décidé de confier mon dossier à une société de recouvrement. Je dois attendre qu'ils me contactent et me démerder avec eux pour l'échelonnement. Je paierai tous les mois pendant sept ans mais c'est au moins une chose de réglée.

Je file ensuite chez ma princesse indienne. Nous passons encore deux belles heures à discuter. On s'embrasse un peu, mais nous n'allons pas plus loin cette fois. Elle m'explique qu'elle ne sait plus quoi faire, que son flûtiste ne bouge pas d'un poil et joue la carte de « fais ce qui te semble juste pour toi ». Elle a préféré l'épargner : il ignore que nous avons fait l'amour. Il ne le saura jamais (sauf s'il lit ce blog, il n'est jamais trop tard). Amen. De mon côté je continue de jouer la carte d'une détermination sans faille, et je le fais d'autant mieux que je le fais sincèrement. Finalement, elle me dit : « Téléphone-moi mercredi. Mercredi j'aurai pris une décision. Et quelle qu'elle soit, elle sera définitive et sans appel. Si je le choisis lui, je te demande de t'engager à renoncer. ». Je n'ai d'autre choix que d'accepter ce contrat.

Mardi. Le suspense est insoutenable mais je ne peux que prendre mon mal en patience. J'en profite pour essayer de recoller les morceaux dans ma tête. J'ai toute une vie à rebâtir. C'est ce que je voulais, repartir à zéro. J'ai du travail. Je recontacte Da Boostemp et nous convenons de reprendre les répétitions de Shoona Sassi aussi rapidement que possible. Mon ami, le peintre Ronald König, m'explique qu'il est en train de monter une friche artistique avec quelques autres créateurs. Le lieu est immense : une ancienne usine RVI. Il voudrait que je m'investisse dans ce projet. Je promets d'y songer et de bientôt visiter les lieux. Quelques perspectives s'ouvrent, il va bien falloir reprendre le taureau par les cornes. Demain, je saurai si je dois construire cette vie avec ou sans elle. Je continue également de chercher, vainement, le chat. Je le retrouverai finalement, en bonne santé, début janvier.

Mercredi. Je compose son numéro de téléphone en tremblant, mon cœur bat comme un tambour. « If I don't get her back, my whole life is fucked-up! ». Elle décroche. Il y a un sourire dans sa voix.

« J'ai pris ma décision. Je veux être avec toi. »

6 décembre 2016

The China Experience – 44/ The Longest Way Home Experience

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002

Expérience précédente : The Yangshuo Experience (pt. 3).
Décollage ici.

24 novembre 2002 – 27 novembre 2002, The Longest Way Home Experience, de Shenzhen (Guangdong) à Lyon (France) en passant par Hong-Kong (Hong-Kong), Frankfort (Allemagne) et Paris (France)

Quatre petits jours peuvent paraître dérisoires en comparaison des huit jours de la Long Way Home Experience, mais je vous jure que ça a été long ! Les treize heures d'avion, en particulier, m'ont semblé durer un an ! Et comme nous le verrons, je n'étais pas au bout de mes peines une fois arrivé à Francfort.

Iris vient me chercher à l'arrêt de bus et je pénètre chez elle dans un état de fatigue nerveuse qui dépasse l'imagination. Ses parents ont un grand appartement cosy avec trois domestiques, et je fais la connaissance d'Anaïs, la fille d'Iris. Je raconte ce qui vient de m'arriver à Iris, l'épouvantable Yangshuo Experience, le fait que je risque dans cette affaire de perdre la femme de ma vie. Je répète comme un mantra : « If I don't get her back, my whole life is fucked-up! ». Je le crois sincèrement et Iris fait preuve d'une compréhension sans bornes. Elle n'est absolument pas choquée par la conviction qui m'anime, toute cette histoire de karma et de réincarnation. Pendant vingt-quatre heures, elle me nourrit et m'écoute. Nous avons de profondes conversations sur le sens de nos existences respectives. Je suis dans un tel état que je ne fume même plus de clopes. Je me nourris avec peine mais la nourriture est si bonne que je me laisse amadouer. De toute manière c'est à peine si Iris ne me colle pas la bouffe de force dans la bouche. Elle m'envoie sous la douche, me prête des fringues et confie tout ce que j'ai sur le dos à la femme de ménage pour un lavage-séchage express. Elle est décidée à me remettre sur pied en vingt-quatre heures, au moins assez pour que je ressemble à quelque chose en retrouvant ma princesse indienne au retour. Iris est aussi une grande râleuse, qui peste inlassablement contre sa sœur, les domestiques, son mari, les Chinois en général. Ses récriminations, loin de me gonfler, me permettent au contraire de penser à autre chose. J'aperçois les parents et la sœur. Celle-ci passe en coup de vent, hyper bichonnée, avant d'aller à quelque soirée. Sa superficialité, son côté speed et mondain, exaspèrent Iris. Mon bref séjour à Shenzhen passe comme un tourbillon, j'en ai peu de souvenirs. Anaïs, petite fille timide et adorable qui m'invite à jouer avec elle. Un supermarché immense dans lequel Iris me traîne, où je contemple des kilomètres de rayons pour la plupart emplis d'aliments que je n'arrive absolument pas à identifier. Un bar chic où nous allons boire du thé. On se couche tard, je dors à peine. Le lendemain, Iris me dépose dans une rame de métro, qui doit me conduire à l'aéroport. Nous nous reverrons à plusieurs reprises, à Paris.

