22 septembre 2013

Les habitués

Il est assez rare que je trouve de la poésie qui soit « à mon goût ». Pour commencer je suis relativement allergique aux rimes et aux pieds, qui n'ont souvent d'autre effet que de « plomber » un texte, de l'enfermer dans un carcan qui bride la créativité de son auteur. Il faut un talent monstrueux pour parvenir à faire de la bonne poésie en vers et en pieds.

Ensuite, et quelle que soit la forme (classique ou libre), on tombe généralement sur deux types d'infamies très répandues :

1/ Les poèmes « fleur bleue », qui font preuve de la niaiserie la plus impudique et qui ont fait vœu d'abstinence envers toute recherche formelle. Vous savez, tous ces poèmes sur l'amitié, la famille, la nostalgie, les droits de l'homme, les pauvres jeunes des cités victimes du racisme et autres sujets qui « parlent au cœur ». Ce qui me choque dans ces textes n'est pas qu'ils soient mauvais, parce qu'après tout on peut tous se planter et chier une merde (moi le premier), c'est que leurs auteurs ne se donnent même pas la peine d'essayer. Ils pourraient, je sais pas, se livrer à des expérimentations foireuses, s'essayer à de nouveaux rythmes, épuiser leur dictionnaire de synonymes, s'amuser à trasher leurs textes pour voir ce que ça donne (j'ai sauvé nombre de mauvais poèmes comme ça, en trashant mon premier jet). Mais non, ils pensent qu'il suffit de dire « les dictateurs sont cruels / la souffrance des peuples est amère / quand donc se lèvera-t-elle / la voix qui mettra fin à cette galère » ou « mon enfant, je t'aime parce que tu es si douce / les éclats de ton rire me portent chaque jour » pour faire acte de poésie. Et le plus effroyable est que la foule applaudit des deux mains : ces textes sont récompensés de commentaires plus enthousiastes les uns que les autres ! Sans doute, ils doivent leur succès aux faits qu'il est facile de s'identifier, que la compréhension du texte est immédiate, qu'il n'y a qu'un niveau de lecture possible...
Mon verdict sera sans appel : fuck you, poètes du dimanche ! Bougez-vous le cul ! Arrêtez de vous complaire dans la facilité, expérimentez un peu, osez l'impertinence, merde ! Sans quoi, insidieusement, vous contribuez aussi au système qui veut que Grand Corps Malade vende des millions de ses disques accablants et que Claire Diterzi, poétesse ébouriffante, reste ignorée du grand public.

Entre les jolis cœurs et les casse-culs...
2/ Les poèmes « maudits » qui se livrent aux masturbations intellectuelles les plus illisibles, par exemple le mec qui vous explique qu'il aime bien se trancher les veines dans sa baignoire plusieurs fois par jour en pleurant sur la cruauté de son ex, cette salope qui l'a plaqué pour un hipster, sans réaliser qu'elle l'a plaqué précisément parce qu'il se tranchait les veines dans sa baignoire plusieurs fois par jour. Ici, la forme est généralement un peu plus soignée (un tout petit peu) mais ces textes se limitent au fond à prendre cent grammes de Baudelaire, une pincée de Lautréamont, une cuillère à soupe d'Artaud, un zeste de Bataille et à mélanger le tout. Les mots « douleur » et « tristesse » sont employés à tout bout de champ, avec une volonté manifeste de pondre des vers aussi tortueux et indigestes que possible.
Mon verdict ? Allez chercher ailleurs, vers une souffrance un peu plus authentique peut-être, et aussi un peu plus contemporaine parce que, contrairement à un Andy Vérol, vous n'êtes ni crédibles ni en phase avec les angoisses métaphysiques du moment. Et en plus vous êtes chiants.

Bref, en fait ce n'est pas du tout de ça que je voulais vous parler. Je voulais vous parler des autres : les perles rares que je rencontre parfois au fil de la toile. Parce que de temps en temps, trop rarement, je lis un texte qui me chauffe à mort, qui me rappelle pourquoi j'écris de la poésie et comment je dois l'écrire, qui me rappelle que la poésie se doit à elle-même d'être sexy, vivante, audacieuse ! Qu'il soit acide ou romantique, minimaliste ou surchargé, zen ou trash : un poème n'est poème que lorsqu'il est sauvage !

Et le dernier exemple en date, le dernier truc qui m'a fait jubiler comme ça, c'est le texte Les habitués de Laura Vazquez. Je ne me livrerai pas à une chronique : le poème se suffit à lui-même. Je me contenterai de crier ma joie haut et fort ! Pour tout vous dire je suis même un peu jaloux ! Et je suis aussi un peu scandalisé parce qu'en dehors de celui que j'ai laissé hier, Les habitués n'a pas obtenu un seul commentaire de la part des internautes ! Alors faites-moi le plaisir de vous tirer d'ici pour aller voir là-bas : il vous suffit d'un clic !

21 septembre 2013

La mire (version 1)

















boucles d'ondes
avidités diffuses
épatées, les entités
fabriques de sommeil
au mètre cube
chaîne des paradigmes
insomnuitées / sans thé / le jhala sans l'alap

poupées
dis-le moi, dis-le moi
en long en large & en revers
girouettes de sucre
des arabes / des blondes / des brunes
des vivantes & des mortes
frissons convenus

normalisés / documentés / ravalés
au statut de façades
mécontentements vernaculaires
il est peu ou prou indécent
de danser en ascendance
qui a mis tous ces escaliers
dans nos escaliers ?

ne pas s'y tromper est une pratique
un peu floutée
calfeutrées dans de petits coffres
les voix des vieux se fanent
dans la sueur les inactifs
leurs scient les jambes
ils n'iront plus au bois

arbitraires, les obsolètes
se lient en dividendes
déversent le passé
en remontrances exotiques qui n'amusent plus que
les redresseurs du thésaurus
il faudrait expliquer aux femmes / aux enfants / aux étrangers
que c'était mieux avant

à l'hôpital, des putes
lèchent les flûtistes que dieu (dans son infinie vision)
a cloués sur des croix
ne pas regarder sous les planches
ne pas toucher au quatrième mur
interdiction de réduire
la densité des matchs de foot

& voici
la haine

20 septembre 2013

En rond

« Pas de mots interdits, pas de secrets pour moi-même et lorsque nous en aurons terminé il sera encore temps de tout effacer afin que la postérité n'hérite pas de mes pensées qui parfois tournent en rond. »

(Extrait d'un texte que vous ne lirez jamais ^^)

18 septembre 2013

Touche pas à ma toolbar !

Vous je sais pas, mais je me suis déjà retrouvé chez des gens qui n'y connaissent rien en informatique et qui s'étonnaient que leur bécane rame à bloc, parce que vraiment il n'y avait aucune raison.