Le vol, disais-je, est un cauchemar interminable. Je ne supporte pas l'attente, je ne supporte pas de ne pas pouvoir m'attaquer tout de suite à mon problème. Je réalise que j'ai dormi quatre heures en trois jours, mais en dépit de cela, je ne parviens pas à fermer l'œil. De temps en temps, je vais m'enfermer dans les WC pour chialer, ça aide un peu. Je passe le reste du vol à élaborer un plan pour reconquérir mon indienne. Je construis ma stratégie par écrit, avec une précision mathématique assez saisissante, compte-tenu de la fatigue et du chaos qui règne dans ma tête. Je rédige un véritable mémoire, avec une structure argumentative, des parties, des sous-parties, des petits trucs à faire pour la faire craquer. Cela peut sembler calculateur, inhumain, incompatible avec la spontanéité que l'on voudrait prêter à l'amour. C'est juste une stratégie de survie. Compte-tenu des enjeux, je ne peux rien laisser au hasard dans cette affaire ! Et puis ma princesse est complètement paumée, en plein délire : nous avons une vie à vivre ensemble, je dois la sauver d'elle-même ! À ce stade, j'ignore tout de mon rival, je ne peux donc que miser sur mes points forts et ceux de notre relation. Je trouverai plus tard les éléments pour le miner. Je connais ma princesse, je sais qu'une fois devant elle, je lirai en elle comme dans un livre ouvert. Cette empathie me permettra d'ajuster ma stratégie à ses réactions en temps réel, et ce qu'elle me révèle ou non ses pensées. Lorsque j'ai tout écris, j'apprends mon plan par cœur. J'écris aussi que je suis épuisé de mener une vie aussi hystérique, que je ne peux pas continuer à vivre dans l'extrême comme ça, que j'ai besoin de me poser, d'avoir la paix !

Je parviens à Francfort : plus que quatre heures. Deux heures d'attente, une heure d'avion jusqu'à Lyon, une demi-heure de trajet, et je serai en mesure de passer à l'action. Il est convenu qu'on s'explique dès mon arrivée. Elle m'a au moins accordé ça. Je prends conscience que je suis en Europe. Cette pensée me fait tout bizarre.

Horreur ! Le vol pour Lyon est annulé ! Il y a grève des aéroports. Ces enculés de Lufthansa m'expliquent qu'ils peuvent me payer une chambre d'hôtel jusqu'à-ce que le trafic reprenne et que cela peut prendre des jours, mais que si je décide de prendre le train, ils ne paieront pas le billet. Comment rester dans cette attente ? J'appelle mon meilleur ami qui devait venir me chercher à l'aéroport et lui dis de laisser tomber. J'appelle ma princesse indienne et nous convenons que je la rappelle le lendemain matin, dès que je saurais à quelle heure nous pouvons nous voir. Elle est d'une froideur encore plus insupportable que l'autre jour. Je fonce à la gare et saute dans un train pour Paris (Dieu merci, il y en a un tout de suite !). Là, je parle avec un Black pendant dix minutes et je m'endors comme une pierre sur ma couchette. Dormir, enfin !

J'arrive à Paris vers huit heures du matin. Je suis un peu reposé mais comme en état de choc. J'écris que mon âme est tuméfiée. Lorsque j'essaie de prendre un billet de train pour Lyon, la machine refuse ma carte bleue : il me restait juste de quoi payer mon billet Francfort-Paris. Qu'ils aillent au diable ! Je n'ai jamais fraudé dans le train de ma vie mais je n'ai guère le choix. Je rappelle ma princesse. Ce n'est plus de la froideur cette voix, c'est la banquise. Ça ne lui coûterait pourtant rien d'être aimable, ce serait même la moindre des choses ! J'ai envie de la gifler pour son attitude glaciale ! J'appelle aussi ma meilleure amie pour lui demander de venir me chercher à la gare. Je suis à ce point abattu que je ne me sens même plus la force d'aller seul jusque chez elle. Dans le train, le contrôleur me met une prune. Ma carte d'identité indique mon ancienne adresse. Je ne recevrai jamais l'amende, je l'attends toujours. Je passe les deux heures de trajet à ressasser mon plan de reconquête. Mon cerveau tourne en circuit fermé, en boucles infernales, ça ne peut plus durer, il faut que j'agisse.

Dans la station de métro de la gare Lyon Perrache, une femme s'approche de moi, avec un bébé dans les bras. Ma meilleure amie. Son regard bienveillant est la meilleure chose qui me soit arrivée depuis une semaine. Et ce bébé, qui me contemple un peu étonné. Mon filleul, que j'ai tant attendu, à peine eu le temps de connaître avant de partir. Mon amie sait, bien-sûr, dans quel calvaire je suis embarqué. Enfin une bouée de sauvetage, quelqu'un de proche à qui parler ! Je les serre longuement dans mes bras, et nous allons chez elle. Dans moins d'une heure, j'ai rendez-vous avec ma princesse.


21 novembre 2016

Quelques photos d'Inde : Agra

Photos prises par Aurélia lors de notre voyage à Agra, juin 2015.











































20 novembre 2016

The China Experience – 43/ The Yangshuo Experience (Pt. 3)

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002

Expérience précédente : The Yangshuo Experience (Pt. 2).
Décollage ici.


18 novembre 2002 – 24 novembre 2002 : The Yangshuo Experience, Yuangshuo (Guangxi)

Cinquième jour. Au matin, je n'y tiens plus. Je téléphone à ma princesse. Je dois savoir de quoi il retourne. Elle décroche et me réponds d'une voix glaciale, très mal à l'aise. Cette froideur, Seigneur ! Il y a des filles qui, lorsqu'elles vous annoncent qu'elles vous quittent, essaient au moins d'être bienveillantes, de prendre des gants pour vous blesser le moins possible. Qui vous signifient au moins que vous avez compté et qu'elles se font quand même un peu de souci pour vous. Là, rien. Elle est brièvement estomaquée lorsque je lui parle du rêve parce que oui, elle m'a bel et bien quitté pour un autre. Je ne suis donc pas fou à lier. Elle se reprend vite, m'assène qu'elle n'est absolument plus amoureuse de moi et très amoureuse de l'autre, qu'elle l'a en effet rencontré très récemment, que sa décision est définitive et irréversible, que je dois l'accepter et que ça n'est pas si grave en fait. Sa voix est cassante, limite méprisante ! Je crois halluciner, ou peut-être parler à une autre femme. Mais non, c'est bien elle. Je ne sais plus trop ce que je lui dis, ce qu'elle me dit, mais nous parlons une heure durant (ce qui entame dangereusement mes dernières économies). Je sais simplement qu'à un moment je lui dis d'un ton très assuré : « Non. Tu ne peux pas faire ça. Tu es en plein délire parce que c'est moi que tu aimes. Je vais rentrer, nous allons discuter et tu vas le quitter. Je suis l'homme de ta vie, tu es la femme de ma vie, tu m'aimes encore, et nous n'avons pas le choix ». Ce n'est pas l'ordre d'un homme possessif : c'est un constat que je fais de l'avenir, une évidence. Elle m'affirme que je suis en plein délire et comme j'insiste, elle campe d'autant plus fermement sur ses positions. Pourtant, je décèle un tremblement dans sa voix. Elle n'est peut-être pas si indifférente qu'elle veut me le laisser croire. Elle se protège. Peut-être. Et elle ose me dire qu'elle est désolée. Ils sont tous désolés, tout le temps. Si elle était vraiment désolée, elle aurait pris sur elle et elle ne l'aurait pas fait.

Résultat des courses : je suis complètement dévasté pour le reste de la journée. Il ne reste rien de la détermination à la récupérer dont j'ai fait preuve au téléphone. Je l'ai perdue, elle m'a filé entre les doigts, définitivement. La douleur se fait implacable. Mon esprit retourne le problème dans tous les sens, je me torture des heures durant. Je voudrais ne pas savoir. Je voudrais que cela ne soit pas. Je voudrais crever. N'importe quoi pourvu que la douleur cesse. Je rêve de m'exiler à jamais dans le désert du Thar, ou du moins de tout plaquer et de vivre à Lijiang. Le flûtiste fou continue de me persécuter. S'il me restait davantage d'argent, je donnerais cent yuans à ce fils de pute pour qu'il aille jouer ailleurs !

Je commence à picoler scandaleusement tôt. J'atterris encore au Happy Star Café. Fou de dépit, prêt à sombrer dans les pires excès et déjà passablement ivre, je branche ouvertement Sunny. Elle me remet gentiment à ma place et je me sens minable de m'être rabaissé au niveau de ces innombrables Occidentaux qui viennent ici sauter de la Chinoise naïve et impressionnable. Un groupe d'une dizaine de touristes débarque, m'absorbe tout naturellement en son sein. Il y a parmi eux une ambiance bizarre. Ce sont pour la plupart des trentenaires. Il y a un Black dont j'ai oublié le nom et un Américain nommé Scott, qui sont vraiment cool. Je leur explique mon drame, ils tentent comme ils peuvent de me remonter le moral. Scott me répète, et va même jusqu'à écrire sur mon cahier : « DO NOT WORRY ABOUT WHAT YOU CAN NOT CONTROL! ». Il a raison : il n'y a rien à faire, en tout cas pas avant d'être en France, alors je devrais me détendre, mais j'en suis franchement incapable ! Je leur expose longuement ma théorie sur les Tabukis, mon sentiment d'être seul au monde, de chercher désespérément mes semblables. Toute cette histoire de Tabukis pourrait prêter à rire, mais ils prennent mes propos très au sérieux. Ils savent qu'ils ont affaire à un homme au bord du gouffre, et se montrent plein de compassion à mon égard.