Quand j'ai ouvert leur navigateur, je n'étais plus étonné du tout, parce que ça ressemblait à peu près à ça :



Alors les gars, quand vous installez un logiciel, il faut regarder ce qu'il y a écrit avant de cliquer n'importe quoi ^^

16 septembre 2013

Joyeux Noël à tous !

Bon, alors ça y est : la Semaine du mauvais Goût est enfin terminée et nous allons pouvoir oublier toutes ces images de nains en laisse, de tronçonneuses, d'orgies de viande, de Télétubbies, de fauteuils roulants, de petites filles mortes, de vomis et de cadavres découpés en morceaux qui nous étaient restées dans la tête ! Ouf !

Bref, pour marquer le coup je vous propose aujourd'hui de fêter Noël tous ensemble et en musique, en compagnie du duo The 2 Bears.

Parce que l'amour, c'est beau !

(Vous pouvez zapper l'intro, la chanson commence à 1:40)


Voilà ! Maintenant ce blog est purifié :)

15 septembre 2013

Des scies, du sexe et des cadavres

C'est dimanche et il est temps de clôturer la Semaine du Mauvais Goût sur ce blog (c'était ça ou les Journées du Patrimoine) avec un truc un peu plus gore que les autres jours.

C'est la belle histoire de James Edward Glover, Jeannine Lynn Clark et Robert Beckowitz. Elle se déroule à Detroit, en juillet 1982 et commence par une bête affaire de coucheries : Jeannine (21 ans, une jeune fille un peu perdue, déjà détentrice d'un casier judiciaire pour braquage) se met en couple avec Robert (33 ans, une sorte de redneck collectionneur d'armes), puis commence à le tromper avec James Edward (37 ans, lui aussi redneck), qui pourtant est le super pote de Robert.

Le 14 juillet 1982, au domicile de Robert, James Edward pique une arme à son ami et lui colle une balle dans la tête, tout cela en présence de Jeannine. Cinq jours plus tard, le 19 juillet, Jeannine se rend au commissariat et déballe tout. James Edward sera bientôt arrêté et tous deux seront condamnés à de lourdes peines de prison.

Que s'est-il passé entre le 14 et le 19 ? C'est là que ça devient intéressant. Le meurtre n'était que le point de départ d'une « expérience » autrement plus sordide : durant quatre jours et nuits, Jeannine et James Edward se livrent à une orgie de sexe, de drogues et de mutilation ! Jouant avec le cadavre de Robert, qu'ils découpent à la scie, petit à petit, morceau par morceau, le couple fait l'amour, se sert des membres amputés comme de sex-toys et immortalise tout cela en images. Jeannine n'hésitera pas, même, à sortir racheter de la pellicule lorsque le besoin s'en fera sentir.

Les photos, dont certaines ont filtré après avoir été saisies par la police, nous montrent le couple nu, hilare, en train de poser à côté du cadavre, de le décapiter, de faire des clichés « rigolos » avec. Par exemple en mettant l'index d'une main amputée dans le nez de la tête décapitée ou encore mieux, les orteils du pied tranché dans la bouche du mort ! Si vous avez du mal à y croire, les photos sont disponibles sur internet, elles sont surréalistes mais du genre à vous rester longtemps dans la tête. Alors si vous n'êtes pas certain d'en ressortir indemne, je vous invite à ne pas les regarder (non parce qu'après je me fais engueuler alors bon). Sinon, c'est ici. Cette fois, vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous a pas prévenu ^^

Alors vous devez vous demander ce qui me prend de vous parler de ça. Ce qui m'interpelle dans cette affaire ce ne sont pas les actes du couple en eux-mêmes ni les photos ahurissantes qui en ont découlé, c'est d'essayer d'imaginer ce qui a bien pu se passer dans leurs têtes pendant ces quatre jours. Tuer quelqu'un est une chose, mais le degré de démence qu'il faut atteindre, drogues ou pas, pour se livrer à une telle orgie nécrophile et pour s'en amuser autant (les images sont formelles, ils se sont bien éclatés), c'est inexplicable ! Ces quatre jours et nuits représentent, pour toute personne normale, un voyage au fin fond des enfers, l'horreur absolue, un truc inimaginable. Et pourtant ils l'ont fait, c'est arrivé, c'est réel. Pendant quatre jours - c'est long ! - deux êtres humains ont perdu tout contact avec la réalité, avec les notions de décence les plus élémentaires, et se sont livrés à des gestes aussi absurdes qu'écœurants... juste pour le fun ! Je me suis demandé comment ils vivaient depuis avec ces souvenirs, particulièrement Jeannine, encore si jeune au moment des faits. Rien que de regarder les photos c'est un trip mais de l'avoir fait, vu, vécu, ressenti ! Je me suis demandé quel cheminement intellectuel avait pu les conduire à se livrer à une telle boucherie et à trouver ça si cool sur le moment. Ce n'est pas un crime de guerre, soutenu par une propagande visant à vous convaincre que tel individu est votre ennemi, qu'il est si horrible qu'il est normal de le torturer. En fait c'est bien plus incompréhensible que la torture, parce qu'il ne s'agit pas de faire souffrir quelqu'un qu'on hait, juste de jouer avec un cadavre ! C'est ce qu'on appelle la folie, dans sa forme la plus explicite. Et c'est parce que cette expérience humaine, celle que James Edward et Jeannine ont vécue durant ces quatre jours et nuits, m'est totalement inaccessible que je trouve ça captivant en tant qu'être humain et plus encore en tant qu'auteur de fiction. Ce qui s'est passé dans leurs têtes, j'ai beau essayer de l'imaginer, je n'y parviens pas : c'est au-delà de ma capacité de représentation, de ma capacité à me mettre à la place de quelqu'un d'autre, de ma capacité à composer un personnage. C'est juste off-limits. Et ça, pour un écrivain, c'est à la fois hyper frustrant et complètement fascinant ! Je rêve d'écrire cette histoire, mais j'en suis incapable.

Demain, pour exorciser tout ça : quelque chose de complètement différent ^^

14 septembre 2013

De la gerbe, de la gerbe et... encore de la gerbe !