La plupart des autres membres du groupe sont glauques. Sans raison apparente hormis le fait que la bière coule à flots et que nous sommes tous ivres morts, deux d'entre eux me prennent en grippe. D'abord une jeune Chinoise, qui sort avec un des mecs. Elle décrète que je la trouve irrésistible et ne cesse de venir vers moi en me disant « Je sais que tu veux me baiser, mais je ne t'aime pas ! Je ne coucherai pas avec toi, je ne coucherai jamais avec toi ! ». Elle me répète ça inlassablement comme si je lui avais fait la moindre avance, ce qui n'est pas le cas. Elle est assez jolie à vrai dire, mais il se dégage d'elle quelque chose de tellement morbide qu'il ne me serait vraiment pas venu à l'idée de coucher avec elle, quand bien même elle m'y eut invité ! Bêtement, je rentre dans son jeu, je lui répète à mon tour qu'elle ne me plaît pas, que même si elle me suppliait à genoux je ne coucherais pas avec elle. Elle insiste « Si : tu coucherais avec moi. Je n'aurais qu'un mot à dire. Mais je ne le ferai jamais, jamais ! ». Je m'efforce de prendre cette joute verbale comme un jeu mais rien n'y fait et le ton monte. Le Black me pose la main sur l'épaule et me dit avec une sincère gentillesse : « Tu sais, elle est un peu conne ce soir, mais c'est notre amie, alors tu devrais arrêter de rentrer dans son jeu. Parce que si ça continue on va être obligés de prendre parti, et on sera obligé de prendre parti pour elle, donc de te demander de partir. » Ce n'est pas une menace, juste un constat bienveillant. Je suis sec, mais assez lucide pour comprendre. Je ne réagis plus aux provocations de la fille et elle passe rapidement à autre chose. Après cela c'est au tour d'un type d'une cinquantaine d'année de s'en prendre à moi : une espèce de vieux poivrot, probablement prof d'anglais comme tout le monde à cette table. Il est vrai que je n'ai guère payé que quelques bières au départ, mais j'ai expliqué à Scott et au Black qu'il me restait juste de quoi survivre jusqu'à l'avion et tout le monde était content. Alors qu'il ne m'a pas dit un mot de la soirée, le vieux m'invective d'un coup. Il m'accuse de boire leurs bières sans rien apporter à la soirée en contrepartie, de profiter. Là, je sors de mes gonds, et le lui crie dessus de ne pas me faire la morale. Le vieux, voyant qu'il a dépassé les bornes, n'insiste pas. Là-dessus, Scott me dis gentiment : « Tu n'es pas Tabuki. Tu viens de hurler sur quelqu'un. » Comme je reste stupéfait, il continue : « je ne t'accuse de rien. Je sais que tu essaies d'être Tabuki, que tu y travailles dur et c'est tout à ton honneur. Mais tu n'es pas encore Tabuki, parce qu'un Tabuki n'aurait pas crié sur ce type, peu importe la provocation ». Je ne peux que m'incliner, lui dire qu'il a raison et le remercier de me l'avoir fait remarquer. J'ai beau avoir atteint les bas-fonds du pathétique, je suis encore capable de faire preuve d'honnêteté intellectuelle. Peu après, le bar ferme et tout le monde s'en va. Scott me fourre un billet de cent yuan dans les mains (environ quinze euros). Comme je proteste il me dit : « Écoute, tu n'as presque plus d'argent et tu t'es ruiné pour téléphoner à ta copine, alors prends ça. Moi je gagne bien ma vie avec mon boulot de prof, j'en n'ai pas besoin de ces cent yuans. Toi tu en auras peut-être besoin alors prends-les sans discuter. » Face à tant d'autorité, je m'incline et dis adieu à Scott le sage. Ses cent yuans me seront utiles, comme nous le verrons.

Je me réfugie dans une ruelle isolée. À l'abri des regards, je reste longtemps là à pleurer. J'atterris dans mon lit à six heures du matin et mets longtemps à m'endormir. C'est insupportable d'être dans ce dortoir sombre, entouré de dormeurs, sans pouvoir ni lire ni écrire ni rien faire d'autre qu'attendre le sommeil. Lorsque je parviens enfin à sombrer dans les bras de Morphée, certains déjà se lèvent. Je dors une heure, peut-être deux.

Sixième et dernier jour. Mon réveil est épouvantable et la journée qui suit tout autant. Je traîne ma nausée et ma douleur, j’erre en ville comme un damné. Je n'ai jamais eu aussi mal. Je suis une plaie béante. Je n'imaginais pas, à vrai dire, qu'il fut possible de souffrir à ce point. La rouquine, la jeune fille aux yeux de miel : tout ça était de la pacotille en comparaison.

En parlant de la jeune fille aux yeux de miel, je note qu'à chaque fois que je pars en voyage il faut qu'une meuf vienne me casser mon plane au moment où tout va bien !

Je téléphone à Iris. Je lui dis que je ne vais pas très bien et que je lui expliquerai, lui demande si je peux débarquer le lendemain. Dieu soit loué, elle s'en réjouit et me dis que je suis le bienvenu.

Je me demande que faire des cent yuans de Scott et conçois l'idée d'acheter quelque chose à ma princesse. Un cadeau d'adieu. Un cadeau de reconquête peut-être. Je flashe sur deux petites statuettes : un dragon et un phénix, en pierre blanche. La vendeuse m'explique que l'union de ces deux créatures mythiques symbolise celle de l'homme et de la femme dans ce qu'elle a de plus pur. Ça tombe bien ! J'offrirai les deux à ma princesse.

Je vais aussi dire au revoir à Sunny, et surtout m'excuser d'avoir été lourd la veille. Elle me dit que ce n'est pas grave et me donne son email, mais elle ne répondra jamais au message que je lui enverrai plus tard.

En milieu de soirée, un bus m'arrache à Yangshuo. Je ne me sens pas un poil mieux, mais je suis soulagé de quitter cet endroit où j'ai traversé l'enfer.

Le trajet dure toute la nuit et malgré ma couchette, je ne parviens pas à fermer l'œil. Je m'occupe en écoutant les cassettes de Da Boostemp, que je connais par cœur. Les douze heures de voyage sont un véritable enfer. Je suis en plein délire : j'ai des sortes de flashes relatifs à ma princesse indienne. Des images de vies antérieures. Des images de nous deux autrefois. Des images de l'avenir, de nous deux dans l'avenir. Je ne sais si je suis en train de de devenir medium ou fou. Je commence, toutefois, à entrevoir une lueur d'espoir. Et cette lueur d'espoir, c'est mon intelligence. Je me mets alors, pas à pas, à élaborer un plan.

Ah oui, j'oubliais ! Ce trou du cul, avec lequel mon Indienne s'est tirée. Je l'apprendrai à mon retour : c'est un musicien. Un flûtiste !


Prochaine expérience : The Longest Way Home Experience.

19 novembre 2016

The China Experience – 42/ The Yangshuo Experience (Pt. 2)

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002

Expérience précédente : The Yangshuo Experience (Pt. 1).
Décollage ici.


18 novembre 2002 – 24 novembre 2002 : The Yangshuo Experience, Yuangshuo (Guangxi)

Troisième journée à Yangshuo. Je me réveille et je ne me souviens pas. Puis ça surgit dans mon esprit. J'ai fait un mauvais rêve, rien n'est arrivé. Puis si. La douleur revient aussi sec, toujours aussi physique. J'essaie de nier, tente de me rendormir mais il n'y a rien à faire. Je ne peux pas nier. Je ne peux pas modifier le réel. Je ne peux pas fuir. Je me lève et affronte mon visage livide dans le miroir.

Histoire d'en ajouter une couche, le ciel est gris, il pleut et il fait même un peu froid ! Troidoublevé.deprime.cn. J'aurais pourtant bien besoin de soleil. Je songe peu à peu aux conséquences pratiques. L'une d'entre elle me rend fou de rage. J'avais trouvé un pur plan taf alimentaire : en gros c'était de la prise de rendez-vous pour une banque, sauf que l'ordinateur composait les numéros, que les gens répondaient genre une fois toutes les quinze minutes (pour des entretiens d'une minute en moyenne). Le reste du temps, nous étions autorisés à lire, et je m'enfilais environ un roman par jour, en raison de six heures de travail quotidien. Les horaires étaient cool et de surcroît souples : comme j'étais payé à l'heure et non au mois, je pouvais ne pas y aller les jours de répétitions, dès-lors que j'annonçais mes absences une semaine à l'avance. Bref, j'avais pour projet de reprendre ce job à mon retour. Mais j'ai refilé le plan à ma princesse indienne qui, elle-même artiste à la dèche, avait besoin d'un job alimentaire. Il est évidemment impensable que je travaille tous les jours avec elle, sachant qu'elle va ensuite baiser avec un fils de pute ! La dignité, la décence voudrait qu'elle quitte le job dès mon retour, pour me laisser la place. C'est ce que je ferais à sa place. Mais au vu de l'égoïsme, de l'absence totale de scrupule dont elle fait preuve (si elle voulait me quitter sans rien me dire pour ne pas me laisser seul dans ma détresse à l'autre bout du monde, la décence eut voulu qu'elle me mente habilement jusqu'au bout, plutôt que de me laisser dans un silence qui révélait tout !), je songe que la garce refusera de lâcher un aussi bon plan et tant pis pour ma gueule si je suis dans la merde ! Je ne veux plus jamais la voir ni entendre parler d'elle, je la qualifie de divers noms d'oiseaux mais au bout du compte, je sais qu'elle va me manquer. Je peux bien être en colère autant que je veux, ma tendresse pour elle est plus forte...

Comment a-t-elle pu me faire ça ? Comment une femme peut-elle affirmer vouloir se marier et fonder une famille avec un homme et deux semaines plus tard se jeter dans les bras du premier venu ? Comment ? Tromper sur un dérapage, passer une nuit avec quelqu'un parce que l'attirance est la plus forte et se ressaisir le lendemain, je peux le comprendre. Mais me quitter ! Après tout ce qui a été dit ! Les êtres humains sont-ils à ce point, pourris, faibles, menteurs, lâches ? Il y a quelque chose de très révélateur, au fond, dans la manière dont cette histoire personnelle me renvoie à un rapport plus large avec l'humanité tout entière...