Avant-dernier article de la semaine du mauvais goût sur ce blog (je vous préviens celui de demain sera vraiment crade, mais aujourd'hui on reste très softs). Je vous confiais hier une belle idée à la con qui m'était venue jadis : en voici une autre qui remonte à peu près à la même époque (1999 ou 2000 je crois). Il se trouve qu'à Lyon on a la chance d'avoir une rue de la Gerbe, un nom certes moins épatant que l'avenue du Lapin Blanc à Marseille (j'imagine que les gens qui vivent là-bas sont toujours en retard et poursuivis par des blondes) mais quand même. Alors moi je m'étais dit qu'il fallait faire quelque chose avec ça, un genre de performance absurde, qui aurait consisté à réunir une centaine de personnes, une sorte de flashmob avant l'heure, et à se mettre une méga cuite en cœur en usant de tout ce qui pouvait nous conduire à gerber (le mélange pétards-alcool par exemple) et à aller maculer la rue de la Gerbe de vomis tout une nuit durant. Il me semblait tout à fait important de voir la tête que feraient les braves riverains de la rue de la Gerbe en sortant de chez eux le lendemain et en voyant leur rue recouverte de gerbe. C'eut été boucler une boucle, au bout du compte. Mais tout ça c'était avant les réseaux sociaux et ce n'était pas si facile de réunir du monde en ces temps obscurs, et j'ai eu beau racoler partout autour de moi, je ne suis parvenu à trouver que quatre ou cinq volontaires. La quantité de vomis que nous serions parvenus à produire eut été largement insuffisante, aussi la performance de la rue de la Gerbe n'eut-elle jamais lieue :-(


Moi je n'habite plus à Lyon mais si le cœur vous en dit, maintenant qu'il y a Facebook, ne vous en privez pas : vous aurez tout mon soutien ! Regardez bien la photo là à gauche, et essayez d'imaginer cette jolie rue avec du vomis partout : ce serait pas la classe ultime ?

13 septembre 2013

Des petites filles, des avis de recherche et des cartons de lait

Puisque c'est la semaine du mauvais goût sur ce blog, je vais vous faire une confession, ne soyez pas trop durs avec moi, hein ?

Il y a un peu plus de quinze ans, une petite fille a disparu (je la nommerai Bernadette par respect pour la famille), et sa photo s'est retrouvée sur tous les tetra briks de lait du pays avec le slogan « aidez-nous à retrouver Bernadette ». Perso, ça me déprimait complètement de prendre mon petit déjeuner tous les matins, pendant des semaines, avec sous le nez la photo de cette pauvre gamine, étant donné que j'étais bien obligé de songer à toutes les horreurs qu'elle avait possiblement subies depuis sa disparition, que l'on pouvait imaginer être l'œuvre d'un fou furieux, et au fait que sans doute elle était déjà morte et que donc, j'étais contraint de regarder la photo d'une morte. Et honnêtement, ça a fini par me mettre les boules de me réveiller avec ça tous les jours. Alors au bout d'un moment, comme pour me calmer les nerfs j'ai voulu parodier cette affiche, faire un dessin reprenant la photo mais en mode cadavre en décomposition, avec le slogan « Aidez-nous à déterrer Bernadette », et publier ça dans mon fanzine Scrach. Considérant que Scrach était tiré à une centaine d'exemplaires et distribué uniquement sur Lyon, il n'y avait aucun moyen que la famille le sache (je n'avais évidemment pas envie de leur imposer ça), moi ça m'aurait défoulé, ça aurait choqué les trois quarts de nos lecteurs et amusé le quart restant, bref : ça semblait une bonne idée à l'époque. Alors j'ai fait le tour de tous les dessinateurs et illustrateurs avec lesquels je travaillais à l'époque, mais évidemment personne n'a voulu se lancer là-dedans. Je l'aurais bien fait moi-même mais je ne suis pas vraiment réputé pour mes talents de dessinateur. Et c'est ainsi que la meilleure mauvaise idée que j'aie jamais eue est restée lettre morte ^^

Alors voilà... Maintenant vous pouvez commencer à me faire la morale, je suis prêt :-s

12 septembre 2013

Vous reprendrez bien un peu de mauvais goût ?

Bon, je suis content de voir aux commentaires que la vidéo de Sex Dwarf n'est pas perçue par tous mes lecteurs comme insoutenable (la version Télétubbies c'est une autre histoire). J'avoue qu'en tant que fan de films d'horreur ce genre de trucs trash me font plus marrer qu'autre chose mais j'ai préféré avertir parce que d'habitude, je me pointe chez mes potes en disant « Hé les mecs on va mater un truc super marrant ! » et je me fais insulter parce que c'est juste too much.

Par exemple une fois, avec un ami qui est plutôt branché films de genre, on s'est fini un soir de cuite avec Cannibal Holocaust, qui est une sombre merde mais une merde bien dégoulinante, et mon pote est parti avant la fin parce que le mélange bière + gore était en train de lui mettre la gerbe, ajoutant au passage que quand même j'aurais pu le prévenir que c'était aussi hardcore.

Une autre anecdote : un jour une copine m'a fait découvrir le clip de La femme de fer du Klub des Loosers et comme j'étais mort de rire, je me suis empressé d'aller la montrer à deux potes et les deux, en chœur, m'ont balancé que non-vraiment-là-c'est-trop-dégueu-c'est-complètement-écœurant-ce-genre-d'humour-tu-fais-chier-avec-tes-vidéos-à-la-con !

Alors depuis je prends mes précautions ^^

Bref, si les culs-de-jatte ça vous fait pas rire, ne regardez pas la vidéo ci-dessous :

11 septembre 2013

Des télétubbies, du sexe et des télétubbies

Hier, je vous proposais la vidéo censurée de Sex Dwarf de Soft Cell, qui a certainement traumatisé grand nombre d'entre vous avec ses nains, son sexe et ses tronçonneuses. Ma chronique n'aurait toutefois pas été complète si je ne vous avais pas présenté la version Télétubbies de Sex Dwarf, qui va plus loin encore dans l'horreur ! Âmes sensibles, encore une fois, abstenez-vous ^^


10 septembre 2013

Des nains, du sexe et des tronçonneuses

En 1981, le duo Soft Cell entrait dans l'Histoire avec le tube Tainted Love. Tourné la même année par le réalisateur Tim Pope, le clip du morceau Sex Dwarf fit scandale avant même d'être diffusé. MTV annonça immédiatement son intention de le boycotter et la presse anglaise s'enflamma autour des photos de tournage qui lui parvinrent. Finalement, la justice britannique s'empara de l'affaire et déclara le film « pornographique » : les studios du groupe firent l'objet d'une perquisition et les bandes furent confisquées. Ce n'est qu'en 2007 que Tim Pope – qui en avait sauvegardé une copie – se décida enfin à diffuser l'objet du délit sur son site internet.

Plus de trente ans après son tournage, Sex Dwarf reste sans doute le vidéo-clip le plus dérangeant jamais réalisé, ramenant les clips les plus choquants de Madonna, Aphex Twin et autres au rang de films pour enfants. On y trouve en vrac un nain en laisse, des tronçonneuses, des femmes se masturbant avec des bouts de barbaque et des acteurs à demi nus se livrant à une orgie sanguinolente. Évidemment, le film reste inédit à la télévision, interdit de programmation jusque dans les programmes consacrés... aux vidéos interdites ! Je vous l'offre aujourd'hui, parce que je kiffe grave et que cette petite merveille de provocation mériterait d'être diffusée sur TF1 en prime time, mais je vous aurai prévenus : âmes sensibles, s'abstenir.