Je parviens pourtant à trouver, Dieu sait où, la force d'aller un peu mieux. Je passe la soirée au Happy Star Café. Je parle longtemps avec Sunny et plus la bière me monte à la tête, plus je la trouve ravissante. Je ne tente rien, mais Sunny n'est pas idiote et elle finit, spontanément, par me dire qu'elle me trouve charmant et que c'est bien dommage que je parte dans trois jours... Traduction : elle n'est pas une fille facile et, si elle est ouverte à l'idée d'une histoire d'amour, elle ne couche pas avec les touristes de passage. Après ça je retrouve Johnson et ses amis et, je ne sais comment, nous avons une interminable conversation à propos de la patience. Je bois jusqu'à n'en plus pouvoir et me réfugie dans un sommeil libérateur.

Quatrième jour à Yangshuo. Au réveil, même cérémonie que la veille : j'ai oublié, je me rappelle, l'effroi m'envahit...

À peine me suis-je assis en terrasse que le flûtiste revient me harceler avec sa musique de merde (le but du procédé étant de vendre ses flûtes pourries aux touristes). Je ne mesure toujours pas le gag a répétition dont je suis l'objet, ni l'ironie morbide de la coïncidence. En toute candeur, je note : « Putain, ce joueur de flûte me tape sur les nerfs ! Je le HAIS ! ». Je me traîne toute la journée une envie de vomir abominable, qui n'a absolument rien à voir avec ma gueule de bois. C'est juste un dégoût sans borne qui s'est emparé de moi, un besoin de gerber la douleur hors de moi !

La veille, j'ai promis à Johnson de contribuer à l'un de ses cours d'anglais. C'est une séance de perfectionnement, avec des élèves confirmés. Le but est essentiellement de les faire pratiquer dans le contexte de conversations authentiques. Les étudiants sont tous plus adorables les uns que les autres. Une heure durant, je mets un peu mes problèmes de côté et passe un relatif bon moment. Mais dès la fin du cours le malaise revient au grand galop.

Contrairement aux deux premiers jours, la douleur ne s'atténue pas au fur et à mesure que la journée passe, mais au contraire empire. Alors je décide qu'il n'y a que la bière pour me soulager un peu, ce qui d'ailleurs n'est pas faux. Je reprends mon rituel alcoolisé dès l'heure de l'apéro, passe ensuite la soirée à picoler Dieu sait où avec Dieu sait qui en parlant de Dieu sait quoi (je n'en conserve ni souvenirs ni notes). Sur le chemin du retour, une vieille femme me hèle et me demande si je veux un massage, pour cinquante yuans. Compte-tenu de l'heure je me doute bien de la teneur du « massage » en question. Je suis tellement amer, tellement écœuré de tout, que j'hésite une seconde à accepter. Puis je me souviens que je ne fais pas ces choses-là, alors je trace mon chemin.


Prochaine expérience : The Yanghuo Experience (Pt. 3).

16 novembre 2016

The China Experience – 41/ The Yangshuo Experience (Pt. 1)

Premier voyage en Chine, septembre-novembre 2002

Expérience précédente : The Guilin Experience.
Dacollage ici.


18 novembre 2002 – 24 novembre 2002 : The Yangshuo Experience, Yuangshuo (Guangxi)

Et c'est là... que le cauchemar... commence...

Je parviens à Yangshuo complètement épuisé en fin de matinée. Je me trouve une place dans un dortoir d'une demi-douzaine de lits, rempli à ras bords de touristes.

Yangshuo me fait peu ou prou la même impression que Dali : le Lonely Planet dit que c'est un endroit fabuleux, plusieurs voyageurs m'en ont fait les louanges, mais après Lijiang c'est complètement quelconque et sans âme.

Il est temps de mettre les points sur les i. J'adresse à ma princesse un email où je lui fais part de mes inquiétudes et de mon intuition. Je lui demande de me dire de quoi il retourne, de me rassurer ou de m'annoncer une mauvaise nouvelle, mais de ne pas me laisser dans cette incertitude pesante.

J'enchaîne les terrasses et bois des litres de cafés, me sentant somme toute plutôt bien en dépit du bordel qui s'annonce. Dans une semaine à l'heure qu'il est, je serai dans l'avion. C'est très curieux cette idée de retour. J'ai l'impression d'être parti depuis des années. Je me sens si loin de ma vie là-bas... Déjà que j'étais paumé en revenant de deux mois en Inde, ça risque d'être encore pire cette fois-ci ! À la fois, j'ai des tas de projets sur le feu, sans parler de ces problèmes d'appartement à régler dès mon retour ! Histoire de me motiver, je consigne de nouvelles idées : je voudrais bien que Da Boostemp compose un instru electro-bossanova, histoire d'ajouter un titre un peu smooth à notre répertoire. Et puis je repense à la proposition de mon ami Martin Rodde : une performance lecture-duel de L'échelle des anges de Jodorowsky, accompagnée d'un match de catch et d'improvisation musicales. Cette acte de démence, que Martin nomme Martin & ses Antécédants Vs. Madcap & ses Newedenfreaks, aura finalement lieu au ]Kraspek Myzik[ en 2006. Je ne me sens pas encore tout à fait prêt pour cela, mais je me demande ce que donnerait un duo entre nous, étant donné que marier son univers chanson à mon univers electro est à peu près aussi incongru que de prendre Reno Bistan comme guitariste (cf. mon rêve quelques semaines plus tôt). Et à la fois, il y a un point commun entre son travail et le mien : une démesure, une folie douce qui nous caractérise tous deux !

Je bois mon énième café au milieu d'un capharnaüm : U2 d'un côté, une compile Café del Mar de l'autre, et « un connard qui parcourt la rue en jouant de la flûte au milieu ». Cette petite phrase anodine à propos d'un flûtiste chinois prend la couleur d'une ironie douce-amère lorsque l'on sait ce qui va se passer ensuite.

Je continue d'arpenter le quartier piéton bondé de backpackers. On m'aborde pour me louer un vélo, me vendre de l'herbe, me faire un massage (et une pipe avec, sans doute), me montrer des cadeaux-souvenirs, me faire faire une randonnée dans les campagnes alentours et j'en passe... Le coin n'est pas désagréable mais tous ces marchands de tapis me tapent sur le système. Je me demande par quel miracle Lijiang, pourtant très touristique, échappe à ce phénomène.

Installé à une autre terrasse, celle du Happy Star Café, je continue de me shooter à la caféine. Là, je formule pour la première fois l'idée de vivre quelque temps en Asie, d'y donner des cours d'anglais ou de français pour vivre si ma création littéraire ne me le permet pas. Cette idée ne m'abandonnera plus jamais. Je songe aussi que la fille aux yeux de miel m'a quitté parce que je n'étais pas assez léger ni assez indépendant et la rouquine parce que j'étais trop léger et trop indépendant. Je me demande où est la logique dans tout ça... Je me demande aussi pourquoi je suis en train de perdre ma princesse indienne... Je voudrais en tout cas saupoudrer un peu de modération sur ce plat épicé qu'est devenue ma vie. Mais cela est difficilement conciliable avec mon métier d'artiste. L'art ne peut être que sauvage, déchaîné. L'art se doit d'explorer les extrêmes. Mon défi, dans les années à venir, sera de continuer à le faire dans mon travail, tout en cessant de le faire dans ma vie.

Le flûtiste chinois continue de déambuler dans le quartier, comme décidé à me poursuivre d'un bar à l'autre. J'écris cette seconde phrase prophétique, qui me fait hurler de rire avec le recul : « Dieu sait que j'aimerais flinguer ce putain de flûtiste qui vient me casser les couilles toutes les vingt minutes ! ». Si j'avais su...

En lieu et place de tuer le flûtiste, j'entame une conversation avec Sunny, la serveuse du café. Elle a à peu près mon âge. Elle porte un léger blouson de cuir qui lui donne un air un peu rebelle. Pourtant, de rebelle, elle n'a rien. Un peu timide, douce comme une plume, souriante... Elle est belle comme un cœur, je la kiffe mais je ne suis ni célibataire ni libre de rester ici.

Et puis je vais m'écrouler dans mon dortoir et je pionce douze ou treize heures. Dans un rêve, ma princesse indienne m'annonce qu'elle m'a quitté pour un autre. C'est un rêve qui n'a rien de surréaliste, c'est trop criant de vérité pour être ignoré.

Deuxième journée à Yangshuo. Je me réveille aussi minable que si le rêve avait été réel, et rien ne parvient à me libérer de la sensation qu'il l'est. Au cyber-café, néant, pas un mot de ma princesse. Alors d'un coup c'est comme un grand coup de poing dans ma gueule. Le rêve était réel. Je connais ma princesse, elle n'est pas du genre à quitter un homme tout court. C'est comme un hurlement dans les bas-fonds de mon subconscient : « arrête de te raconter des histoires, le rêve était réel ». Il est seize heures vingt-huit. Ma princesse indienne m'a quitté pour un autre. Je n'arrive pas à y croire, moins encore à comprendre comment je puis en être si certain, mais je le suis. J'ignore ce qui se passe alors dans mon organisme, quelle hormone toxique mon cerveau lui ordonne soudainement de secréter mais mon corps est envahi d'une souffrance physique assez indescriptible. Elle m'a quitté pour un autre. C'est bien pire que tout court. Alors je m'écroule intérieurement, anéanti. Ce sentiment dépasse tout ce que je pouvais imaginer lorsque j'évoquais l'idée de la perdre. Tout ce que j'ai pu ressentir les autres fois, avec les autres filles. Ravagé, dévasté, écorché, brûlé vif au napalm.

Comme je reste sans voix devant mon cahier, à relire cette phrase abominable que j'ai écrite dix fois au moins, mon esprit se met à divaguer, irrationnel. Comment croire en quoi que ce soit, en qui que ce soit, comment avoir confiance en l'être humain après cela ? Ce n'est pas comme si notre histoire n'avait été qu'une histoire. Il y a encore trois semaines elle voulait faire sa vie avec moi, me demandait en mariage, exigeait des fiançailles dès mon retour, parlait de porter mes enfants, d'un karma qui nous aurait réunis après que la mort nous ait séparée dans une vie antérieure ! Et puis finalement elle me quitte pour n'importe quel type qu'elle vient de rencontrer ! Je sais même pas qui c'est, ce connard de merde ! Est-ce Seb, le vendeur de chemises ? Non ! Elle ne me quitterait pas pour un putain de vendeur de chemises !