7 septembre 2013

De la Syrie et des Nations Unies

Je n'ai pas d'avis sur le bien-fondé d'une intervention en Syrie : il y a trop de tenants et d'aboutissants, je ne suis pas assez informé. Par contre, je trouve invraisemblable que certains, jusque en France, parlent d'agir sans le consentement des Nations Unies.

Je veux bien admettre que l'ONU est une institution imparfaite et souvent corrompue. Mais pour le moment c'est notre seule table de négociations et c'est mieux que rien. Je veux bien admettre que les décisions de l'ONU soient soumises au veto de nations qui sont parfois en désaccord profond avec certaines de nos valeurs fondamentales, comme la Russie ou la Chine, mais il ne faut pas oublier que cette institution (comme son prédécesseur la SDN) a été créée sur une impulsion occidentale, au nom de valeurs « universelles » qui sont en fait purement occidentales. Dire aujourd'hui que l'on peut se passer de l'aval de l'ONU, sous prétexte que certains de ses membres ne partagent pas ces valeurs, c'est remettre en cause la nécessité de cette institution et du postulat sur lequel elle a été fondée. En d'autres termes, partir en guerre au mépris des Nations Unies, c'est porter atteinte aux valeurs même qui nous poussent à vouloir partir en guerre. C'est un non-sens absolu, c'est faire deux poids deux mesures et déclarer au monde que les valeurs humanistes occidentales ne sont en fait qu'un outil dont l'Occident est libre d'user quand ça l'arrange, et de mettre au placard quand ça ne l'arrange plus. J'anticipe déjà les commentaires à cet article : « évidemment que l'Occident est malhonnête et qu'il y a un double langage ». Certes, mais ce n'est pas une raison pour ne pas tendre à davantage d'intégrité.

Ce respect de nos propres institutions nous a conduit à refuser la vendetta irakienne en 2003, et devrait aujourd'hui nous conduire à refuser une action en Syrie sans l'aval de la communauté internationale, et ce même si l'on est profondément convaincu de la nécessité d'une telle action. Le cas échéant, il nous appartient de lutter pour imposer l'idée d'une intervention aux Nations Unies, mais certainement pas d'en ignorer l'autorité.

Alors voilà... 

6 septembre 2013

Ces dinosaures qui nous éditent

Hier sur Facebook, je suis tombé sur le statut suivant :
« Les Éditions [xxx] ont plus de 700 amis. Mais quels sont ceux d'entre vous qui s'intéressent réellement à notre travail ?
Afin d'effectuer un tri, je voudrais que chacun de vous m'explique à quel titre il a demandé notre amitié.
Bien à vous,
[xxx] »

Je n'ai pas cliqué « j'aime ».

Parmi les réponses, il y avait par contre ce commentaire :
« Et vous est-ce que vous vous intéressez aux lecteurs, aux blogueurs ? À l'heure actuelle, c'est plutôt l'éditeur qui doit s'intéresser au monde. On n'est plus à l'époque où tout le monde lisait et l'éditeur était roi. »

Cette fois-ci, j'ai liké.

Cette anecdote facebookienne m'a en effet ramené à quelques expériences grotesques, vécues autrefois auprès d'éditeurs indépendants. Par exemple, lorsque nous nous étions rendus au Salon de la Revue, en 2005, afin de promouvoir la revue Mercure Liquide. J'avais alors fait le tour des revues littéraires ou poétiques et des micro-éditeurs qui avaient tout comme nous un stand, afin de leur soumettre un petit book composé de textes variés. Nombre d'entre eux avaient accueilli mes propositions avec un snobisme accablant : « Oh mais tu sais, avant de nous soumettre tes textes ce serait bien que tu lises nos livres ou notre revue, parce que nous on ne veut publier que des gens qui s'intéressent de près à notre travail ». Rebelotte à Angoulême à chaque fois que je me suis essayé à démarcher mes projets BD auprès des petits éditeurs (je ne visais généralement que les gros) : « Oh mais tu sais, nous on ne souhaite publier que des gens qui aiment profondément ce qu'on fait, donc si tu n'as jamais lu aucun de nos ouvrages... » (sans surprise, les gros éditeurs qui n'avaient rien à prouver ne m'ont jamais tenu ce genre de discours, ils étaient généralement bien plus accueillants que les indépendants).

Non mais attendez les mecs, c'est le monde à l'envers !

Je comprends les éditeurs qui disent « assurez-vous que votre travail corresponde à notre ligne éditoriale avant de nous soumettre un manuscrit » : si vous ne publiez que de la SF, c'est évidemment agaçant de recevoir chaque semaine dix romans d'amour, dix polars et dix romans psychologiques, parce que cela vous fait perdre un temps précieux ! Et je suis d'accord que plus il y aura d'affinités entre un éditeur et un auteur mieux la collaboration se déroulera. Mais cette attitude qui consiste à dire qu'un auteur doit d'abord être capable de démontrer qu'il aime le travail d'un éditeur avant de lui soumettre son travail ! Sans déconner ?

C'est d'abord un déni total de la réalité et du quotidien d'un auteur. Un auteur, il crève la dalle, il a besoin d'être lu, il veut être publié, point barre. Il préférerait sans doute être publié par son éditeur préféré que par un autre mais le fait est que la compétition est si dure qu'il n'a généralement pas le choix, qu'il ira là où on voudra bien de lui, sans faire de chichis. Alors oui, l'auteur il va aller taper à toutes les portes, et il n'aura pas eu le loisir de lire la bibliographie complète de chacun des éditeurs qu'il démarche, parce qu'il lui faudra en démarcher des dizaines pour avoir, peut-être, la chance d'en séduire un.

Ensuite, ce genre de discours, de la part de l'éditeur, c'est faire montre d'une vanité, d'une ivresse du pouvoir sans bornes ! Déjà que le mec il a tout pouvoir de dire « oui » ou « non » en se basant sur son appréciation de ton travail. Et s'il te signe tu peux être sûr qu'il va te demander de changer des trucs, s'immiscer sans pudeur dans ton processus créatif. Mais ça ne lui suffit pas ! Non seulement il faut que ton bouquin le séduise, parce que c'est quand même de ça qu'il s'agit, et que tu te plies ensuite à son autorité parce que c'est lui le patron, mais en plus il faut que tu ailles lui cirer les pompes en lui expliquant que ce qu'il fait est génial, que tu kiffes grave, que vraiment sa politique éditoriale c'est trop de la balle. Pourquoi pas une petite pipe ou un petit cunnilingus derrière le bureau, tant qu'on y est !

Alors on dira « encore un auteur frustré qui peste contre les éditeurs ». Non, non non ! D'abord je ne suis pas frustré, ensuite je suis bien placé pour en parler vu que j'y ai passé quelques temps, dans les pompes de l'éditeur. D'abord de 1995 à 2000 avec mes fanzines Scrach et Légendes, et surtout de 2003 à 2007 avec la revue Mercure Liquide et les éditions Neweden. Je puis vous assurer qu'alors, ni moi ni mes collègues du comité éditorial ne nous sommes jamais posé la question de savoir si les gens qui nous soumettaient des œuvres en avaient quelque chose à foutre de nos livres ou de notre politique éditoriale. Des textes et des images, on en recevait plein par email, de gens qu'on ne connaissaient pas, et pour ce qu'on en savait ils avaient peut-être passé trente secondes sur notre site avant de nous envoyer leurs propositions. Et alors ? Eux, ils cherchaient un support pour publier leur travail. Nous, nous cherchions des travaux de qualité à publier. Nous avions autant besoin d'eux qu'ils avaient besoin de nous, nous étions très clairs là-dessus. C'est vrai que des fois ça nous faisait rager les merdes qu'il fallait lire. Et d'autre fois, heureusement, on était en transe tellement c'était bien. C'était notre seul critère : est-ce que le travail de cet artiste nous plaît, nous parle, résonne en nous, a sa place dans notre revue ? On a même publié un ou deux connards intégraux, des gens sans gène (you know who you are), juste parce qu'on kiffait leur travail et que merde, ils avaient beau être désagréables l’œuvre passe avant l'artiste (certes on ne les a publiés qu'une fois, parce qu'il ne faut pas non plus exagérer) !

Et puis ce qu'il y a d'intéressant dans le commentaire de l'internaute cité plus haut, c'est que c'est vrai que les temps ont changé. Lorsque j'ai commencé dans ce métier, auto-produire son livre était non seulement mal vu mais également très coûteux, et on n'allait de toute façon toucher personne à l'exception de son entourage immédiat et de deux ou trois curieux dans les librairies locales. Cela était également vrai pour la musique et l'audiovisuel. Aujourd'hui, le monde de l'édition a beau être un peu à la traîne sur celui de la musique et de l'audiovisuel, tout est en train de changer.

Tout d'abord, la notion d'auto-production n'est plus perçue, dans les deux secteurs susnommés, comme un constat d'échec. Au contraire, l'auto-production est valorisée comme un acte courageux, preuve du dynamisme d'un artiste et de sa volonté d'aller vers son public. Cela n'est pas encore le cas dans le monde de l'édition mais je puis vous assurer que cela aura changé avant dix ans, en grande partie grâce à l'avènement prochain du livre numérique, et aussi grâce au systèmes d'impression à la demande proposés par des sites tels que Lulu.com. Aujourd'hui, on peut éditer son livre soi-même sans dépenser un centime, on peut en assurer la promotion via les forums et les réseaux sociaux dans le monde entier, et on peut interagir en permanence avec ses lecteurs.

D'aucuns me diront que cela n'assure ni le succès ni une rentrée d'argent, que d'avoir dix-mille vues sur Youtube et autant de likes sur un clip est moins rémunérateur que d'avoir son clip sur M6 et que d'avoir Warner ou Universal derrière soi pour promouvoir son disque. C'est vrai, sauf qu'il y a une énorme différence entre le monde de la musique et celui de l'édition. Jusqu'à-ce qu'internet la ruine en partie, l'industrie du disque était un secteur extrêmement rémunérateur. N'importe quel mec qui était signé sur une major recevait une avance colossale, parfois suffisante pour lui assurer une rente à vie si il plaçait bien son fric. Le monde de l'édition, par contre, n'a jamais permis à grand monde de gagner beaucoup d'argent. Il faut quand même savoir qu'il n'y a qu'une cinquantaine d'écrivains qui vivent de leur plume en France, alors que plusieurs milliers de romans sont publiés chaque année. Il faut également savoir qu'un auteur publié par un petit ou moyen éditeur verra son livre tiré entre 300 et 700 exemplaires, dont une bonne partie finira au pilon faute de promotion adéquate. En gros, si vous n'êtes pas publié chez Gallimard et consorts, vous gagnerez au mieux quelques centaines d'euros et votre livre sera lu au mieux par quelques centaines de personnes. Mais jusque-là cela valait le coup parce que sans éditeur, il fallait débourser quelques centaines d'euros (voire davantage) pour imprimer et diffuser son livre.

Mais les choses bougent ! Le romancier du vingt-et-unième siècle va être de plus en plus confronté à la question suivante : qu'ai-je à gagner à être publié par un éditeur ? Ne puis-je pas moi-même, par le biais du financement participatif ou même de la vente de mes livres, parvenir à gagner 300 misérables euros ? Ne puis-je pas moi-même, par le biais d'internet, diffuser mon roman à quelques centaines d'exemplaires ? Qu'ai-je à gagner à passer du temps à démarcher un éditeur, à retoucher mon manuscrit à sa demande, à partager les bénéfices de mon livre avec lui ? Et si il faut d'abord passer par un petit éditeur pour, au bout de deux ou trois romans, attirer enfin l'attention de Gallimard, ne puis-je pas parvenir au même résultat en faisant moi-même un petit buzz online avec mes livres auto-publiés ? Ce ne sera toujours pas la fortune ni la gloire pour les écrivains, mais au bout du compte celui qui est un peu doué avec l'informatique et la communication pourra faire lui-même aussi bien, voire mieux, que 90% des éditeurs français ! J'ai gentiment refusé de publier chez un micro-éditeur, une fois, sur ce postulat : il faisait mal son travail de com, il ne pouvait pas payer d'avance et ses livres étaient de toute évidence bien moins lus que mon blog, je n'avais rien à gagner à lui confier l'exclusivité de mon recueil de nouvelles (l'éditeur en question a d'ailleurs disparu quelques mois plus tard, comme quoi j'ai fait le bon choix).

Et à cela s'ajoute une autre chose : le téléchargement illégal. Il a déjà remis les majors du disque et du cinéma à leur place, il ne va pas tarder à remettre les éditeurs à la leur, parce que je ne vois pas pourquoi les gens se priveraient de télécharger ou de streamer leurs bouquins illégalement lorsque chacun sera équipé d'une tablette ou d'une liseuse. Ils l'ont fait pour les disques et pour les films, ils le feront pour les livres et les BD (ça a d'ailleurs déjà commencé). Je ne dis pas que c'est une bonne nouvelle, juste que ça va obliger l'ensemble de l'industrie de la culture et du divertissement à revoir son attitude vis-à-vis de l'artiste, du consommateur et de ses modèles économiques (car oui, il existe des alternatives à la vente, à savoir le financement par la pub et surtout la licence globale, mais pour le moment ils ne veulent pas en entendre parler).