Jamais, en vingt-six ans, je n'avais parlé mariage ni enfants avec aucune fille, peu importe à quel point j'avais pu être amoureux. Jamais je ne m'étais engagé de la sorte et voilà le résultat. Autant de promesses foulée du pied, vas-y que je pisse dessus et m'en vais baiser ailleurs ! Je voudrais pleurer mais je n'y parviens même pas, je suis trop estomaqué ! Les gens n'ont-ils donc aucuns principes, aucune parole, rien qui permette de se fier à eux d'aucune manière ? Je me sens d'un coup seul au monde. Je ne suis pas parfait, mais je m'efforce de faire ce que je dis et de dire ce que je fais. Je voudrais quitter cet asile de fous. Je me sens seul au monde parce que je viens de subir la trahison la plus éhontée de ma vie d'adulte. Mais il y a pire. Je suis seul à Yangshuo. Je suis seul en Chine. Je ne peux pas écumer les terrasses avec mes amis les plus proches pour me réconforter et tenter d'y voir clair. Je suis seul à l'autre bout du putain de monde et j'ai encore une semaine à tirer ! J'ai envie de hurler mais je ne peux pas déballer le pire drame de tous les temps à des inconnus, encore moins leur pleurer dans les bras !

Bref, je suis dans la merde.

Le temps de reprendre un peu mes esprits, j'écris un long mail à ma princesse pour lui faire part de mes sentiments, de mes peurs, de mon engagement. Je ne peux rien faire de plus. Je ne peux pas lui dire que je sais au risque de passer pour fou, juste lui parler du rêve mais seulement comme d'un rêve. Mais je perds mon temps. Je ne peux pas l'atteindre. Je suis tellement épuisé déjà. Je ne crois pas parvenir à la récupérer. Je dois accepter, me faire à l'idée, admettre que tout est foutu. Je me reprends un peu, me dis que je survivrai. J'ai perdu ma princesse indienne. Cette phrase a des sonorités insupportables. Mais je survivrai. Je me jure de ne pas me morfondre pendant des mois. Je me jure de surmonter ça. Je me jure d'être fort, et sage, et... J'élabore tout un tas de théories qui puissent donner un sens au fait de rencontrer l'âme-sœur et de la perdre aussi vite. Je trouve quelques possibles explications. Je me sens un peu mieux quelques instants. Je m'efforce de tenir les promesses que je me suis faites l'autre soir, chez M. Ma. Je me souviens des enseignements d'Ayn Rand et d'Arnaud Desjardins. Faire avec ce qui est. Accepter le réel pour ce qu'il est...

Oh, et puis à quoi bon ? Le réel, c'est que je souffre atrocement. Il sera temps de guérir plus tard. Pour le moment la seule chose qu'il faut accepter, si l'on veut être réaliste, c'est que je souffre atrocement. Le voilà, le réel.

Alors, comme je ne peux pas boire de thé en pleurant dans les bras de mes amis, je bois de la bière avec des inconnus, jusqu'à être assez défoncé pour pleurer et dormir. Je me lie d'amitié avec un jeune Chinois, Johnson, qui enseigne l'anglais. Je passe la soirée avec lui et ses amis. J'essaie de ne pas parler trop de mon problème, quoi que me trouvant incapable de le leur dissimuler. Ils comprennent et s'efforcent avec une relative efficacité de me changer les idées. Nous rions, même. Après leur départ, je m'attarde dans le bar parce que les serveuses ont mis un manga sous-titré en anglais. Je passerai trois ans à chercher à retrouver ce dessin animé, qui sortira finalement sur les écrans français en 2005 : il s'agit de Pompoko. Mais dans le sous-titrage de cette version-ci, les Tanukis sont – allez savoir pourquoi – appelés Tabukis. Je prends l'histoire en route et me laisse complètement happer. À la fin du film, les Tabukis sont contraints de se déguiser en humains, de vivre cachés parmi nous. Un Tabuki soudain en reconnaît un autre dans une ruelle nocturne, reprend son apparence animale, s'en va célébrer ses retrouvailles avec un petit groupe de ses semblables. Dans l'ivresse, cette scène m'émeut en profondeur, me renvoie à la solitude existentielle que je ressens au milieu de la cruauté de mes semblables. Où sont mes semblables ? Où sont cachés les autres Tabukis ? Je sanglote, aussi discrètement que possible.

En quittant le bar qui ferme, je me prends les pieds dans une marche et m'éclate au sol, la tête la première. Je m'explose l'arcade sourcilière gauche. Une semaine avant le départ brutal de la rouquine, je chutai et m'explosai l'arcade sourcilière droite. Une boucle se boucle. Tout le long du trajet vers l'hôtel, seul dans les ruelles désertes, je pleure comme une madeleine en songeant que ma princesse n'est pas une Tabuki et que j'ai tout perdu...

Je nage en plein mélo mais se faire plaquer par une princesse indienne, c'est très Bollywood au fond...


Prochaine expérience : The Yanghuo Experience (Pt. 2).
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