Alors il avait raison, notre internaute de tout à l'heure : l'éditeur doit aujourd'hui songer à changer de posture vis-à-vis du monde. Il sera encore longtemps enseveli sous les manuscrits, et cela lui donnera encore longtemps l'impression d'avoir l'embarras du choix, d'être perché sur un trône, mais je suis prêt à parier que l'éditeur qui parviendra à émerger demain sera celui qui, au lieu d'adopter cette attitude passive et hautaine, sera totalement tourné vers le monde. Au lieu d'étudier les manuscrits qu'il reçoit, il ira voir ce que proposent les auteurs sur internet afin de débusquer la perle rare. Lorsqu'il la trouvera, il ira humblement lui proposer ses services, ce qui impliquera qu'il devra être capable de propulser l'auteur au-delà du lectorat qu'il est parvenu à conquérir de lui-même. C'est déjà ce qui se passe de plus en plus dans le monde de la musique : les musiciens n'envoient plus guère de démos aux labels, ce sont ceux-ci qui vont faire leurs courses sur Myspace et Youtube, en quête d'artistes qui se sont déjà constitué une fanbase. Cet éditeur fera aussi en sorte d'être très présent sur les forums et les réseaux sociaux, de communiquer avec ses lecteurs afin de les fidéliser. Il s'intéressera aussi de près aux (très nombreux et très suivis) blogs littéraires amateurs, parce qu'il aura tout intérêt à tisser des liens avec eux et à attirer leur attention sur ses publications. Bref, il sera non plus un découvreur de talents passif et isolé dans sa tour d'ivoire mais un chasseur de têtes actif, dynamique et enthousiaste.

Et alors, ce jour-là, je vous assure que l'éditeur qui aura le culot de demander à ses @mis Facebook de justifier de leur intérêt pour son travail sous peine de se faire virer, parce que quand même on ne peut pas se permettre d'être en réseau avec n'importe qui quand on est éditeur, celui là il ira moisir avec les ossements des dinos au musée d'histoire naturelle. Parce qu'il n'aura rien compris au fonctionnement communautaire d'internet et parce que l'avenir de l'édition, c'est précisément là qu'il se joue !

Et cet avenir, à mon sens, implique également la redéfinition d'un rapport totalement collaboratif, non hiérarchique, entre l'éditeur et le créateur.

Alors voilà...

5 septembre 2013

Des poissons et des mouettes...

Juste l'envie de partager avec vous un petit exercice de style auquel j'ai été contraint de me livrer. Mon roman L'ami imaginaire, à paraître d'ici quelques mois, est l'adaptation d'un scénario de bande dessinée composé en 2007 (les premières planches, réalisées par Roberto Viacava à l'intention des éditeurs, sont visibles ici). Passer de la bande dessinée à la littérature fut, à bien des reprises, un exercice périlleux. Il y avait notamment cette séquence d'une page, page 60, qui servait d'interlude entre le corps du récit et le début de son climax. C'était une page silencieuse, dont la signification était laissée à la libre interprétation du lecteur. Voici la retranscription, en l'état, du scénario (pour info, l'essentiel de l'action se déroule sur un paquebot, lors d'une croisière) :

« Page 60

Case 1
On voit un poisson dans la mer, par transparence, juste en dessous de la surface.

Case 2
Une mouette arrache le poisson de l’eau.

Case 3
La mouette remonte dans les airs avec le poisson sanguinolent qui se débat dans son bec.

Case 4
La caméra recule et le plan s’élargit. Derrière la mouette, on voit de loin le paquebot avancer dans la mer.

Case 5
La mouette a disparu du champ. On se rapproche du bateau.

Case 6
On change d’angle de vue, de manière à voir que le bateau se dirige vers la côte, qui apparaît au second plan. C’est la cote grecque, magnifique : des falaises vertes et quelques villages blancs parsemés ça et là. »

Je tenais à conserver ce moment de pause, indispensable au rythme du récit, mais la séquence ne pouvait être réutilisée telle quelle : une simple description de ce que vous venez de lire n'aurait eue aucun sens sous forme littéraire. Voici, finalement, la scène telle qu'elle figure dans le roman :

« Séquence 26 – Extérieur jour

Figurons-nous la surface de la mer adriatique, filmée de très près. Figurons-nous un poisson qui nage juste sous la surface. Nous le voyons légèrement déformé par l'altération des vagues et la lumière du soleil. Il évolue pourtant bien là, dans son élément, intact, vivant. Il ignore ce que c'est que d'être vivant ou d'être mort, il ignore – en tout cas consciemment – ce que c'est que d'être heureux ou malheureux. Pourtant, il est heureux d'être vivant, il est heureux d'être poisson, d'enfourner dans sa bouche les créatures végétales qui le nourrissent, d'asperger les œufs de sa femelle de sperme, de glisser ainsi dans l'eau. Il est heureux d'être poisson vivant lorsque, d'un geste vif, une mouette l'enfourne dans son bec, l'arrache à son élément, l'emporte dans des cieux inconnus. Le poisson éventré n'est alors plus que la douleur mêlée du bec qui transperce sa chair et de l'eau qui se refuse à ses branchies. Il se tord dans tous les sens, incapable de comprendre ce qui lui arrive mais tout à fait conscient du fait que cela n'est pas bien. Il se tord mais ses efforts sont vains et ce n'est qu'au terme d'une longue agonie qu'il connaîtra, enfin, la paix.

Figurons-nous le ciel au-dessus de la mer adriatique, filmé dans son immensité. Figurons-nous une mouette qui vole bas en dessous des nuages. Nous la voyons nettement à présent. Elle évolue là, dans son élément, intacte, vivante. Elle ignore ce que c'est d'être vivante ou d'être morte, elle ignore – en tout cas consciemment – ce que c'est que d'être heureuse ou malheureuse. Pourtant, elle est heureuse d'être vivante, elle est heureuse d'être mouette, d'enfourner dans son bec les créatures aquatiques qui la nourrissent, de pondre des œufs desquels sortiront des oisillons qu'elle élèvera avec zèle, de glisser ainsi sur l'air. Elle est heureuse d'être mouette vivante lorsque d'un geste vif, elle enfourne un poisson dans son bec, l’entraîne dans son élément à elle, l'emporte dans des cieux familiers. La mouette n'est alors plus que le plaisir mêlé de la chasse réussie et du sang délicieux qui lui coule sur la langue. Elle se dirige vers son nid, incapable de comprendre que le processus de la digestion est la raison véritable de son geste, que son organisme a besoin des protéines et autres substances que lui offre le poisson, mais tout à fait consciente du fait que cela est bien. Elle serre le bec afin de ne pas perdre sa proie qui se débat et ce n'est qu'au terme de son vol qu'elle connaîtra, enfin, la joie de la dégustation.

Figurons-nous un paquebot sur la mer adriatique, filmé d'une distance moyenne. Figurons-nous des êtres humains qui marchent sur ce paquebot. Nous les voyons dans leur multitude désordonnée. Ils évoluent là, dans leur élément, intacts, vivants. Ils savent ce que c'est d'être vivant ou d'être mort, ils savent – en tout cas le croient-ils – ce que c'est que d'être heureux ou malheureux. Pourtant, la plupart d'entre eux sont malheureux d'être vivants, ils sont malheureux d'être humains, d'enfourner dans leur bouche des aliments qui coûtent cher, de faire l'amour à des êtres qu'ils n'aiment pas ou d'aimer des êtres auxquels ils ne savent pas faire l'amour, d'accomplir des tâches déplaisantes pour gagner de l'argent. Ils sont malheureux d'être des êtres humains vivants lorsque, d'un geste vif, la mort les fauche, les emporte dans les cieux ou le néant, sans qu'avant d'y être ils puissent affirmer que ce sera l'un ou l'autre. L'être humain alors n'est plus que la confusion mêlée de la méconnaissance de ce qui l'attend et de l'incompréhension de tout ce qu'il a vécu jusqu'alors. Il proteste, il maudit ses pairs et ses dieux, incapable de comprendre que le bonheur était là, prêt à être saisi, mais tout à fait conscient du fait que cela était compliqué. Il supplie alors qu'on l'aide et ce n'est qu'au terme de son existence qu'il connaîtra, peut-être, la réponse à toutes les questions qu'il se posait. »

Alors voilà...

4 septembre 2013

Petites ruses de scénaristes...

C'est parfois amusant comme la pratique d'une discipline artistique vous amène à porter un autre regard sur les œuvres que vous « consommez ». Forcément, je n'ai pas tout à fait la même perception d'un récit, qu'il soit littéraire, en BD ou cinématographique, que quelqu'un qui n'a jamais travaillé à la construction d'une histoire. La BD, format sur lequel j'ai travaillé de nombreuses années, a été particulièrement formatrice à cet égard, parce que blindée de contraintes. Contrairement à un roman, une bande dessinée ne saurait excéder un certain nombre de pages et le nombre d'informations que l'on peut intégrer sur une page, dans une case, dans une bulle, est assez limité. Il faut donc apprendre à aller à l'essentiel, parce qu'il n'y a tout simplement aucune place de disponible pour le superflu. Cela implique de chercher la manière la plus directe, la plus simple de camper ses personnages en quelques mots, ou en quelques images.

Lorsqu'un personnage entre en scène, le lecteur doit pouvoir saisir immédiatement à qui il a affaire. Il en va de sa bonne compréhension de ce qui va suivre, et de la relation empathique qu'il va créer avec le personnage. On doit donc donner au lecteur quelques indications relatives aux fondamentaux du personnage ou à son background, mais sans pouvoir user d'un narrateur et sans non plus perdre de temps. Le récit prime sur tout le reste et il faut donc jouer des coudes pour caser ce que l'on peut, sans se détourner de l'action. Le cinéma est également soumis à cette contrainte : le spectateur ne sait d'un personnage que ce qu'il voit et entend, il n'y a généralement pas là non plus de place pour un narrateur ou de longues digressions. C'est – soit dit en passant – quelque chose qu'il n'est pas inutile de savoir lorsque l'on écrit des romans. Pour citer Kundera, il n'est absolument pas nécessaire de suivre la « règle » qui consiste à détailler le passé de chaque personnage afin de le définir. Au contraire, seul ce qui éclaire les actions du personnage dans le présent récit, ce qui le définit dans ses fondamentaux, est nécessaire. Raconter l'histoire de ses personnages par le menu n'a souvent aucune autre utilité que de remplir des pages. Posez-vous la question, la prochaine fois qu'un écrivain vous fera le coup : aviez-vous vraiment besoin de savoir tout ça sur le perso pour que le récit fonctionne ?

Bref, un petit jeu auquel je m'amuse souvent est donc de traquer ces petites ruses des scénaristes, dans les films que je regarde. Si vous prenez la peine d'observer, vous vous rendrez compte que lorsqu'un nouveau personnage apparaît, un certain nombre de lignes de dialogues ou de comportements gestuels ne servent absolument pas à faire avancer l'intrigue, ou se placent en parallèle de celle-ci comme d'apparents « éléments de décor ». Leur rôle est en fait de définir le personnage d'une manière tacite, brève et efficace.

Deux exemples :

Dans le fabuleux Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson, lorsque le personnage de Barry doit donner son numéro de carte bancaire et son numéro de sécurité sociale au téléphone. Il les déclame d'une traite, de mémoire. Outre un petit effet comique (on ne s'y attend pas et c'est cocasse), cela a pour principale utilité de définir le personnage de Barry dans deux de ses fondamentaux. Un, il est extrêmement méticuleux (il faut l'être pour savoir de tels numéros par cœur). Deux, il est à la limite de la maniaquerie, du toc (c'est une chose totalement anormale que de savoir de tels numéros par cœur). Si Barry avait été un personnage étourdi, désordonné, on aurait pu au contraire le voir fouiller deux minutes dans des papiers en vrac, hésiter, s'embrouiller, avant de trouver finalement les bons numéros. Cela aurait également permis de le camper en une séquence. Dans ce cas-ci, c'est particulièrement bien ficelé parce que le fait de donner ces numéros a également une importance fondamentale pour la suite des événements, mais la manière dont Barry les donne n'a d'autre utilité que de le définir brièvement. Si l'on n'avait pas voulu utiliser cette séquence à cette fin, il eut suffi que Barry ouvre son portefeuille et lise les numéros, de manière ordinaire. Cela ne nous aurait rien dit sur lui.

Dans le premier épisode de la série Les 4400, la première apparition du personnage de Diana. En train de courir sur un tapis de sol, dans son salon, en plein milieu de la soirée, Diana reçoit un coup de fil de son bureau (la sécurité intérieure des USA) lui intimant l'ordre de se rendre immédiatement au travail, pour cause de situation de crise. Pourquoi diable les scénaristes ont-ils décidé de la faire courir sur un tapis de sol à cet instant précis, alors qu'on l'imaginerait plus volontiers devant la télé, ou en train de se prélasser dans son bain, puisqu'elle est chez elle et qu'on est en soirée ? Mieux encore : pourquoi n'est-elle pas déjà au bureau lorsque la situation de crise éclate ? Cela aurait permis au scénaristes d'aller plus vite, et évité au réalisateur de filmer une séquence de vingt secondes pour rien. Parce que cette séquence, en quelques secondes, permet au spectateur de se faire une idée claire de la personnalité de Diana : c'est une femme dynamique, sportive, qui aime l'effort, qui ne se relâche jamais tout à fait, même dans ses moments de détente. Cela permet aussi, au passage, de comprendre qu'elle vit seule. Si Diana avait été en en pyjama, les pieds sur la table, en train de bouffer du pop-corn devant un reality show, le spectateur aurait reçu un message différent : Diana est un personnage paresseux, qui aime se reposer et ne rien foutre. Si, par contre, elle avait été en train de cuisiner pour ses enfants, on aurait tout de suite saisi, sans qu'il soit utile de le dire, qu'elle est une heureuse mère de famille. Et la présence ou l'absence d'un homme aurait, tacitement, permis de savoir si elle élève ses enfants seule ou en couple. Si Diana nous était apparue directement sur son lieu de travail, confrontée à la situation de crise sans être interrompue dans son quotidien, nous n'aurions alors rien su d'elle.

Je n'en ai pas d'autres en tête là comme ça, mais je pourrais vous déballer des tas ! Essayez, à votre tour, de débusquer ces éléments « révélateurs » : vous verrez, les débuts de films en regorgent !

30 août 2013

Je dois être centriste...

En papotant avec une @mie sur FB, je notais en passant que ça fait bientôt vingt ans que je me fais qualifier de gaucho par les gens de droite et de libéral par les gens de gauche, de pédé par les machos et de sexiste par les féministes, de petit bourgeois par les pauvres et de bohème par les riches, de bobo par les roots et de hippie par les branchouilles, de mysticonoisette par les athées et de décadent par les croyants... 

Alors au bout du compte (et j'ai vraiment bien cherché) je ne vois qu'une seule explication, vraiment : en fait, je dois être centriste...

Ça veut dire qu'il va falloir que je prenne une carte de membre au Modem ou bien quoi ?

25 août 2013

Interlude #12 (prélude à l'Apocalypse)

Barcelone, 1979.

« Le plus inquiétant n'est pas que je parle à ma femme, mais qu'elle me réponde. »

24 août 2013

Interlude #11 (prélude à l'Apocalypse)

Angers, 2002.

« Le plus inquiétant n'est pas que je parle aux murs, mais qu'ils me répondent. »

9 août 2013

Dans un monde parallèle, en 1987...


Double Dragueur est un jeu vidéo de type kiss them all (jeux de drague) développé par Pecnos, sorti sur borne d'arcade en 1987, et adapté sur divers consoles et ordinateurs pourris de l'époque.
Il s'agit du premier épisode de la série Double Dragueur ; il est considéré comme le successeur spirituel de Sérénade (1986).
La version BES de ce jeu a la particularité d'être sorti en France après sa suite Double Dragueur II: The Revenge 03, qui était à la fois une séquelle de Double Drageur et le troisième opus de la saga The Revenge 0 !


Sommaire [masquer]

1 Principe du jeu et scénario
2 Système de jeu
3 Liens externes
4 Références


Principe du jeu et scénario[modifier | modifier la source]

Marion, la petite amie de Billy Lee et de son frère Jimmy, deux spécialistes de la drague, se fait séduire par le gang des Black Shadows. Billy et Jimmy décident de la reconquérir et de la ramener à la maison. Willy, le chef du gang des Black Shadows, ne l'entend pas de cette oreille (en même temps il est sourd). Afin de reconquérir Marion, Billy et Jimmy doivent séduire un grand nombre de femmes afin de prouver à Marion qu'ils sont de vrais hommes. Les deux personnages évoluent donc dans le jeu en croisant des femmes, qu'ils doivent parvenir à embrasser tout en évitant qu'elles ne leurs collent des gifles. Chaque niveau se termine par un boss : une femme particulièrement difficile à embrasser qui possède des pouvoirs exceptionnels : femme obèse à escalader, punkette à chiens avec ses deux cerbères, femme d'affaire avec un gaz lacrymo, couple de lesbiennes... Le boss final est la Princesse Leïa, qui cumule tous les atouts susnommés.

La version originale japonaise propose un scénario plus étoffé :
Dans les années 1990, la moitié du monde fut détruite par une partouze nucléaire et la violence règne désormais en maître dans les lits américains. L'un des gangs les plus virulents des États-Unis, appelé les Black Warriors, fait alors la loi dans les bordels. Des frères jumeaux, Jimmy et Billy, aguerris à la drague de rue et propriétaires du bar Sousetsuken, décident de se dresser face aux Black Warriors et d'enseigner leur art aux habitants de la ville. Ils sont bientôt surnommés les Double Dragueur. Parmi les élèves des deux frères se trouvait Marion, la petite amie de Jimmy et Billy. Les Black Warriors décident d'utiliser Marion pour attirer Billy dans leur repère et Willy la drague. Billy et Jimmy décident de se rendre sur les terres des Black Warriors pour sauver Marion de son obsession sexuelle pour Willy.

Dans certaines versions, Jimmy se révéle être le chef secret du gang des Black Warriors.


Système de jeu[modifier | modifier la source]

Double Dragueur est à sa sortie une véritable révolution du genre et pose les bases qui seront reprises par tous les kiss them all qui suivront. Il est le premier jeu du genre à proposer un véritable mode deux joueurs où ceux-ci peuvent coopérer ou s'affronter afin d'avoir Marion pour eux seuls. La palette des gifles et des baisers est bien plus étendue que ce qui se faisait jusqu'à présent : là où généralement deux ou trois types d'attaques étaient possibles, Double Dragueur vient ajouter aux traditionnelles gifles des coups de poing et de pied dans les testicules, des coups de coude et de genou, des arrachages de tête, des projections de vomi... Les femmes disposent d'attaques variées alors que le schéma de l'époque était plutôt d'un type d'attaque par type de femme. Les armes (mis à part le vibromasseur de Willy) peuvent êtres utilisées aussi bien par le joueur que par les femmes.

L'action ne se déroule pas sur un simple plan horizontal comme pour beaucoup de kiss them all plus anciens tels que Kisser Master (1984) ou encore Trojan Horse (1986). Il est également possible d'évoluer en verticalité. L'introduction de la verticalité apporte un véritable changement dans la manière d'embrasser et de se positionner par rapport aux femmes. Le joueur est amené à constamment réévaluer son positionnement et à choisir son angle d'attaque pour aborder les femmes tout en prenant le moins de risques possible de se faire gifler.

Le jeu à deux joueurs en simultané et en coopération est une vraie nouveauté : les seuls jeux de drague à proposer le mode simultané étaient des jeux de duels où les joueurs étaient forcés de s'affronter et pour les autres kiss them all, il fallait se contenter de jouer à tour de rôle, un peu à la manière d'un jeu de flipper (?). Ici la coopération est indispensable pour arriver au bout de l'aventure mais le jeu laisse la liberté totale aux joueurs de s'affronter s’ils le désirent et encourage même, à la fin, le défi homosexuel pour savoir qui de Jimmy ou Billy aura les faveurs de Marion.

Hormis ces éléments novateurs, le jeu reprend les bases ayant popularisé le genre. Double Dragueur comporte cinq niveaux dans lesquels il faut faire face à des femmes en surnombre et dont la fin est gardée par une boss. Un certain nombre de sex-toys est à la disposition du joueur pour l'aider à se frayer un chemin : les godes, les vibros, les aphrodisiaques, les élongateurs de pénis, le viagra et le poppers...

Le jeu est court et assez facile : il faut moins d'une trentaine de minutes pour le terminer (idéal pour les éjaculateurs précoces).


Liens externes[modifier | modifier la source]


Références[modifier | modifier la source]
Non merci.
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